Motards nomades

Motomag.com

Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 16 février 2009

Good-bye America !


À Buenos Aires, notre première préoccupation consiste à trouver un transitaire capable d’expédier notre moto sur le continent australien. Également à la recherche d’informations sur les formalités douanières, nous nous rendons à l’aéroport. Rien n’est simple, mais nous avançons doucement tout en comprenant très vite que certains de nos projets s’avèrent irréalisables. Comme il y a quelques mois en Equateur, alors que nous espérions faire une visite aux îles Galápagos et que le prix du billet nous en avait dissuadé, deux autres de nos plans viennent de tomber dans le Pacifique. Lors de notre transit vers l’Australie, nous souhaitions faire escale à l’île de Pâques et à Tahiti. Â être dans les environs, autant en profiter. Malheureusement, la première île n’est desservie que par LAN, compagnie chilienne qui a l’exclusivité pour cette destination… et qui n’a plus une seule place libre avant un mois. Hors de question pour nous d’attendre aussi longtemps. À la veille du week-end, nous savons que rien ne pourra évoluer pendant les deux jours qui arrivent. Il n’y a plus qu’à oublier nos soucis et à profiter pleinement de l’arrivée du « Dakar ».

IMG_7283_Arrivee_Dakar.jpgGrâce à un ami de notre fils William, Claude, un pilote qui a participé au rallye, nous allons assister à l’événement dans des conditions privilégiées. Le « pass » qu’il nous procure nous donne accès partout. Et nous en profitons ! Voiture qui décolle sur le podium, demande en mariage, trophées, discours, photos, champagne et confettis, c’est la fête pour les rescapés du rallye.

IMG_7742_podium_Dakar.jpgAlors que la journée touche à sa fin, nous décidons de tourner une petite vidéo en bordure du parc fermé, côté moto. Démarrage du caméscope, et alors qu’elle était censée s’adresser à l’objectif, Chris sort du champ en s’écriant : « Ça alors, quelle surprise ! » Et pour une surprise, s’en est une. Sans s’être donner rendez-vous, sans même savoir que l’un et les autres viendraient ici, nous retrouvons Javier au milieu de la foule. Javier, un motard équatorien que nous avions rencontré au Sud de la Colombie alors que nous étions bloqués à la frontière. Incroyable ! Du coup, notre vidéo a pris une toute autre valeur…

Chris accuse le contrecoup des kilomètres de marche à travers la ville, du bruit incessant jour et nuit, du manque de sommeil. Nous avions prévu d’aller faire une visite aux chutes d’Iguazu, mais elle va plutôt rester ici pour se reposer un peu pendant que je fais un bref aller-retour aérien pour économiser du temps et la moto. Javier se joint à moi pour ce mini voyage à la frontière du Brésil.

IMG_8146_Iguazu.jpgOn se croirait à Disneyland tellement il y a du monde. Même les attentes font partie de la visite, mais nos efforts sont récompensés. Grandiose ! Sans vouloir vexer nos amis canadiens ou américains, les chutes du Niagara, à coté, c’est du « pipi de chat ». De longues passerelles métalliques nous conduisent aux plus beaux et plus spectaculaires points de vue en enjambant les multiples bras du fleuve où se reposent quelques crocodiles indifférents à toute cette agitation. L’eau chute de 80 m de haut, d’une falaise en forme de fer à cheval au beau milieu d’une végétation tropicale. Un nuage de brume rafraîchissant où le soleil, dessine de grands arcs en ciel nous empêche de voir le fleuve au bas des cascades. Rafraîchissant, c’est peut dire si l’on s’aventure au bout de cette passerelle conduisant au bas d’une chute. Ici, la douche est carrément garantie.

Le retour à Buenos Aires est bien moins féerique, car il faut se replonger dans les problèmes divers. Petit à petit les solutions arrivent. Le carnet de passage en douane, document indispensable pour rentrer la moto en Australie, part pour Brisbane via DHL. Nous achetons nos billets d’avions : nous quitterons l’Amérique du Sud le 31 janvier. D’ici là, il va falloir régler tous les soucis qui subsistent pour envoyer la moto. Nous passons une journée complète à laver cette dernière dans ses moindres recoins. Heureusement, Bertrand, que nous avons rencontré le jour de notre arrivée ici, nous donne un bon coup de main après avoir mis à notre disposition son garage et tous les outils nécessaires. Au soir, la moto semble presque neuve. Il n’y a plus qu’à espérer malgré tout tomber sur un douanier compréhensif. Il nous reste 6 jours avant notre départ. Il fait chaud. 35°. Après avoir logé dans un hôtel du centre-ville pendant une semaine (très dur pour le budget…), nous nous sommes déplacés de quelques kilomètres vers le Nord de la ville, et campons dans le jardin attenant à un petit garage moto de banlieue.

IMG_8299_Dakar_motos1.jpgRendez-vous des motards voyageurs, Dakar Motos est une source de rencontres et de renseignements bienvenus, autant pour ceux qui arrivent en Amérique du Sud que pour ceux qui en partent. Le soleil commence à descendre à l’horizon. Les rayons orange pénètrent dans l’atelier par la porte ouverte. Le ventilateur brasse inlassablement l’air chaud. Nous sommes nombreux, venus de différents pays mais unis par une même passion du voyage et de la moto. Nous avons retrouvé ici Don et Marty, deux Américains du Colorado avec lesquels nous avions fêté le nouvel an. IMG_8331_Dakar_motos2.jpgL’un d’eux a cassé sa moto et ils s’affairent à extraire le moteur du cadre de la KLR. Il y a également Ludovic, qui vient de Slovaquie sur une 650 GS. Très discret, il passe le plus clair de son temps sur son lit en compagnie de son ordinateur afin d’alimenter son blog. Il y a aussi Glen, un Canadien moniteur de parapente, ainsi que Carol et Ken, un couple qui vit de temps à autre, entre deux voyages, à Brisbane. Ken a passé sa journée à remettre en état la roue arrière de sa 80 GS. Et puis, nos deux préférés : Mathias. Suisse. D’une gentillesse incroyable. Il parle on ne sait combien de langues (mais pas le français). Il attend lui aussi que sa Transalp parte pour la Nouvelle-Zélande. Le soir, après son « pétard » quotidien, un rien l’amuse. IMG_8338_Dakar_motos3.jpgEn plus c’est communicatif, puisque tout le monde rigole en le voyant rire… Et enfin, ce bon vieux Chuck. Chuck le Texan, avec sa démarche et son accent de cow-boy. Lui aussi était à Ushuaia. Il comptait juste faire une étape ici avant de continuer son voyage vers le Brésil. La boite de sa 100 GS en a décidé autrement. Elle est posée là, sur l’établi, à prendre elle aussi la couleur orangée de la lumière du soir, en attente de pièces que Chuck espère recevoir chaque jour.

Petit à petit nos différents problèmes se sont solutionnés. Il est même temps d’aller livrer la moto au transitaire à l’aéroport. A peine arrivé dans la zone de fret, tout va très vite. La machine est pesée, dépouillée de ses rétroviseurs, de la bulle et du porte-bagage. Le réservoir est pratiquement vide, il ne nous reste plus qu’à déconnecter la batterie. Nous allons également laisser quelques équipements et nos casques. OLYMPUS DIGITAL CAMERA         Toujours ça de moins à transporter avec nous quand nous prendrons l’avion. Le douanier vient contrôler le numéro de série, les bagages, et en trente secondes nous avons son feu vert pour verrouiller nos coffres, recharger le matériel de camping. Aussitôt, la GS est sanglée sur une palette en bois et enveloppée de deux couches de plastique qui la font ressembler à un gros bonbon à l’orange. Etiquettes diverses, puis un élévateur enlève le paquet prêt à l’expédition. Tout paraît très simple et dérisoire une fois que l’on a trouvé la ou les solutions…

Une journée entière pour faire enfin un petit tour dans le centre de Buenos Aires. Malheureusement, la pluie vient gâcher cette ultime visite sur le continent américain. Il ne nous reste plus qu’à prendre l’avion à notre tour et vous donner rendez-vous très prochainement sur le continent de la terre rouge, l’Australie !

lundi 9 février 2009

Les prisonniers de Valdès


IMG_7019_prison.jpgIl a plu toute la nuit. Ce matin, quand nous pointons le nez hors de la tente, le paysage idyllique d’hier a laissé la place à un spectacle de désolation… Le ciel est chargé de gros nuages noirs, la terre s’est muée en boue et la petite descente à laquelle nous n’avions pas prêté attention hier en arrivant, s’est transformée en une montée impossible. La plupart des campeurs essayent de fuir cet endroit devenu une prison. Cela donne lieu à un curieux spectacle de véhicules insolites tentant de franchir cette petite côte couverte de boue. Travers, marches arrières, poussettes, remorquages, tout y passe. Bien entendu, le terrain se dégrade encore plus et se creuse de profondes ornières. Nous essayons de nous approcher avec la moto, mais les quelques dérobades de la roue avant vont très vite nous dissuader d’essayer d’aller plus loin. Nous sommes coincés ici. Prisonniers.

IMG_7055_phoque.jpgLa première idée qui nous vient à l’esprit, c’est de faire l’inventaire de nos vivres. Bilan bien maigre : juste assez d’eau potable pour tenir une journée en faisant très attention. Bon, nous ne sommes quand même pas seuls, et la civilisation n’est qu’à 22 km. De plus, alors que la matinée se termine, les nuages s’estompent et le soleil semble reprendre le dessus. Deux quads arrivent, pilotés par des policiers qui connaissent bien le problème. Ils se renseignent sur nos besoins éventuels et nous demandent de patienter. Nous n’avons pas vraiment le choix. Nous apprenons également que le village le plus proche a subi des dégâts et que l’accès à la péninsule a carrément été fermé. Après un repas un peu trop frugal à notre goût, l’eau de l’Atlantique étant un peu trop fraîche pour envisager de s’y baigner, il ne nous reste plus qu’à aller nous promener à pied. Balade agréable qui nous permet de rencontrer un phoque, tranquillement endormi sur des rochers surplombant la surface limpide de l’océan. Comment est-il monté jusqu’ici ? Mystère. En revanche, il se passerait certainement du bruit du déclencheur de l’appareil photo, qui le mitraille sous tous les angles.IMG_7100_pingouin.jpg L’occasion est si rare de pouvoir approcher ces animaux d’aussi prés, que nous ne pouvons nous empêcher d’en profiter. Un peu plus tard, ce sera un pingouin qui viendra s’échouer sur la plage de notre bivouac. Transi de froid, la pauvre bête s’endormira immédiatement.

Petit à petit, le soleil et le vent ont séché la piste. Nous démarrons la moto en vue d’aller au village nous réapprovisionner. Les deux petites côtes (car en fait il y en a deux) se franchissent sans problème. Mais alors se présente devant nos roues une immense flaque d’eau, qui recouvre complètement la piste construite en tranchée. Tandis que le ciel se recouvre très vite de nuages noirs n’annonçant rien de bon pour notre avenir météorologique immédiat, nous prenons une nouvelle décision : quitte à traverser cette étendue d’eau, autant ne pas avoir à revenir. Retour à la plage pour plier et charger nos bagages. Au revoir à nos voisins d’un jour et nous voilà repartis. Il est déjà tard. Si nous ne trouvons pas à nous loger à Puerto Piramides, nous trouverons certainement un endroit où bivouaquer.

IMG_7106_plante.jpgEt nous revoilà devant cette grosse baignoire. Finalement, ça passe bien. Chris fait un détour à pied et reprend sa place sur la moto. Quelques centaines de mètres plus loin l’histoire se répète, mais ça passe encore. Bientôt se présente un troisième passage. Encore plus long, encore plus impressionnant. Chris redescend de la moto tandis que j’essaye de traverser l’obstacle sans me mouiller les pieds. Difficile. Plus j’avance, plus le niveau de liquide monte. Quand l’eau arrive au niveau des cylindres, j’essaie de me rapprocher du bord de la piste au cas où… Erreur. Grosse erreur ! Tout à coup la roue arrière s’enfonce et la moto cesse d’avancer. Cette fois, il faut bien mettre les pieds dans l’eau. Impossible de bouger la machine. Rien n’y fait. Chris enlève chaussures et pantalon et vient dans l’eau froide pour m’aider. Rien à faire. Nous enlevons le maximum de bagages pour alléger l’ensemble. En vain.

La nuit tombe. Nous savons qu’une voiture doit repasser par ici ce soir. Le 4x4 des jeunes qui campaient à côté de nous, et qui sont allés au village. Après une attente qui semble interminable, nous entendons le bruit d’un moteur. En prenant un peu de hauteur, nous voyons des phares au loin, sur la piste principale. Il faut encore bien 10 mn avant qu’ils n’arrivent ici. Cela ne présage rien de bon. La voilà enfin, cette voiture équipée d’un treuil. Le conducteur me tend une sangle que j’amarre à la moto, mais qui casse à peine la voiture commence à reculer. Houlà ! Au tour du treuil maintenant. Le conducteur ne sachant pas s'en servir, il opère à nouveau une marche arrière. Ça force, mais la moto ne bouge pas d’un centimètre. Dernier recours : la pelle. Pendant une demi-heure, je dégage au mieux tout autour de la moto avant un ultime essai. Heureusement, ce sera le bon. Les efforts du 4x4 ajoutés à ceux de la moto et de deux personnes qui la poussent ont enfin raison du piège, qui agissait comme une ventouse. Soulagement. Tout comme la moto, nous voilà couverts de boue. IMG_6441_un_treuil_et_TVB.jpgNos sauveurs nous annoncent un dernier passage identique un peu plus loin. Les bagages rechargés, nous avançons doucement dans la nuit, guettant le moindre piège qui pourrait nous bloquer à nouveau. Arrivés devant le dernier obstacle, je fais une reconnaissance à pied. Mouillé pour mouillé, autant ne pas prendre de risque. En passant au milieu, ça devrait aller. Et c’est ce qui se passe. Ouf ! Nous plantons la tente ici, au bord de la piste car la nuit est tombée. Assez pour aujourd’hui !

Un spectacle de désolation s’offre à nous le lendemain, dans ce village aux rues couvertes de boue. Un bon petit-déjeuner plus tard, nous repartons malgré tout visiter cette péninsule de Valdès dont on nous a tant parlé. Les pistes qui doivent êtres bonnes la majorité du temps sont abîmées. Avec les pluies, les véhicules ont creusé de petites ornières qui donnent à moto l’impression de rouler avec les pneus dégonflés. Pas agréable du tout. Les distances sont grandes et il nous faut beaucoup de temps pour arriver au premier site. Les éléphants de mer sont bien là, en nombre, affalés sur la plage à… 200 m de nous. Aucun aménagement, pas un trottoir pour se rapprocher un peu. Rien, ni même personne. Juste une caméra pointée vers la clôture afin que nous ne la franchissions pas. Ils sont loin les reportages télés où le caméraman va compter les poils de la moustache des animaux… Assez décevant. Il faudra attendre de pouvoir profiter d’aménagements privés un peu plus loin pour enfin pouvoir s’approcher raisonnablement des bestiaux et prendre quelques photos. Devant ce manque évident d’infrastructures, nous nous demandons bien qu’est ce qui peut justifier le prix d’entrée de cette péninsule !?

Deux drôles d’animaux coupent notre chemin, quelques mètres devant notre roue. Impossible de bien voir de quoi il s’agit, mais de toute façon nous n’avons jamais rien vu de tel. Des oreilles de lapin sur un corps de la taille d’un marcassin, et des pattes qui donnent l’impression de voir courir un kangourou…Étonnant ! Un peu plus loin, nous voilà devant une colonie de pingouins Magellan. La clôture a été posée à la limite des terriers les plus proches et nous pourrions toucher certains de leurs habitants si nous le souhaitions. Nous cassons la croûte dans la pampa, finalement sous le soleil aujourd’hui. Il est bien trop tard pour envisager de faire le tour complet de la péninsule. De plus, les baleines ayant quitté les lieux il y a quelques jours, nous avons vu tout ce qu’il y avait à voir. Encore un peu de piste, le plein de carburant et nous filons vers Buenos Aires pour ne pas manquer l’arrivée du « Dakar ». Nous traversons quelques orages, en contournons quelques autres, avant de quitter la Patagonie à un simple croisement. Le changement de paysage est alors flagrant. Impressionnant, même, comme si un trait séparait les régions. Les champs prennent instantanément la place de la pampa.

Quelques grandes lignes droites et quelques étapes plus loin, nous voilà enfin dans cette capitale gigantesque où vivent environ 15 millions de personnes. Sorte de retour à la pollution et au bruit oubliés un temps. Il y a de grandes chances que nous ayons fait là les derniers kilomètres de notre périple en Amérique du Sud.

lundi 2 février 2009

De la Terre de Feu à la Patagonie


00 h 00 : bonne année 2009 ! Tout le monde est debout sur les chaises et à la fin du décompte des secondes, une explosion de joie retentit dans la salle.

IMG_5703_Ushuaia.jpgPour nous, la première journée de l’année sera une journée sans moto. Levés tard, nous passons notre temps à ranger nos affaires et à préparer notre départ du lendemain. Ushuaia est bâtie au fond d’un fjord, au pied de montagnes enneigées toute l’année. Ici, l’été, c’est quand il n’y a plus de neige dans les rues de la ville. Mais même à ce moment-là, les arbres peuvent se revêtir d’une robe blanche alors qu’il faisait soleil quelques minutes auparavant. Une seule journée peut voir défiler les quatre saisons… Petit à petit le camping se vide. Même les énormes paquebots qui étaient amarrés au bout des rues de la ville ont repris leurs croisières à travers les multiples îles et détroits, où de temps à autre viennent mourir quelques glaciers.

IMG_6013_trouvez_le_sens_du_vent.jpgÀ notre tour, il nous faut quitter ce bout du monde. La route est longue jusqu’à Buenos Aires, où nous souhaitons assister à l’arrivée du rallye « Dakar ». En plus notre programme prévoit une succession de visites de parcs nationaux. Or sous ces latitudes, le goudron n’est pas roi. Le réseau routier s’avère majoritairement constitué de pistes, loin d’être toutes bonnes ! En cette fin d’après-midi, nous sommes ainsi sur l’une d’elle à longer le détroit de Magellan. Après avoir eu droit aux pierres, aux ornières et au gravier profond, la voie s’est transformée en un beau ruban de terre bien damé qui nous laisse presque le temps d’admirer le paysage. Presque, car le vent, lui, ne fait aucune pause. Nous luttons continuellement, moto inclinée tout comme les rares arbres qui réussissent à pousser ici. Quand on en voit un, pas la peine de se demander dans quelle direction ça souffle…

IMG_6256_Pingouins_Magellan.jpgNous embarquons cette fois sur un bateau tout neuf pour retraverser le détroit dans une de ses parties les plus larges. Déjà nous quittons la Terre de Feu pour revenir en Patagonie, à Punta Arenas. Encore une fois, nous avons changé de pays en passant de l’Argentine au Chili. Ces villes du fin fond de la planète n’ont rien de très attrayant. En revanche, elles constituent souvent d’excellents points de bases pour des visites aux alentours, comme ici la colonie de pingouins Magellan de la baie d’Otway. Rigolo de se balader aux cotés de ses oiseaux, qui se dandinent sur les mêmes trottoirs que nous. Faute de pouvoir voler, ils sont d’excellents nageurs.

IMG_6324_Monument_vent.jpgAlors que nous roulons vers Puerto Natales et que nous luttons de plus belle contre lui, quelle n’est pas notre surprise de croiser un monument dédié au vent : quatre poteaux surmontés d’espèces de globes métalliques. Non seulement le vent pourrit à longueur d’année la vie des rares habitants qui vivent ici, mais en plus ces derniers sont allés dépenser une petite fortune pour lui rendre hommage !? Mais si l’on se passerait volontiers de lui, il est vrai que la Patagonie ne serait alors plus la même…

IMG_6557_Torres_del_Paine.jpgPuerto Natales. Ravitaillement en vivres pour une visite au parc national Torres del Paine. De la piste, encore de la piste pour atteindre cet endroit perdu sur la côte déchiquetée du Sud du Chili. Si la météo nous le permet, nous devrions avoir une vue magnifique sur les montagnes de la Cordillère des Andes ainsi que sur les lacs et glaciers qui les entourent. Mais encore une fois, ce n’est pas gagné. Le paysage ne se dévoile que partiellement, et il nous faut le reconstituer dans notre tête comme un puzzle. Les nuages arrivant du Pacifique, poussés à grande vitesse par ce vent incessant, défilent sans relâche. Même une randonnée à pied prend des allures d’expédition tellement la lutte contre les courants d’air est âpre. Difficile, dans ces conditions, d’apercevoir le glacier Gris au fond du lac du même nom. Seuls quelques gros glaçons bleus venus s’échouer sur la grève nous indiquent sa proximité. Il faut presque jouer « des coudes » avec les guanacos (lamas sauvages) sur le chemin du retour, tellement ceux-ci sont nombreux. IMG_6020_Piste_terre_de_Feu.jpgEn même temps, il faut arriver à conserver assez d’adhérence à la roue avant, qui sous l’effet du vent a plutôt tendance à vouloir jouer « les filles de l’air ». Nous finissons par croiser une niveleuse en train d’aplanir un très mauvais morceau de piste que nous avions franchi hier en venant.

Fin d’après-midi à Cerro Castillo. Le vent est tellement violent qu’au lieu de nous engager sur la piste menant à l’Argentine, nous essayons de trouver un hébergement ici. Bizarrement, dans ce petit village perdu au fond de la pampa, le seul hôtel bon marché est soit-disant complet… Il n’y a plus qu’à se remettre en route. Formalités côté chilien, puis côté argentin, et nous retrouvons le goudron pour quelques kilomètres avant d’emprunter un tronçon de la fameuse Route 40. Contre toute attente, nous voilà sur une piste très roulante dans un magnifique paysage de pampa à perte de vue, éclairé par le soleil couchant. Tout le long, plus où moins derrière des clôtures, paissent des troupeaux de moutons mérinos à l’épaisse toison de laine. Il faut se méfier d’eux comme des guanacos ou des nandous, car ils ont une fâcheuse tendance à détaler à l’approche de la moto en lui coupant la route. Nous voilà enfin à El Calafate, petite ville sur la rive du lac Argentine qui sert de point de base pour la partie Sud du parc national des Glaciers. Partie où se trouve le célèbre Périto Moreno, un des joyaux de la Patagonie. Dans un petit camping, nous retrouvons quelques motards rencontrés à Ushuaia. Soirée discussion et nuit courte.

IMG_6682_Perito_Moreno.jpgEn raisons des pratiques douteuses des autorités du pays, qui pratiquent une honteuse discrimination à l’égard des étrangers sommés de payer les entrées dans les parcs nationaux trois plus cher que les locaux, nous nous levons à 6 h 30. Plus vraiment l’habitude… La manœuvre consiste à arriver à l’entrée du parc avant ses employés, de façon à ce qu’il n’y ait personne dans la guérite pour encaisser les 120 pesos requis… Nous voilà donc, du même coup, presque seuls face à ce spectacle extraordinaire : le glacier venant finir sa course dans un des bras du lac Argentine. Hier encore, il pleuvait, il y avait du vent et il faisait froid. C’est l’été, que voulez-vous… Aujourd’hui nous avons de la chance, car c’est sous le soleil que nous passons une grosse partie de la matinée à attendre qu’un gros bloc de glace se détache du reste du glacier. Celui-ci plonge alors dans le lac, et forme un nouvel iceberg qui peut dériver longtemps sur sa surface paisible et bleue. Un spectacle féerique, un peu comme un feu d’artifice avec ses détonations, ces craquements, presque ses rugissements. Vers midi, l’arrivée massive des touristes en autocars finit par nous chasser.

IMG_6646_Route_40.jpg« On the road again » pour rejoindre à nouveau la côte Atlantique et entamer la remontée vers Buenos Aires. Sur la célèbre Route 3 (il y a deux routes principales dans le Sud du pays, la 40 qui est une piste à l’Ouest, et la 3, le long de la côte, qui est un peu l’équivalent de notre bonne vieille RN 7), le spectacle est permanant en ce début de vacances scolaires. Les arrêts aux stations-service nous replongent en plein dans les années 1970, avec ces Ford Falcon et autres Renault 12 aux galeries chargées de bagages. Sans parler de ces antiques camping-cars qui sont en fait de vieux bus ou camions aménagés. Alors que nous mangeons un sandwich attablés dans la salle de l’une de ces stations, nous nous amusons à observer les Argentins, dont le plus gros souci semble être l’approvisionnement en eau chaude. Pour quoi faire ? Simplement pour siroter leur « maté », une infusion qui passe ici pour une véritable institution. Certains vont même jusqu’à tenir bol et cigarette d’une main, et téléphone portable de l’autre. Comme des drogués ! Pour nous, en plus du spectacle offert par ces arrêts, ces stations sont des lieux privilégiés de rencontres avec d’autres motards. Venus de tous les pays d’Amérique du Nord ou du Sud, ils n’ont en tête qu’une seule et unique destination mythique : Ushuaia.

San Julian. Et si nous faisions encore un peu de piste ? L’occasion est trop belle pour la laisser passer : 27 km le long de falaises au pied desquelles une colonie de lions de mer se réchauffe, sous le soleil de cette fin de journée ensoleillée. Nous pouvons les approcher à une vingtaine de mètres à peine. Bien assez près pour distinguer la crinière des mâles et faire quelques photos. Le même spectacle nous sera offert le lendemain, avec une colonie beaucoup plus importante encore. Mais notre objectif, dans cette région, reste le parc de la péninsule de Valdès. Classé au patrimoine mondial par l’Unesco, nous espérons bien y voir un maximum d’animaux « exotiques ».

D’ailleurs nous voilà à Puerto Piramides, seul village de la péninsule qui possède l’unique camping du parc, évidemment bondé en ces temps de vacances. Les hôtels aussi affichent complets… Un type nous dit : « Vous pouvez aller planter votre tente dans un endroit formidable : la plage de Pardelas. » Et nous voici en route vers cette destination improbable. La piste est bonne et nous arrivons vite à la plage conseillée après avoir longé de magnifiques dunes. Évidemment nous ne serons pas les seuls à bivouaquer dans cet endroit paradisiaque, mais la surprise se révèlera agréable. Pour ceux qui ont vu l’excellent film « Into the Wild », nous nous retrouvons en fait au beau milieu d’un « campement » ressemblant étrangement à celui dans lequel le personnage principal fait étape. Des gens de tous horizons, avec chacun une vie et une histoire qui les ont conduits ici pour une semaine ou des années… Une ambiance presque irréelle, faite d’entraide, de solidarité et de convivialité. Cela tombe bien puisque notre pneu arrière, pourtant pas très vieux, est une nouvelle fois à plat après avoir croisé un vieux clou rouillé qui passait par là… Une cheville, et le compresseur du voisin fera le reste du travail pendant que nous faisons connaissance autour d’un apéritif improvisé. Le soleil se couche et il ne nous reste plus qu’à prendre le temps d’apprécier cet instant rare de tranquillité et d’humanité.

lundi 26 janvier 2009

Au bout du monde à 39 999 km


IMG_5390_PONT_CARRETERA_AUSTRAL.jpgUn beau soleil bordé de sommets enneigés inaugure ce 25 décembre, où nous reprenons la piste assez tôt. Comme premier cadeau de Noël, la voie se recouvre très vite d’un beau revêtement en béton tout neuf avec une belle ligne continue au milieu, qu’il est agréable de suivre à bonne allure. Cela ne dure hélas qu’une vingtaine de kilomètres, mais c’est toujours ça de gagné. D’autant que la piste suivante est vraiment dans un état lamentable, proportionnel à la beauté des paysages qu’elle traverse. Nous croisons un couple de motards allemands qui reviennent d’Ushuaia. Échange d’informations sur l’état des routes, lorsque arrive un cycliste australien. Que de monde dans ce coin perdu !

Le revêtement a refait son apparition, nous donnant l’impression de surfer sur un tapis volant jusqu’à Puerto Aisen. Deuxième cadeau de Noël : un bon repas au restaurant. Passage à Coihaique. Ville morte. Plein de carburant et retour sur la Carretera Austral. Le vent violent nous rappelle que nous sommes en Patagonie. La route est revêtue jusqu’à Puerto Ibanez. où nous arrivons en fin d’après-midi après avoir traversé une région où chaque montagne est en fait un volcan.IMG_5510_CIEL_DE_FEU.jpg L’agglomération, il fallait s’y attendre, est parfaitement déserte. Camping fermé, auberges fermées. Seul le policier de garde est en mesure de nous donner quelques informations. Cette fois nous avons de la chance : il y a un bateau qui part demain matin à 10 h pour traverser le lac Buenos Aires. Il nous suffit de trouver un endroit où bivouaquer. Nous nous engageons sur la piste qui conduit en Argentine et trouvons un chemin qui mène au bord du lac. Des ruines, une voiture. Rencontre avec des Chiliens qui fêtent Noël en famille. Un agneau est de la fête aussi, mais lui est sur la braise. Comme un troisième cadeau, nous voilà invités à partager leur repas : sympa ! Chris, après quelques verres de vin local, fait des progrès spectaculaires en espagnol. Il faut la voir discuter avec la « mama » !

Sur le quai d’embarquement souffle encore un vent abominable, qui soulève l’eau de la surface du lac. Le bateau va-t-il partir ? Nous partageons cette interrogation avec un couple de Japonais qui parcourt la planète en tandem, pendant quatre ans… Finalement nous partons pour une traversée de 2 h 30. On se croirait sur la Méditerranée un jour de grand Mistral, avec des creux jusqu’à deux mètres !IMG_5629_ROUTE_3.jpg Nous resterons assis sur une bâche pliée à côté de la moto, afin de maintenir cette dernière sur ses roues et sa béquille. La frontière passée, deux solutions s’offrent à nous : soit emprunter la route 40, un monument ici en Argentine, soit couper par une belle route goudronnée pour rejoindre la route 3, l’épine dorsale du pays. Après, il ne « reste plus qu’à » descendre vers la Terre de Feu. On nous en a tellement dit sur cette route 40, son mauvais état (c’est une piste) et sa monotonie, que nous optons pour la deuxième solution, même si elle nous oblige à parcourir beaucoup plus de kilomètres. En fait, nous en avons un peu assez de ces mauvaises pistes sur lesquelles nous perdons tant de temps…

IMG_5538_ON_APPROCHE.jpgTraversée de zones pétrolifères où des pompes s’activent, avant d’arriver sur la côte Atlantique. La route à partir d’ici pourrait être facile sans ce maudit vent. On nous en avait parlé, du vent de la Patagonie, et cette fois nous y sommes confrontés en permanence. Pas besoin des panneaux pour nous rappeler sa présence : du matin au soir nous roulons avec la moto inclinée. Cervicales et poignets en prennent un coup. Inutile de dire que le soir, pas besoin de se faire bercer pour dormir.

Au passage d’une dernière colline, le voilà enfin devant nous. Lui, c’est le détroit de Magellan. Oh ! rien de bien spectaculaire en fait. Cela pourrait être une côte comme toutes les autres, si ce n’était l’histoire de ce grand navigateur et découvreur. Le bac est stationné sur la rive. Embarquement immédiat pour une traversée de 20 mn qui va nous conduire en Terre de Feu. Problème au débarquement, où un autocar arrache son pare-choc en descendant. Il faut dire qu’il n’y a pas de quai, et que la rampe repose directement sur la grève. Et comme en plus le bateau n’est pas amarré, il bouge constamment. Pour nous, ce ne sera qu’une fixation du sabot moteur qui rendra l’âme ici…

IMG_5626_FRONTIERE.jpgDe ce coté du détroit, pas de changement notable. La pampa se déploie à perte de vue encore et encore. Les guanacos (lamas sauvages) nous regardent passer en continuant de brouter, alors que les nandous (cousins des émeus d’Australie, eux-mêmes cousins des autruches d’Afrique) détalent à toute vitesse à notre approche. Il nous faut traverser un bout du Chili pour revenir en Argentine, où se trouve Ushuaia. Les deux pays sont tellement imbriqués ici au Sud, qu’à force de passer de l’un à l’autre les pages de nos passeports se remplissent de tampons. Le Chili, ne voulant pas engager de frais qui seraient bénéfiques à l’Argentine, ne goudronne pas sa route principale. Ce qui nous vaut encore une bonne centaine de kilomètres de pierres et d’ornières jusqu’au retour en Argentine et au goudron. Jusqu’au bout du monde, cette fois. Le vent est toujours de la partie. Pas besoin de se demander dans quel sens il souffle quand nous voyons l’un des rares arbres qui ont réussi à pousser ici…

Entrée de Rio Grande, 200 km avant Ushuaia. La moto émet un gros pet et le moteur s’arrête. A ce moment précis, il semble que le monde s’arrête de tourner. En fait, rien de grave : juste une bougie de la culasse droite qui revendique plus de liberté.

IMG_5807_ON_Y_EST.jpgLe paysage change. Des arbres. Des forêts, même. Le vent semble se calmer un peu et le ciel se charge de lourds nuages noirs. Nous contournons un lac lorsque tout à coup, les montagnes apparaissent. Couvertes de neige. Il ne fait pas vraiment chaud. La route commence à grimper pour franchir un petit col, avant de plonger doucement dans une vallée. Le GPS indique 30 km avant l’arrivée. 10 km. 7 km. Nous sommes face au panneau « USHUAIA – Bienvenido a la ciudad mas austral del Mundo ». Cette fois nous y sommes ! Il y a quelques mois, nous étions en Alaska. À l’opposé de cet énorme continent. Nous avons parcouru entre Fairbanks et Ushuaia, les points les plus au Nord et au Sud de notre voyage, à un kilomètre près, l’équivalent d’un tour complet de la planète : 39 999 km. Cela mérite bien une séance photo devant le panneau !

IMG_5845_FIN_DE_LA_ROUTE_A_LA_FIN_DU_MONDE.jpgBeaucoup de voyageurs se rendent à Ushuaia pour la nouvelle année. En camping-car, en voiture, à vélo, à moto… Ces derniers temps, nous en avons croisé beaucoup. Nous nous rendons au camping supposé rassembler les motards pour l’occasion. Surprise d’y trouver quatre Français qui ont profité de places disponibles dans un conteneur pour venir en Amérique du Sud. La journée du 31 sera consacrée à l’organisation du réveillon et à la dernière balade à moto de l’année. Inoubliable sortie à travers le parc national de la Terre de Feu, qui nous conduit tout au bout de la route 3. Retour au camping vers 22 h, juste pour commencer les festivités. La salle est comble, et de notre côté nous sommes une quinzaine de motards bien décidés à passer une bonne soirée. Le barbecue géant remplace pour un soir la télé, incontournable depuis des mois dans chaque recoin des pays d’Amérique du Sud. Repas, histoires de motards en voyage, bonne ambiance : 5, 4, 3, 2, 1, 2009 !

lundi 19 janvier 2009

Balade australe


Nous avons pris pas mal de retard dans la rédaction de notre journal de bord ces derniers temps, mais les conditions ne se prêtaient pas vraiment à l’écriture. Pour respecter le rythme hebdomadaire de ce blog sans trop en accélérer le récit, reprenons notre voyage là où nous l’avions interrompu…


IMG_6253_ILE_DE_CHILOE.jpgC’est quand même incroyable qu’un pays moderne comme le Chili, qui compte des milliers de kilomètres de côte avec autant d’îles à desservir, possède en parallèle un réseau maritime très peu développé. Sans parler de la vétusté du matériel… Comme nous l’avions prédit, après une brève visite sur l’île de Chiloé, nous voilà obligé de repartir vers le Nord, complètement à l’opposé de notre destination ! La continuité territoriale n’est décidemment pas une notion qui préoccupe grand monde ici : la Carretera Austral débute bien à Puerto Montt, mais il n’y a pas de ferry pour traverser certains fjords que la route ne contourne pas. Du coup, voitures et camions sont obligés de transiter par l’Argentine.

IMG_5209_ARGENTINE.jpgNous remontons donc de 150 km pour ensuite filer plein Est, vers la ville de Bariloche. Afin de gagner du temps, nous roulons le plus tardivement possible jusqu’à un tranquille petit village construit au bord d’un lac, au pied des montagnes. Un endroit bien agréable pour faire étape à quelques encablures de la frontière. Manque de bol, c’était sans compter sur un nouvel embrouillamini administratif… Ici, au Chili, l’assurance des motos n’est pas obligatoire. Devant l’impossibilité d’en souscrire une, nous y avons renoncé. Côté Argentin en revanche, il faut posséder une police avant même de se présenter à la frontière. Et paradoxalement, il est possible de s’assurer ici au Chili pour le pays voisin !?! Possible oui, mais à Osorno où nous sommes passés la veille au soir, à 50 km d’ici. Pour avoir voulu grappiller quelques heures, nous voilà condamné à parcourir 100 bornes supplémentaires. Et comme quand rien ne doit marcher, rien ne marche, nous voilà bloqués à quelques kilomètres du poste de douane par un camion renversé en travers de la voie. Alors même que nous ne savons pas comment seront les routes plus loin, une seule certitude nous accable : il y a encore une sacrée distance à couvrir pour rejoindre la Terre de Feu. IMG_5445_ARRET_PHOTO.jpgNous franchissons finalement la Cordillère des Andes par un col où il reste encore de la neige sur le bord de la chaussée. L’altitude n’est pourtant que de 1300 m, mais les forêts et les lacs se succèdent en composant un magnifique paysage de montagne.

Tandis que le relief s’estompe dans les rétroviseurs, le décor devient plus aride. Il nous faut faire étape à San Carlo de Bariloche, ville très touristique que nous aurions préféré éviter… sauf qu’on ne décide pas de tout. Comme prévu, étape onéreuse où nous évitons de nous attarder. Dès le lendemain, nous roulons à nouveau dans la bonne direction, celle de la Carretera Austral. Mais l’imbrication des deux pays et la géographie n’ont pas fini de nous surprendre. Il va nous falloir jongler avec les postes de douane en passant fréquemment de l’Argentine au Chili, et vice-versa. Nous pensions avant de nous lancer dans ce labyrinthe que les deux pays avaient des accords pour faciliter la circulation : il n’en est strictement rien. À chaque passage de frontière, il nous faut refaire toutes les formalités. Inutile de vous dire que nous devenons des champions dans cette discipline bureaucratique.

IMG_5259_PISTE_ARGENTINE.jpgIl y avait quelque temps que nous n’avions plus posé nos roues sur une piste. Trevelin. Sortie du village. La route perd tout à coup son revêtement et laisse la place à une piste en mauvais état. Heureusement, il n’y a que 30 km à parcourir pour rejoindre le poste frontière. Et là surprise ! côté chilien il y a un beau revêtement qui nous conduit au village de Futalefu. Ravitaillement en eau et en vivres, nous ne savons pas où nous serons ce soir. Et nous revoilà sur la piste. Cette dernière suit une grosse rivière aux eaux turquoises. Mais l’heure tourne vite et il est déjà temps de chercher un emplacement où planter notre tente. Nous pensions que dans ces contrées relativement inhospitalières, il serait facile de bivouaquer : perdu ! Les habitations se succèdent tout au long du chemin et ici, comme en Amérique du Nord, le barbelé est roi. Il doit même y en avoir des millions de kilomètres. Nous voilà contraints de nous arrêter dans un camping « à la ferme ». Situé en bord de la rivière, l’endroit est toutefois agréable et de plus nous y sommes seuls.

IMG_5306_CARRETERA_AUSTRAL.jpgNous y voilà enfin, sur cette fameuse Carretera Austral. Route n°7 également appelée ici « Route Pinochet », car c’est ce dernier qui avait décidé de sa construction afin de désenclaver toute la partie Sud du pays. Nous sommes le 24 décembre. Alors qu’une grande partie de la population de la planète prépare le réveillon, nous roulons sans nous préoccuper de toute cette agitation et sans savoir de quoi sera faite notre soirée. Dans l’ensemble, la piste est bonne. Mais comme rien ne va jamais au mieux, il faut qu’une grande partie de l’axe soit en travaux. Et là, c’est beaucoup moins drôle. Sans en arriver aux extrêmes des pistes boliviennes, il y a encore des moments où ça sent la galère. Alors que nous faisons le plein de carburant à La Junta, nous rencontrons une famille de Savoyards en goguette dans le coin à bord de leur camping-car. Une invitation à manger à bord de leur véhicule, et nous roulons à nouveau vers ces spectaculaires paysages qui bordent le Pacifique tout au long du Sud du Chili. IMG_5322_SUR_CARRETERA_AUSTRAL.jpgEn milieu d’après-midi nous arrivons au petit village de Puyuguapi niché au fond d’un fjord. Et comme par hasard, nous nous y pointons en même temps que le père Noël ! Incroyable, non ? C’est pourtant bien lui que nous avons vu arriver à bord d’une vieille voiture de pompiers (son traîneau devait être en panne !?), au milieu d’une foule d’enfants fébriles. Sans cela, le village aurait probablement été désert… Nous profitons de cet arrêt pour acheter quelques provisions pour les prochains repas, dont celui du réveillon de ce soir. Nous tardons un peu à quitter ce village du « bout du Monde » comme nous aimons tant en découvrir. Et c’est encore une succession de paysages à s’arrêter tous les kilomètres pour les photographier qui s’offre à nous. De quoi nous faire facilement oublier le mauvais état de la piste.

IMG_5339_LA_CARRETERA_AUSTRAL.jpgL’heure tourne. Les clôtures nous empêchent tout accès aux endroits susceptibles de recevoir notre bivouac et en plus, la géographie s’en mêle. Alors qu’il nous faudrait être installé, nous nous lançons dans l’ascension d’un col. Les lacets de la montée sont complètement détruits. Parvenus au sommet, nous nous retrouvons face à des montagnes couvertes de neige et de glaciers. Il va faire bon cette nuit ! Encore faudrait-il déjà trouver un endroit pour dormir car là, si nous sortons de la piste, c’est pour tomber de quelques dizaines de mètres en contrebas… Il nous faut rouler encore. Le soleil s’est couché depuis un moment déjà. Au bas du col, alors que le relief redevient un peu plus hospitalier, nous nous voyons contraints, devant l’urgence, de nous installer finalement dans une propriété privée. Bon le portail était par terre, on dira qu’on ne l’a pas vu… Nous trouvons une petite surface de la taille de la tente au beau milieu de grosses pierres inconfortables, au cœur de la forêt. Il fait nuit noire quand notre repas de réveillon, des spaghettis, se retrouve sur le sol suite à un égouttage loupé. Que voulez-vous, c’est aussi ça, l’aventure !