Motards nomades

Motomag.com

Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 30 novembre 2009

Sur le chemin du retour…


IMG_9434_007_rencontre.jpgNous les avions aperçues au Cap Cod, au tout début de notre voyage. La mer était mauvaise, le ciel gris, bref pas de quoi motiver les baleines à faire de grands sauts et autres pitreries. Ici, à Hermanus, à quelques kilomètres de Cape Town, nous passons une journée à les regarder bondir hors de l’eau, faire des cabrioles ou tout simplement dire bonjour de loin, d’un petit geste de la nageoire. IMG_9165_004_baleine_Hermanus.jpgIncroyable ! En plein centre-ville, confortablement installés sur des bancs aménagés sur les rochers bordant la baie, sans prendre un quelconque bateau, sans se mouiller… Et en plus, sans avoir à sortir un rand. C’est qu’ici, comme partout, l’accès à la nature est le plus souvent payant. Et comme la vie n’est pas donnée de ce côté-ci de l’Afrique, on apprécie pleinement le spectacle que nous donnent les cétacés. Juste une chose : la prochaine fois, donnez-le un peu plus près de la côte. Juste pour les photos…

Une petite balade en Bretagne ou en Patagonie, ça vous dirait aujourd’hui ? C’est un peu notre programme, à quelques détails près. Nous évitons de nous engager dans Cape Town ce matin, en suivant la route côtière. De gros rochers nous rappellent Perros Guirec… si ce n’est que la faune locale est constituée de pingouins. Ces derniers se prélassent au soleil, semblant ne pas apprécier la température de l’eau. Ils iront prendre un bain quand vraiment la faim les gagnera. Une aubaine pour nous, qui pouvons les observer à loisir. Le cap de Bonne-Espérance n’est qu’à une vingtaine de kilomètres. Voilà le genre d’endroit où nous espérions pouvoir aller depuis des années, et où nous ne resterons finalement que deux petites heures. Il faut dire que le vent qui souffle ici n’a rien à envier à celui de Patagonie. IMG_4580_005_Cap_Bonne_Esperance.jpgA cause de lui, il nous faut prendre mille précautions avec la moto, les casques… Tout peut se retrouver par terre très vite en une seule rafale. Nous aussi, d’ailleurs… Faire quelques photos (ou du moins essayer) afin d’immortaliser ce moment et fuir au plus vite. Pas vraiment le genre d’endroit où nous avons envie de nous éterniser, malgré la beauté on ne peut plus sauvage du site. Nous fuyons les embruns pour revenir à un climat plus serein à l’abri des montagnes.

Cape Town. Pour nous y rendre enfin ce matin, nous choisissons de passer par la côte Ouest du cap. Choix judicieux, car non seulement nous évitons les encombrements, mais en plus nous roulons sur la Chapman Peak road. Une route en corniche surplombant l’océan Atlantique qui, ici, a des couleurs de lagon tropical. La ville semble paisible et agréable. Manque de bol, la rareté des places de camping et le coût exorbitant des chambres vont nous priver d’un séjour. Dommage, il y avait tellement de choses à voir… Nous partons à regret, un peu comme à Vancouver l’an passé, mais en ayant toutefois pu faire remplacer l’insert de notre bouchon d’huile. Une intervention de quelques minutes à peine…

IMG_4748_006_sur_la_piste.jpgA ce moment du voyage, c’est la route vers le Nord que nous prenons. Autrement dit la route de l’Europe, et plus précisément de la France. Certes, encore quelques kilomètres nous en séparent, mais ça sent déjà le retour… Notre prochaine étape se situe au Nord-ouest du pays. Pour l’atteindre, ce sont quelques centaines de kilomètres qu’il nous faut parcourir. Au plus nous avançons, au plus il fait chaud. Nous nous rapprochons à nouveau du tropique du Capricorne. Il fait entre 36 et 39 degrés. Lors d’une halte, nous dégustons quelques nectarines à côté d’un sapin de Noël. Contrastes. Nous sommes un peu pressés par le temps ce soir. Nous n’avons toujours pas trouvé un endroit où planter notre tente et le soleil descend très vite. Alors que nous franchissons un énième col, impossible de ne pas s’arrêter. La lumière du soleil couchant embrase toute la vallée et lui donne des airs de Monument Valley en Arizona. A croire que nous pourrions faire un tour du Monde sans sortir de l’Afrique du Sud ! Sans parler de ce col, ou exception faite de la rare végétation, nous pourrions affirmer avoir roulé sur la lune… C’est vrai, il fait très chaud… Mais c’est juste pour vous dire à quel point ce pays est inattendu et dépaysant… Que dire quand les vignes remplacent les plantations de citronniers ou orangers en plein cœur d’une région aussi aride que l’Ouest de l’Australie, simplement parce que coule ici l’Orange river ?

IMG_4883_008_quiver.jpgLe parc Kgalagadi, que nous souhaitions visiter avant de rejoindre la Namibie, est interdit aux motos. Dernières balades sur les routes de cette Afrique du Sud pays si attachante, avant de la quitter déjà. Nous suivons la ligne électrique où les oiseaux ont construit de gros nids sur chaque poteau, nous apercevons encore quelques quivers qui font penser à des arbres préhistoriques et la route nous mène directement à la frontière.

La moto semble enfin avoir trouvé son rythme, et nous roulons sereinement vers d’autres destinations. Encore une fois, nous vous envoyons un peu de la chaleur du désert du Kalahari qui pointe ses étendues devant nos roues, alors que le froid doit en ce moment même envahir la France.

lundi 23 novembre 2009

Mille et une facettes


Nous roulons plein Ouest. A notre droite, une chaîne de montagnes pelées qui paraissent expulsées du sol tant elles jaillissent vers le ciel bleu. A notre gauche, de temps à autre, l’océan Indien qui embrume le panorama avec l’aide du vent. La route traverse à tour de rôle des forêts de mimosas, d’eucalyptus ou du maquis. Avec la chaleur, il se dégage de cette végétation des odeurs enivrantes. Des ponts enjambent de petits mais profonds canyons, qui finissent dans l’océan. Après une intervention mécanique infructueuse à Port Elizabeth, notre route a repris. Avec toujours ce foutu suintement d’huile au niveau du bouchon de remplissage d’huile… Les kilomètres défilent aussi vite que les jours. Il y a tellement à voir, tellement à faire…

IMG_8991_001_elevage_autruches.jpgNous avons hésité à quitter la N2 qui nous conduisait tout droit vers Cape Town. Nous avions entendu parler d’une petite ville, non loin d’ici, qui serait la capitale de l’autruche. Un petit détour s’impose. Nous quittons cet axe encombré à la veille du week-end. Aussitôt la route monte à l’assaut de ces montagnes que nous longions depuis plusieurs centaines de kilomètres. Route au revêtement parfait, large, avec de grandes courbes, et qui en quelques encablures nous propulse à 800 m d’altitude. Comme par enchantement, le col nous fait basculer dans un tout autre paysage. Nous laissons derrière nous les vertes prairies accrochées aux pentes des montagnes, pour plonger dans une région à la végétation aride. Aussitôt, des parcs apparaissent dans la plaine. Nous allons très vite apercevoir les occupants de ces enclos : des autruches. Beaucoup d’autruches. Enormément d’autruches ! Même si nous nous y attendions, c’est impressionnant ! Drôle de bestioles que l’on croirait évadées de la préhistoire, avec leurs longues pattes, leurs ailes atrophiées, leur cou sans fin surmonté d’une tête qui contient un cerveau complètement disproportionné par rapport à la taille de l’oiseau. Vous avez déjà regardé une autruche dans les yeux, vous ? Quand vous voyez ces grands yeux doux, vous ne pouvez réprimer un sentiment de regret sachant que ces volatiles sont destinés à l’abattoir… Bon, je vous rassure, une heure après, en dégustant un steak cuit à point de l’animal en question, on éprouve moins de compassion.

IMG_4349_002_route_62.jpgAvant de remonter en selle, un rapide coup d’œil à la carte. Bien joué : on peut prendre une voie secondaire qui va nous éviter quelques kilomètres. « Route 62 » gravé en toutes lettres sur un panneau monumental, avec un logo qui ressemble étrangement à ceux des routes étasuniennes. Nous allons vite comprendre que la petite Route 62 du fin fond de l’Afrique veut se donner des airs de Route 66. Et reconnaissons qu’elle y parvient très bien ! Paysage aride, végétation rare et exotique, canyons et gorges, des éoliennes auxquelles le vent a du faire perdre la tête (ou plutôt l’hélice), de grandes ligne droites… L’illusion est parfaite. Enfin presque. Car ici, hormis quelques vieux murs de terre que le vent et les rares pluies auront tôt fait de ramener à l’état de poussière, pas de ville ou de village fantôme. Bien au contraire. Les pauses sont des plus sympathiques dans les petites agglomérations qui longent cette voie d’un autre continent. Et les autochtones ne s’y trompent pas. Des groupes de motos et de voitures américaines des années 60 se succèdent. Quand on vous dit que l’Afrique du Sud dépayse ! Difficile d’imaginer à quel point, car ce n’est pas fini…

Notre destination d’aujourd’hui : le point le plus au Sud de l’Afrique. Eh non, pas le cap de Bonne Espérance mais celui d’Aguilhas, un peu plus au Sud que le premier nommé. Pour y parvenir, de vastes plaines recouvertes de champs immenses où les moissons se terminent à grand renfort de moissonneuses batteuses dernier cri. Un peu plus loin, surprise. Au détour d’une petite ville, le paysage, encore une fois, se métamorphose. Beaucoup d’oiseaux courent devant la moto ou volent au-dessus de nos têtes et des marécages. D’immenses enclos renferment cette fois des troupeaux de chevaux. Sensation de traverser un coin de Camargue… Comme l’impression doit être parfaite, ce sont les maisons aux murs blancs et surmontées de toits de chaume qui viennent parfaire le décor. Etonnant. Etrange, même. On en viendrait à se croire au pays des mille et une facettes !

IMG_4410_003_cap_Aguilhas.jpgL’heure tourne et tourne toujours. Le soleil descend. Le temps de planter la tente dans un camping au bord de l’océan, et nous parcourons les derniers kilomètres qui nous mènent en quelque sorte au bout du bout : le fameux cap Aguilhas. Non seulement le point le plus au Sud de l’Afrique, comme nous le disions plus haut, mais en plus les géographes ont décidé que c’est ici que se rencontrent les océans Indien et Atlantique. Un monument en atteste. Un petit trait tracé dans le béton en direction de l’Antarctique, plus précisément du pôle Sud, nous permet de visualiser la leçon de géographie. Et c’est simplement ainsi que ce soir, nous assistons à un couché de soleil inhabituel sur deux océans.

lundi 16 novembre 2009

Un royaume contre un bouchon


IMG_4214_008_descente_Sani_Pass.jpgEncore un coup de tampon sur nos passeports et nous plongeons par cette brèche du mythique Sani Pass. Si, vue de là-haut la piste semble facile, quand nous y posons nos roues, il n’en va plus de même. La pente est forte. Très forte, même ! Les rochers qui affleurent sont autant d’obstacles qui peuvent dévier la moto et tout ce quelle transporte vers le précipice. La boue glissante colle aux pneus. La première vitesse, bien trop longue pour ce genre d’exercice, nous oblige à trop solliciter les freins qui chauffent vite. Les arrêts sont obligatoires pour faire reposer la mécanique et les passagers. Presque aussitôt, nous sommes entrés dans les nuages. Tellement absorbés par les obstacles, on ne se rendra compte que bien plus tard que nous sommes maintenant sous ces mêmes nuages. Le paysage est toujours aussi beau. Cascades, rochers vertigineux, parterres de fleurs orange…

IMG_4083_006_Sani_Pass.jpgDeux heures pour parcourir les quelque 36 km qui nous séparaient du goudron, en bas, dans la vallée. On s’est bien arrêté pour prendre quelques photos, puis pour les formalités de douane entre Lesotho et Afrique du Sud, mais quand même, cela prouve que ce n’était pas du gâteau. Que dire s’il nous fallait monter de ce côté ? Un bon repas s’impose (on mange bien en Afrique du Sud !) afin de reprendre des forces. D’autant qu’un imprévu s’ajoute encore à notre programme : le bouchon de remplissage d’huile du moteur fuit de plus en plus. A tel point que tout le coté de la moto est crépit de lubrifiant. Et ne parlons même pas de l’état de nos habits…

Il y a vraiment deux pays en un dans cette immensité australe. Celui des Blancs et des rares Noirs qui ont « réussi », et celui des Noirs… Selon les régions prédominent les uns ou les autres. Nous quittons la petite ville d’Underberg pour traverser une vaste zone beaucoup plus pauvre. Du moins, de la partie que nous avons pu voir. Le Kwazulu-Natal. Plus d’arbre. De la prairie recouvre les collines à perte de vue. Prairie régulièrement recouverte de ces « towns ships » aux maisons multicolores mais tellement dérisoires, plantées anarchiquement et sans souci d’urbanisme. Les quelques petites villes traversées sont sales et encombrées. Plus rien à voir avec ce que nous avons rencontré depuis le début de notre séjour. Il ne ferait pas bon avoir une panne par ici. L’insécurité est omniprésente. Ambiance due à la période de l’apartheid. Ici un Blanc est un Afrikaner (Blanc qui vit en Afrique du Sud depuis plusieurs générations), donc un ennemi pour les Noirs qui vivent dans la misère. Cette situation est particulière à l’Afrique du Sud et ne reflète en rien les rapports entre Africains et Européens dans les autres pays de ce continent.

Il faut faire très attention. Vaches, chèvres et autres chiens errants sont également de la partie. Il pleut. Toujours ce vent glacial. Il est fréquent de traverser des zones de brouillard tellement les nuages sont bas. Nous sommes obligés de nous arrêter au bord de la route afin de sortir du fin fond de nos bagages doublures et gants d’hiver. Et dire que nous pensions avoir trop chaud en Afrique du Sud… Les centaines de kilomètres se succèdent. Et toujours cette huile qui s’échappe du moteur… Toutes les astuces pour remédier à cette fuite ont été utilisées. Mais n’est pas Mac Gaver qui veut. Le ruban adhésif, le chewingum, rien n’y fait. La jambe gauche du pantalon, imbibée d’huile, pèse de plus en plus lourd.

cyber_cafe.jpgComme si la richesse allait de pair avec la météo ou le paysage, c’est en arrivant sur la côte de l’Océan indien que nous retrouvons des villes structurées et propres, en même temps qu’une accalmie météorologique. Une visite (une de plus…) chez le concessionnaire BMW de Port Elizabeth s’impose. Il va nous falloir attendre ici une paire de jours pour que les deux mécaniciens aient un peu de temps à consacrer à notre moto. C’est le début de la saison estivale et l’atelier est bondé. Notre séjour en Afrique du Sud joue les prolongations et ce n’est pas pour nous déplaire. Nous avions prévu trois semaines ici, les voilà déjà écoulées. On va en ajouter au moins une… Aussitôt prêts, nous prendrons la direction de Cape Town avant de bifurquer plein Nord, vers l’Europe. Mais d’ici là, il y a encore quelques pays à découvrir et quelques rencontres à faire.

mercredi 4 novembre 2009

Étonnante Afrique du Sud !


Vraiment étonnante, cette Afrique du Sud ! Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre, mais nous restons après plusieurs jours sur place toujours aussi désorientés, dépaysés. Nos repères africains, acquis au cours des précédents voyages, n’ont aucune valeur ici. Après avoir quitté Jo’burg, nous traversons de grandes étendues légèrement ondulées et couvertes d’exploitations agricole. De temps à autre en émerge une centrale nucléaire ou une mine. Puis très rapidement, le paysage change. Les ondulations s’accentuent pour devenir collines et de vastes forêts apparaissent. Nous entrons dans la plus grande forêt d’Afrique du Sud. Une forêt artificielle, en fait, née de l’exploitation du bois. Les arbres sont alignés au cordeau, mais malgré cela et quelques lacs aidant, nous avons l’impression de traverser un paysage suédois…

IMG_3639_001_Pilgrim__s_Rest.jpgLa route, magnifique, nous emmène à notre étape du jour. Un ancien petit village de mineurs. Les mines d’or étaient nombreuses ici aussi. Le village est pratiquement resté tel quel. Ce sont simplement des commerçants qui ont pris possession des lieux. Cette fois, il semble que nous soyons dans une de ces petites villes de l’Ouest américain. Quand on vous dit que c’est dépaysant au point de ne plus savoir où nous sommes… Pilgrim’s Rest, le village en question, n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Graskop, point de départ d’une des plus belles balade du pays. Le Blyde River Canyon, troisième plus grand canyon au monde. Comme le long du Colorado, ou plus modestement (encore que…) du Verdon, les belvédères se succèdent pour nous dévoiler des paysages toujours plus beaux. Cascades se déversant de parois abruptes, falaises couvertes de végétation tropicale, rochers en forme de cases africaines, marmites de géants creusées au fil du temps par l’eau et les pierres qu’elle charrie… Les journées sont bien trop courtes pour pouvoir profiter de tout cela comme nous le voudrions. Mais une destination attendue depuis très longtemps apparaît peu à peu sur l’écran du GPS. Ce qui nous a attiré dans cette région, c’est avant tout le parc du Kruger. Et nous n’en sommes plus qu’à quelques kilomètres.

IMG_8188_002_Tradition_2.jpgNotre problème, encore une fois, c’est l’impossibilité d’accéder au parc avec la moto. Nous ne connaissons pas les lieux et il nous est difficile de savoir comment et d’où organiser notre visite. Les prix pratiqués par les organisateurs de « safaris » vont vite nous dissuader, s’il en était besoin, du bien fondé de cette idée. La meilleure solution, pense-t-on, c’est la location d’une voiture. Encore faut-il savoir où, et trouver par la même occasion un endroit sûr où laisser la moto pendant une paire de jours. A force de recherches, il s’avère que c’est à l’aéroport du parc qu’il faut aller. Nous trouvons à nous loger à Nelspruit, distante d’une trentaine de kilomètres et où nous pourrons laisser la moto sous bonne garde.

4h45 du matin. Quelqu’un tape à la fenêtre de notre chambre. Le gardien nous dit : « C’est l’heure pour aller visiter le parc ! » La raison l’emporte sur la colère. Nous ne lui avions rien demandé mais c’est vrai, il faut y aller au plus vite afin d’en profiter au maximum. Ici, les gens vivent au rythme du soleil. Ils se lèvent tôt pour aller travailler puis vers 17/18 h, tout est désert.

IMG_8243_003_Kruger.jpgIl nous faut quand même parcourir une bonne centaine de kilomètres pour atteindre la porte d’accès au parc la plus proche. Les nombreux reportages télévisés concernant le parc du Kruger nous ont toujours fait rêver. Mais l’expérience de la péninsule de Valdès, en Argentine, nous laisse septique quand à ce que nous allons découvrir. Là-bas, il y avait au moins 200 m entre les éléphants de mer et nous. Que va-t-il en être ici, avec la végétation en plus ? A notre grande surprise, et très vite, notre balade dans la savane va prendre la tournure d’un « feu d’artifice » animalier. Nous ne savons plus où donner de la tête ! Il faut conduire, se repérer, chercher, se garer dans l’urgence en pensant que nous ne sommes pas seuls et faire des photos comme on le peut, engoncés dans notre voiture. Une grande partie du bestiaire africain s’offre à nous. Même le roi lion est de la partie ! Mais alors, que le temps passe vite dans ces conditions ! Pas étonnant qu’en fin d’après-midi nous soyons les derniers sur la route et les derniers à rentrer au camping alors qu’il fait nuit noire. Allez, demain nous remettons ça, et avec le soleil si possible… En se donnant la peine d’emprunter quelques pistes isolées, nous « découvrons » de petits endroits paradisiaques. A tel point que nous regrettons vivement de ne pas avoir loué la voiture plus longtemps pour en profiter un peu plus. Bah, d’autres destinations nous attendent…

vendredi 30 octobre 2009

En noir et blanc


IMG_3553_008_c_est_l_afrique.jpgDéjà passablement contrariés par la panne mécanique qui affecte une fois de plus notre GS, nous passons toute la nuit à écouter la pluie tomber sur notre toile de tente. Retour à Johannesburg au ralenti afin de ne pas causer plus de dégâts. Nous avions rencontré Aldo ici même lors de notre arrivée. Importateur Touratech pour l’Afrique du Sud, ce dernier nous avait dit : « Si vous avez un quelconque problème, n’hésitez pas à faire appel à moi. » Il va être servi Aldo ! Avec l’aide de ses parents, l’homme nous accueille pourtant comme des rois. Rendez-vous chez le concessionnaire BMW du coin (nous faisons un tour du monde des concessions de la marque), aides diverses… Nous sommes aux petits soins.

IMG_3974_Barbeles.jpgEn côtoyant ces gens, nous allons en apprendre beaucoup sur les Afrikaners. Descendants pour beaucoup de colons néerlandais arrivés à partir du 17ème siècle, dont ils ont gardé la langue en l’adaptant (l’afrikaans, justement), ils vivent maintenant dans des conditions assez particulières. Malgré l’espace qu’offre le pays, qui a le double de surface que la France pour seulement environ 49 millions d’habitants, l’insécurité les oblige à vivre pratiquement reclus dans des fortifications. Murs surmontés de clôtures électrifiées, caméras, détecteurs de mouvements, alarmes diverses, serrures, cadenas… On pourrait penser à de la paranoïa, mais les histoires d’agressions racontées par les uns et les autres nous convainquent facilement du besoin de telles précautions. Et il ne faut pas croire que seuls les Blancs se font agresser ! Un Noir rentrant dans une « township » peut être éjecté du train qui le transporte pour un simple téléphone portable… La coupe du monde de football qui s’annonce en juin prochain (il faudrait être aveugle et sourd en même temps pour le pas le savoir) va peut-être faire changer les choses ? Il faut l’espérer…

En deux heures, la moto a été réparée. Le fameux roulement du couple conique que nous avions fait changer par sécurité en Australie n’aura finalement tenu qu’une trentaine de milliers de kilomètres. Le lendemain, nous obtenons nos passeports en urgence, et il ne nous reste plus qu’à aller visiter le musée de l’apartheid avant de quitter, définitivement cette fois, Jo’burg. En route vers l’Est du pays, avec le parc du Kruger pour prochaine destination.

lundi 26 octobre 2009

De l’intérêt d’une voiture en Afrique…


IMG_3483_004_entree_pilanesberg.jpgEn toute logique, il est interdit de circuler à moto dans le Pilanesberg. Car qui dit réserve animalière dit herbivores, certes, mais surtout prédateurs. Genre lion par exemple, ou même pire, sa compagne la lionne. Par chance, une âme bienveillante a dû penser qu’il pourrait bien se perdre quelques individus de notre espèce dans ce coin reculé du Nord de l’Afrique du Sud (faut suivre !!!). Et voilà qu’un camping nous est accessible à proximité d’une des entrées du parc. Arrivée sympa qui nous a fait croiser un énorme babouin en balade, un groupe de phacochères et un troupeau d’impalas. Lesquels daignent à peine nous laisser passer pour nous laisser rejoindre un groupe de grivets, qui font des cabrioles sur la pelouse bien verte du camping. Ici aussi, beaucoup de contrôles pour accéder à notre emplacement. Devant l’impossibilité de louer une voiture pour visiter le parc, il nous faudrait nous rabattre sur un tour organisé à l’arrière d’un pick-up ou d’un camion. 31 euros par personne pour seulement 2h30 dans le parc, cela nous parait excessif : va falloir trouver autre chose.

IMG_8068_006_girafes.jpgLe camping est pratiquement plein car les Sud-africains, quand ils campent, ce n’est pas rien ! Caravanes tout terrain (eh oui, ça existe !) tentes qui ressemblent à des blockhaus, mais surtout des 4x4. Beaucoup de 4x4, qui pour la plupart ne roulent pas à plein. Nous allons donc faire de l’autostop, et il n’y aura pas à attendre. A peine sommes-nous prêts qu’un VW Combi passe devant notre tente. A son bord un couple de retraités avec six places libres à l’arrière. Je n’ai pas le temps de demander au chauffeur s’il peut nous prendre à bord, qu’il est déjà dehors pour nous ouvrir la portière avec un large sourire. Depuis notre arrivée en Afrique du Sud, la gentillesse des gens à notre égard, Noirs et Blancs confondus, est une constante. Il faut dire que tout le monde dans le camping a très vite repéré la moto orange des Français qui font le tour du monde. A croire que notre chauffeur avait prévu que nous lui demanderions ce service. IMG_7954_005_zebres.jpgEt en fait de service, c’est même un véritable cadeau ! Toute la matinée à arpenter les routes et pistes du parc, qu’ils connaissent comme leur poche, à la recherche des animaux. Même si cela n’a pas été facile et que les observations ne se font que de loin, nous revenons en milieu de journée comblés. Un petit repas et nous décidons d’aller boire un coup pour fêter ce bon moment. C’est alors que nos guides de la matinée réapparaissent. Nous les invitons à notre table et après un moment de discussion, ils nous disent : « Nous allons faire un petit tour, voulez-vous venir avec nous ? »

IMG_8128_007_En_balade.jpgTout en nous demandant bien où nous pouvons aller vu le nombre restreint de routes dans la région, nous acceptons quand même leur offre. Et là, surprise : nous replongeons dans le parc pour un supplément de visite. Et quel supplément ! Si ce matin nous n’avions vu les animaux que de loin, cette fois nous allons faire des rencontres impressionnantes. Girafes qui taillent les arbres au bord de la piste, groupe de rhinocéros, troupeau de zèbres qui barrent le passage… Mais le must de la balade nous attend au détour d’un virage, où nous nous trouvons face à un énorme éléphant qui se balade paisiblement au milieu de la piste en venant vers nous. Impressionnant ! Quand il frôle la voiture, on se sent tout petit… Peut-on imaginer comment nous réagirions si nous étions sur la moto à ce moment-là ? Nous allons en rester là dans l’énumération de nos rencontres qui pourrait devenir fastidieuse.

Nous allons tomber assez brutalement de notre nuage. Il nous faut faire quelques courses à la station-service toute proche pour nous nourrir. Quelques kilomètres qui nous obligent quand même à prendre la moto. Et voilà qu’un bruit accompagné de vibrations nous arrive du couple conique de la transmission. Ce n’est pas possible, elle est maudite cette foutue moto ! Si l’on ne peut plus faire 400 km sans tomber en panne, notre lent cheminement vers la France risque de prendre un temps infini ! Et voilà comment une superbe journée se termine par une nouvelle contrariété…

jeudi 22 octobre 2009

Good morning Africa !


Après quelques longues heures d’avion, nous voilà enfin dans le hall de l’aéroport de Jo’burg, comme ils disent ici. La fatigue mêlée à la joie de replonger dans le voyage nous font oublier les deux précédents mois de galère. Il est 4 heures et demi du matin mais nous sommes enfin en Afrique du Sud : « Good morning Africa ! »

IMG_3361_001_arrivee_aeroport.jpgIl nous faut trouver un coin calme où attendre patiemment l’ouverture de la zone de fret, afin d’y récupérer notre moto qui a dû arriver hier dans la journée. Nous avons bien vu lors de notre escale à Abu Dhabi, grâce à l’Internet, qu’elle était bien partie quelques heures avant nous, mais nous n’avons pas eu confirmation de sa réception. Les dernières minutes d’attente avant l’ouverture des bureaux à 8 h sont longues. Aussitôt la grille ouverte, nous sommes les premiers à nous engouffrer à l’intérieur. Le temps que l’employée finisse son café et nettoie son poste de travail, elle se penche enfin sur ma lettre de transport aérien. Sans dire un mot, elle sort d’un classeur une liasse de papiers reliés les uns aux autres par un amas d’agrafes. Sorte de confirmation que la moto est bien ici. Hormis le fait que le bureau des douanes est à un bon kilomètre de l’endroit où nous nous trouvons, évidemment à pied, les formalités sont vite expédiées. Vers 9h30 notre caisse est déposée au bout du quai.

Commence alors une partie de puzzle qui va durer 4 bonnes heures. Il faut dire que pour faire baisser le coût du transport, nous avons comprimé au maximum la moto et son chargement. Pour commencer, il convient d’arriver à défaire la visserie du bâti métallique afin de dégager la machine. Sans les bonnes clefs, c’est pas gagné… Nous avions tellement peur que ça bouge que tout a été serré au maximum, à tel point qu’il va falloir tordre la ferraille pour extraire la BM. Le remontage des différents éléments puis le chargement vont s’effectuer sous le regard d’une foule d’employés, qui ne se lasse pas de voir la moto renaître. La fatigue de deux nuits presque blanches alliée à la chaleur, la faim mais surtout la soif, nous mettent sur les rotules. Tout comme à Bogota il y a presque un an, nous finissons pourtant par quitter l’aéroport sur notre moto.

Première urgence : trouver du carburant. L’occasion d’un premier contact avec un autochtone que nous qualifierons d’exotique, puisqu’il « squatte » l’entrée de la station-service avec, sous son chapeau en peau de lion, les yeux exorbités de quelqu’un qui a fumé plus d’herbe que ce que nous avons bu d’eau depuis notre départ de Sisteron ! Tous les pleins faits, direction l’auberge où nous avons réservé une chambre. Pour nous y rendre, comme à chaque fois, il faut arriver à se diriger dans une ville immense que nous ne connaissons pas. Mais en plus, ici, il faut tenir compte des problèmes d’insécurité. Cela implique de garder une certaine distance avec les autres véhicules lors des arrêts aux feux tricolores, afin de pouvoir s’extraire de la file en cas d’agression. Cela implique aussi d’éviter certains quartiers. Pas facile sans connaître Johannesburg… Une ville qui est par ailleurs complètement « dépaysante ». Nous ne savons plus trop où nous sommes avec cette drôle de sensation de traverser une métropole d’Amérique du Nord plantée en Afrique, comme nous le rappellent à chaque carrefour les mendiants et autres vendeurs ambulants. Bon, nous nous en sortons relativement bien et parvenons à destination, non seulement sains et saufs mais bien avant la nuit ! Pour accéder à l’auberge, il faut toutefois pénétrer dans une cour cernée d’un grand mur surmonté de barbelés, en franchissant un portail à commande électrique. Porte d’entrée du bâtiment tout autant sécurisée. Sensation d’arriver dans une prison.

IMG_3410_002_mine_d_or.jpgNous ne perdons pas de temps afin que notre séjour ici soit des plus brefs. Passage au consulat de France afin de demander le renouvellement de nos passeports presque pleins, et visite de Gold Reef City. On ne s’attend pas à trouver un tel complexe ici. Détonnant autant qu’étonnant ! Le site d’une ancienne mine d’or, situé à quelques kilomètres du centre-ville, a été transformé en parc d’attractions où se mêlent espaces historiques relatifs à l’exploitation de ce précieux minerai et manèges en tout genre capables de vous mettre les tripes en vrac. La première partie est de loin la plus intéressante pour nous. Imaginez un peu : casque de chantier sur la tête et lampe halogène en main, nous empruntons le même ascenseur que les mineurs utilisaient voici encore quelques années. Nous n’irons pas à 3 300 m sous terre, comme cela pouvait être leur cas, mais à « seulement » 226 m. Bien assez pour se faire une idée des conditions de travail : bruit insoutenable, chaleur, humidité et obscurité au quotidien. Sans parler des risques constants d’accident.

IMG_7844_003_Tradition.jpgIl est temps de prendre le large. Ou plutôt la route, mais encore une fois sans assurance pour la moto : impossible à souscrire en arrivant par voie aérienne et sans adresse dans le pays. Nous reviendrons plus tard à Johannesburg pour nos passeports… En attendant, direction le Nord-Est de Pretoria (où nous ne ferons qu’une brève escale), afin d’aller visiter deux délires nés de l’imagination de l’homme : Sun City et le parc de Pilanesberg. Si le premier détonne vraiment par sa situation et son décalage avec l’Afrique, il n’en gagne pas moins notre dégoût. Imaginez que l’on découpe un morceau de Las Vegas et qu’on le transporte ici, au fond d’une vallée aride. Vous pourrez alors visiter un palais des milles et une nuits, jouer dans un casino somptueux, nager sur un morceau de mer aux eaux turquoises avec des vagues à faire pâlir d’envie le meilleur des surfeurs et encore bien d’autres choses. En payant. En payant encore et encore et toujours plus. Nous ne tomberons pas dans le piège de cette énorme pompe à fric. Sauve qui peut ! Mais pas bien loin en fait. En même temps que la création de ce complexe unique en Afrique, une idée bien plus géniale était mise en application. Un second délire dont le cratère d’un très vieux volcan sert de décor. A la fin des années 90, on a « gentiment » demandé aux cultivateurs qui vivaient ici depuis la nuit des temps d’aller voir un peu plus loin s’il n’y avait pas quelques lopins de terre à gratter. A leur place, on a réintroduit toutes les espèces animales propres à cette région. Cela a donné naissance à l’une des plus belles réserves animalières d’Afrique du Sud : le Pilanesberg, objet de notre prochaine visite.