Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 15 février 2010

2h15 avant J.C.


IMG_8566_001_entree_Ethiopie.jpgLe temps aux douaniers de faire le ménage sur leurs bureaux encombrés, de démarrer les ordinateurs, de trouver les tampons et de boire un café, nous pouvons accomplir les formalités qui nous permettent d’entrer en Ethiopie. Un pays où nous retrouvons enfin le goudron. Après cette traversée du Kenya très chaotique, on l’apprécie plus que jamais, même s’il n’est pas toujours d’une grande qualité. Autour de nous, le sol rouge est hérissé de grandes termitières qui s’entremêlent avec des habitations plus ou moins sommaires. Il n’y a pas beaucoup de circulation. Nous sommes même seuls depuis quelques kilomètres. Pourtant le GPS nous confirme que nous sommes bien sur la route principale. Comment pourrait-il en être autrement ? Il n’y en a pas d’autre.

Nous nous faisons cette réflexion alors que nous entrons dans une belle forêt d’eucalyptus. Et tout à coup, comme si nous l’avions pressenti, nous nous trouvons devant un barrage composé de branches et de bouts de bois. Nous stoppons à bonne distance de l’obstacle, et analysons très rapidement la situation. Ce n’est pas une déviation, ce n’est pas un arbre tombé sur la route, ce ne peut donc être qu’une embuscade ! Par chance, il y a juste assez de place côté gauche pour passer avec la moto. Sans plus réfléchir, nous fonçons plein gaz. Il se peut fort que nous l’ayons échappé belle ! En voiture, l’histoire peut s’avérer très différente. Vous sortez du véhicule pour déplacer les branches et vous vous retrouvez avec un pistolet-mitrailleur pointé sur la bedaine… Bienvenue en Ethiopie ! On nous avait prévenu à plusieurs reprises que les gens n’étaient pas particulièrement hospitaliers dans ce pays, mais quand même…

IMG_8716_004_route_Ethiopie.jpgA mi-journée, nous avons déjà atteint le village où nous avons prévu de faire étape (ça a du bon, le goudron). Trop tôt pour s’arrêter : on roule bien, la prochaine ville est à « seulement » 250 km, autant continuer. Ce que nous n’avions pas du tout prévu, c’est que les conditions de circulation puissent changer aussi vite. L’Ethiopie est un pays d’altitude couvert de collines. La route serpente à travers ce relief jusqu’à se transformer en une sorte de toboggan bordé de forêt tropicale et de villages, qui se touchent tous sur plus de 150 km. À croire que toute la population du pays est concentrée ici ! Or ils sont plus de 80 millions, les Éthiopiens… La chaussée est envahie de monde et d’animaux domestiques livrés à eux-mêmes. Des conditions de conduite vraiment difficiles où il faut essayer d’anticiper les mouvements de centaines de personnes, animaux, véhicules, brouettes, charrettes à la fois, et ce à chaque instant. Il ne faut pas plus de quelques dizaines de kilomètres pour être épuisé. À ce rythme, on n’arrivera jamais assez tôt à la prochaine ville susceptible de nous fournir un logement…

IMG_8604_002_vehicule_Ethiopien.jpgLes chauffeurs d’autocars et autres camions ne s’embarrassent pas de prudence lors de la traversée des villages. C’est « à fond les manettes » et main sur le klaxon : les piétons n’ont qu’à s’enlever du milieu s’ils veulent survivre. Pour avancer, il nous suffit de nous coller à l’arrière de l’un d’eux et de ne plus couper les gaz. Pas évident au début quand on imagine les conséquences que cela pourrait avoir, mais en voyant les kilomètres défiler un peu plus vite, on finit par valider la méthode. Cela ne nous empêchera pas, encore une fois, d’enfreindre une règle pratiquement vitale : ne jamais rouler de nuit. Afin d’éviter de percuter les charrettes tirées par les ânes, le type qui mou son grain sur la chaussée à l’aide d’une meule en pierre, les véhicules sans éclairages, nous continuons de suivre un véhicule avec un bon éclairage (rare) et qui roule à bonne allure. Il nous ouvre la route, nous limite les risques et nous permet finalement d’arriver à destination à une heure raisonnable.

L’opération nous a fait gagner une journée. Pas que nous soyons pressés, mais il est vrai que pour la première fois depuis que nous roulons en Afrique, nous ne nous sentons pas vraiment bien. Les prédictions des gens ayant traversé le pays avant nous se vérifient. Enfants qui nous jettent des pierres, bâtons qui se lèvent à notre passage, interpellations continues, absence de dialogue avec les gens à l’occasion des pauses, bergers faisant traverser la route à leur troupeau à l’approche de la moto… Tout cela crée un climat assez malsain qui n’incite guère à faire du tourisme. Aussi, nous roulons. Les arrêts photos sont très rares. Dommage, car bien souvent nous traversons des paysages magnifiques. Du coup, nous arrivons très vite à Addis-Ababa, la capitale. Il est à peine exagéré de dire qu’il n’y a pas grand-chose à y voir.

IMG_8702_003_Lucy.jpgLa ville n’a aucun charme et semble constituée de quelques immeubles émergeant des bidonvilles. Les rares bâtiments dignes d’intérêt sont inaccessibles et seul le musée national retiendra notre attention dans un premier temps. Pas que ce musée soit exceptionnel, loin de là, mais il abrite notre ancêtre à tous : Lucy. Et encore, pas vraiment ; juste une copie des os retrouvés fossilisés et la reconstitution en résine de son squelette complet. Pas de quoi tomber à la renverse. Bon, vous avez quand même le bonjour de Lucy, votre grand-grand-grand…mère ! La balade dans la capitale va cependant prendre un peu plus de saveur alors que nous passons auprès de la vieille gare désaffectée. Nous y rencontrons un cheminot qui pendant une paire d’heure va nous raconter l’histoire de la compagnie des chemins de fer franco-éthiopiens, qui reliait Addis-Ababa à Djibouti. Histoire passionnante et en français, en plus, car tous les employés devaient le parler parfaitement. Le règlement, l’administration, tout était écrit dans notre langue.

Tout au long de notre route, nous avons accumulé une somme d’informations au sujet de l’Ethiopie qui nous permet de prendre une décision : notre séjour dans ce pays sera des plus brefs. L’ambiance qui y règne, allié au très mauvais état des routes qui permettent de se rendre dans les lieux d’intérêt, ne nous incite pas à prolonger notre séjour. Nous ne voulons ni casser la moto, ni avoir de problème avec les locaux. Cap au Nord-ouest pour rejoindre au plus vite le Soudan, que nous espérons atteindre d’ici trois jours.

La route passe à plus de 3 100 m d’altitude, avant de balader sur de hauts plateaux ondulés où se déroulent les moissons. Officiellement, en Ethiopie, nous sommes en 2002 (calendrier orthodoxe, qui compte à peu prés 13 mois. 13 mois de soleil par an qu’ils disent. C’est peut-être vrai, il ne pleut plus depuis quelques jours !). Officiellement, donc, en 2002. Mais nous nous trouvons plongés au moins 2 000 ans plus tôt. Un réalisateur de film dont l’action se déroulerait à cette époque trouverait là des figurants en costumes d’époque à moindres frais. Sans parler des décors et des traditions… Les gerbes de blé sont foulées aux pieds ou par des bœufs, les grains ventilés en les laissant tomber au vent, la récolte transportée sur la tête, ou à dos d’âne pour les plus riches. Il y aurait tellement de photos à faire si nous pouvions nous arrêter sans risquer de créer un incident à chaque fois…

IMG_8728_005_vallee_Nil_Bleu.jpgTout à coup, c’est comme si le paysage s’effondrait. Une cassure énorme semble découper l’écorce terrestre : nous sommes devant la vallée du Nil Bleu. Un canyon, un vide qui impressionne et que la route va nous faire traverser. Moment magique tellement c’est beau. Cette fois aussi, nous arrivons à l’étape prévue en début d’après-midi. Bien trop tôt pour s’arrêter, d’autant que rien n’est vraiment prévu ici pour héberger qui que ce soit… Et d’où vient donc cette huile sur le moteur ? Non ! Le bouchon de remplissage d’huile réparé en Afrique du Sud s’est remis à fuir…

Il faut encore prendre une décision sans savoir ce qui nous attend. N’est-ce pas cela l’aventure ? Nous ajoutons encore 270 km à notre journée. Et bien sûr, après la sortie du village, la route se dégrade jusqu’à se transformer en piste à plusieurs reprises. Impossible d’arriver à destination dans ces conditions. Après 70 km de ce traitement, une petite ville apparaît. Nous y recherchons une chambre d’hôtel. Rien que du sordide : guère d’autre choix que de continuer. Là, comme par miracle, la route est toute neuve. Ouf ! En remettant en pratique la méthode de l’autre jour, nous arrivons à destination juste après la tombée de la nuit. On s’en sort bien. Nous sommes au bord du lac Tana, l’un des nombreux lacs de la Rift Valley (tiens, il y avait longtemps…).

lundi 8 février 2010

Au bout de la piste, l’Éthiopie...


On ne vous surprendra pas si l’on vous dit qu’il pleut le matin du jour choisi pour quitter enfin Nairobi… Partira, partira pas ?... Pleut-il à 300 km au nord ? Un furtif rayon de soleil arrive à percer l’épaisse couche de nuages noirs et agit sur nous comme une catapulte. C’est le moment ! En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la moto est chargée et nous déguerpissons. S’extraire de la capitale ne sera qu’une formalité malgré, encore une fois, de nombreux travaux routiers qui ne facilitent pas la fluidité du trafic. Cap au nord ! Nous roulons enfin ! Pour rejoindre Isiolo, où nous devons faire étape, la route contourne le mont Kenya. La deuxième montagne la plus haute d’Afrique après le… Kilimandjaro. C’est bien, tout le monde suit le cours de géographie. Et comme vous suivez tous nos humides aventures depuis le début, vous avez deviné que le mont Kenya, nous ne l’avons pas plus vu que son grand frère quelques semaines plus tôt. Nuages, vous avez dit nuages ? A croire que tous s’accrochent à cette montagne pour obscurcir le ciel sur des centaines de kilomètres.

IMG_8325_007_equateur_Kenya.jpgIci, pas de monument pour signaler le passage de l’Equateur. Un simple panneau cerné de boutiques de souvenirs. L’arrêt photo s’impose pourtant. C’est la quatrième fois que nous franchissons cette ligne symbolique au cours de ce voyage (deux fois à moto, deux fois en avion) mais toujours avec autant d’émotion. Nous avons alors une pensée pour ce Sud-africain, Mike Horn, qui a réalisé le tour de la planète sans aucune aide motorisée et sans s’éloigner de plus de 20 km de l’équateur. Il avait simplement dérogé à cette règle ici, pour aller gravir le mont Kenya (voir son livre « Latitude zéro »).

Nous y voilà. Pour commencer, la piste est parallèle au chantier de la route. Encore une fois, ce sont les Chinois qui travaillent ici. Ceux-là sont en train d’endetter l’Afrique du nord au sud, en prenant tous les marchés de construction en échange d’un bien piètre travail…

IMG_8453_010_rencontre.jpgHier soir, le patron de l’hôtel où nous avons fait étape nous a rassuré. Il venait de téléphoner à Marsabit, au Nord, et nous annonçait que la piste avait séché. Heureusement, car pour l’heure des nuages et même quelques gouttes nous accompagnent. Le chantier dépassé, la piste s’enfonce dans la savane, verte comme elle ne doit l’être que très rarement. Avouez que nous sommes quand même chanceux de la voir ainsi ! Et puis au fil des kilomètres, l’altitude baisse, les nuages disparaissent, il fait de plus en plus chaud, la végétation se raréfie, la piste devient de plus en plus cassante. Région volcanique, Massaïs marchant le long de la voie avec des ornements d’un autre temps mais au combien colorés et exotiques. Nous sommes au cœur d’un Kenya autant extraordinaire qu’inattendu et rude.

De grandes ornières asséchées apparaissent. Cela a du être une sacrée galère pour ceux qui conduisaient les véhicules qui se sont plantés ici… En ce qui nous concerne, il s’agit d’être assez habile pour éviter d’y tomber. Une seule glissade de la roue avant, un mauvais choix de trajectoire, un mauvais coup de guidon, et ce pourrait être la chute avec des conséquences irréparables. Avec ce cumul de difficultés, notre moyenne horaire, à la fin de la journée, n’excèdera pas 20 km par heure. Une journée de repos à Marsabit est la bienvenue. Il reste encore 270 km du même acabit pour rejoindre enfin Moyale et la frontière.

IMG_8423_009_piste_Nord_Kenya.jpgLe réveil sonne à 5 h 30. On n’aime pas vraiment cela, mais il y a des jours où c’est indispensable. Nous sortons de la petite ville de Marsabit quand à notre droite, un peu au-dessus de l’horizon, le disque orange du soleil émerge de la brume. Pour le moment, la piste est bonne. Mais il ne faut pas se faire d’illusions : cela ne va pas durer longtemps. Il faut profiter pleinement de ce qui se présente, d’autant que nous longeons la crête d’un volcan et que le paysage est exceptionnel. Les pierres promises apparaissent. La cadence chute. Les yeux rivés au sol pour essayer en permanence de trouver la meilleure trajectoire. Celle qui nous secouera le moins. Celle, surtout, qui permettra d’économiser la moto au maximum. Nous sommes entourés d’une savane exceptionnellement verte. Mais au fil des kilomètres, cette verdure laisse la place à toujours plus d’aridité jusqu’à ce que nous nous trouvions au beau milieu d’un immense champ de lave. Des roches volcaniques posées sur le sol bien plus loin qu’où ne porte le regard. Le soleil monte dans le ciel. Il fait de plus en plus chaud. Le compteur kilométrique tourne bien moins vite que les aiguilles de la montre. Nous avons l’impression de ne pas avancer. Les ornières laissées la semaine dernière par les camions refont leur apparition. Ce matin, c’est un plaisir que de zigzaguer entre elles en prenant appui contre ces monticules de terre à l’accélération. Mais il faut rester vigilant. Durant toute la matinée, nous n’avons rencontré que deux véhicules et un seul nous a dépassé. Il ne ferait pas bon de se faire mal ici.

A la mi-journée, nous avons parcouru la moitié de la distance. Un petit village au pied de collines borde la piste. Rien. Pas une gargote où boire un coup, pas un commerce. Nous franchissons un petit col avant de nous arrêter à l’ombre d’un épineux, afin d’y déguster une boite de sardines, deux portions de fromage fondu et une mangue. Pratiquement toutes nos provisions.

IMG_1151_008_camion_Nord_Kenya.jpgLa piste paraît meilleure. Au loin, les montagnes de l’Ethiopie pointent. Nous allons les longer sur une bonne centaine de kilomètres. Dommage que le poste frontière ne soit pas là : nous gagnerions du temps et de la fatigue. Quelques petites gazelles grises coupent notre trajectoire. Les arrêts boissons sont nombreux. Notre surcharge pneumatique a du bon : Nous pouvons remplir le pneu de bouteilles d’eau minérale. Certes il faut imaginer très fort qu’elle est glacée en la buvant… Mais jamais nous n’avions eu une telle autonomie en eau ! La tôle ondulée a réapparu. Nous croisons quelques camions dont les chauffeurs ne semblent pas ressentir les mêmes impressions que nous sur cette piste pourrie. A chaque fois nous avons droit à une volée de gravier et une ration (copieuse) de poussière. Plus que quelques dizaines de kilomètres avant d’arriver à Moyale.

À la sortie d’un virage, surprise : 4 motos sont garées à l’ombre. Leurs pilotes font une pause. Des Allemands qui espèrent rejoindre Marsabit en fin d’après-midi. Au vu de l’heure avancée et quand on leur annonce que nous en sommes nous-mêmes partis tôt ce matin, le doute s’installe dans leur esprit. D’autant qu’il ne fait pas bon traîner sur cette piste la nuit. Les trafiquants d’armes y sont, parait-il, assez nombreux et ils n’aiment guère être dérangés… Bonne chance !

10 h 15 de conduite pour parcourir 270 km. Epuisant. Même l’inconfort total du « camping » (si l’on peut appeler cela un camping) de Moyale ne viendra pas à bout de notre sommeil. Demain matin nous ne serons qu’à un petit kilomètre du poste frontière et du goudron. Salut le Kenya, bonjour l’Ethiopie !

vendredi 29 janvier 2010

Un pneu de patience


IMG_1113_006_sur_la_piste_du_lac.jpgLe gars couché sous sa voiture au bord de la piste, à la recherche d’un bruit suspect, nous a dit hier : « Encore 10 km et la route est parfaite jusqu’à Nairobi. » S’est-il moqué de nous ou n’a-t-il pas voulu nous décourager ? Toujours est-il que nous continuons à manger de la poussière sur une piste défoncée, avec un trafic de plus en plus intense au fur et à mesure que nous approchons du but.

Comparée aux capitales des pays précédents, Nairobi fait figure de citée moderne et structurée, avec ses quelque 4 millions d’habitants. Bien qu’encombrées, de grandes avenues permettent de circuler à proximité d’un centre-ville bordé de verdure. Nous avons ici un point de chute recommandé par tous les gens rencontrés depuis l’Afrique du Sud et qui ont traversé le continent africain en venant du Nord : Jungle Junction. Le camping incontournable des voyageurs. Que l’on se déplace en camion, en voiture, à vélo ou à moto, tout le monde s’y retrouve. Occasions de rencontres et d’échanges n’y manquent pas. A 1800 m d’altitude la température est agréable en cette saison. La tente plantée sur la belle pelouse verte, la moto garée à côté, installés sur des fauteuils avec des boissons fraîches, quel plaisir de profiter de la wifi avec une connexion comme nous n’en avions pas eu depuis bien longtemps… Paraît qu’il fait froid et qu’il neige en France ?

Nous pensions trouver ici des pneus pour la moto. Non pas que les nôtres soient déjà usés, mais ils ne pourront pas tenir jusqu’à Istanbul, prochaine ville où nous pourrons nous en procurer. Finalement, seul un modèle avant est disponible. Pas d’autre choix que de se faire envoyer l’arrière de France : au moins dix jours d’attente !

IMG_7577_001_noel_2009.jpgLes départs et arrivées au camping se succèdent. Des motards allemands, majoritairement, mais aussi anglais, slovènes, sud-africains ou même russes, s’intercalent au milieu d’une large majorité de camions et de voitures. Le temps d’une nuit ou d’une révision de la moto, aucun n’a les mêmes priorités ou objectifs.

La météo se dégrade et de fortes pluies s’abattent sur la région. La tente posée sur la pelouse devient comme un îlot cerné d’eau renouvelée tous les jours. Le sol n’arrive plus à absorber cet excédent. Et dire que les Massaïs ont eu des pertes considérables dans leur bétail à cause d’une sécheresse qui a duré plus de huit mois ! Ils auraient dû nous téléphoner ! On venait, la pluie nous suivait et nous évitions des drames…

Ici, en Afrique, on n’est jamais sûr de rien. Et surtout pas des délais de livraison de la Poste. Aussi nous allons profiter de cette attente pour aller faire un tour vers le parc Massaï Mara, sans trop savoir comment nous allons nous y prendre pour le visiter.

IMG_1068_005_Massais.jpgIl y a eu, tout au long de ce voyage des rencontres qui ont modifié le cours de notre programme. Ce matin, alors que nous venons de quitter le camping avec notre chargement et que nous roulons doucement en attendant que le moteur monte en température, nous entendons une voix nous demander : « Vous êtes Français ? » Une moto s’est portée à notre hauteur et son pilote nous interroge. Arrêt pour rencontrer Pascal, qui travaille à l’Ambassade de France. Lui, part faire un tour de moto dans la région avec ses copains, français également. Promis, on s’appelle à notre retour à Nairobi !

Les informations récoltées ici au sujet de l’accès au parc ne sont pas réjouissantes. Piste en très mauvais état pour arriver jusqu’à l’entrée, rien sur place pour se faire transporter et en plus, toujours cette météo déplorable. Nous verrons bien : roulons.

La route, encore une fois, nous fait plonger au fond de la Rift Valley parsemée de petits cratères de volcans et à la végétation rabougrie. Quelques gazelles et zèbres se baladent au gré des taches d’herbe verte. Encore une fois, c’est sous une pluie battante que nous arrivons à Narok, la dernière petite ville avant de bifurquer sur la route… euh, non, la piste qui mène à l’entrée du parc. Il est déjà 14 h quand nous nous installons à la table d’un petit restaurant pour y « déguster » l’incontournable poulet-frites. À tout hasard, nous demandons au serveur s’il ne connaîtrait pas une voiture à louer. « Un taxi ? » nous demande-t-il. « Oui, mais 4x4. » C’est ainsi que moins d’une heure plus tard, nous chargeons nos bagages dans une voiture et prenons la direction du parc distant d’environ 120 km, la moto ayant été garée en sécurité dans un couloir de l’hôtel attenant au restaurant.

Inondations, routes et pistes transformées en torrents, encore une fois, nous ne regrettons pas d’être à l’abri dans une voiture même si le doute s’installe quant à la possibilité de rejoindre le camping ce soir. Paradoxalement, nous pouvons voir le long du chemin et à proximité des villages, de nombreux cadavres de vaches que quelques chiens errants finissent de déchiqueter en attendant que les vautours viennent finir le travail. La pluie arrive trop tard…

C’est à la tombée de la nuit, après plus de 3 h de trajet, que nous finissons d’installer notre tente à quelques kilomètres de l’une des entrées du site.

IMG_7818_002_Massai_Mara_Leopard.jpgAllégés de quelques dollars, nous franchissons la barrière. Il faut vraiment le faire exprès, car il n’y a aucune clôture ou quoi que ce soit qui nous empêcherait de passer à quelques centaines de mètres, dans la nature… Le Massaï Mara est la prolongation du parc Seringeti en Tanzanie. Il s’agit en fait d’une rivière frontalière entre les deux pays ; paysages et animaux y sont donc les mêmes. Et des animaux, encore une fois, nous allons en voir ! Il semble que le top du top, lors d’un safari africain, soit de rencontrer les « bigs five ». A savoir ; éléphant, buffle, rhinocéros, lion et léopard. Un peu comme une sorte de trophée ou de challenge auquel nous n’attachons, nous, aucune importance. Nous nous contentons largement de ce qui se présente. Malgré tout, si au fil de nos visites nous avions vu les quatre premiers cités, le léopard était jusqu’ici resté invisible. On le cherchait dans les arbres, et en voilà deux qui se prélassent sur l’herbe bien verte de la savane. Comme deux peluches que l’on aurait posées sur un tapis. C’est là aussi, au Massaï Mara, que nous allons enfin voir des hippopotames. Pour en voir, nous en avions déjà vu auparavant. Des quantités, même. Mais jamais comme cela, à quelques dizaines de mètres sur le rivage de la rivière et en groupe important. Tout arrive.

IMG_7899_003_Massai_Mara_hippos.jpgUn peu plus tard, installés confortablement dans la voiture arrêtée au milieu de la prairie, nous constatons encore une fois que le roi des animaux, le lion, est des plus faciles à observer. C’est simple, à cet instant, nous en avons pas moins de treize autour de nous ! Mais une journée dans le parc, c’est terrible : nous n’avons pas le temps d’y entrer, qu’il faut déjà en ressortir… A croire que les heures ne font plus que 20 minutes… Bon, ça tombe bien, il pleut à torrent.

Le retour à Nairobi, la tête pleine d’images n’est qu’une formalité. Manque de chance, le pneu tant attendu n’est toujours pas arrivé…

IMG_1050_004_Lac_Magadi.jpgNous vous disions que le cours de notre voyage pouvait, de temps à autre, être complètement bouleversé par une rencontre. C’est un mot laissé par Pascal au camping qui va chambouler les jours prochains. « Nous voudrions vous inviter ce soir vers 19 h ». Pour ne pas changer, nous sommes trempés, et il est justement déjà 19 h. Nous arrivons d’une balade au lac Magadi, qui a été assez éprouvante à cause du très mauvais état de la route, de la chaleur qui régnait sur les rives du lac (situé lui aussi au fond de la Rift Valley), mais surtout à cause des violents orages qui ne nous ont pas abandonné tout au long du trajet retour. Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons pourtant avec toute une équipe de motards français et leurs familles, devant de délicieux mets qui ne tardent pas à nous faire oublier la galère du jour. Une sorte de réveillon comme il va en fait s’en enchaîner plusieurs soirs d’affilés, qui ne nous laisseront que de bons souvenirs ! Enfin presque… Car nous sommes quand même toujours à Nairobi. Le temps passe, les journées défilent, mais notre pneu n’arrive pas. Alors même que les pluies s’accentuent et que les pistes se dégradent toujours plus. A tel point qu’il devient impossible d’aller se balader dans la région sans devoir affronter des routes défoncées et se prendre des tonnes d’eau sur la tête. Pas idéal pour découvrir un pays, aussi beau soit-il. C’en est même décourageant.

A ne rien faire comme cela, on se prend la tête, on tourne en rond et la bonne humeur cède la place à l’irritation… Rien de bon pour le moral. Chaque jour, les mêmes interrogations : le pneu est-il arrivé ? Dans quel état est la piste qui doit nous permettre de rejoindre l’Ethiopie ? Et les réponses sont de plus en plus désolantes. Du genre : la route vient d’être fermée pour cause d’inondations et de trop de camions plantés dans la boue. Des morts, des milliers de personnes déplacées et pour couronner le tableau, l’insécurité et les risques d’épidémies s’installent. Nous nous sentons coincés ici, même si les conditions d’attente pourraient être bien pires. Il est grand temps de prendre des décisions. Nous fixons une date butoir où quoi qu’il arrive, il nous faudra décamper. Nous ne pouvons pas rester ici indéfiniment. On profite de ce laps de temps pour essayer à nouveau de trouver un pneu sur place. Le réseau des motards français va bien nous aider même si nous ne trouvons pas exactement le modèle espéré.

Heureuse surprise : un motard allemand arrive du Nord par la fameuse piste, soit 500 km de tôle ondulée, caillasse, sable, trous, bosses et maintenant boue. Il nous rassure en affirmant que si nous attendons un jour ensoleillé et que nous roulons vraiment doucement, c’est faisable. Lui est passé, pourquoi pas nous ? Sauf que nous sommes deux sur la moto… Il nous faut prévoir 4 jours au départ de Nairobi pour espérer rejoindre la frontière et le goudron : une petite journée de route pour relier Isiolo et se trouver à l’entrée de la piste, puis deux jours sur ladite piste entrecoupés d’une journée de repos. Si tout se passe bien…

« Hakuma matata » (sans souci, pas de problème), comme ils disent ici. La veille de la date prévue, toujours pas de pneu. Notre visite à la Poste ne le fera pas arriver plus vite, il est temps d’agir. Montage d’un modèle plus petit et à la gomme pas vraiment adaptée au traitement qu’il va subir. Cela remet en avant le problème majeur de cette histoire : nous ne pourrons pas rallier Istanbul avec. Il nous faut donc nous surcharger de notre ancien pneu, que nous avions fait installer en Namibie et qui pourra encore parcourir quelques petits milliers de kilomètres. La moto n’avait vraiment pas besoin de ce supplément de poids alors que nous abordons la partie la plus dure de cette traversée de l’Afrique.

lundi 18 janvier 2010

Assaillis par les Massaïs


IMG_7396_007_massais.jpgNous sommes ici au pays des Massaïs, que l’on ne manque pas de croiser tout au long de notre chemin. Bâton d’une main, parfois sagaie à l’autre, ils gardent leurs troupeaux enveloppés dans des toges aux couleurs vives, poignard à la ceinture, téléphone portable pendu autour du cou. Ah, les traditions !

Le mont Mac Kinley et l’Everest ont dû prévenir le Kilimandjaro de notre arrivée. Aussi ce dernier, comme les précédents, est-il enveloppé d’une épaisse couche de nuages pour se mettre à l’abri de nos regards. A peine pourrons-nous apercevoir un bref instant ce qu’il reste des neiges éternelles sur le plus haut sommet d’Afrique, qui culmine à quelque 5891 m d’altitude.

IMG_0457_004_marche_massai.jpgAu bord de la route, en contrebas, une explosion de couleur : un marché Massaï. Et malgré l’orage qui vient de s’abattre sur la région, il y a affluence ! Les pieds dans la boue, pas terrible pour déambuler au milieu de cette foule. D’autant que les curiosités, ici, ce ne sont pas les Masaïs mais les motards. Tous les regards étant tournés vers nous, difficile dans ces conditions de faire quelques photos discrètement. En quelques minutes, la moto est cernée par une foule de curieux qui en épluchent les caractéristiques.

Il ne nous faudra pas aller bien loin pour faire quelques photos dans une ambiance plus sereine. Un petit groupe de maisons au pied de la colline attire notre attention. La moto dévale la pente en douceur et nous voilà prêts à faire quelques clichés des habitations locales. En quelques secondes, toute une famille en sort afin de venir nous rejoindre et examiner les deux extraterrestres qui se sont posés sur leur prairie avec cette drôle de chose orange. Une fois leur curiosité rassasiée, à notre tour d’aller visiter une des maisons construite avec du bois mêlé à de la terre et de la bouse. Un toit de chaume, une cloison face à l’entrée pour couper le vent, trois petites cellules en guise de chambres et quelques pierres au milieu pour contenir un modeste feu qui fait office de cuisine. Le tout dans une obscurité à se perdre dans quelques mètres carrés.

Quelques kilomètres plus tard se pose encore une fois le problème de la visite des plus célèbres parcs du monde : le cratère du N’gorongoro, décrit dans notre guide comme la 8ème merveille du monde, et le Seringeti. Nous sommes à quelques kilomètres de ces hauts lieux de la faune africaine, et voilà que leurs prix d’entrée nous posent encore problème. Il faut dire qu’il n’y va pas avec le dos de la cuillère, le gouvernement tanzanien. L’argent des visiteurs est un des rares revenus du pays, donc il ne faut pas lésiner : c’est le prix fort. Prix qui nous obligent à faire un choix et à revoir nos ambitions à la baisse. Ce sera le cratère « seulement ». Et même si c’est la 8ème merveille du monde, nous on veut bien mais à 450 dollars US la journée, avouez que cela commence à faire un peu cher quand même.

Il est vrai, qu’une fois en haut, sur le bord du cratère, devant ce spectacle, nous oublions vite ces désagréments (notre budget, lui n’oubliera pas !). Face à nous, à environs 600 m sous nos pieds, s’étend une immense prairie tachée d’un lac et quelques marais. Le tout bordé par les flancs du volcan sur lesquels s’accrochent quelques arbres, dans lesquels flotte une légère brume. Le long de la piste qui longe cette crête avant de plonger dans le cratère, des buffles, éléphants et autres gazelles vont et viennent entre les étendues immenses de savane du Seringeti et ce petit paradis de verdure. Seules les girafes n’arrivent pas à franchir ces pentes abruptes. La rareté des arbres à l’intérieur du volcan ne doit pas les inciter non plus à se surpasser pour franchir l’obstacle. Obstacle qui n’effraye en rien la Land-Rover à bord de laquelle nous nous trouvons. La pente est raide et une fois en bas, nous changeons de monde.

IMG_7265_005_N__gorongoro.jpgEn fait, nous plongeons dans un film documentaire comme on peut en voir à la télé. Nous sommes sur cette vaste prairie à l’herbe verte et rase, cernés par des milliers de gnous et zèbres. Le toit ouvert de la voiture nous permet d’être debout et d’avoir une excellente vision un peu surélevée et à 360°. Oiseaux, hyènes, phacochères, buffles, rhinocéros, autruches, gazelles se succèdent devant nos yeux qui ne savent plus où regarder. Le lac principal sert de refuge à des milliers de flamands roses. Des grues, après être passées sur la voiture, se posent à quelques mètres. Malgré les drames de la vie animale qui se déroulent ici de temps à autre (il faut bien se nourrir…), il règne ici un calme, une sérénité à peine troublée par les grondements des gnous ou les cris des oiseaux. Mais les lions qui sont maintenant devant nos objectifs en train de finir de déguster un phacochère qui n’a pas été assez rapide pour échapper à leurs griffes, rappellent, si besoin était, que la faune qui nous entoure n’est pas au paradis. Il faut voir la panique que provoque le passage d’un couple de lions, pourtant repus, en balade au milieu des gnous et zèbres…

Le tonnerre gronde en résonnant dans le cratère. Impressionnant ! Le ciel se charge de ces nuages qui s’accrochent aux parois du volcan. Vous pensiez que la pluie allait faire une trêve ? Eh bien non, toujours pas. Même à ce prix-là nous sommes rattrapés par cette mauvaise météo.

Ils sont là, encore une fois. Et en nombre en plus. Mais que croyez-vous qu’ils fassent quand il pleut ? Pour se « protéger » de la pluie, ils restent sous l’eau. Décidément, pas facile à voir sur pieds, ces hippopotames ! Encore raté. Mais au fait, comment sont-ils arrivés là, eux ? On a du mal à les imaginer en train de grimper ou descendre les parois du volcan…

IMG_7365_006_pillard.jpgIci aussi le temps passe très vite. Encore plus vite à ce tarif ! Et il est déjà temps de quitter cet endroit unique au monde. Une dernière halte avant de remonter. Halte qui permet à quelques singes de s’attaquer à nous. Pas à nous directement, mais aux restes de nos victuailles de la journée. A croire qu’ils connaissent la couleur des paquets de biscuits et qu’ils sont capables de les repérer du haut d’un arbre. Les vitres de la voiture sont restées ouvertes et en quelques secondes, sans nous laisser le temps de réagir, quelques pillards s’engouffrent dans le véhicule pour nous dévaliser. Un dernier regard sur le cratère avant de redescendre… de l’autre côté cette fois.

Notre séjour en Tanzanie touche à sa fin, un peu écourté par ces contingences financières. Nous prenons la route du Nord. La route ? Ce qu’il en reste, plutôt. Les chinois sont encore là. Tout est sans-dessus dessous. Et du coup, pour nous, c’est encore de la mauvaise piste et de la poussière pour une demi-journée. Jusqu’à la frontière du Kenya.

IMG_6924_003_route_Kilimandjaro.jpgTrop tard pour entamer les formalités et rejoindre Nairobi. La prudence nous incite à attendre demain. Le soleil se couche sur la savane qui entoure le petit village de Mananga. Nous allons faire un petit tour à pieds. Les Massaïs prennent le chemin de leurs cases, les femmes aux visages bardés de bijoux pendus à leurs oreilles mutilées. Les habitants du village, eux, reviennent de l’église au bas de l’agglomération et les croisent. Un même pays, deux mondes différents (à ce sujet, il y a au moins 125 dialectes différents utilisés ici !).

Alors, que malgré les mauvaises conditions de circulation nous l’avons guetté du coin de l’œil toute la journée, du moins la couche de nuage qui l’enveloppe depuis que nous lui tournons autour, des fois que, voilà qu’il se dresse sur l’horizon, majestueux, avec un voile de nuages à mi-hauteur qui fait penser à un anneau de Saturne et contribue à donner l’impression que la montagne flotte sur la savane. Le Kilimandjaro est là, devant nous ! La neige est orange sous les derniers rayons de soleil. Il n’y a plus qu’à s’asseoir sur le mur qui longe la route et déguster ce spectacle inespéré jusqu’à ce que la nuit ne l’enveloppe à son tour. Pas le temps d’aller chercher l’appareil photo resté à l’hôtel…

mercredi 13 janvier 2010

L’île aux épices


IMG_6767_001_Zanzibar.jpgLe panneau accroché sur le ponton de débarquement annonce « Karibu to Zanzibar » Bienvenue. Si vous n’avez jamais voyagé dans le 19ème siècle, venez donc faire un tour à Zanzibar. À la descente du bateau règne la même ambiance qui devait baigner le quai à l’arrivée des vaisseaux venus embarquer leur cargaison d’épices ou… d’esclaves. Il suffit de faire abstraction des véhicules et de quelques antennes paraboliques disgracieuses en se perdant (plus involontairement que par choix, un véritable labyrinthe) dans les ruelles étroites de la ville, avec pour seuls repères les façades de certaines maisons exceptionnelles, et vous voilà propulsé dans l’histoire. L’absence fréquente d’électricité la nuit rend le séjour en ville encore plus exotique. Ce ne sont pas les chars à bœufs croisés sur les quelques routes asphaltées de l’île qui démentiront cette illusion. Les maisons en palmes tressées ou en pierre de corail, plantées au cœur d’une végétation opulente, ne font que parfaire le tableau.

Côté plages, nous retombons dans les cartes postales avec ces étendues infinies de sable blanc bordées de cocotiers d’un côté et d’eau aux couleurs turquoise ou émeraude de l’autre, sur laquelle sont posées les boutres toutes voiles au vent léger. On ne vous cachera pas que de temps en temps il faut bien de l’eau à ce jardin exotique et que nous avons profité aussi de l’arrosage automatique. Mais pour une fois, on s’en fout : nous visitons l’île à bord d’un petit Suzuki 4x4, bien à l’abri. Une petite revanche sur la météo !

Aucun problème pour trouver à se loger dans de petits bungalows les « pieds dans l’eau » et manger du poisson à « toutes les sauces ». Ici non plus, les habitants ne semblent pas vraiment stressés… Il faut dire que les fruits semblent tomber tous seuls des arbres, tout comme les poissons de la mer. Ce qui permet de rester couché au long de la route à regarder passer les quelques touristes qui s’y promènent.

Si nous avons « souffert » pour manger pendant la plus grande partie de ce voyage autour de la planète, cela va beaucoup mieux depuis que nous sommes en Afrique. Ceci va-t-il durer longtemps ? Mystère. De plus, il est amusant de manger des fraises au dessert à cette saison. L’année dernière, au Chili, c’était les cerises… Et puisque nous parlons nourriture, la Tanzanie serait-elle le pays de la patate par excellence ? Toujours est-il qu’on en trouve de partout et que jamais de notre vie nous n’avons mangé autant de frites ! Souvenir de la brève colonisation allemande ? Cela change beaucoup du riz en sauce proposé le long des routes de l’Afrique de l’Ouest. Après une traversée retour assez agitée, (le pilote du bateau doit être un ancien chauffeur de bus), nous nous apprêtons à reprendre notre route vers le Nord.

jeudi 7 janvier 2010

Jambo !


IMG_0435_002_Super.jpgElle est toute petite, la station-service à l’entrée de la ville. Pas de queue, pas de cônes ou d’extincteurs disposés devant les pompes pour signaler l’absence de carburant. On s’arrête devant celle de super et l’air de rien, on béquille, on enlève la sacoche-réservoir et on ouvre le bouchon. Nous, la pénurie, jamais entendu parler !? Quel soulagement et quelle joie quand le pompiste, après avoir mis en place le pistolet nous demande : « Le plein ? » Ouf ! Allez, la frontière n’est plus qu’à quelques dizaines de kilomètres. Nous avons encore eu de la chance ! Après coup, nous rigolons bien en croisant les camions-citernes venus de Tanzanie pour ravitailler le Malawi comme autant de sauveurs. Nous avons évité les prix exorbitants du marché noir…

Encore une fois, les formalités aux frontières ne sont que… formalités. Les préjugés sur des douaniers corrompus en prennent un bon coup : on ne s’en plaindra pas. En plus, cette fois-ci, l’assureur local pour la moto nous propose une carte jaune. L’équivalent de notre carte verte pour l’Afrique. Plus de souci d’assurance jusqu’en Jordanie !

C’est par une belle route posée sur les crêtes des collines que nous entrons en Tanzanie. De grandes courbes se succèdent au milieu d’une végétation exubérante. Champs de thé, bananiers, manguiers… et un bel orage pour bien arroser ce décor et les deux comiques à moto qui s’y trouvent.

Accident_camion_Tanzanie.jpgLes enfants qui jouent tout au long de la route nous adressent de joyeux « Jambo ! » (Salut), malheureusement trop souvent suivi de « Donne-moi un dollar, donne-moi un stylo… » Nous imaginions ce pays couvert d’une savane plate du Sud au Nord, et nous sommes cernés de hautes montagnes (même si nous y passons des heures, on ne regarde jamais assez les cartes). La route qui va nous conduire à Dar Es Salaam, sur la côte de l’Océan Indien, va prendre toutes les formes. Beau revêtement, de temps en temps. En travaux, souvent. Criblée de trous, parfois. Encombrée de camions plus ou moins sur leurs roues, eh oui, aussi ! Dangereuse, à cause des ornières creusées par les poids lourds et des chauffeurs d’autocars qui conduisent comme des malades. Belle, enfin, très souvent grâce aux paysages quelle traverse.

La vallée des baobabs qui aurait pu être magnifique sans les travaux et les déchets jetés par les passagers des véhicules (et qui s’entassent tout au long de la chaussée, pour le plus grand plaisir des babouins) en fait partie, tout comme le tronçon d’une cinquantaine de kilomètres qui traverse de part en part le parc national de Mikumi. Encore une bonne occasion de côtoyer la faune africaine de très près et à moto, même si nos arrêts photos ne plaisent pas vraiment aux rangers qui patrouillent en permanence tout au long de la route. Nous « profitons » de « leurs » animaux sans laisser un dollar dans la caisse du parc (pour une fois que nous pouvons profiter de la nature sans se faire plumer…). C’est pas bien, ça !

IMG_7422_008_pause_a_l__ombre.jpgL’arrivée à Dar, comme ils disent ici, sera plus pénible. Alors que nous étions la plupart du temps au-dessus de 1500 m d’altitude, bénéficiant d’une fraîcheur agréable, l’approche de l’océan nous plonge comme dans une étuve. De plus, le trafic s’intensifie et les derniers kilomètres n’en finissent pas. Camions qui fument, impossibilité de doubler et embouteillages sont autant de causes de fatigue.

Avant de nous installer dans notre chambre climatisée, ce sont une « Kilimandjaro » et une « Kilimandjaro » qui seront les bienvenues. Explication : le toit de l’Afrique donne son nom à tout. Ce doit être vendeur… Pour l’heure, ce dont il s’agit, c’est d’une bière et d’une bouteille d’eau minérale. Pour ce qui est de voir cette montagne mythique, il faudra attendre encore quelques jours. Du moins, on l’espère…

Pas terrible, Dar. Ville étape encore une fois, mais où nous allons rester un peu plus qu’à l’habitude. En cause, la proximité de l’île de Zanzibar. Pas que nous avions vraiment prévu de nous y rendre. Mais sur les conseils avisés de side-caristes français passés par là il y a quelques mois, et ayant un peu de temps devant nous, nous décidons de laisser encore une fois la moto quelques jours et d’embarquer sur un bateau qui va nous mener à Stonetown, la capitale de l’Île aux épices.

jeudi 31 décembre 2009

En panne (presque) sèche


IMG_5877_005_contraste.jpgLes capitales se suivent et se ressemblent. Sans aucun charme. Juste des lieux de passage un peu forcés pour ravitailler et communiquer. Du moins en temps normal… Nous avions entendu dire : « No petrol in Malawi ! » Et nous voilà en mauvaise posture. Les citernes à sec, les stations-service sont fermées. Quand l’une d’entre elles peut encore fournir quelques litres, c’est au prix de plusieurs heures d’attente sans certitude d’être servi. Cette fois, la chance va être de notre côté. Du moins pour un temps. Au centre-ville, un camion est en train de déverser son précieux chargement dans les citernes d’une station. IMG_6102_station2.jpgIl n’y a pas encore trop de monde et comme un réflexe nous nous rangeons dans une des files d’attente (façon de parler, car c’est une pagaille indescriptible). Une heure plus tard, au milieu d’une nuée de bidons en tout genre, nous pouvons finalement remplir le réservoir de la moto. Cela ne nous permettra pas de quitter le pays, mais nous pouvons continuer notre route pendant quelques centaines de kilomètres (quel bonheur d’avoir un gros réservoir !!!).

En quelques dizaines de kilomètres, nous passons d’environ 1 000 m à moins de 500 m d’altitude. Nous arrivons dans la fameuse Rift Valley. La plus grande faille de l’écorce terrestre, qui s’étire sur près de 7 000 km et où serait apparu l’être humain il y a « quelque temps ». Que les amateurs de généalogie ne se réjouissent pas trop vite, nous n’avons pas trouvé les archives. Vous pouvez ranger vos classeurs…

IMG_6366_008_lac_Malawi.jpgNous pourrions nous croire sur la plage d’un de ces endroits idylliques que vantent les brochures des agences de voyage. Le lac Malawi étale devant nous ses flots bleus et calmes, parsemés de quelques îles rocheuses. Un village de pêcheurs borde la côte. Il règne ici une douceur de vivre contagieuse. Les eaux regorgent de poissons et assurent un revenu pour de nombreuses familles. Comme le dit Charles dans une de ses chansons : « la misère doit être moins pénible au soleil ». Il n’y a qu’à voir la joie de vivre des enfants pour en être convaincu.

La vie de pêcheur se déroule paisiblement entre réparation des filets, préparation des barques et pirogues, séchage du poisson. Les flamboyants en fleurs accentuent le côté paradisiaque de cette côte inattendue. Mais comme encore une fois rien n’est parfait, et malgré la forte chaleur qui nous fait perdre des litres d’eau sans faire aucun effort, la baignade qui serait si réconfortante et rafraîchissante est proscrite. La bilharziose est présente dans les eaux stagnantes du lac. Une saleté de ver qui s’infiltre dans l’organisme et se balade sous votre peau en créant de gros dégâts… Non merci !

IMG_0190_007_Pecheurs_Malawi.jpgNous en arrivons à nous demander comment peuvent survivre ces gens qui se lavent et nagent tous les jours dans le lac, alors que sida et malaria s’associent à la bilharziose pour les détruire… Il est vrai que nous ne rencontrons pas souvent de personnes âgées…

Le lac Malawi, comme la plupart des lacs de la « vallée », est immense. Quand nous disons immense, c’est en centaines de kilomètres qu’il faut compter. Il nous faut maintenant le longer vers le Nord pour nous diriger doucement vers la Tanzanie. Mais un problème de taille persiste. La jauge de la moto descend au fur et à mesure des kilomètres parcourus (normal), et nous ne rencontrons pas la station-service susceptible de nous fournir les quelques litres qui nous permettraient de quitter le Malawi…

jeudi 24 décembre 2009

Plus belles seront les chutes


IMG_5675_bac2.jpgC’est sous une pluie battante que nous arrivons sur la rive Sud du Zambèze, qui sépare Botswana et Zambie. A ce point, deux autres frontières convergent : celles de la Namibie et du Zimbabwe. Cette zone n’est pas sans rappeler celle de Rosso, entre Sénégal et Mauritanie. Là non plus il n’y a pas de pont et il faut emprunter un bac hors d’âge pour atteindre l’autre rive. Par contre, ici, tout est plus serein. IMG_5668_bac1.jpgNous pouvons accomplir les formalités et payer une multitude de taxes sans être importunés. Une heure et demie après, nous franchissons le portail qui nous ouvre les routes de la Zambie avec même une assurance pour la moto en poche ! Il n’y a plus que 70 km à parcourir pour arriver à la ville de Livingstone. La route traverse de grandes forêts vertes avec quelques villages constitués de cases par-ci par là. En quelque 700 km parcourus en une paire de jours, nous avons changé complètement de climat. Fini le désert, voilà la forêt.

C’est à partir de ce soir que nous allons avoir à faire à des animaux bien plus dangereux que les pachydermes rencontrés auparavant : les moustiques. La malaria fait des ravages ici et les sprays et autres sticks, alliés à des habits qui nous couvrent entièrement, semblent dérisoires face à la détermination des insectes à nous piquer. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts en espérant que le traitement que nous prenons en prévention soit efficace…

IMG_5785_003_Chutes_Victoria.jpgLa statue de Livingstone trône à l’entrée du site. Le regard fixé sur ce qu’il vient de découvrir, semblant, comme ce fut certainement le cas, figé par le spectacle que la nature lui offre après un voyage on ne peut plus difficile : le fleuve Zambèze se déverse dans un canyon en d’immenses cataractes. Elles vont s’appeler Victoria falls, les Chutes Victoria. Cette fois, nous regrettons d’être ici à la fin de la saison sèche. Nous avons les inconvénients du début de la saison des pluies, mais le fleuve, lui, est à son niveau le plus bas et les chutes sont réduites au minimum. De plus, le Zambèze faisant frontière entre Zimbabwe et Zambie, le gros du spectacle se déroule… de l’autre côté de la frontière. Bien que le site soit classé au patrimoine mondial, aucun arrangement entre les deux pays n’a été conclu pour que les visiteurs puissent passer d’un côté à l’autre (et parlons même pas de la discrimination à l’entrée, au moment de payer… L’UNESCO a encore du pain sur la planche !). Décevant. Nous nous contentons donc de la partie Est des chutes. Faut pas non plus « cracher dans la soupe », c’est magnifique ! La balade est d’autant plus agréable, que malgré la chaleur ambiante, les remous provoqués par la force de l’eau nous vaporisent de fines gouttelettes rafraîchissantes. Il est midi. Le site va se transformer, pour nous, en une immense salle à manger au décor somptueux. Un banc, bien placé face au spectacle, et les quelques victuailles achetées au supermarché de la ville vont prendre une saveur toute particulière. Pas tous les jours que nous avons un tel décor en mangeant ! Les babouins nous guettent du coin de l’œil, des fois que nous oublierions un morceau de quelque chose en partant…

IMG_0086_004_Trad._Zambie.jpgLivingstone sera une ville agréable… dans quelque temps. Il faut simplement attendre un peu que les entreprises japonaises aient fini d’en remodeler le centre. On nous avait annoncé une belle route pour rejoindre la capitale, Lusaka. C’était encore une fois sans compter sur les travaux. Les chinois (cette fois) ont entrepris de refaire le revêtement de cet axe principal. Ils ont du travail ! En attendant, pour nous, en dépit de l’importance des taxes payées pour emprunter les routes du pays, c’est la piste qui se déroule devant nos roues. Pas toujours facile, en plus, la piste en question ! Tôle ondulée et trous font bon ménage. Sans parler de la poussière soulevée par les camions que nous croisons et qui roulent bien trop vite.

Des paysans labourent de grands champs à l’aide de charrues attelées à des bœufs. L’Afrique du Sud et sa débauche de moyens est déjà bien loin… De nombreux villages de cases aux toits de chaume qui reflètent la lumière du soleil font penser à des villages de bandes dessinées. Le village en champignons des « Schtroumpfs » ressurgit dans nos mémoires.

Lusaka ne sera qu’une escale ravitaillement et Internet. La route est encore longue jusqu’au Malawi, pays qui n’était pas à au programme de notre voyage. Mais beaucoup nous ont assuré d’une route excellente, de beaux paysages le long du lac Malawi et de l’absence de frais pour accéder au pays. Pourquoi pas ?

IMG_0153_006_orage_en_vue.jpgLa route est sinueuse et se faufile entre les collines boisées. C’est la saison des mangues. Il y en a de partout. Des étalages en sont remplis tout au long de la chaussée. Mais qui peut bien en acheter alors que la forêt en regorge ? A notre gauche, une prairie couverte de fleurs. Un arrêt photo de plus. Encore une fois, sans le savoir, nous avions ici un rendez-vous. Les motos étrangères sont très rares. Et en voilà deux qui arrivent : Nol et Bob (ça fait un peu dessin animé cette histoire…), père et fils. Ils sont Néerlandais et font un voyage de quatre mois entre le Cap Nord, en Norvège, et le Cap de Bonne-espérance, en Afrique du Sud. Comme à chaque fois, nous savons que la rencontre va être très brève. Ainsi qu’entre deux ordinateurs, il s’instaure un échange d’informations intensif. En plus d’une nouvelle liste d’adresses, nous avons deux nouvelles essentielles : l’une bonne et l’autre mauvaise. La bonne, c’est que la piste que nous redoutions au Nord du Soudan est désormais goudronnée du début à la fin. La mauvaise, c’est que cet enfer s’est « déplacé » au Nord du Kenya, où au moins deux jours de grosse galère nous attendent sur une vieille route redevenue piste avec beaucoup trop de sable. Nous verrons bien l’année prochaine… Pour l’heure, nous franchissons effectivement la frontière entre Zambie et Malawi en quelques minutes. Le plus long sera de remplir le formulaire de l’assurance pour la moto. C’est dire !

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