Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

jeudi 1 avril 2010

Au plaisir de vous lire


Pas moins de 84 messages venus de quarante pays ont précédé ce dernier billet. Tout a une fin, même les meilleures choses comme ces vingt mois extraordinaires que nous venons de vivre.

Pendant ce voyage, nous avons essayé, grâce à ce blog et à notre site internet, de vous faire partager notre aventure. Cela n’a pas été facile, a demandé beaucoup de travail et de temps dans des conditions aussi diverses qu’incongrues, et souvent au détriment de notre temps de sommeil. Il y a eu aussi les difficultés de connexion récurrentes, mais nous avons essayé de faire au mieux pour vous retranscrire ce que nous vivions. Nous n’avons pas la prétention de dire « le monde est comme ça », c’est simplement ce que nous avons vécu, nos sentiments, racontés avec nos mots simples et spontanés, sans aucune ambition littéraire.

Nous espérons naturellement avoir réussi à vous faire vivre un peu de notre aventure, à vous avoir offert un peu d’évasion et surtout, à vous avoir incité à partir à votre tour. Quoi qu’il en soit, cela a été avant tout un plaisir. Le plaisir simple de partager des moments intenses.

A votre tour d'ouvrir un blog ici-même et de nous raconter. Amitiés à tous !

lundi 29 mars 2010

Le bout du monde, c’est chez nous !


La pluie m’accompagne pour quitter la Turquie. A croire que nous sommes devenus inséparables ! Formalités rapides, passage du pont qui enjambe la rivière marquant la frontière entre Turquie et Grèce sur lequel, depuis des décennies, des soldats armés des deux pays se regardent vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Cette fois, c’est administrativement que je rentre en Europe. Pas même un panneau pour immortaliser l’instant. Face à moi, devant la moto, trois voies de bitume neuf surmontées d’un grand panneau où Igoumenitsa est inscrit en lettres blanches sur fond vert. L’autre côté de la Grèce, c’est tout droit. Cette autoroute était en construction lors de notre dernière visite ici. Il est maintenant facile de traverser le pays en quelques heures. Dommage, ils ont oublié de construire les aires de services, ce qui oblige à quitter l’autoroute pour faire le plein de carburant ou aller manger. Ils ont oublié autre chose, mais cette fois on s’en réjouit : les péages. Il faut toutefois vite en profiter, car ils s’en sont rendus compte.

IMG_2090_007_Meteores.jpgJ’ai bien roulé hier, et le port sur la mer Adriatique n’est pas même à 200 km. Il fait soleil et doux. La petite ville de Kalambaka avec son fabuleux site des Météores n’est qu’à 70 bornes. Bonne occasion pour y retourner. Bonne occasion aussi de se faire plaisir à conduire la moto. Une route large, remplie de virages, avec par moment des trous, des bosses, du gravillon, des glissières métalliques que les ronces envahissent, des arbres en fleur qui la bordent, des montagnes blanches à l’horizon, une vraie route, quoi ! Les flancs des pneus vont enfin travailler un peu. Et puis la GS marche tellement bien… Les mécaniciens istanbuliotes ont fait fort !

Avant la pluie, le soleil. Il faut se presser pour apprécier ce paysage constellé de pitons rocheux, dont certains sont surmontés de monastères. Il y en a eu jusqu’à 26. Il n’en reste plus que 6, qui bien qu’occupés par des moines ou moniales peuvent se visiter. À l’exception de celui des moniales, désolé !

L’autoroute traverse des chaines de petites montagnes qui, en plus d’êtres couvertes de neige, retiennent de gros nuages noirs. Il pleut un peu de tous les côtés. Heureusement, les tunnels sont nombreux et en plus de protéger des chutes d’eau, nous font passer d’une vallée à l’autre avec à chaque fois l’espoir de voir apparaitre le soleil à la sortie.

IMG_1527_008_Italie.Fini.jpgC’est la mer qui fini par surgir au bout du long ruban de bitume, lequel plonge directement dans le port qui longe toute la ville. Dix minutes suffisent à se procurer un billet pour prendre place, ce soir, à bord du ferry rapide qui relie Igoumenitsa à Ancône, en Italie, le temps d’une nuit de sommeil. Mais pour dormir, il n’aurait pas fallu partager la cabine avec Paolo, le chauffeur italien qui ronfle plus que son Mercedes Actros auquel on aurait ôté le silencieux d’échappement…

Sisteron : 1000 km. Le compte à rebours est bel et bien enclenché. Immuable. Le temps d’une grosse journée de route, d’une dernière pluie, d’un peu de neige et de vent glacial, et le rêve s’achève ce lundi matin à 0h45.

Après un peu plus de vingt mois, 128 000 km de routes les plus diverses autour de notre planète, l’aventure de notre vie est en train de s’achever pour être rangée au rayon des plus beaux rêves réalisés.

Il y a des tas de choses que nous avions prévu de faire, d’aller voir et que nous n’avons ni faites ni vues.

Il y a des tas de choses que nous n’avions pas prévu de faire, d’aller voir, et que nous avons faites ou vues.

Nous avions rendez-vous avec des gens « aux quatre coins » de la planète sans savoir ni où ni quand. Nous avons fait des rencontres extraordinaires.

Le voyage est ainsi, avec ses imprévus, ses contraintes, ses bons et ses mauvais moments. Souvent, ce n’est pas nous qui décidons, mais le voyage qui décide pour nous. Mais, n’est-ce pas cela encore que l’aventure ?

Bon, au fait, quand est-ce que nous repartons ? J’irai bien faire un tour de moto, moi. Un tour… du monde ?

jeudi 25 mars 2010

Aux portes de l’Europe


IMG_1203_004_mosquee_Bleue.jpgChris a pris l’avion très tôt ce matin, et je quitte trop vite la Syrie pour aller affronter l’hiver en Turquie. Une nouvelle frontière passée, voilà la Méditerranée qui surgit au passage d’un col. Pas très loin, les sommets sont blancs et contrastent avec le bleu intense de la mer. Ces sommets, il va me falloir les franchir pour traverser ensuite le plateau de l’Anatolie centrale. Le froid devient intense. Je profite d’un arrêt ravitaillement en carburant pour remettre la doublure de la veste et enfiler tous les vêtements à disposition. Le pompiste a dû se tromper en m’annonçant le prix du plein !? Pourtant non ; c’est bien le tarif qu’affiche la pompe. Exorbitant ! Ce sera le pays de notre voyage où le carburant est le plus cher. Comme pour adoucir la note (rien à voir, il s’agit bien là d’hospitalité), à chaque arrêt dans une station, un employé se précipite pour vous servir, un autre accourt pour vous offrir un verre de thé. Les charmes de l’Orient…

Il fait froid, mais en contrepartie j’évolue au milieu de paysages somptueux, avec ces pairies hérissées de peupliers ivoirins et bordées de montagnes blanches sous un ciel bleu foncé. Le soleil couchant ne fait que rajouter de l’ampleur au panorama. Mais une nuit suffit à ternir les images de la veille. Ce matin, je longe un lac que les nuages gris recouvrent. Les peupliers, hier blanc, paraissent aujourd’hui fantomatiques. Il fait froid et voilà la pluie qui s’en mêle. Comme quoi, en douze heures d’écart, on peut avoir deux visions complètement opposées du même paysage. Question de circonstances.

IMG_2046_005_tradition_turque.jpgLa route à deux fois deux voies permet de traverser la Turquie dans les meilleures conditions. Il est agréable de redescendre en altitude à l’approche de la mer de Marmara. Il y a quelques kilomètres, au passage d’un col à 1580 m, la neige commençait à tomber. Drue.

Byzance, Constantinople, Istanbul. Je rentre dans cette ville historique engluée dans un flot de véhicules avec lesquels je vais franchir le Bosphore par un des ponts qui relient l’Asie à l’Europe. Porte de l’Orient, ce passage est pour moi la porte du retour en Europe.

Bien entendu, je ne suis pas arrivé par le bon pont. Cela m’oblige à traverser une bonne partie de la ville pour arriver à son cœur historique et y trouver un hébergement. Pas facile ! Et ne parlons même pas des prix ! Tout ça pour juste une nuit de sommeil… Va falloir faire avec, car, depuis Windhoek, en Namibie, la moto n’a plus eu d’entretien sérieux. Même si je touche au but, il serait dommage de subir une panne pour cause de négligence. C’est donc la concession locale qui fait l’objet de ma première visite istanbuliote. Pas très culturel, comme visite. Encore que… Cela permet de vérifier encore, si besoin en était, l’extraordinaire gentillesse des Turcs et leur efficacité. Je n’ai plus qu’à m’accorder, demain, un jour de balade. Pour peu que le soleil veuille bien percer cette épaisse couche de nuage afin de redonner le brillant qui caractérise cette ville unique.

Mosquée Bleue, mosquée Sainte-Sophie devenue un musée, palais de Topkapi qui renferme des trésors considérables, Grand bazar, véritable labyrinthe où il est si bon de se perdre, la Corne d’Or, la tour de Galata et le pont du même nom avec tous ces pêcheurs qui en occupent chaque mètre…

IMG_1400_006_policiers_Istanbul.jpgQuartiers de commerçants regroupés par corporation, comme celui des marchands d’outillage qui a ma préférence, restaurateurs qui exposent dans les vitrines des restaurants leurs meilleurs plats de légumes farcis, les vendeurs ambulants (marrons grillés, thé, condiments, épis de maïs grillés ou bouillis et j’en oublie…), bateaux amarrés au quai où l’on vous prépare des sandwiches au poisson, les files de taxis à la peinture jaune, le balais incessant des bateaux-bus qui parcourent sans arrêt chaque espace navigable, les cargos qui s’engagent dans le Bosphore et font penser à des immeubles s’étant détachés de la ville tels des icebergs ayant quitté la banquise… Ambiance exceptionnelle d’une ville elle-même exceptionnelle et, ô combien attachante !

vendredi 19 mars 2010

Le début de la fin


Le bateau a pris beaucoup de retard au départ de Nuweiba et il fait nuit noire quand nous débarquons à Aqaba, en Jordanie. Ce n’est pas un problème, car nous savons où se trouvent les campings, au sud de la ville. Les formalités accomplies, nous roulons vers la frontière de l’Arabie Saoudite mais nous ne reconnaissons plus rien. Un gigantesque complexe industriel a pris place le long de la côte. Plus de camping, plus de plage ! Partout des usines et des jetées où sont amarrés cargos et pétroliers ! Le parc national qui protégeait les récifs de corail sur ces quelques kilomètres de côte jordanienne de la Mer Rouge, n’a pas fait le poids face aux sources de profits industriels… Il nous faut renoncer au camping ce soir et aller en ville pour y trouver une chambre d’hôtel.

IMG_0917_001_Petra.jpgNous voilà sur la route du retour et nous n’allons nous accorder que quelques arrêts aux principaux sites que nous avions préférés lors de notre précédent voyage ici. Et s’il y en a un à ne pas manquer, à proximité du Wadi Rum qui nous tend ses rocs et ses dunes, juste là, à quelques kilomètres de la route, c’est bien la cité troglodytique de Pétra. Un chamboulement de roches formées de sable fossilisé au travers desquelles se faufile un étroit, sinueux et profond canyon, accès principal à cette cité oubliée pendant des siècles.

Après un kilomètre de marche, le Trésor (nom du monument principal de Pétra) apparait progressivement. Il faut entrer dans la petite vallée perpendiculaire au « Siq » pour contempler le monument taillé et sculpté dans la roche tendre aux couleurs chaudes. Beaucoup de monde bien sûr pour contempler ces joyaux, vestiges des Nabatéens qui vivaient ici au VIème siècle avant Jésus-Christ. Mais le Trésor n’est que la pièce principale de la cité. De nombreuses tombes monumentales se succèdent sur les parois de la vallée. Il ne faut pas oublier de grimper une petite heure pour aller voir le monastère, qui rivalise en beauté avec le Trésor. La balade au sanctuaire, elle, offre une vue plongeante sur le site. Enfin, ne pas manquer (mais ils sautent aux yeux) les apports construits par les Romains. Bref, de quoi s’en mettre plein les yeux (et les jambes) pendant une paire de jours. En temps normal. Cette fois, comme vous le savez, il nous faut rouler.

IMG_1951_002_Mer_Morte.jpgEn prenant un peu d’altitude, nous découvrons avec surprise des collines zébrées de névés de neige alors que la route est bordée d’arbres en fleur. Passage sous les murs épais du château d’Al Karak, construit à l’époque des croisades, avant de plonger dans la plus grande dépression que l’on puisse trouver sur la planète. Le début (ou la fin, ça dépend) de la vallée du Rift avec au fond, sous une épaisse couche de brume, la fameuse mer Morte dont la surface se trouve à 417 m sous le niveau de la mer. Des autres mers… Densité de sel exceptionnelle due à la forte évaporation de l’eau que le Jourdain n’arrive plus à compenser. Il faut dire que les cultures le long des rives du « fleuve » demandent des quantités d’eau importantes. Mais le résultat est là : tout au long de la route, entre les check-points qui jalonnent la vallée du même Jourdain, des étalages ininterrompus de fruits et légumes magnifiques nous font monter une envie de ratatouille. Il faudra attendre encore un peu car notre réchaud et notre gamelle, pas plus que les circonstances, ne se prêtent à (bien) cuisiner… Ici, c’est le printemps. Beaucoup de fleurs, avec, entre autres, les orangers qui embaument toute la vallée de leurs douces odeurs.

Sans prendre beaucoup d’altitude, nous « montons » en latitude. Et comme si la frontière y était pour quelque chose, c’est en Syrie que nous allons rencontrer l’hiver. Depuis le début de notre voyage, c’est bien la première fois que nous sommes confrontés à cette saison… Et la rencontre est violente. Après une traversée de Damas, hélas on ne peut plus rapide, nous espérions repasser par Palmyre, célèbre étape sur la route de la soie. Les conditions météo vont nous dissuader de faire ce détour. Et puis, nous avons rendez vous avec un motard syrien à Alep. Alep où nous avons bien cru ne jamais arriver tellement le vent était violent, chargé de sable et de pluie. Nous avons bien eu l’idée de nous arrêter à plusieurs reprises tellement le risque d’avoir un accident était grand.

Abdo nous attend, debout à côté de sa voiture qui arbore à l’arrière, l’autocollant de la Mutuelle des Motards, placé à côté du « F » français. Il faut dire qu’il a deux nationalités, notre motard toubib. Toubib, ça ne peux pas mieux tomber : Chris est épuisée. Fièvre, nausées… Nous craignons une crise de paludisme ou une autre saleté du même acabit. Notre séjour à Alep, du coup, va prendre une tournure inattendue. Abdo va infliger à Chris un traitement de cheval pour essayer de la remettre sur pied. Mais même si après deux jours de repos elle va un peu mieux, il ne serait pas prudent d’aller affronter le froid qui sévit au centre de la Turquie et en Europe dans ces conditions de santé précaire. Ce n’est pas facile, mais la décision d’un retour par avion semble plus sage. Encore un coup imprévu au budget, qui s’ajoute à la contrariété de ne pas retourner à la maison ensemble. Même si ce n’est plus qu’une question de quelques jours et de quelques kilomètres.

IMG_1093_003_cuisine_syrienne.jpgDu coup, nous n’avons que peu de temps pour parler avec Abdo de la passion que nous partageons. Celui-ci roule quand il le peut (pas facile en Syrie, où subsistent beaucoup d’interdictions, notamment en ville), avec une Yamaha 250 TDR qui convient aux petites routes sinueuses du Nord du pays. A peine le temps pour lui de nous décrire un peu la vie syrienne, que nous devons déjà le quitter avec beaucoup de regrets. Le temps passe si vite… Les rencontres, tout au long de ces vingt mois, auront été les meilleurs moments de ce formidable voyage. Elles restent d’extraordinaires souvenirs qui ne nous donnent qu’un espoir: rencontrer à nouveau tous ces gens des quatre coins du monde.

lundi 15 mars 2010

Déserts et surpopulation


IMG_0114_006_mer_de_sable.jpgPlus nous roulons vers le nord de l’Égypte et plus le froid se fait sentir. Il souffle un vent de face qui doit venir de Sibérie pour nous obliger à ressortir d’abord les gants d’hiver, puis les doublures des vestes. Au rayon des désagréments routiers, voilà qu’après avoir franchit le Nil en direction d’Asyut, il nous faut maintenant et en permanence rouler à l’arrière de véhicules de police. Ces derniers se relayent à chaque ville. Certains roulent très doucement, d’autres comme des fous en nous faisant prendre des risques considérables. Et pour ce qui est de passer inaperçu, c’est loupé : sirènes et gyrophares ne font qu’attirer plus d’attention sur nous. S’ils font cela pour nous protéger, il faudrait certainement revoir la méthode !

En fin d’après-midi, à notre arrivée à Asyut, on nous mène sans nous demander notre avis devant un hôtel. Nous, nous avons prévu d’aller dormir dans le désert. Cela ne plait pas vraiment aux policiers, mais comme la route qui mène dans le désert de l’Ouest égyptien n’est pas soumise à cette règle nous imposant d’être accompagnés, ils sont bien obligés de nous laisser filer. Tout comme la commission de l’hôtelier qui leur passe sous le nez…

Même si l’endroit n’est pas des plus exotiques, ce soir nous dormons au calme au milieu de nul part. Pas de klaxon, pas de muezzin, pas de télévision qui diffuse le énième match de football dans le hall de l’hôtel, avec sa débauche de décibels.

IMG_0295_009_camping.jpgLa boucle qui nous fait traverser cette partie désertique de l’Egypte, même si elle occasionne un détour de plus de 1 000 km, va nous permettre de découvrir un autre pays, complètement différent de celui qui longe le Nil. Des gens agréables avec qui discuter un moment est un réel plaisir, des commerçants qui sont… commerçants. IMG_0245_008_desert_Blanc.jpgEt puis, une nuit dans le Désert Blanc valait bien un tel détour. Une dépression nous a fait descendre au niveau de la mer. Le sol, qui est devenu blanc, se constelle de formations rocheuses qui peuvent prendre l’aspect de gros champignons. Heureusement que les appareils photo numériques ont envoyé au rebut les pellicules : dans de tels endroits, ça préserve le budget.

Encore une fois, la route nous réserve une surprise en nous faisant traverser une véritable mer de sable. Pas des dunes comme nous avons l’habitude de voir ; ce serait plutôt cette fois une mer d’huile. Une étendue minérale plate et immense sur laquelle la chaussée semble juste posée. Malheureusement, les paysages extraordinaires ne sont pas de mise à l’approche du Caire. Des tas de gravats bordent la route sur des dizaines de kilomètres. Peut-être est-ce pour cacher les vastes terrains vagues couverts de détritus et autres sacs en plastiques que le vent agite ? L’entrée dans cette mégalopole est effrayante. On nous a parlé d’environ vingt millions d’habitants dans la ville elle-même, et autant dans la banlieue proche. Et il y a de nouvelles constructions sur des kilomètres et des kilomètres. Où cela va-t-il s’arrêter ?

IMG_9993_005_facade_de_magasin.jpgL’accès au seul « camping » de la ville nous fait contourner les pyramides de très près. Comme d’habitude, notre priorité, avant d’aller balader, est l’obtention des visas pour les prochains pays que nous allons traverser : Jordanie et Syrie. Ce seront les derniers… Nous savons que normalement, l’ambassade de Syrie au Caire ne délivre des visas qu’aux ressortissants égyptiens. Il nous faut expliquer notre cas particulier et attendre une petite heure l’accord du consul avant de pouvoir remplir nos dossiers de demande. Cependant, nous récupérons nos passeports dés le lendemain. Rapide. Une autre bonne nouvelle arrive de l’ambassade de Jordanie : nous pourrons obtenir nos visas gratuitement à bord du bateau qui va nous mener à Aqaba.

Du coup, c’est l’esprit libre que nous franchissons la porte d’entrée de l’Egyptian Museum. Ce gros et vieux bâtiment à la façade rouge recèle un véritable trésor. Une très grande partie des découvertes qui se sont succédées depuis des décennies se retrouvent « entassées » ici. Et honnêtement, cette fois, il y a bien trop à voir ! Il faudrait arpenter les allées pendant au moins un mois pour arriver à mémoriser l’essentiel. Et finalement, tout comme le contenu, le musée lui-même peut être l’attraction de cette visite. L’ambiance qui règne à l’intérieur nous fait replonger au début du siècle dernier. Ouvert en 1902, sa grande coupole, son étage percé de trouées qui permettent une vision des expositions du niveau inférieur, ses verrières sous toit qui laissent passer les rayons de lumière venant éclairer des objets et autres statues poussiéreuses, mais surtout ses vitrines en bois, fermées par des cadenas et plombées, qui elles-mêmes semblent être devenues des monuments historiques, tout contribue à ce qu’on s’attende à voir Indiana Jones bondir hors d’un bureau pour traverser une salle au pas de course. Pour peu que vous arriviez à faire abstraction de la foule qui vous entoure et du bruit conséquent.

IMG_0483_010_monumental.jpgLe plateau de Gizeh n’est qu’à quelques kilomètres du camping. Pour nous y rendre, nous prenons la moto, laissée au repos ces derniers jours au profit des taxis. Pas de chance, le parking à l’intérieur du site est interdit aux deux-roues. Pourquoi ? Nous ne le saurons jamais. Mais laisser la GS une grande partie de la journée dans la rue et sans surveillance, non ! Nous profitons donc de ce contretemps pour rouler vers des sites situés à une trentaine de kilomètres au Sud de la ville. Saqqarah et Dahshur. Manque de chance, un vent violent souffle sur le désert en soulevant un nuage de sable qui rend les visites éprouvantes. Il n’y a guère que le moment où nous nous enfonçons au cœur de la Pyramide Rouge qui nous procurera une petite pause.

C’est une marée humaine qui se bouscule à l’entrée du site, juste en face du Sphinx. Nous allons très vite comprendre ce qui arrive. Nous sommes vendredi, l’équivalent de notre dimanche. Et aujourd’hui, en plus, c’est le premier jour des vacances de février… L’accès au plateau de Gizeh, pour les Égyptiens, est gratuit ! Quelle belle occasion de venir pique-niquer au pied des pyramides… Les enfants qui escaladent les monuments sous le regard impassible des gardiens ont là un magnifique terrain de jeu. Nous nous trouvons encore une fois au milieu d’une foule énorme, harcelés par les vendeurs en tout genre, à marcher dans les détritus et la poussière soulevée par les chevaux, dromadaires et autres véhicules. Qu’un tel patrimoine puisse être géré ainsi, c’est proprement hallucinant ! C’est la foire, le souk, le bazar. Allez, laissons-nous aller : c’est le foutoir complet ! N’importe quoi ! Sans parler de la ville, qui semble vouloir engloutir et digérer les pyramides. Les immeubles les plus proches ne sont pas à 300 m de la célèbre pyramide de Gizeh. Patrimoine mondial de l’humanité qu’ils disent. Encore une fois, comment, alors que les pays du monde entier contribuent aux recherches et à la préservation de ces sites, peut-on laisser faire de telles choses ? Ces monuments ne sont- ils pas exceptionnels ? N’y a-t’il donc pas ici la dernière rescapée des 7 merveilles du monde ?

Ah ! Que l’Egypte serait belle et agréable sans ces petits désagréments… Nous pensions que notre voyage se « finirait » au pied de ces monuments en une sorte d’apothéose. C’est manqué… (Non pas que nous voulions nous arrêter ici, mais après l’Egypte, ce ne sera plus pareil. Nous avions effectué un voyage jusqu’au Sud de la Jordanie en 2002 et du coup, nous connaissons… C’est là que va vraiment commencer la route du retour).

IMG_0679_011_Ste_Catherine.jpgNous abandonnons le Caire sans aucun regret. Il y a un dernier site que nous voulons visiter avant de quitter l’Egypte : le monastère Sainte-Catherine, dans le Sinaï, au pied du mont du même nom. Pour y arriver, nous franchissons le canal de Suez… par un tunnel. Impossible de voir quoi que ce soit. Là où la route longe le canal, de grandes buttes de terre, hérissées de guérites où sont postés des militaires armés, nous en cachent la vue. Il est bien loin le canal de Panama avec les visites des écluses. Autre lieu, autre ambiance… Voilà la Mer rouge où tout est … gris. Toujours un vent de sable qui ternit le paysage. Et puis, honnêtement, la côte occidentale du Sinaï n’est pas franchement belle. Tout a été tourné et retourné. Des lignes haute-tension bordent la route et le rivage. D’immenses complexes touristiques inachevés bétonnent ce qui pourrait être beau. Sur l’eau, ce n’est pas mieux. Après les nombreux bateaux en rade dans l’attente du passage du canal, ce sont les plateformes pétrolières qui prennent le relais. C’est avec joie que nous bifurquons vers le cœur du désert. La route va se glisser entre des montagnes de roche rouge marbrée de différentes teintes. Hormis quelques oasis, c’est dans un désert minéral que nous plongeons pour arriver au monastère à la tombée de la nuit, après une multitude de contrôles de police où les mêmes questions reviennent toujours. Un havre de paix et de calme après la folie du Caire. Nous allons nous reposer un peu ici avant de nous diriger vers la cote orientale de la péninsule, pour y embarquer sur un bateau qui doit nous conduire à Aqaba en Jordanie. De l’autre coté de ce petit bout de mer Rouge.

La moto, qui a finalement effectué une traversée de l’Afrique presque sans problème est elle aussi au repos pour la journée. C’est à pied que s’effectue l’ascension du mont Sinaï. Une fois arrivé, après 2 h de marche facile, le panorama qui s’ouvre à 360° est exceptionnel.

IMG_0832_012_on_embarque.jpgQuelques dizaines de kilomètres à travers le désert du Sinaï et nous voilà à Nuweiba. En arrivant ici, nous finissons notre traversée du continent africain et comme nous le disions plus haut, c’est un peu la fin du voyage… Un dernier bain au milieu du corail et des poissons multicolores, et c’est en Asie à nouveau que notre route va se poursuivre après une traversée à bord du Shehrazade. Après seulement une heure de formalités pour sortir du pays.

dimanche 7 mars 2010

Aswan 17


IMG_0126_007_route_engloutie.jpgNotre petite équipe a embarqué sur le rafiot qui sillonne hebdomadairement le lac Nasser, entre Soudan et Egypte. Nous avons laissé nos véhicules sur le sol soudanais, sans aucune garantie qu’ils soient surveillés sérieusement, qu’ils soient embarqués dans de bonnes conditions et dans les temps sur une barge. Ca fait beaucoup, d’où une inquiétude légitime pour tous…

Nous sommes accompagnés de Marina et John, des Sud-africains voyageant en 4x4 entre Johannesburg et le Portugal, ainsi que d’Alexis, motard russe de Saint-Pétersbourg qui achève un voyage autour de l’Afrique. Le reste des passagers est constitué de Soudanais ou d’Égyptiens. La cohésion de notre groupe, pourtant improvisé, va aider à supporter les très mauvaises conditions de cette traversée. Au programme : crasse et mépris des membres de l’équipage vis-à-vis des passagers.

Après 17 h de navigation entre Wadi Halfa et le port d’Assouan en compagnie de nombreux cancrelats, il nous faut attendre 5 h supplémentaires avant de pouvoir débarquer de cette poubelle flottante… Soudain les passagers se ruent vers le contrôle de sortie en se bousculant comme des bêtes. Nous allons vite comprendre pourquoi : mieux valait être en début de file, car il va nous falloir attendre encore une heure sous le soleil avant d’être contrôlés et pouvoir enfin accéder officiellement en Egypte. Laborieux, l’accueil !

Un chauffeur de taxi nous attend. Il doit nous conduire à nos hôtels avant de nous aider, samedi si tout va bien, à effectuer les formalités pour récupérer les véhicules. Comme au Soudan, nous avons besoin d’assistance pour régler les formalités. Car tout est en langue arabe, aussi bien les panneaux censés signaler les administrations que les différents formulaires à remplir. De plus, la ville est distante du port d’une bonne quinzaine de kilomètres et les mêmes formalités imposent de se déplacer à plusieurs reprises entre les deux. Pratique.

Nous avons donc un jour d’attente à combler avant l’arrivée théorique de la barge. Nous sommes bien passé hier soir devant le fameux temple d’Abu Simbel, mais au moment où son illumination s’éteignait. Décision est prise de mettre à profit cette journée en louant, ensemble, un minibus pour se rendre au temple par la route. Nous n’avons presque pas dormi la nuit dernière, et il va falloir se lever à 2h30 la nuit prochaine. En effet, les autocars et autres minibus transportant des touristes étrangers sur cet itinéraire sont tenus de rouler en convoi à des horaires très précis… et décourageants. Car cette histoire ne laisse aux passagers que deux petites heures sur le site : c’est à prendre ou à laisser. Repasser deux fois le tropique du Cancer (après l’avoir franchit lors de notre mémorable « croisière » sur le lac), avaler 560 km et visiter le temple au pas de course, telle sera notre journée.

IMG_9384_001__Abu_Simbel.jpgC’est le genre de moment que nous attendions depuis très longtemps, Abu Simbel est grandiose, mais nous n’avons pas même le temps d’apprécier quoique ce soit, englués au milieu d’une marée humaine qui comme nous n’a que quelques dizaines de minutes pour apprécier la beauté des décorations intérieures de ce temple multimillénaire, qui de plus a été déplacé au début des années 1960 lors de la mise en eau du lac Nasser. Visite hautement frustrante, d’autant que nous ne pouvons nous empêcher de penser aux véhicules. Où sont-ils, est-ce que tout se passe bien ? Une barge passe sur le lac, face au temple. Nous faisons une photo, juste pour se rappeler à quoi ressemblent ces fameuses barges. Ce n’est qu’un peu plus tard, en triant les images, que nous nous rendons compte que par le plus grand des hasards, nous avons photographié celle qui transportait justement notre moto.

Une longue journée commence. Les formalités vont se succéder à un rythme africain, tout comme les allers-retours entre le port et la ville. Eprouvant. Heureusement, en fin de matinée, nous faisons une pause pour… aller débarquer les véhicules. Pas de casse, tout est en ordre : on respire ! Mais si pour nous tout se passe bien, il n’en va pas de même pour Alexis, notre collègue russe. Son carnet de passage en douane ne convient pas à l’inspecteur des douanes, et sa moto ne pourra pas quitter le port. Il va être obligé de se rendre en train au Caire pour obtenir un tampon auprès de l’Automobile club égyptien. Soit 2000 km et trois jours de perdus alors que tout est en règle…

Aswan 17. Non, ce n’est pas le nom d’un nouveau pharaon dont on viendrait tout juste de retrouver la trace, mais la nouvelle immatriculation que notre moto devra porter le temps de notre séjour dans le pays. En ce samedi soir, cette dernière est enfin garée devant l’hôtel. Nous allons pouvoir découvrir l’Egypte plus sereinement. Lavage, nettoyage du filtre à air, plus quelques bricoles pour que le voyage s’effectue dans les meilleures conditions mécaniques. Vient le moment d’effectuer le plein de carburant, et cette fois c’est une excellente surprise : pouvez-vous imaginer le prix du litre à même pas 30 centimes d’euros ? Bon, l’indice d’octane peut descendre à 80 seulement (mais le prix diminue encore en conséquence)… Ici, le maximum que nous ayons trouvé est du 92. Pas bon pour les sièges de soupapes de la BM…

IMG_9986_004_impressionnant.jpgCap au nord et plus précisément sur Louxor. La route suit pratiquement le Nil que l’on aperçoit de temps à autre quand les jardins hérissés de palmiers dattiers ne trouvent plus leur place le long du fleuve. Les contrôles de police se succèdent à un rythme étonnant. Ancienne capitale du temps de la splendeur de l’Egypte, la ville et ses environs concentrent une quantité de temples et tombes des plus réputés, dont Karnak, Louxor, Hatshepsout, Queens et Kings valleys. De quoi rester quelques jours sur place sans avoir le temps de s’ennuyer. Et de plus, qu’est-ce que c’est beau ! En revanche, nous découvrons dans le même temps une particularité surprenante pour l’une des premières destinations touristiques au monde : le harcèlement constant des commerçants et autres vendeurs. En permanence, des « felouque ?, taxi ?, calèche ?… ». IMG_9933_003_Louxor.jpgMieux vaut le prendre à la rigolade si l’on veut rester zen. Même les gardiens des temples et musées essayent constamment de nous soutirer quelques livres égyptiennes supplémentaires. Et pourtant, au prix où sont les visites, on serait en droit de contempler les monuments avec plus de quiétude. Même les agents de la police touristique s’y mettent en nous proposant, moyennant un bakchich, de faire des photos à l’intérieur du musée… où les photos sont interdites. On ne parlera même pas des commerçants, qui à chacun de nos passages nous poussent pratiquement à l’intérieur de leurs boutiques.

IMG_9460_002_couleurs_d__Egypte.jpgIl faut faire attention à tout. Vérifier toutes les notes et la monnaie à chaque fois, ne pas avoir peur de ressortir d’un restaurant qui ne tient pas les promesses écrites sur son menu (ce sont en général les produits les plus économiques qui manquent) ou d’un hôtel qui annonce parking fermé et wifi lors de la réservation… et qui n’offre en réalité rien de cela. Même le prix d’un kilo de banane peut être multiplié par 10 si l’on n’y prend garde. Usant.

vendredi 26 février 2010

D’une frontière à l’autre


Foutu bouchon de remplissage ! Avant de charger la moto ce matin, notre premier travail consiste à essayer de réparer à nouveau la fuite d’huile récalcitrante. Inutile de compter sur l’intervention d’un hypothétique motociste, il faut faire travailler les neurones restants. Le problème consiste à redonner un peu d’épaisseur à un joint torique, afin qu’il puisse contrer la pression de l’huile quand le moteur fonctionne. Il faudrait trouver une matière élastique, qui résiste à la chaleur et dont la forme serait cylindrique pour s’adapter parfaitement… Idée lumineuse : un préservatif ! Le plus difficile sera de trouver l’outil en question, mais ça marche ! Nous pouvons reprendre la route aussitôt. Un itinéraire qui passe à travers de magnifiques paysages d’où émergent des pics rocheux, et qui va nous conduire à la petite ville de Gonder.

Construite autour d’un château « féodal » du début du 20ème siècle (cherchez l’erreur), la ville se prépare à recevoir dans une paire de jours les festivités du Timkat. Grand nettoyage annuel auquel tout le monde semble participer. En ce qui nous concerne, nous nous contenterons de ce spectacle. Tous les hôtels étant complets, impossible de loger ici. Et puis, décidément, l’ambiance ne nous incite pas à nous attarder dans ce pays. Les Éthiopiens semblent nourrir à notre endroit une rancune proportionnelle au nombre de drapeaux européens disséminés à travers le pays, et qui sont autant de témoins de l’aide financière apportée ici...

IMG_8811_006_Sauves.jpgAvec la fête qui se prépare, impossible, ce matin, de trouver la moindre goûte de super. Ennuyeux, alors que notre réservoir est à moitié vide au départ d’une longue étape où nous savons d’avance que nous n’allons pas traverser de grosses agglomérations. Pas le choix : on roule. Les kilomètres défilent, la jauge est de plus en plus pessimiste. Nous traversons encore de grandes zones de travaux. L’altimètre est lui aussi en chute libre. Nous descendons des montagnes en nous rapprochant de la frontière soudanaise. Et alors que l’inquiétude commence à nous gagner, nous croisons un « touk-touk ». Puis un second, puis une moto. Ils doivent bien avoir du carburant pour rouler !? A l’entrée du village, effectivement, une station rudimentaire avec de l’essence à siphonner dans un fût de 200 litres. Ouf, sauvés : nous pourrons rejoindre la frontière et la première ville du Soudan !

Bureau de police dans une case côté Éthiopie, et policier trop pressé côté Soudan. Pressé au point de ne pas accomplir toutes les formalités. « Vous irez au bureau à Khartoum » nous dit-il, sans imaginer un seul instant les conséquences de sa décision. Comme très souvent, change d’argent au marché noir et nous entamons notre traversée de ce nouveau pays. Pendant quelques kilomètres, la route est bordée de postes militaires avec des fusils-mitrailleurs en batterie. C’est étrange comme dans ce voyage nous pouvons voir et ressentir à quel point, d’un pays à l’autre, les populations se détestent. Alors que vue d’Europe, l’Afrique ne semble peuplée que d’Africains…

IMG_1420_009_dromadaires.jpgNotre permis de conduire international ne nous avait jamais été demandé avant notre visite à Zanzibar, où chaque policier se faisait un devoir de le vérifier. Ici, au Soudan, il y a de très nombreux contrôles de police sur les routes. Et cette fois, ce sont nos passeports qui sont l’objet de ces contrôles. Il est marrant, avant que cela ne devienne crispant tellement c’est répétitif, de les voir faire semblant d’effectuer un contrôle sérieux. La plupart ne savent pas lire et tiennent les documents à l’envers, et il faut se retenir de rigoler quand l’un d’eux nous dit que tout est en ordre après avoir soigneusement détaillé le visa du… Laos !

De plus de 2 500 m en Ethiopie, nous nous retrouvons à quelques centaines de mètres d’altitude ici. Le paysage, avec ce changement, est devenu désertique et nous roulons à nouveau dans la chaleur. Étape à Khartoum. Capitale sans intérêt, si ce n’est d’y obtenir les visas pour l’Egypte et le fameux enregistrement que le garde-frontière n’a pas voulu prendre le temps de faire. Si la première formalité ne va être, justement, qu’une formalité, obtenir le fameux timbre manquant sur notre passeport va être une véritable épopée. Il nous a fallu trouver le bon bureau au milieu de plusieurs centaines répartis dans la ville, immense, avant d’affronter un fonctionnaire obtus ne délivrant les informations pour constituer le dossier qu’au compte goûte. Nous allons y perdre une grosse journée entière, alors que cela aurait dû prendre que quelques minutes à la frontière…

IMG_1332_007_Meroe.jpgNous oublions ces désagréments quand, quelques centaines de kilomètres plus au Nord, nous nous trouvons devant les tombes pyramidales du site de Méroé. Une nuée de petites pyramides qui s’élèvent des dunes de sable ocre, et que le soleil qui décline éclaire de sa plus belle lumière. Comme un bonheur ne vient jamais seul, ce soir, nous renouons avec le bivouac. Planter la tente dans le sable du désert et au calme, quel contraste avec ce qu’ils appellent le camping de Khartoum !

Nous allons traverser le Nord du pays grâce aux routes toutes neuves que sont en train d’achever les Chinois (faudra en profiter vite : elles ne sont pas finies, qu’elles se dégradent déjà). Voici peu de temps encore, il n’y avait ici que des pistes au sable profond que nous n’aurions pas pu franchir. Le désert défile, au gré de la route coincée entre la verdoyante vallée du Nil et les étendues de sable ou de rocaille brûlés par le soleil, pour aboutir à Wadi Halfa, village perdu au fin fond du Soudan et fin du beau ruban noir au bord du lac Nasser.

IMG_1382_008_bivouac_Soudan.jpgNous pourrions prendre un bac pour traverser le fleuve et rejoindre, sur la berge opposée, la route qui mène à Abu Simbel, en Egypte. Mais ici s’applique la plus grosse arnaque légale de cette région de l’Afrique : cette route est interdite à la circulation. Par sécurité disent les Égyptiens. Quand on sait qu’il y a un port à Assouan et qu’une entreprise fait naviguer une épave sur les eaux du Nil, on comprend vite qu’en réalité, ce sont là deux « affaires » à entretenir. Un seul « bateau » passagers par semaine (il faut viser juste pour ne pas perdre trop de temps et ne pas dépasser la validité du visa soudanais), et les véhicules voyagent séparément sur des barges qui ne mettent pas le même temps pour arriver. Pour arranger les choses, une salade inextricable de formalités (la plupart du temps en arabe) à remplir, au point que des gens se sont spécialisés dans l’aide (lucrative) aux voyageurs. Pour la première fois, comme tout le monde, nous faisons d’ailleurs appel à l’un d’eux. Du coup, nous n’avons plus qu’à attendre que les choses se fassent en bivouaquant à proximité de la ville avec un couple de Sud-africains voyageant en 4x4, qui apportent par la même occasion un certain confort à notre bivouac. Puis se joint à nous Alexis, un Russe rencontré à Nairobi et qui préfère rester à l’hôtel en ville pour y fumer la chicha. L’attente se passe ainsi entre discutions, repas, parties de pétanque dans le désert et quelques papiers à signer.

IMG_9211_014_bonne_equipe.jpgLe programme va être le suivant : Mercredi, vers midi, nous embarquons nous-mêmes nos véhicules sur la barge. Toutes les formalités effectuées, nous embarquons à notre tour sur le plus infâme rafiot qui puisse naviguer sous ces latitudes. Arrivée prévue à Assouan jeudi matin pour nous, et vendredi pour les véhicules qui seront récupérés le samedi matin avant d’entamer des formalités égyptiennes au combien plus complexes. Mais rappelez-vous : nous sommes en Afrique. Et en Afrique, entre ce qui est prévu et ce qui arrive effectivement, il peut y avoir un monde.

IMG_9203_012_orient.jpgNous sommes mercredi. C’est au moment d’aller au port pour y embarquer la moto que nous apprenons qu’il n’y a pas de barge… Le bateau, quant à lui, va bien partir aujourd’hui. Nous voilà obligés d’abandonner nos véhicules (une voiture et deux motos) sur un terrain vague, soit-disant propriété des douanes et sécurisé. Sécurisé par quoi ? On ne le sait pas, mais certainement pas par les quelques bouts de clôture qui essaient de cerner l’endroit. C’est avec la plus grande inquiétude que nous embarquons pour une hideuse croisière sur le Nil dont on se serait bien passé. Quand reverrons-nous notre monture, et dans quel état ?

On a rendez-vous avec vous


IMG_9205_013_cyber_cafe_rustique.jpgDu cyber-café à moitié déglingué dans lequel nous nous trouvons, nous pensons à l'avenir. Et un peu au passé, aussi, puisque cela fera deux ans le 5 avril prochain que nous avons entamé ce tour du monde. Déjà 120 000 km sur tous les continents et par tous les temps, avec une jolie collection de galères et de bons moments, le tout ponctué de rencontres inoubliables et de traversées de paysages parmi les plus beaux que compte notre planète...

En 2008, Touratech France avait arrosé notre départ à l’occasion de l’inauguration de ses nouveaux locaux. En 2010, ce même importateur fêtera ce coup-ci ses 10 ans... et notre retour par la même occasion.

Notez d'ores et déjà la date des 13, 14, 15 et 16 mai 2010 : nous espérons y rencontrer un maximum de passionnés et autres lecteurs de ce blog !

Nous ne manquerons pas de vous faire parvenir un programme plus détaillé de ce long week-end dés que possible, mais sachez d'ores et déjà qu’il sera possible de camper et de se nourrir sur place. Malgré le temps qui va nous être compté entre notre retour et ce week-end, nous ferons notre possible pour vous présenter un diaporama des meilleurs moments de ce voyage exceptionnel.

Amitiés, et, nous l’espérons, à très bientôt !




Pour info :

TOURATECH FRANCE Zac Porte Sud 356 Rue Roussane 84104 Orange

Coordonnés GPS : N 44 06 718 - E 004 50 493

Un fléchage sera mis en place pour vous faciliter l'accès depuis le Sud d'Orange.

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