Motards nomades

Motomag.com

Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

vendredi 18 décembre 2009

La route aux éléphants


002_elephant_et_moto.jpgDevant nous, une immensité verte et plate. Nous arrivons à la frontière qui sépare la Namibie du Botswana. La route amorce une légère descente qui nous permet d’avoir une vision panoramique sur le paysage qui nous attend, les formalités administratives passées. Comme nous le disions, une étendue couverte de végétation s’étire bien au-delà de l’horizon. De grosses flaques d’eau bordent la chaussée, preuve que la pluie nous a devancés. On ne s’en plaindra pas car grâce à elle, il règne ici une fraîcheur qui remplace avantageusement la chaleur étouffante que nous subissions jusqu’alors.

Nous en avions un peu assez de ces clôtures qui longent les routes namibiennes sur des milliers de kilomètres, en nous donnant l’impression de circuler dans un étroit couloir d’où il semble impossible de s’échapper. Un comble au milieu de tant d’espace ! On en viendrait presque à les regretter maintenant qu’elles ont disparues. Il faut dire que le nombre d’animaux qui vit le long de la route nous oblige à rouler très lentement sous peine de collision. Les premiers villages traversés ne peuvent rien nous offrir : à peine de gros hameaux pourtant indiqués sur la carte. Pas de doute, le désert continu. Ce désert du Kalahari que nous imaginions tout autrement, comme une vaste étendue sableuse couverte d’arbres d’à peine quelques mètres de hauteur. Les grandes dunes rouges doivent être ailleurs.

Ghanzi, la petite ville où nous faisons escale est grouillante de vie. Sonos qui diffusent publicités ou musiques, va et viens incessants, couleurs, voilà qui nous rapproche un peu plus de l’Afrique que nous connaissions. La circulation aussi devient un peu plus aléatoire. Il faut être plus vigilant encore, car les brusques changements de direction ou les véhicules qui s’engagent sur la chaussée alors que nous ne sommes qu’à quelques mètres d’eux deviennent « monnaie courante ». A chaque arrêt, la moto est cernée par des groupes d’enfants en haillons qui s’en tiennent à quelques mètres en la regardant avec envie.

IMG_9947_001_Okawango.jpgDepuis le dernier croisement, nous longeons le Sud du delta de l’Okavango. L’Okavango, fleuve qui ne se jette dans aucun océan, dans aucune mer, mais vient mourir dans les sables du désert. Une grande partie est déclarée parc national. La faune y est abondante en période sèche comme pendant la saison des pluies, où l’eau recouvre pratiquement tout. De la route, impossible de voir quoi que ce soit. L’accès au parc étant bien entendu impossible à moto, nous nous demandons bien comment nous pouvons avoir un aperçu de cette merveille naturelle sans y passer des semaines et sans y engloutir notre budget. La ville de Maun constitue la principale porte d’entrée dans le delta. Nous choisissons donc logiquement de nous y installer. Malgré tout ce que l’on nous avait dit, tout n’est pas si cher. Surtout en venant de Namibie ! A tel point, que renseignements pris, nous optons pour un survol du delta à bord d’un petit avion de tourisme. Une heure. C’est bien peu par rapport à l’immensité du site, mais cela se révèlera être la meilleure solution pour en avoir un aperçu. La balade en pirogue ne nous garantissait pas de voir des animaux et le « safari » en voiture était beaucoup plus cher et pénible. Il faut faire énormément de kilomètres sur les pistes sans aucune certitude quant aux rencontres avec la faune.

A 150 mètres d’altitude nous avons la chance d’admirer les méandres que forment les innombrables canaux du fleuve bordés de verdure et de grands cocotiers. Sans parler des nombreux hippopotames qui prennent leur bain ou broutent l’herbe verte du rivage, les troupeaux d’éléphants, gnous, buffles, gazelles, girafes dont le soleil descendant en étire l’ombre qui devient disproportionnée. De grandes étendues d’eau se reflètent comme des miroirs… Les roues de l’avion, en touchant la piste du petit aéroport de Maun nous sortent déjà de ce rêve.

Nous roulons vers l’Est dans un paysage toujours aussi plat. Les arbres paraissent un peu plus hauts, de temps en temps de grandes étendues d’herbe dégagent l’horizon, puis quelques baobabs font leur apparition (afin de se rendre compte qu’eux aussi font des fleurs). Enfin, les animaux domestiques laissent la place aux … éléphants ! Nous nous en doutions bien, vu les bouses qui jalonnaient la route depuis quelques temps. Mais là, devant, nous en avons la confirmation. Deux spécimens se tiennent à l’ombre d’un arbre à quelques mètres de la chaussée. Arrêt photo obligatoire. La tentation de s’approcher est grande. L’un d’eux nous a repérés. Un petit monticule à vingt centimètres devant nos pieds permettrait de faire de meilleures photos si nous étions dessus. Nous sentons bien que si nous franchissons cet espace, aussi infime soit-il, la distance de « sécurité » pour le pachyderme sera alors devenue trop faible. Et c’est bien ce qui se produit. L’animal, les oreilles en éventail pour paraître encore plus gros (il n’avait pas besoin de cela) se met à charger en poussant un barrissement énorme. Le temps d’appuyer deux fois sur le déclencheur et sauve qui peut ! Sa course n’aura duré que quelques mètres, juste le temps de nous expliquer que c’est lui qui décide, avant qu’il ne s’en aille paisiblement rejoindre l’autre éléphant resté impassible.

Au plus nous roulons vers Nata, notre destination, au plus les nuages se font menaçants. Et comme souvent au moment de trouver à se loger, nous sommes sous des trombes d’eau. La tente plantée sous un baobab, il ne nous reste plus qu’à observer cette vaste étendue herbeuse qui s’étale vers l’ouest, en rêvant que des mammouths pourraient y apparaître sous le soleil couchant.

On nous l’avait dit que sur cette route nous verrions des animaux. C’était peu dire... A tel point que nous pourrions appeler ce tronçon de route qui relie Nata au poste frontière de la Zambie « la route aux éléphants ». Les rencontres vont se succéder à un rythme que jamais nous n’aurions osé imaginer. Heureusement que la région n’est que très peu habitée, car la proximité des uns et des autres pourrait générer certains conflits.

En voilà un, juste à droite, qui prend un bain de poussière. Arrêt au bord de la route histoire de « lui tirer le portrait ». Le spectacle dure cinq bonnes minutes avant qu’il se rende compte de notre présence. Chris est descendue de selle et se trouve un peu en retrait. Doucement, il avance un peu vers nous. Eh, ça ferait une belle photo avec la moto au premier plan. Le simple fait de descendre moi aussi de la moto rompt l’équilibre. Il n’y a plus deux objets inconnus, mais trois maintenant que je ne suis plus sur la GS. Pour le bestiau, c’en est trop. Son regard et ses oreilles signalent qu’il va charge dans quelques secondes. Même pas : tout de suite ! Encore un grand barrissement alors qu’il bondit de quelques mètres. Nous aussi nous bondissons… sur la moto, pour reprendre un peu de distance. Il fait encore quelques pas vers nous en secouant la tête et en criant, mais cette fois encore nous sommes plus rapides. Bon, promis, on va arrêter d’énerver les éléphants avant que cela ne dégénère ! Les nombreuses autres rencontres seront plus … distantes.

dimanche 13 décembre 2009

D’un désert à l’autre


IMG_9741_006_poussiere.jpgNous étions dans le « Namib Desert ». Si nous allions voir de l’autre coté de la Namibie à quoi ressemble le désert du Kalahari ? Le pneu arrière de la moto, lui, n’est plus trop d’accord pour rouler aussi loin dans ces conditions. Après 14 000 km depuis Bangkok, il commence à fatiguer. Il lui faudra pourtant bien tenir jusqu’à Windhoek (Windouk comme ils disent ici), où se trouve le seul concessionnaire BMW du pays.

C’est incroyable, mais les animaux sauvages doivent certainement aimer la couleur ou la compagnie de notre moto. Car cette fois, c’est un bel oryx qui nous accompagne pour un bout de chemin. Bien assez pour avoir le temps de sortir l’appareil photo et de le « mitrailler » dans sa course, avant qu’il ne saute la clôture qui longe la route afin de s’éloigner. IMG_9715_005_Oryx.jpgSur la carte Michelin, il semblait qu’en se rendant à Aranos, nous allions nous enfoncer au cœur des dunes du Kalahari. Eh bien cette fois, nous sommes déçus. Les dunes sont bien là, mais certainement si vieilles qu’elles sont recouvertes de végétation. En dépit de la couleur presque rouge du sol, le paysage n’est pas vraiment celui espéré. C’est un peu comme au poker, il faut payer pour voir. Et cette fois, le prix à payer était de 300 bornes de route surchauffée.

Le panneau « Tropique du Capricorne » nous surprend bien que nous l’attendions. Sûr ! il est placé au moins 4 km plus au Sud que ce qu’indique notre GPS… Allez, faisons comme si nous n’avions rien vu et prenons une jolie photo à ses pieds, pour immortaliser ce moment exceptionnel pour nous. Comme en Australie, nous constatons que c’est à cette latitude qu’apparaissent les premières termitières. Elles ne s’y trompent pas, elles.

Dieter, un « vieux de la vieille » pour qui les motos n’ont plus aucun secret mécanique, est le seul mécano BMW de tout le pays. Ce n’est pas pour autant qu’il va se stresser, le « Didi ». Nous avions pris rendez-vous pour une révision dans… 10 jours. Non seulement il nous remplace notre pneu immédiatement (vu l’état dans lequel il est…), mais en plus il avance notre rendez-vous de quelques jours. Au prix exorbitant où est la vie en Namibie, ça compte. Compréhensif, le « Didi » !

IMG_5230_007_highway.jpgSamedi en début d’après-midi. Les rues de la petite capitale sont encore une fois quasi désertes. De bons pneus, une moto nettoyée et quelques jours devant nous, il ne nous reste plus qu’à déserter les lieux nous aussi. Direction l’océan Atlantique pour y rendre une dernière visite avant la fin de notre voyage. Après, ce sera la côte Est de l’Afrique le long de l’océan Indien, avant de retrouver la Méditerranée. Mais pour l’heure, ce sont encore plus de 350 km de désert, pour arriver au… désert qui longe la côte. Altitude moyenne de 1450 m. Plus de 40 bons degrés. Etouffant. Brûlant ! Puis la proximité de la mer se fait sentir. La brume apparaît avec la fraîcheur, de plus en plus prononcée. Si l’on vous dit que nous sommes à la limite d’avoir froid ce soir à Swakopmund (à vos souhaits ! décidément, vous avez vraiment pris froid…) ? De telles variations de température, c’est un coup à attraper un bon rhume !

IMG_9617_004_Creme_au_chocolat.jpgSwa…kop…mund (à répéter encore une fois, pour s’entraîner), jolie petite station balnéaire au style allemand prononcé, tracée au cordeau et d’une propreté inégalable. Encore une fois le soleil se couche bien trop tôt en embrasant la brume qui flotte sur la ville. Au nord, la Skeleton Coast, partie intégrante du Namib Desert. Quand le goudron fini, juste à la sortie de l’agglomération, un panneau annonce : « Salt road ». Ce n’est plus du goudron mais une piste de terre damée mélangée à du sel qui prend la suite. Mais pourquoi se lancer dans une balade au milieu de ce vide ? La côte s’appelle ainsi à cause des nombreux squelettes dont elle est jonchée. D’animaux, d’humains et même de bateaux, maintenant. Car comme sur terre, la météo ne fait pas de cadeau aux navires qui s’aventurent dans le secteur. La brume épaisse est posée sur un sol infiniment plat. Il fait frais, presque froid. La piste permet de rouler comme sur une route normale. Nous en profitons pour « cruiser » à 80-100 km/h. Nous doublons un village bizarre composé de maisons multicolores éparpillées et surmontées chacune d’un réservoir d’eau. Les quelques véhicules que nous voyons sont pour la plupart des 4x4 hérissés de cannes à pêche. Un des rares loisirs pour les gens qui vivent ici.

IMG_9859_008_otaries.jpgAprès une heure et demie de piste, nous franchissons le sommet d’une petite colline posée sur le cap Cross, là même où ont débarqué les Portugais voici quelques siècles. C’est alors qu’une forte odeur envahie nos narines. Après un parking où laisser la moto, un magnifique trottoir en plastique recyclé longe la plage et les rochers. À entendre les bêlements qui couvrent presque le bruit des vagues de l’océan, pourtant bien déchaîné, c’est à croire qu’un troupeau de moutons s’excite dans les parages !? Il faut se faire violence pour s’approcher tellement ça sent mauvais. Mais quand le pas est franchi, nous nous trouvons face à un spectacle époustouflant : une colonie de plusieurs milliers d’otaries vit ici, et nous n’en sommes qu’à quelques mètres. Nous avons tout le loisir de prendre des photos « à pouvoir compter les poils de leur moustache » (vous vous rappelez de la péninsule de Valdès en début d’année ? Eh bien rien à voir !). Et ce temps qui défile… Il faut déjà refaire le chemin dans la direction opposée. La brume nous privera encore d’un coucher de soleil sur les dunes qui bordent l’océan au sud de la ville. Décidément, la météo aime bien jouer avec nous ! Mais les dauphins qui viennent se promener dans la petite baie, face au vieux phare, offrent un spectacle qui nous réjouit tout autant.

Le retour à la capitale pour la révision de la moto aurait pu être complètement banal sans la rencontre de la famille Jelinski, originaire de Bourges et qui fait un tour du Monde en voiture. Comme souvent dans ces occasions, le temps est trop court pour parler voyage et échanger le maximum d’informations.

Une dernière ligne droite vers l’Est à travers le désert du Kalahari, afin que la Namibie nous offre une dernière image de sa beauté : deux guépards traversent la route à quelques mètres devant nous. Nous quittons ce pays plus tôt que prévu car malgré tout ce qu’il peut offrir, les prix des hébergements, en particulier des campings, sont complètement disproportionnés par rapport aux prestations offertes… et à notre budget. Dommage. On se retrouve un peu plus loin ?

lundi 7 décembre 2009

Entre désert et océan


IMG_9530_001_Piste_Namibie.jpgAutour de nous, tout n’est qu’aridité. Le désert du Kalahari pointe son nez. Nous venons de changer de pays, mais le paysage continue de nous offrir une plaine sans fin couverte de plantes rabougries. La frontière n’y a rien changé. C’est avec impatience que nous attendons d’arriver à la première ville de Namibie qui va se présenter sur notre route, afin de savoir à quoi ressemble la vie ici. Nous l’avons bien senti à la douane, nous faisons un pas de plus vers l’ « Afrique ». Il n’y a pour ainsi dire personne sur cet axe rectiligne. La chaleur semble nous écraser sur le bitume et ce n’est pas le vent brûlant qui va arranger les choses… Ce même vent, par moment, soulève de tumultueux tourbillons de poussière. De vastes étendues sont inoccupées. Trop inhospitalières. Et puis avec seulement deux petits millions d’habitants, la population aurait du mal à remplir un territoire plus grand que la France.

IMG_9550_002_Nabib_desert.jpgLe bout de poisson et ses frites se font attendre. La nonchalance est au rendez-vous, mais la gentillesse compense l’attente. Après avoir déjeuné, nous empruntons l’axe principal qui coupe le pays en deux et relie l’Afrique du Sud à Windhoek, la capitale de la Namibie. Pas grand monde ici non plus. Nous ne nous y attardons pas plus que quelques dizaines de kilomètres avant de nous diriger vers la côte Atlantique, où il paraît que les dunes du désert de Namibie se jettent dans l’océan. Quelque 300 km d’une bonne route traversent cet espace, qui semble complètement vide. Ici, ce n’est pas l’Inde : on respire ! Cependant, on trouve de temps à autre une petite ferme isolée quand une source ou une nappe d’eau a permis à la vie de s’implanter. Quand on parle d’espace, c’est peu dire. Par exemple, dans le sud du pays, une ferme moyenne s’étale sur environ 12 000 hectares. Pour seulement 100 à 150 vaches ! C’est dire si l’herbe est rare… Bien souvent, ces petits îlots de vie sont l’occasion de s’arrêter faire une pause pour manger du biltong (viande séchée), des saucisses sèches ou une daube d’antilope locale.

IMG_4969.Luderitz.jpgLe mauvais temps semble encore nous rattraper. Le vent se montre de plus en plus violent. Nous approchons de Lüderitz et les dunes sont bien là. La route les traverse, même. Et ce n’est pas vraiment un paysage de carte postale que nous trouvons en arrivant. Un vent de sable violent rend les vingt derniers kilomètres éprouvants. Le ciel est gris, la route couverte de fins nuages de sable qui semblent se plaire à traverser la chaussée. A tel point que certains passages sont complètement recouverts et que nous les franchissons difficilement. Apparaît une ville fantôme en bordure d’une zone interdite au public, exploitation du diamant oblige. Comme un bout du monde. La petite ville aux maisons colorées est bâtie au fond d’une baie bordée de rochers. Nous plantons notre tente dans le camping municipal situé sur la presqu’île qui ferme la baie. Nous y sommes les seuls clients. Le vent redouble en rendant la tache difficile. Il nous faut nous accrocher aux sardines ! Nous sommes samedi, il est 17h00 et les rues sont désertes. Tout est fermé et il n’y aura pas le choix pour se nourrir. Pour les dunes illuminées par la lumière du couchant, il faudra revenir aussi. Les plus grandes sont bien visibles au Nord de la ville, mais une couche de nuages noirs cache le soleil et le spectacle annoncé est annulé. Nous verrons bien demain…

Pour voir, nous avons vu ! Le vent n’a pas faibli, le ciel est noir foncé – si l’on peut dire – et il fait froid. Décidément, difficile d’adopter une tenue vestimentaire durable dans cette région. Nous tentons de nous approcher de ces grandes dunes pour lesquelles nous sommes venus jusqu’ici. Mais quand le goudron cède la place à la piste, ce sont encore des projections de sable qui nous assaillent et nous obligent à rebrousser chemin. Que faire d’autre que de fuir à nouveau vers l’intérieur du pays, où nous espérons une météo plus clémente ? Des engins ont dégagé la route de son tapis de sable, mais le vent, inlassablement, en remet encore une couche. Il semble toutefois que nous laissions derrière nous le mauvais temps. Un groupe d’autruches court parallèlement à notre trajectoire, à une centaine de mètres de la moto. C’est bien le genre d’image que l’on voit dans les documentaires et que nous ne pouvions pas imaginer vivre. Moment magique !

IMG_4994_vent_sable.jpgLe réseau routier de la Namibie est essentiellement constitué de pistes. De milliers de kilomètres de pistes. Notre prochain objectif, la destination numéro un des touristes en Namibie : Sossusvlei (à vos souhaits !). Et pour y aller, rien de moins que quelques centaines de kilomètres… de piste, justement, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Au vu des images que nous avons pu voir dans des reportages, ce doit être plaisant. Sauf que là, nous ne sommes pas dans un reportage mais bien dans le désert. Et dans le désert, le terrain n’est pas constant. S’il y a effectivement, de belles sections bien roulantes, il y a aussi de grandes zones de « tôle ondulée » et, pire que tout, du sable. La moyenne chute à une vitesse vertigineuse. Nous nous rendons bien compte que nous ne pourrons pas dormir ce soir au camping du site, or dans les rétroviseurs les nuages nous poursuivent… Nous sommes dans une zone où les clôtures ont disparu. Et soudain, ce sont cette fois quatre chevaux sauvages (il y en a ici) qui galopent tout à côté de nous. Pour quelques centaines de mètres que nous ne sommes encore pas près d’oublier. Tout comme la tempête qui nous rattrape, d’ailleurs ! Une seule solution : quitter la piste, s’enfoncer dans la brousse et y improviser un bivouac. Avec le vent violent, la pluie, la boue et le froid, pas vraiment rigolo… Dire que nous avions trop chaud deux jours auparavant ! A l’abri sous la toile, la météo peut bien faire ce quelle veut : nous aviserons demain.

IMG_5125_003_Sossusvlei.jpgLe lendemain, justement, le découragement nous gagne. Entre l’état de la piste et la fatigue, nous décidons de couper court à cette expédition et de rejoindre le goudron pour sortir de cette galère. Nous y arrivons en même temps que le soleil et la chaleur. Une auberge à l’entrée du petit village de Maltahôhe, avec son jardin empli de cactus, nous attire. Il n’y a pas de hasard, ce sont deux sympathiques français qui en sont les propriétaires. Le calme allié à leur gentillesse n’a aucun mal à nous retenir ici pour y passer une nuit et digérer l’épreuve passée. A tel point, que dés le lendemain, nous reprenons la piste pour nous rendre finalement à ce tas de sable qui attire tellement de monde. Et pour cause : des dunes immenses aux couleurs ocre que le soleil couchant semble enflammer. Malgré la chaleur, nous avons l’impression d’être au beau milieu d’un immense bac de crème glacée… Des troupeaux d’autruches, d’oryx et de springboks incitent à faire attention sur la route. L’autruche qui arrive à notre droite pour traverser à une paire de mètres devant la moto, alors que nous regardons ses copines à gauche, en est bien la preuve. En plus, ces oiseaux-là, ça ne doit pas vraiment aimer qu’on leur roule sur les « arpions »… Encore une fois, après un coucher de soleil que l’on peut comparer au bouquet final d’un feu d’artifice du 14 juillet, nous sommes encore les derniers à rentrer au camping, à la nuit noire. Une deuxième étape réparatrice à Maltahôhe sera bien méritée. C’est que cette escapade se solde quand même par plus de 650 km de tout-terrain…

lundi 30 novembre 2009

Sur le chemin du retour…


IMG_9434_007_rencontre.jpgNous les avions aperçues au Cap Cod, au tout début de notre voyage. La mer était mauvaise, le ciel gris, bref pas de quoi motiver les baleines à faire de grands sauts et autres pitreries. Ici, à Hermanus, à quelques kilomètres de Cape Town, nous passons une journée à les regarder bondir hors de l’eau, faire des cabrioles ou tout simplement dire bonjour de loin, d’un petit geste de la nageoire. IMG_9165_004_baleine_Hermanus.jpgIncroyable ! En plein centre-ville, confortablement installés sur des bancs aménagés sur les rochers bordant la baie, sans prendre un quelconque bateau, sans se mouiller… Et en plus, sans avoir à sortir un rand. C’est qu’ici, comme partout, l’accès à la nature est le plus souvent payant. Et comme la vie n’est pas donnée de ce côté-ci de l’Afrique, on apprécie pleinement le spectacle que nous donnent les cétacés. Juste une chose : la prochaine fois, donnez-le un peu plus près de la côte. Juste pour les photos…

Une petite balade en Bretagne ou en Patagonie, ça vous dirait aujourd’hui ? C’est un peu notre programme, à quelques détails près. Nous évitons de nous engager dans Cape Town ce matin, en suivant la route côtière. De gros rochers nous rappellent Perros Guirec… si ce n’est que la faune locale est constituée de pingouins. Ces derniers se prélassent au soleil, semblant ne pas apprécier la température de l’eau. Ils iront prendre un bain quand vraiment la faim les gagnera. Une aubaine pour nous, qui pouvons les observer à loisir. Le cap de Bonne-Espérance n’est qu’à une vingtaine de kilomètres. Voilà le genre d’endroit où nous espérions pouvoir aller depuis des années, et où nous ne resterons finalement que deux petites heures. Il faut dire que le vent qui souffle ici n’a rien à envier à celui de Patagonie. IMG_4580_005_Cap_Bonne_Esperance.jpgA cause de lui, il nous faut prendre mille précautions avec la moto, les casques… Tout peut se retrouver par terre très vite en une seule rafale. Nous aussi, d’ailleurs… Faire quelques photos (ou du moins essayer) afin d’immortaliser ce moment et fuir au plus vite. Pas vraiment le genre d’endroit où nous avons envie de nous éterniser, malgré la beauté on ne peut plus sauvage du site. Nous fuyons les embruns pour revenir à un climat plus serein à l’abri des montagnes.

Cape Town. Pour nous y rendre enfin ce matin, nous choisissons de passer par la côte Ouest du cap. Choix judicieux, car non seulement nous évitons les encombrements, mais en plus nous roulons sur la Chapman Peak road. Une route en corniche surplombant l’océan Atlantique qui, ici, a des couleurs de lagon tropical. La ville semble paisible et agréable. Manque de bol, la rareté des places de camping et le coût exorbitant des chambres vont nous priver d’un séjour. Dommage, il y avait tellement de choses à voir… Nous partons à regret, un peu comme à Vancouver l’an passé, mais en ayant toutefois pu faire remplacer l’insert de notre bouchon d’huile. Une intervention de quelques minutes à peine…

IMG_4748_006_sur_la_piste.jpgA ce moment du voyage, c’est la route vers le Nord que nous prenons. Autrement dit la route de l’Europe, et plus précisément de la France. Certes, encore quelques kilomètres nous en séparent, mais ça sent déjà le retour… Notre prochaine étape se situe au Nord-ouest du pays. Pour l’atteindre, ce sont quelques centaines de kilomètres qu’il nous faut parcourir. Au plus nous avançons, au plus il fait chaud. Nous nous rapprochons à nouveau du tropique du Capricorne. Il fait entre 36 et 39 degrés. Lors d’une halte, nous dégustons quelques nectarines à côté d’un sapin de Noël. Contrastes. Nous sommes un peu pressés par le temps ce soir. Nous n’avons toujours pas trouvé un endroit où planter notre tente et le soleil descend très vite. Alors que nous franchissons un énième col, impossible de ne pas s’arrêter. La lumière du soleil couchant embrase toute la vallée et lui donne des airs de Monument Valley en Arizona. A croire que nous pourrions faire un tour du Monde sans sortir de l’Afrique du Sud ! Sans parler de ce col, ou exception faite de la rare végétation, nous pourrions affirmer avoir roulé sur la lune… C’est vrai, il fait très chaud… Mais c’est juste pour vous dire à quel point ce pays est inattendu et dépaysant… Que dire quand les vignes remplacent les plantations de citronniers ou orangers en plein cœur d’une région aussi aride que l’Ouest de l’Australie, simplement parce que coule ici l’Orange river ?

IMG_4883_008_quiver.jpgLe parc Kgalagadi, que nous souhaitions visiter avant de rejoindre la Namibie, est interdit aux motos. Dernières balades sur les routes de cette Afrique du Sud pays si attachante, avant de la quitter déjà. Nous suivons la ligne électrique où les oiseaux ont construit de gros nids sur chaque poteau, nous apercevons encore quelques quivers qui font penser à des arbres préhistoriques et la route nous mène directement à la frontière.

La moto semble enfin avoir trouvé son rythme, et nous roulons sereinement vers d’autres destinations. Encore une fois, nous vous envoyons un peu de la chaleur du désert du Kalahari qui pointe ses étendues devant nos roues, alors que le froid doit en ce moment même envahir la France.

lundi 23 novembre 2009

Mille et une facettes


Nous roulons plein Ouest. A notre droite, une chaîne de montagnes pelées qui paraissent expulsées du sol tant elles jaillissent vers le ciel bleu. A notre gauche, de temps à autre, l’océan Indien qui embrume le panorama avec l’aide du vent. La route traverse à tour de rôle des forêts de mimosas, d’eucalyptus ou du maquis. Avec la chaleur, il se dégage de cette végétation des odeurs enivrantes. Des ponts enjambent de petits mais profonds canyons, qui finissent dans l’océan. Après une intervention mécanique infructueuse à Port Elizabeth, notre route a repris. Avec toujours ce foutu suintement d’huile au niveau du bouchon de remplissage d’huile… Les kilomètres défilent aussi vite que les jours. Il y a tellement à voir, tellement à faire…

IMG_8991_001_elevage_autruches.jpgNous avons hésité à quitter la N2 qui nous conduisait tout droit vers Cape Town. Nous avions entendu parler d’une petite ville, non loin d’ici, qui serait la capitale de l’autruche. Un petit détour s’impose. Nous quittons cet axe encombré à la veille du week-end. Aussitôt la route monte à l’assaut de ces montagnes que nous longions depuis plusieurs centaines de kilomètres. Route au revêtement parfait, large, avec de grandes courbes, et qui en quelques encablures nous propulse à 800 m d’altitude. Comme par enchantement, le col nous fait basculer dans un tout autre paysage. Nous laissons derrière nous les vertes prairies accrochées aux pentes des montagnes, pour plonger dans une région à la végétation aride. Aussitôt, des parcs apparaissent dans la plaine. Nous allons très vite apercevoir les occupants de ces enclos : des autruches. Beaucoup d’autruches. Enormément d’autruches ! Même si nous nous y attendions, c’est impressionnant ! Drôle de bestioles que l’on croirait évadées de la préhistoire, avec leurs longues pattes, leurs ailes atrophiées, leur cou sans fin surmonté d’une tête qui contient un cerveau complètement disproportionné par rapport à la taille de l’oiseau. Vous avez déjà regardé une autruche dans les yeux, vous ? Quand vous voyez ces grands yeux doux, vous ne pouvez réprimer un sentiment de regret sachant que ces volatiles sont destinés à l’abattoir… Bon, je vous rassure, une heure après, en dégustant un steak cuit à point de l’animal en question, on éprouve moins de compassion.

IMG_4349_002_route_62.jpgAvant de remonter en selle, un rapide coup d’œil à la carte. Bien joué : on peut prendre une voie secondaire qui va nous éviter quelques kilomètres. « Route 62 » gravé en toutes lettres sur un panneau monumental, avec un logo qui ressemble étrangement à ceux des routes étasuniennes. Nous allons vite comprendre que la petite Route 62 du fin fond de l’Afrique veut se donner des airs de Route 66. Et reconnaissons qu’elle y parvient très bien ! Paysage aride, végétation rare et exotique, canyons et gorges, des éoliennes auxquelles le vent a du faire perdre la tête (ou plutôt l’hélice), de grandes ligne droites… L’illusion est parfaite. Enfin presque. Car ici, hormis quelques vieux murs de terre que le vent et les rares pluies auront tôt fait de ramener à l’état de poussière, pas de ville ou de village fantôme. Bien au contraire. Les pauses sont des plus sympathiques dans les petites agglomérations qui longent cette voie d’un autre continent. Et les autochtones ne s’y trompent pas. Des groupes de motos et de voitures américaines des années 60 se succèdent. Quand on vous dit que l’Afrique du Sud dépayse ! Difficile d’imaginer à quel point, car ce n’est pas fini…

Notre destination d’aujourd’hui : le point le plus au Sud de l’Afrique. Eh non, pas le cap de Bonne Espérance mais celui d’Aguilhas, un peu plus au Sud que le premier nommé. Pour y parvenir, de vastes plaines recouvertes de champs immenses où les moissons se terminent à grand renfort de moissonneuses batteuses dernier cri. Un peu plus loin, surprise. Au détour d’une petite ville, le paysage, encore une fois, se métamorphose. Beaucoup d’oiseaux courent devant la moto ou volent au-dessus de nos têtes et des marécages. D’immenses enclos renferment cette fois des troupeaux de chevaux. Sensation de traverser un coin de Camargue… Comme l’impression doit être parfaite, ce sont les maisons aux murs blancs et surmontées de toits de chaume qui viennent parfaire le décor. Etonnant. Etrange, même. On en viendrait à se croire au pays des mille et une facettes !

IMG_4410_003_cap_Aguilhas.jpgL’heure tourne et tourne toujours. Le soleil descend. Le temps de planter la tente dans un camping au bord de l’océan, et nous parcourons les derniers kilomètres qui nous mènent en quelque sorte au bout du bout : le fameux cap Aguilhas. Non seulement le point le plus au Sud de l’Afrique, comme nous le disions plus haut, mais en plus les géographes ont décidé que c’est ici que se rencontrent les océans Indien et Atlantique. Un monument en atteste. Un petit trait tracé dans le béton en direction de l’Antarctique, plus précisément du pôle Sud, nous permet de visualiser la leçon de géographie. Et c’est simplement ainsi que ce soir, nous assistons à un couché de soleil inhabituel sur deux océans.

lundi 16 novembre 2009

Un royaume contre un bouchon


IMG_4214_008_descente_Sani_Pass.jpgEncore un coup de tampon sur nos passeports et nous plongeons par cette brèche du mythique Sani Pass. Si, vue de là-haut la piste semble facile, quand nous y posons nos roues, il n’en va plus de même. La pente est forte. Très forte, même ! Les rochers qui affleurent sont autant d’obstacles qui peuvent dévier la moto et tout ce quelle transporte vers le précipice. La boue glissante colle aux pneus. La première vitesse, bien trop longue pour ce genre d’exercice, nous oblige à trop solliciter les freins qui chauffent vite. Les arrêts sont obligatoires pour faire reposer la mécanique et les passagers. Presque aussitôt, nous sommes entrés dans les nuages. Tellement absorbés par les obstacles, on ne se rendra compte que bien plus tard que nous sommes maintenant sous ces mêmes nuages. Le paysage est toujours aussi beau. Cascades, rochers vertigineux, parterres de fleurs orange…

IMG_4083_006_Sani_Pass.jpgDeux heures pour parcourir les quelque 36 km qui nous séparaient du goudron, en bas, dans la vallée. On s’est bien arrêté pour prendre quelques photos, puis pour les formalités de douane entre Lesotho et Afrique du Sud, mais quand même, cela prouve que ce n’était pas du gâteau. Que dire s’il nous fallait monter de ce côté ? Un bon repas s’impose (on mange bien en Afrique du Sud !) afin de reprendre des forces. D’autant qu’un imprévu s’ajoute encore à notre programme : le bouchon de remplissage d’huile du moteur fuit de plus en plus. A tel point que tout le coté de la moto est crépit de lubrifiant. Et ne parlons même pas de l’état de nos habits…

Il y a vraiment deux pays en un dans cette immensité australe. Celui des Blancs et des rares Noirs qui ont « réussi », et celui des Noirs… Selon les régions prédominent les uns ou les autres. Nous quittons la petite ville d’Underberg pour traverser une vaste zone beaucoup plus pauvre. Du moins, de la partie que nous avons pu voir. Le Kwazulu-Natal. Plus d’arbre. De la prairie recouvre les collines à perte de vue. Prairie régulièrement recouverte de ces « towns ships » aux maisons multicolores mais tellement dérisoires, plantées anarchiquement et sans souci d’urbanisme. Les quelques petites villes traversées sont sales et encombrées. Plus rien à voir avec ce que nous avons rencontré depuis le début de notre séjour. Il ne ferait pas bon avoir une panne par ici. L’insécurité est omniprésente. Ambiance due à la période de l’apartheid. Ici un Blanc est un Afrikaner (Blanc qui vit en Afrique du Sud depuis plusieurs générations), donc un ennemi pour les Noirs qui vivent dans la misère. Cette situation est particulière à l’Afrique du Sud et ne reflète en rien les rapports entre Africains et Européens dans les autres pays de ce continent.

Il faut faire très attention. Vaches, chèvres et autres chiens errants sont également de la partie. Il pleut. Toujours ce vent glacial. Il est fréquent de traverser des zones de brouillard tellement les nuages sont bas. Nous sommes obligés de nous arrêter au bord de la route afin de sortir du fin fond de nos bagages doublures et gants d’hiver. Et dire que nous pensions avoir trop chaud en Afrique du Sud… Les centaines de kilomètres se succèdent. Et toujours cette huile qui s’échappe du moteur… Toutes les astuces pour remédier à cette fuite ont été utilisées. Mais n’est pas Mac Gaver qui veut. Le ruban adhésif, le chewingum, rien n’y fait. La jambe gauche du pantalon, imbibée d’huile, pèse de plus en plus lourd.

cyber_cafe.jpgComme si la richesse allait de pair avec la météo ou le paysage, c’est en arrivant sur la côte de l’Océan indien que nous retrouvons des villes structurées et propres, en même temps qu’une accalmie météorologique. Une visite (une de plus…) chez le concessionnaire BMW de Port Elizabeth s’impose. Il va nous falloir attendre ici une paire de jours pour que les deux mécaniciens aient un peu de temps à consacrer à notre moto. C’est le début de la saison estivale et l’atelier est bondé. Notre séjour en Afrique du Sud joue les prolongations et ce n’est pas pour nous déplaire. Nous avions prévu trois semaines ici, les voilà déjà écoulées. On va en ajouter au moins une… Aussitôt prêts, nous prendrons la direction de Cape Town avant de bifurquer plein Nord, vers l’Europe. Mais d’ici là, il y a encore quelques pays à découvrir et quelques rencontres à faire.

samedi 7 novembre 2009

Du Swaziland au Lesotho


IMG_3896_004_route_Swaziland.jpgNous ne sommes qu’à une centaine de kilomètres du Swaziland, petit royaume coincé entre le Mozambique et l’Afrique du Sud. C’est certainement le moment où jamais d’aller y jeter un œil… La route semble avoir été posée à même les flancs des montagnes. Une belle route qui monte et monte encore en zigzagant à travers le relief et les forêts. Bizarrement, nous sommes pour ainsi dire seuls sur cette voie. Serions-nous les seuls à aller au Swaziland ? Quand arrive le poste frontière, il se confirme que pas grand monde ne passe par ici. Les policiers chargés de l’immigration ne semblent pas être surchargés de travail. Le temps de deux coups de tampon et nous passons un portail après lequel la route se transforme en chemin au revêtement fatigué, tout au long du « no mans land ». On va dire que le poste de douane côté Swaziland est « plus africain »… Il ne nous faudra pas plus de temps pour y rentrer. Goudronnée, la route a dû l’être il y a longtemps… Pour l’heure nous zigzaguons entre les trous. Un panneau annonce « fin d’on ne sait quoi ». Par chance, c’est la fin du goudron, ou supposé. Une piste prend la relève. Sommes-nous dans la bonne direction ? En guise de route, c’est une piste d’exploitation forestière qui sert de liaison jusqu’à Piggs Peak, village où nous retrouvons une voie dûment revêtue.

IMG_8825_005_enfants_Swaziland.jpgSurprise : à en croire notre guide touristique, nous nous attendions à un pays assez pauvre. Les frasques du monarque en place, Mswati III, étant prioritaires sur les besoins de ses sujets. Nous sommes finalement dans un environnement assez similaire à la grande Afrique du Sud voisine. Certes, des habitations sont plus proches de la cabane que de la villa, mais dans l’ensemble la majorité des gens semble vivre correctement. Les centres commerciaux de la capitale, Mbabane, en attestent, tout comme le parc de véhicules. Le pays est cerné de montagnes et la verdure prédomine. Nous allons vite comprendre pourquoi. La pluie nous rattrape encore ici.

Il nous faut rouler un peu. Direction le Sud-ouest avec pour point de mire presque immédiat un autre royaume, complètement enclavé celui-là : le Lesotho. Avant d’y entrer, un passage au « Golden Gate Hightland NP » s’impose. Paysage de sable fossilisé que le temps a modelé en construisant des forteresses rocheuses, recouvertes d’une verte prairie où paissent zèbres et gazelles alors que les babouins semblent faire la manche au bord de la route, des fois qu’un touriste de passage leur donnerait un bout de pain… Le ciel est rempli de nuages. Encore une fois, le passage des différents postes de douane n’est qu’une formalité de quelques minutes. Toujours impossible, en revanche, d’assurer la moto…

Le Lesotho est comme un gros paquet de montagnes posé sur un plateau, qui lui-même est déjà à une altitude moyenne de 1 700 m. Nous ne nous doutions pas qu’en Afrique, nous aurions à gravir des cols à plus de 3 000 m. Le futur proche va nous démontrer que le Lesotho est vraiment un pays de montagne. Qui en douterait, alors que plus de 80 % du territoire que l’on surnomme le « royaume dans les nuages » se trouve à plus de 1 800 m ? Pas nous en tout cas. Car bien entendu, si la météo n’était déjà pas terrible, c’est la pluie mêlée à un vent violent et froid que nous allons affronter pour franchir le Tlaeng Pass à 3 251 m, qui succède à deux autres cols presque aussi hauts.

IMG_4199_007_camping_Sani_pass.jpgC’est justement pour un col que nous sommes venus au Lesotho. Le mythique Sani Pass. 2 874 m d’altitude. Une brèche dans la gigantesque falaise qui marque la frontière entre Lesotho et Afrique du Sud, à l’Est du pays. Falaises recouvertes de pâturages et parsemées de quelques cases. A nos pieds, une mer infinie de nuage. Impressionnant ! A tel point que ce panorama trouve sa place parmi les plus grandioses de notre voyage (vous rappelez-vous de ce bout du monde majestueux dans le film Les dieux sont-ils tombés sur la tête ?). Au-dessus du col, au bord de la falaise, le Sani Top chalet. Le pub le plus haut d’Afrique, qu’ils disent. Eh bien pour nous, cela va certainement être le camping le plus haut d’Afrique. Malgré le vent, nous plantons la tente sur l’herbe verte face à la falaise. On ne vous en dira pas plus sur le bonheur que procurent de tels instants. Toutefois, et ce n’est pas un détail, le Sani Pass est une destination qui se mérite. La météo mise à part (elle nous a quand même bien gâché le paysage, pourtant sublime, en estompant les couleurs de la terre, du ciel et des cases joliment décorées), la piste, 51 km, n’est pas toujours des plus faciles. Les passages délicats se succèdent à l’approche du col alors que nous avons laissé derrière nous les derniers villages. Il n’y a plus que quelques rares bergers, enveloppés dans des couvertures et un bonnet sur la tête, pour rigoler de voir deux extra-terrestres se débattre sur un gros truc orange pour franchir quelques marches rocheuses qui entravent la piste. Mais cette laborieuse arrivée n’est rien comparée à ce qui nous attend demain…

mercredi 4 novembre 2009

Étonnante Afrique du Sud !


Vraiment étonnante, cette Afrique du Sud ! Nous ne savions pas trop à quoi nous attendre, mais nous restons après plusieurs jours sur place toujours aussi désorientés, dépaysés. Nos repères africains, acquis au cours des précédents voyages, n’ont aucune valeur ici. Après avoir quitté Jo’burg, nous traversons de grandes étendues légèrement ondulées et couvertes d’exploitations agricole. De temps à autre en émerge une centrale nucléaire ou une mine. Puis très rapidement, le paysage change. Les ondulations s’accentuent pour devenir collines et de vastes forêts apparaissent. Nous entrons dans la plus grande forêt d’Afrique du Sud. Une forêt artificielle, en fait, née de l’exploitation du bois. Les arbres sont alignés au cordeau, mais malgré cela et quelques lacs aidant, nous avons l’impression de traverser un paysage suédois…

IMG_3639_001_Pilgrim__s_Rest.jpgLa route, magnifique, nous emmène à notre étape du jour. Un ancien petit village de mineurs. Les mines d’or étaient nombreuses ici aussi. Le village est pratiquement resté tel quel. Ce sont simplement des commerçants qui ont pris possession des lieux. Cette fois, il semble que nous soyons dans une de ces petites villes de l’Ouest américain. Quand on vous dit que c’est dépaysant au point de ne plus savoir où nous sommes… Pilgrim’s Rest, le village en question, n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Graskop, point de départ d’une des plus belles balade du pays. Le Blyde River Canyon, troisième plus grand canyon au monde. Comme le long du Colorado, ou plus modestement (encore que…) du Verdon, les belvédères se succèdent pour nous dévoiler des paysages toujours plus beaux. Cascades se déversant de parois abruptes, falaises couvertes de végétation tropicale, rochers en forme de cases africaines, marmites de géants creusées au fil du temps par l’eau et les pierres qu’elle charrie… Les journées sont bien trop courtes pour pouvoir profiter de tout cela comme nous le voudrions. Mais une destination attendue depuis très longtemps apparaît peu à peu sur l’écran du GPS. Ce qui nous a attiré dans cette région, c’est avant tout le parc du Kruger. Et nous n’en sommes plus qu’à quelques kilomètres.

IMG_8188_002_Tradition_2.jpgNotre problème, encore une fois, c’est l’impossibilité d’accéder au parc avec la moto. Nous ne connaissons pas les lieux et il nous est difficile de savoir comment et d’où organiser notre visite. Les prix pratiqués par les organisateurs de « safaris » vont vite nous dissuader, s’il en était besoin, du bien fondé de cette idée. La meilleure solution, pense-t-on, c’est la location d’une voiture. Encore faut-il savoir où, et trouver par la même occasion un endroit sûr où laisser la moto pendant une paire de jours. A force de recherches, il s’avère que c’est à l’aéroport du parc qu’il faut aller. Nous trouvons à nous loger à Nelspruit, distante d’une trentaine de kilomètres et où nous pourrons laisser la moto sous bonne garde.

4h45 du matin. Quelqu’un tape à la fenêtre de notre chambre. Le gardien nous dit : « C’est l’heure pour aller visiter le parc ! » La raison l’emporte sur la colère. Nous ne lui avions rien demandé mais c’est vrai, il faut y aller au plus vite afin d’en profiter au maximum. Ici, les gens vivent au rythme du soleil. Ils se lèvent tôt pour aller travailler puis vers 17/18 h, tout est désert.

IMG_8243_003_Kruger.jpgIl nous faut quand même parcourir une bonne centaine de kilomètres pour atteindre la porte d’accès au parc la plus proche. Les nombreux reportages télévisés concernant le parc du Kruger nous ont toujours fait rêver. Mais l’expérience de la péninsule de Valdès, en Argentine, nous laisse septique quand à ce que nous allons découvrir. Là-bas, il y avait au moins 200 m entre les éléphants de mer et nous. Que va-t-il en être ici, avec la végétation en plus ? A notre grande surprise, et très vite, notre balade dans la savane va prendre la tournure d’un « feu d’artifice » animalier. Nous ne savons plus où donner de la tête ! Il faut conduire, se repérer, chercher, se garer dans l’urgence en pensant que nous ne sommes pas seuls et faire des photos comme on le peut, engoncés dans notre voiture. Une grande partie du bestiaire africain s’offre à nous. Même le roi lion est de la partie ! Mais alors, que le temps passe vite dans ces conditions ! Pas étonnant qu’en fin d’après-midi nous soyons les derniers sur la route et les derniers à rentrer au camping alors qu’il fait nuit noire. Allez, demain nous remettons ça, et avec le soleil si possible… En se donnant la peine d’emprunter quelques pistes isolées, nous « découvrons » de petits endroits paradisiaques. A tel point que nous regrettons vivement de ne pas avoir loué la voiture plus longtemps pour en profiter un peu plus. Bah, d’autres destinations nous attendent…

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