Un beau ruban de goudron bien lisse avec un magnifique marquage au sol bien blanc. Des autocars qui ne fument pas, une signalisation routière digne de ce nom et des automobilistes qui la respectent. Même pas un coup de klaxon avant que le feu ne passe au vert ! Et puis, il y a également des boucheries avec des banques réfrigérées… La première ville du Chili où nous faisons escale ressemble à une agglomération européenne. Après trois mois passés en Amérique Centrale et du Sud, c’est comme si nous débarquions d’une autre planète. Le prix de la chambre d’hôtel de ce soir, lui aussi, va nous rappeler que nous avons à nouveau changé de monde. Ici le confort se paye au prix fort.
Avant d’arriver à Calama, notre ville étape, il nous a cependant fallu parcourir des kilomètres de piste pas vraiment faciles. Heureusement, comme bien souvent, la beauté des paysages était proportionnelle à la difficulté. C’est dire si nous nous sentions privilégiés de découvrir des sites comme les salars d’Ascotan ou de Carcote, où vivent des milliers de flamants roses et courent des vigognes au pied d’un volcan fumant. Tout en admirant ces paysages d’un autre monde et en luttant pour faire avancer la moto sans tomber, nous entrions alors dans le célèbre désert d’Atacama. Encore plus sec que le Sahara — bien que si proche du plus grand océan de la planète. Encore plus minéral aussi. C’est incroyable, mais ici les couleurs sont perpétuellement en fête. Le gris banal peut côtoyer le rose le plus éclatant, en passant par toutes les nuances de rouge. Inutile de dire que même si nous en avions plein les bras, nous en prenions aussi plein les yeux !
Le lendemain, la petite centaine de kilomètres de goudron qui nous permet de rallier San Pedro d’Atacama, n’est qu’une formalité réglée en une heure. Nous avions aussi perdu l’habitude de nous déplacer aussi rapidement. Le village de San Pedro, construit en pisé, est bâti au milieu d’une oasis de verdure qui semble faire une tache verte au milieu du désert. Activité reine : le tourisme, sans lequel personne n’aurait de quoi vivre dans ce coin perdu. Mais comme il y a beaucoup de choses à voir ici, les touristes affluent et les prix s’en ressentent. La ville la plus chère du Chili, dit-on… Heureusement, nous retrouvons la possibilité de planter la tente dans un camping, qui constitue un excellent point de base pour rayonner dans les alentours. Les journées qui suivent vont donc être consacrées à la découverte de différents sites tels la vallée de la Lune ou les lagunes de Mercanti, coincées à plus de 4 000 m d’altitude entre les volcans. Mais le « gros morceau » de notre séjour ici, ce sont les Lagunas Verde et Colorada. Et celles-ci se trouvent côté bolivien. Trop fatiguée, Chris préfère faire une pause d’une journée pendant que je pars seul vers ces destinations très prisées des agences de tourisme.
Il faut ressortir officiellement du Chili, refaire les formalités d’entrée en Bolivie et vice-versa au retour. La balade commence par une belle route goudronnée qui, en 50 km, nous fait passer de 2 400 m à plus de 4 000. Une belle piste conduit ensuite au poste frontière bolivien, et c’est après celui-ci que les choses sérieuses commencent. Ou plutôt recommencent, la Bolivie n’ayant pas changée en quelques jours… Sorte de piqûre de rappel pour ceux qui auraient trop vite oublié la difficulté des pistes locales. Passé l’entrée du parc national, revoilà le sable, la tôle ondulée et les 4x4 des tours opérateurs qui roulent comme s’ils effectuaient une spéciale du « Dakar ». Projections de pierres et poussière comprises. D’ici, il y a tout juste 122 km pour rejoindre la Laguna Colorada. Pas grand-chose en temps normal, sauf qu’ici rien n’est normal et le moindre déplacement se transforme en galère. 122 km, cela peut carrément prendre beaucoup de temps et d’énergie. A tel point que j’ai emmené avec moi mon sac de couchage, au cas où, et des victuailles pour tenir jusqu’au lendemain… En fait, il faut vraiment venir ici avec un gros 4x4 capable de survoler la tôle ondulée et les passages de sable trop mou. C’est la seule façon d’apprécier vraiment le fantastique paysage qui entoure cet enfer qu’est la piste.
Les volcans laissent bientôt la place à d’immenses surfaces planes couvertes de gravier rose. Un peu plus loin, un nouveau salar apparaît, avec ses flamants roses qui se tiennent prés d’une source d’eau chaude qui s’écoule d’un bassin où il ferait bon prendre un bain… si seulement j’avais plus de temps. Un col à 4918 m, qui pulvérise notre ancien record, et la voilà qui apparaît enfin, cette fameuse Laguna Colorada ! Il a juste fallu 5h30 pour y arriver.
« Colorada », voilà un bien grand mot qui aujourd’hui n’est pas d’actualité. Loin de ce que j’ai pu voir sur certaines images, il semble que la télé couleur soit en panne… En début d’après-midi le ciel s’est chargé de gros nuages noirs et maintenant tout est gris. Pourtant, des milliers de flamants fouillent paisiblement au fond de la lagune à la recherche de nourriture, et il est vrai qu’à quelques mètres de la berge, l’eau est rouge. Mais c’est beaucoup d’efforts pour un bien maigre spectacle… Pas de chance, d’autant qu’il me faut maintenant faire demi-tour et repasser le poste-frontière chilien avant qu’il ne ferme pour la nuit. Car pour éviter de faire 20 km supplémentaires à l’aller, j’ai choisi de ne pas passer à la douane bolivienne (qui ne se trouve pas sur la piste principale, cela aurait été trop simple) et je suis donc sur une moto « clandestine ». Il ne fait donc pas bon s’attarder dans les parages, et mieux vaut qu’il n’arrive rien si je ne veux pas moisir en prison pendant quelques temps… En fin d’après-midi, à l’approche de la frontière, détour par la Laguna Verde dont l’eau, comme son nom l’indique, est verte. Magnifique au pied du volcan Licancabur. A nouveau les formalités de passage de la frontière et me revoilà au Chili. Cette fois, c’en est terminé de la Bolivie.











































