Motards nomades

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Le blog de Alain et Marie-Christine Arnaud

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Suivez semaine après semaine les aventures d'un couple de motards français, parti faire le tour complet de la planète au guidon d'une BMW R 1150 GS.

lundi 5 janvier 2009

Un peu d'Atacama pour le désert ?


Un beau ruban de goudron bien lisse avec un magnifique marquage au sol bien blanc. Des autocars qui ne fument pas, une signalisation routière digne de ce nom et des automobilistes qui la respectent. Même pas un coup de klaxon avant que le feu ne passe au vert ! Et puis, il y a également des boucheries avec des banques réfrigérées… La première ville du Chili où nous faisons escale ressemble à une agglomération européenne. Après trois mois passés en Amérique Centrale et du Sud, c’est comme si nous débarquions d’une autre planète. Le prix de la chambre d’hôtel de ce soir, lui aussi, va nous rappeler que nous avons à nouveau changé de monde. Ici le confort se paye au prix fort.

IMG_5781_desert_d__Atacama.jpgAvant d’arriver à Calama, notre ville étape, il nous a cependant fallu parcourir des kilomètres de piste pas vraiment faciles. Heureusement, comme bien souvent, la beauté des paysages était proportionnelle à la difficulté. C’est dire si nous nous sentions privilégiés de découvrir des sites comme les salars d’Ascotan ou de Carcote, où vivent des milliers de flamants roses et courent des vigognes au pied d’un volcan fumant. Tout en admirant ces paysages d’un autre monde et en luttant pour faire avancer la moto sans tomber, nous entrions alors dans le célèbre désert d’Atacama. Encore plus sec que le Sahara — bien que si proche du plus grand océan de la planète. Encore plus minéral aussi. C’est incroyable, mais ici les couleurs sont perpétuellement en fête. Le gris banal peut côtoyer le rose le plus éclatant, en passant par toutes les nuances de rouge. Inutile de dire que même si nous en avions plein les bras, nous en prenions aussi plein les yeux !

IMG_5858_laguna_Mercanti.jpgLe lendemain, la petite centaine de kilomètres de goudron qui nous permet de rallier San Pedro d’Atacama, n’est qu’une formalité réglée en une heure. Nous avions aussi perdu l’habitude de nous déplacer aussi rapidement. Le village de San Pedro, construit en pisé, est bâti au milieu d’une oasis de verdure qui semble faire une tache verte au milieu du désert. Activité reine : le tourisme, sans lequel personne n’aurait de quoi vivre dans ce coin perdu. Mais comme il y a beaucoup de choses à voir ici, les touristes affluent et les prix s’en ressentent. La ville la plus chère du Chili, dit-on… Heureusement, nous retrouvons la possibilité de planter la tente dans un camping, qui constitue un excellent point de base pour rayonner dans les alentours. Les journées qui suivent vont donc être consacrées à la découverte de différents sites tels la vallée de la Lune ou les lagunes de Mercanti, coincées à plus de 4 000 m d’altitude entre les volcans. Mais le « gros morceau » de notre séjour ici, ce sont les Lagunas Verde et Colorada. Et celles-ci se trouvent côté bolivien. Trop fatiguée, Chris préfère faire une pause d’une journée pendant que je pars seul vers ces destinations très prisées des agences de tourisme.

Il faut ressortir officiellement du Chili, refaire les formalités d’entrée en Bolivie et vice-versa au retour. La balade commence par une belle route goudronnée qui, en 50 km, nous fait passer de 2 400 m à plus de 4 000. Une belle piste conduit ensuite au poste frontière bolivien, et c’est après celui-ci que les choses sérieuses commencent. Ou plutôt recommencent, la Bolivie n’ayant pas changée en quelques jours… Sorte de piqûre de rappel pour ceux qui auraient trop vite oublié la difficulté des pistes locales. Passé l’entrée du parc national, revoilà le sable, la tôle ondulée et les 4x4 des tours opérateurs qui roulent comme s’ils effectuaient une spéciale du « Dakar ». Projections de pierres et poussière comprises. D’ici, il y a tout juste 122 km pour rejoindre la Laguna Colorada. Pas grand-chose en temps normal, sauf qu’ici rien n’est normal et le moindre déplacement se transforme en galère. 122 km, cela peut carrément prendre beaucoup de temps et d’énergie. A tel point que j’ai emmené avec moi mon sac de couchage, au cas où, et des victuailles pour tenir jusqu’au lendemain… En fait, il faut vraiment venir ici avec un gros 4x4 capable de survoler la tôle ondulée et les passages de sable trop mou. C’est la seule façon d’apprécier vraiment le fantastique paysage qui entoure cet enfer qu’est la piste.IMG_5816_tous_les_jours_de_la_tole.jpg Les volcans laissent bientôt la place à d’immenses surfaces planes couvertes de gravier rose. Un peu plus loin, un nouveau salar apparaît, avec ses flamants roses qui se tiennent prés d’une source d’eau chaude qui s’écoule d’un bassin où il ferait bon prendre un bain… si seulement j’avais plus de temps. Un col à 4918 m, qui pulvérise notre ancien record, et la voilà qui apparaît enfin, cette fameuse Laguna Colorada ! Il a juste fallu 5h30 pour y arriver.

« Colorada », voilà un bien grand mot qui aujourd’hui n’est pas d’actualité. Loin de ce que j’ai pu voir sur certaines images, il semble que la télé couleur soit en panne… En début d’après-midi le ciel s’est chargé de gros nuages noirs et maintenant tout est gris. Pourtant, des milliers de flamants fouillent paisiblement au fond de la lagune à la recherche de nourriture, et il est vrai qu’à quelques mètres de la berge, l’eau est rouge. Mais c’est beaucoup d’efforts pour un bien maigre spectacle… Pas de chance, d’autant qu’il me faut maintenant faire demi-tour et repasser le poste-frontière chilien avant qu’il ne ferme pour la nuit. Car pour éviter de faire 20 km supplémentaires à l’aller, j’ai choisi de ne pas passer à la douane bolivienne (qui ne se trouve pas sur la piste principale, cela aurait été trop simple) et je suis donc sur une moto « clandestine ». Il ne fait donc pas bon s’attarder dans les parages, et mieux vaut qu’il n’arrive rien si je ne veux pas moisir en prison pendant quelques temps… En fin d’après-midi, à l’approche de la frontière, détour par la Laguna Verde dont l’eau, comme son nom l’indique, est verte. Magnifique au pied du volcan Licancabur. A nouveau les formalités de passage de la frontière et me revoilà au Chili. Cette fois, c’en est terminé de la Bolivie.

lundi 29 décembre 2008

Entre sel et ciel


Potosi, cité minière sans intérêt, n’aura été qu’une étape logistique. En plus, il y pleuvait ! Nous avions un peu oublié ce désagrément, qui s’est ainsi rappelé à notre bon souvenir. Sucre ne sera pas plus inoubliable, et nous quittons cette ville pour entamer un gros morceau de notre voyage : le salar d’Uyuni et la liaison vers le Chili hors bitume.

IMG_4631_galere_en_rose.jpgCa commence fort avec 136 km d’une piste complètement défoncée et en travaux entre Potosi et Uyuni. Deux demi-journées entrecoupées d’un bivouac seront nécessaires pour réaliser cette liaison. Du sable, de la tôle ondulée, de la boue, de la terre labourée, des passages à gué, sans oublier les camions qui roulent à toute vitesse et dont les roues projettent des gerbes de pierres ainsi qu’un nuage de poussière opaque. Tous les ingrédients d’une belle galère… L’arrivée dans la petite ville d’Uyuni, entourée d’une véritable décharge, est un soulagement. Nous sommes pourtant conscients d’être désormais obligé d’avancer… par la piste. Comment sera-t-elle ? Pourra-t-on facilement se ravitailler en carburant, nourriture et eau ? Difficile d’obtenir des renseignements fiables ici. Nous faisons la synthèse des informations difficilement récoltées et nous lançons sur une nouvelle piste sensée nous conduire sur le salar. Encore une fois, il nous faut deviner les choses. Mais après quelques détours, nous y voici enfin.

IMG_5579_salar_d__Uyuni.jpgFace à nous, une immense étendue saline, plate et blanche, s’étend à perte de vue. Jusqu’aux montagnes là-bas, au loin. Très loin. Notre objectif, en cette fin d’après-midi, consiste à rejoindre l’île des Pécheurs (Pescados) pour y bivouaquer la nuit prochaine. Et comme rien ne se passe comme il faudrait, c’est au Nord du salar que nous nous retrouvons, au pied d’un volcan. Le policier rencontré au dernier croisement nous avait dit : « C’est tout droit ! ». Tu parles ! Il ne nous reste plus qu’à redescendre vers le Sud. Toutefois, hors de question de sortir des traces laissées sur le sel par les 4x4. Cela nous assure de ne pas tomber dans une zone humide où nous risquerions de nous enliser. Par rapport à la journée précédente où rouler à 40 km/h tenait du record, quel bonheur : sur ce revêtement dur et abrasif nous pouvons rouler à 110 sans aucun souci.

IMG_5600_recolte_du_sel.jpgSeuls au monde. Voilà l’impression que nous avons quand le jour se lève sur notre bivouac, planté sur la plage de l’île Pescados. Une grotte derrière la tente, des cactus qui recouvrent la colline et face à nous, cette vaste étendue de sel qui se colore de rose avec la lumière du soleil. Ce matin, il va pourtant falloir ressortir du salar. Ce serait simple si, souvent, les bords n’étaient pas des zones humides… Un point GPS nous indique la direction à suivre. Contrairement à la veille, nous sommes un peu plus téméraires. Il faut dire que nous y voyons mieux, que nous avons plus de temps et que nous commençons à savoir « lire » le sel. Les zones plus humides sont plus foncées et puis évidemment, la roue arrière tend à s’enfoncer plus qu’à la normale.IMG_4700_salete_de_sable.jpg La sortie se fait en empruntant une digue en terre qui rejoint une piste… infernale. Les kilomètres ne défilent pas plus vite que ne tourne la petite aiguille d’une montre. Du sable. Trop de sable ! La chaleur s’en mêle. Les distances à parcourir sont ridicules et pourtant nous nous rendons vite compte que nous ne seront pas ce soir au Chili pourtant si proche. L’arrivée au petit village de San Juan est encore une fois un soulagement.

IMG_5666_bivouac_volcan_Ollengue.jpgIl nous faut désormais suivre des pistes tracées sur un autre salar pour rejoindre la frontière chilienne à une soixantaine de kilomètres. Rien à voir avec le salar d’Uyuni. Ici, la piste est très variable : tantôt très bonne (il arrive que nous puissions rouler sur le 3e rapport), tantôt pourrie (Chris doit alors descendre de la moto et marcher). Passer une frontière le soir sans savoir ce que nous allons trouver après, trop peu pour nous. Un dernier bivouac en Bolivie, au pied du volcan Ollengue, et nous verrons bien demain matin.

Avaroa. Quel drôle de poste frontière, avec sa gare à 3700 m d’altitude… Mais, nous y voilà enfin. Le Chili est là, face à nous. Qu’allons trouver dans ce nouveau pays ? Un train de pneus ? Cela nous arrangerait bien. Nous savions qu’il serait difficile de traverser presque toute l’Amérique du Sud avec la même monte, mais nous n’avions pas le choix. Et l’avant commence à nous faire savoir avec insistance qu’il en a vraiment assez. Il nous faut pourtant aller jusqu’à Santiago en refaisant certainement un petit détour par… la Bolivie.

lundi 22 décembre 2008

Jeu de pistes


Le soleil se couche sur le lac Titicaca en embrasant le ciel d’un rouge feu. Nous contemplons le spectacle depuis la baie vitrée de notre chambre d’hôtel, située sur la rive bolivienne. Encore une fois, tous les préjugés concernant le passage de la frontière d’un pays d’Amérique du Sud sont tombés l’espace de 30 mn. Soit le temps qu’il nous a fallu pour remplir les formalités habituelles. Nous passons cette première nuit à Copacabana, agréable citée construite au fond d’une petite baie du lac. Bonne entrée en matière pour un pays au sujet duquel on se pose tant de questions.

Le lendemain va être une journée riche en rencontres et en émotions. Rencontre avec un couple de Suisses bien sympathique, qui voyage en 4x4 à travers l’Amérique du Sud depuis… 8 ans. Mais plus fort encore, au bas d’un col de plus de 4 000 m d’altitude qui rejoint le petit détroit séparant le lac en deux parties, cette famille de Français de La Rochelle (les parents et leurs trois enfants de 6 à 13 ans) qui tente de faire un tour du monde à vélo en 2 ans. Ici encore, un drôle de vélo pour le père et son plus jeune fils, qui pédale à l’avant de l’engin. Il faut le voir pour comprendre à quel point ils font fort, les cyclistes français ! Plus que les motards. Seuls Caroline et Didier croisés à Calgary il y a si longtemps déjà, ainsi que Peter et son épouse (dont nous vous avons parlé précédemment et qui ne sont pas vraiment Français en plus…) ont croisé notre chemin depuis notre départ. Cela fait très peu en plus de 7 mois de route…

Nous nous attendions à une traversée du détroit sur un bac, du genre de ceux que nous empruntons de temps à autre aux quatre coins du globe. Et bien non, la Bolivie nous réserve une première surprise : ici, pas de bateau financé par l’État pour assurer la continuité territoriale. Seule une lignée de vieilles barques attend les clients. Et quand un véhicule se présente, s’engage alors entre les propriétaires une véritable course pour emporter le marché. Les prix descendent sans que nous n’ayons rien à faire. Il nous suffit ensuite de choisir la barque qui parait en meilleur état. Pas évident. Nous optons pour la moins mauvaise, dont le fond est constitué des meilleures planches. Un seul véhicule par traversée c’est bien assez, comme nous allons vite nous en rendre compte. Aucun problème pour embarquer. C’est après que les choses prennent une autre dimension. D’abord notre taxi du moment doit faire un peu de mécanique pour démarrer le moteur de l’embarcation. Puis, à peine avons-nous quitté le rivage, que nous sentons la barque se tordre dans tous les sens. Vous avez certainement entendu parler du « Pitalugue » de Pagnol. Eh bien là, c’est encore pire que ce que décrit le bon vieux César ! Il faut absolument tenir la moto pour éviter qu’elle ne tombe. Quand les vagues s’en mêlent, il faudrait aussi quelque chose pour tenir Alain qui a les plus grandes difficultés à se tenir et à tenir la moto. Bref, plus rien ne tient ! La distance entre les deux rives ne doit pas être bien grande mais dans ces conditions, le temps semble s’arrêter… Et une fois de l’autre côté, il faut encore débarquer la moto en marche arrière sur ces planches mal ajustées qui ne demandent qu’à rompre sous le poids. L’exercice terminé, contents d’avoir réchappés à cette épreuve et que la moto ne soit pas au fond du détroit, nous roulons vers la capitale du pays, La Paz. Étrange sensation, en voyant les berges du lac à notre droite, qui nous donnent l’impression de longer la mer, alors qu’il neige jusqu’au pied des montagnes à 2 ou 3 km sur notre gauche. Nous sommes sur l’Altiplano, à environ 4 000 m d’altitude.

La Paz ressemble étrangement à Quito. La ville occupe le fond d’une vallée et remonte sur les collines qui la bordent. Quand nous disons colline, c’est façon de parler. Car le bas de l’agglomération doit être à 3 400 m d’altitude et le haut à 4050 m : nous vous laissons imaginer la pente de certaines rues ! La cité est assez agréable si l’on excepte la pollution engendrée par le trop grand nombre de bus diesels mal réglés. Les visites de marchés où les vendeuses portent le chapeau melon sont des plus pittoresques, avec des couleurs à foison. Ici, que ce soit en peinture sur les murs, imprimé sur les tee-shirts ou autre, le Che est omniprésent. Plus que le célèbre Simon Bolivar à qui le pays doit tant. Étrange, le coin de marché réservé aux sorciers… Peaux d’animaux divers, statuettes, poudres en tous genres, crapauds séchés, becs de toucans, fœtus de lama et bien d’autres produits miracles encombrent des étalages poussiéreux.

Nous profitons également de notre séjour dans la capitale pour faire réparer les fermetures éclairs de notre tente et changer celles de notre sac photo. Cette deuxième opération va nous coûter la somme incroyable de 20 bolivianos, soit environ 2,50 euros ! Et puisqu’on parle d’argent, nous avons fait ici notre premier plein de carburant en Bolivie : 3,74 bolivianos le litre d’essence, soit 0,45 euro. Mais il paraît que le prix du carburant a également baissé en France ?!

La Paz ne nous retiendra pas plus. Les montagnes environnantes sont bien plus attirantes. Certes la ville est construite en altitude, mais quand 20 km plus loin nous franchissons un col à 4 683 m, au milieu de montagnes pelées et presque désertes, cela paraît presque impossible. Et pourtant nous y sommes bien : le manque d’oxygène se rappelle à nous au moindre effort, tandis qu’un vent glacial souffle fort. Des gens sont arrêtés au col et se tiennent accroupis ou assis à même le sol tout prés de leur voiture. Nous nous approchons pour voir ce qu’il se passe. Nous reconnaissons alors de nombreux objets aperçus la veille au marché des sorciers. Ces Boliviens sont en fait en train d’exécuter des rituels…

IMG_4310_route_de_la_mort.jpgNous sommes ici pour parcourir la fameuse « Route de la mort », qui il y a encore une paire d’année détenait le triste record d’une centaine d’accidents mortels par an. La piste d’une largeur de 3,20 m en moyenne, accrochée aux parois abruptes des montagnes, serpente sur leurs flancs au-dessus de plus de 1 000 m de vide à certains endroits. L’indiscipline des chauffeurs fait le reste… On nous avait dit : « Vous ne pouvez pas manquer le début de la piste, il y a un grand panneau ». Effectivement, il y a un grand panneau au début de l’axe sur lequel nous nous engageons. Et évidemment peu de circulation depuis qu’a été mise en service la nouvelle route goudronnée. Nous voilà partis pour une cinquantaine de kilomètres d’une voie à la réputation de tueuse. Immanquablement, nous longeons des précipices vertigineux. De nombreuses cascades dévalent les montagnes en arrosant copieusement les passants. Certains endroits sont couverts d’hortensias. Par contre, et c’est une surprise, pas de groupe de cyclistes dévalant la pente à grande vitesse. Les agences proposant cette balade « exotique » à tous les cyclistes du monde sont pourtant légion à La Paz et dans les petites villes environnantes.

Nous revoilà en milieu d’après-midi à la bifurcation de cette fameuse piste. Pas si terrible que ça, finalement, la « Route de la Mort » !?! Nous restons sur un sentiment bizarre, comme si quelque chose ne collait pas. La piste que nous empruntons maintenant pour nous rendre à Coroico est encore plus étroite. Toujours pas de circulation. Sommes-nous dans la bonne direction ? Le GPS confirme que oui. En revanche celui-ci, faute d’une cartographie plus précise, ne nous donne que les distances à vol d’oiseau. Celle qui nous sépare de notre destination est en l’occurrence dérisoire. Et pourtant, c’est juste un peu avant la nuit que nous allons y arriver. Epuisés.

La piste suit le flanc des montagnes. Pas de pont, pas de tunnel pour réduire la distance. En prime, nous nous retrouvons bloqués par des travaux lors de la traversée du bourg de Coripata. Nous croyons presque à une plaisanterie quand on nous dit que non, il n’y a pas de déviation, mais il est impossible de passer car le béton est frais, les coffrages sont en place et tout le tralala… Incroyable : ils ne peuvent pas s’organiser pour faire les travaux en deux fois et laisser une voie ouverte à la circulation ! Nous sommes un peu décontenancés et commençons à envisager de rebrousser chemin, mais c’est impossible avant la nuit. C’est alors qu’apparaît Gabriel, qui n’a visiblement rien d’autre à faire que de regarder les autres travailler. Il l’affirme : « Il y a un chemin en dessous ». Nous avons beau regarder, nous ne voyons rien. Ni une ni deux, puisqu’il y a espoir de rejoindre l’autre coté, Alain embarque Gabriel à l’arrière de la moto et les voilà partis à la recherche de ce passage improbable. Et, effectivement, à quelques kilomètres du village, une piste plonge dans la vallée. Les lacets s’enchaînent à travers les champs de coca, lequel pousse sur des terrasses construites sur des pentes vertigineuses où s’affairent les paysans. Nous ne tardons pas à nous trouver en bordure de la rivière. Quelques passages à gué vont d’ailleurs nous remplir les chaussures d’eau. La remontée est aussi belle. Après 40 mn pour parcourir 20 km, l’équipage ressort de l’autre côté du chantier. Gabriel descend alors de la moto et s’écroule au sol, épuisé. Il vient de vivre une aventure qui va certainement alimenter ses conversations pendant quelque temps. Chris a retrouvé sa place et la piste continue. Nous croisons beaucoup de paysans aux guidons de vieilles Jawa deux-temps fumantes. Le soleil se couche derrière les montagnes immenses quand nous arrivons enfin à Coroico. Une nuit de sommeil ne sera pas de trop pour récupérer…

IMG_4485_route_en_Bolivie.jpgPetit-déjeuner au soleil face à la place centrale du village. Pas de précipitation, le retour va se faire par la belle route toute neuve et nous devrions être à la Paz en à peine plus d’une heure. Voilà pour la théorie car en pratique, alors que nous sortons du village, nous croisons plusieurs automobilistes qui nous font des signes et semblent vouloir nous dire quelque chose. Nous nous arrêtons et demandons à un chauffeur ce qu’il se passe : « La nouvelle route est coupée. Il vous faut prendre la vieille pour vous rendre à La Paz ». La vieille route ? Celle que nous avons prise hier ? « Non, celle-là, en bas. » Mais alors, hier, nous n’étions donc pas sur la « Route de la mort » !?! Un vrai jeu de piste que de se déplacer en Bolivie !

Cette fois, alors que nous montons vers le col de la Cumbre, à flanc de montagne, tout correspond aux différents reportages vus à la télé. Piste étroite, ravins vertigineux, forêt tropicale, un nombre incroyable de croix plantées au bord de la voie, le tout agrémenté de cyclistes qui dévalent la pente à des vitesses effrayantes. Les camions n’empruntant plus ce passage, le danger provient d’eux maintenant. Car tous ne semblent pas totalement maîtres de leurs commandes… et ne respectent pas vraiment une règle particulière à cette route : rouler à gauche.

Quand nous arrivons au goudron, nous sommes à seulement quelques kilomètres de l’entrée de la piste que nous avons prise la veille. Nous la voyons d’ailleurs au fond de la vallée, en contrebas. Et ici, aucun panneau : il fallait deviner pour trouver. La traversée de La Paz va être du même acabit. Il ne faut pas hésiter à demander son chemin à presque chaque croisement pour s’en sortir. La route vers Potosi et Sucre sera plus tranquille. Paysages andins, cols à plus de 4 000 m. La routine quoi.

lundi 15 décembre 2008

Chez les Incas…


IMG_2984_vigogne.jpgNous avons plus de 500 km à faire à travers les Andes pour rejoindre Cuzco. Un kilométrage qui peut paraître modeste sachant que la journée commence dès 5 h du matin, mais quand le GPS n’indique que 280 km à vol d’oiseau, on se dit qu’il doit y avoir quelques virages et détours pour arriver à destination… Ce qui va pourtant le plus nous ralentir ce jour-là, ce sont les séances photos. Vous avez tous vu des documentaires sur ces hauts plateaux andins à des altitudes inaccessibles en Europe. Et bien après avoir grimpé, et grimpé encore, nous voilà à 4 558 m ! La pampa à perte de vue, le ciel bleu foncé, les troupeaux de vigognes (lamas) qui traversent la route à quelques mètres devant la moto, des lacs aux eaux cristallines et glaciales de chaque côté de la route, des sommets enneigés à l’horizon… Vous l’avez compris, nous sommes tombés en plein dans un documentaire du National Géographic. Impossible d’avancer plus d’un kilomètre sans s’arrêter prendre une photo. La moyenne en prend un coup. Pourquoi n’avons-nous pas bivouaqué ici la nuit dernière ? Parce que nous ne savions pas ce qui nous attendait, mais surtout parce qu’il y avait encore de la neige et de la glace ici la veille !

IMG_3559_jeunes_bergers.jpgLes meilleures choses ont une fin. Après 200 km de film en panoramique, la route plonge tout à coup dans une vallée bien moins intéressante. Il faut rouler, et rouler encore pour arriver avant la nuit. Nous avons un rendez-vous à Cuzco, et il nous faut absolument y arriver aujourd’hui. Pas facile avec ces routes tortueuses à souhait, qui jouent à saute-mouton avec des sommets trop hauts. Alors que nous pensons en avoir fini et être presque arrivés, voilà que la route part à l’assaut d’une montagne couverte d’eucalyptus et y franchit encore un col à 4 002 m. Et là, encore une fois, le spectacle prend le dessus sur la fatigue. Nous nous retrouvons pratiquement nez à nez avec une chaîne de sommets couverts de glaciers et de neige. Le soleil couchant donne au paysage encore plus de grandeur. Tout au long de la route, les maisons se confondent avec le paysage. Construites en terre et au milieu de champs labourés, seules les tuiles rouges trahissent de leur présence. Pas de fenêtre, seuls quelques plastiques essaient d’isoler l’intérieur du vent et du froid. Ici aussi, il y a deux Pérou : celui de ces pauvres gens qui essaient de survivre dans de rudes conditions, en labourant encore leurs champs avec une paire de bœufs, et celui de ceux qui leur passent à côté au volant de gros 4x4 modernes, en klaxonnant pour les écarter de leur chemin sans la moindre complaisance…

La nuit tombe vite. Trop vite pour nous qui nous retrouvons en danger de mort sur ces routes encombrées de vaches, de voitures et autres deux-roues sans éclairage… Les dernières dizaines de kilomètres sont interminables et épuisantes. Cuzco est enfin devant nous. A nos pieds en fait. Nous surplombons la ville illuminée de milliers de lumières qui s’étirent dans la vallée. Mais la pluie gâche encore une fois le spectacle, et il nous reste encore à trouver le camping.

Une grande question se pose à Cuzco. Si nous sommes ici — même si la ville est probablement l’une des plus belles que nous ayons vu depuis le début de notre voyage —, c’est pour visiter le Machu Picchu, célèbre citée Inca classée au patrimoine mondial de l’Unesco et inaccessible avec notre moto. Tellement inaccessible que le prix pour s’y rendre, en train, est lui aussi devenu inabordable. La solution, pour nous, consiste à se regrouper avec d’autres personnes, de faire le tour des agences du centre-ville et de faire baisser le prix du voyage au maximum. C’est à cela que va être employée la journée suivante. Et c’est aussi comme cela que nous nous retrouvons entassés à quatorze dans une voiture pour nous rendre au plus près du site. Encore une fois, c’est quand nous quittons notre moto que l’aventure commence.

IMG_3251_Machu_Picchu.jpgLe but est de contourner la montagne sur laquelle se trouve le Machu Picchu. Cela nous vaut 3 h 30 de goudron avec franchissement d’un col à 4 300 m, puis à nouveau 3 h 30 dans des conditions épouvantables, sur des pistes tracées à flanc de falaises, en corniches, avec des précipices qui paraissent sans fond. Il ne reste alors plus qu’une demi-heure de train pour rejoindre le petit village d’Aguas Calientes, seulement accessible par ce moyen. Quand nous y sommes, une courte nuit à l’hôtel avant de prendre un bus dès 6 h du matin. Ce dernier va nous monter au site, en une nouvelle demi-heure, par une piste en lacets sur une pente vertigineuse. Nous franchissons enfin l’entrée — au prix également exorbitant — et là, nous savons enfin pourquoi nous avons subi tout cela : cette cité posée sur une arrête de montagne, dominée par une montagne en pain de sucre et surplombant des vallées vertigineuses, est tout simplement extraordinaire !

Nous voilà enfin face au paysage qui nous fait rêver depuis tant d’années. Il est là, devant nous, ce fameux Machu Picchu ! Et largement à la hauteur de nos espérances, en prime. Les nuages qui montent de la vallée donnent au site un air mystique. Mais il faut faire vite et profiter d’être parmi les premiers visiteurs de la journée. Peu à peu, les nuages vont s’estomper pour laisser la place au soleil, mais aussi à des milliers d’autres visiteurs. La visite prendra alors des airs de galère. Après avoir crapahuté quelques heures à travers les murs séculaires, il est déjà temps de refaire tout ce chemin à l’envers. La fatigue en plus… Il nous faudra une bonne journée de repos pour digérer cette expédition, et reprendre enfin la moto pour une visite éclair de la Vallée sacrée des Incas. Vestiges, salines à flanc de montagne, routes dans des vallées bordées de montagnes recouvertes de glaciers, il y aurait de quoi passer ici de nombreuses journées sans s’ennuyer. Simple question de temps… Mais les journées défilent très vite et la fin de l’année approche. Ushuaia est encore très loin et il nous faut rouler.

IMG_3955_lac_Titicaca.jpgL’étape au bord du lac Titicaca, à 3 820 m d’altitude, va nous permettre de découvrir ses îles flottantes et autres bateaux en roseaux tressés. Calme et tranquillité assurés, avec en prime cette sensation d’être sur une autre planète. Il ne nous reste plus qu’à rejoindre la frontière bolivienne toute proche (le lac se partage entre les deux pays) pour encore une fois passer à autre chose…

mardi 9 décembre 2008

Déserts d’altitude


Le contraste entre les deux pays est saisissant. Des montagnes abruptes et verdoyantes de l’Equateur, nous passons à un paysage plat et aride. Si les formalités d’entrée au Pérou ont été rapides, un problème subsiste : l’assurance de la moto est obligatoire, mais notre police française ne nous couvre pas. En règle générale, dans de tels pays, il est possible d’obtenir un contrat pour une courte durée à la frontière. Pas ici, ce qui nous oblige à nous rendre dans la première ville venue pour essayer de trouver un assureur. Et la première ville, Sullana, ne donne vraiment pas envie de s’y arrêter. Ordures le long de la route, puanteur persistante, asphalte défoncée… Nous continuons donc jusqu’à Piura, où règne une ambiance à la Mad Max. Dans un délire de klaxons, le moindre centimètre carré de chaussée est convoité par les automobilistes, qui n’hésiteraient pas à nous pousser si jamais nous laissions le moindre espace entre notre moto et la voiture qui nous précède.

Qu’importe l’hostilité des lieux, il nous faut régulariser notre situation au plus tôt car les policiers connaissent le problème et nous attendent à coup sûr le long de la Panaméricaine. Oui mais voilà : nous sommes samedi et les bureaux sont fermés. Après avoir gaspillé beaucoup de temps, nous finissons par trouver une parade : se rendre dans un commissariat de police afin de déclarer la perte de nos documents d’assurance… Moyennant quelques dollars, nous obtenons notre déclaration couverte de tampons on ne peut plus officiels. Ce qui nous donne quelques jours pour trouver une solution et nous permet de fuir cette ville horrible en direction du Sud. Avec l’espoir d’y trouver plus de quiétude.

IMG_2363_desert_de_Sechura.jpgLa traversée du petit désert de Sechura, au Nord-ouest du pays, va nous apporter un peu de tranquillité. Grandes étendues arides entrecoupées de champs de maïs ou de canne à sucre qui auraient tant besoin d’eau… De temps à autre, de petites dunes bordent la route en essayant parfois de la traverser. Nous ne sommes pas très loin de la côte Pacifique, et la route ressemble beaucoup à celle qui traverse le Nord de la Mauritanie. Le soir, nous avons carrément l’impression d’avoir passé une journée en Afrique. Seule la ville de Trujillo et son tumulte nous rappelle que nous sommes bien en Amérique du Sud. Cette étape aurait pu être agréable si, comme nous l’avions prévu, nous avions passé notre temps entre entretien de la moto et visites des sites archéologiques voisins. Mais cette histoire d’assurance vampirise notre temps et notre énergie. Il va nous falloir la journée et une grosse colère pour obtenir les précieux papiers. On se console un peu en récupérant pratiquement la moitié de la somme initialement prévue. Encore une fois les locaux ont essayé de nous « truander », mais leur inefficacité les a fait perdre.

Nous quittons cette ville au plus vite, bien qu’un pont détruit nous oblige à un détour de plus de 80 km. Nous pensions la partie désertique traversée : il n’en est rien. Cela continue même de plus belle ! Montagnes arides, grandes étendues sans végétation, lits de rivières asséchés… Nous traversons ce décor dans des nuages de poussière soulevés par les nombreux camions qui, comme nous, roulent sur la piste qui fait office de déviation. En fait, nous n’allons plus quitter ce paysage jusqu’à Nazca, au sud de Lima. Mais avant d’y arriver, nous allons faire une étape dans la capitale.

De France, on imagine une belle citée accrochée aux montagnes qui bordent l’océan. Aïe aïe aïe !!! 40 km d’agglomération avant d’arriver au centre-ville. Des habitations de bric et de broc s’enchevêtrent dans un désordre quasi-total. La pollution recouvre la ville en lui donnant un air encore plus sinistre. Pour nous, depuis quelques jours, le Pérou, ben, ce n’est justement pas le Pérou… Et pour quitter cet enchevêtrement, il nous faudra une heure et demie ! Pas de signalisation de direction, grandes avenues qui se finissent en cul-de-sac… Bref, nous sommes bien contents de retrouver nos vastes étendues désertiques.

IMG_2742_bivouac_Paracas.jpgUn bivouac sur une falaise le long de l’océan, dans le parc national de Paracas, va commencer à nous faire apprécier le pays. Il était temps, car nous envisagions sérieusement d’écourter notre séjour ici pour fuir vers des contrées plus hospitalières. Les collines couvertes de pierres roses qui viennent se jeter dans les eaux limpides de l’océan, l’accueil qui nous est réservé au « visitor center » du parc ajoutés à un bon poisson dans l’assiette à midi vont nous inciter à réviser notre jugement. Nous roulons tout l’après-midi dans des décors féeriques. À notre droite, des dunes immenses s’élèvent entre la côte et les montagnes. Sur la gauche, les couleurs chaudes et vives du relief annoncent un arrière-pays somptueux. Avant de s’y enfoncer, nous filons vers le Sud en direction d’un des plus grands mystères de notre planète : les lignes de Nazca.

Nous venons de suivre quelques petites vallées verdoyantes bordées de collines, au travers desquelles une route au revêtement parfait décrie de magnifiques courbes. La moto file à travers ces paysages d’un autre monde en emmagasinant les images. Puis la chaussée devient rectiligne et traverse une étendue sans fin bordée de montagnes rouges. Le soleil commence à descendre. Une tour est plantée là, au milieu de nulle part. Il suffit d’y monter pour voir deux figures tracées depuis des siècles sur le sol. Nous sommes sur le site des fameuses lignes de Nazca. Le spectacle prend toute sa dimension quand le lendemain, nous embarquons à bord d’un petit avion. Bon, il faut avoir le cœur bien accroché pour apprécier le spectacle. Entre les turbulences et les virages sur l’aile, un coup d’un côté, un coup de l’autre pour que tout le monde voit bien, mieux vaut avoir l’estomac vide. IMG_2829_lignes_de_Nasca.jpgLes figures telles le colibri, le singe, l’astronaute et bien d’autres apparaissent comme il était prévu qu’elles se voient : du ciel. Mais à l’époque où elles ont été tracées, pour qui ? Et puis un astronaute, y en avait-il en ce temps-là ? Plus impressionnantes encore, ces grandes lignes tracées sur le sol et partant à l’infini, qui dessinent ces figures géométriques mystérieuses. Pourquoi ? Comment ? Un petit vol d’une demi-heure qui donne à réfléchir longtemps.

Le temps de la réflexion passé, nous attaquons un « plus de 4 000 m ». C’est ainsi que nous appelons les cols que nous franchissons au-dessus de cette altitude. Plaisir maximum sur cette route parfaite et sous un ciel d’un bleu profond. Nous enchaînons les virages quand à la sortie de l’un d’eux, nous nous trouvons nez à nez avec une femme… portant un drapeau bleu-blanc-rouge devant la figure. C’est quoi cette affaire !? Nous passons à côté de ce qui s’avère être un tandem d’un genre inconnu. Nous le saurons désormais ; il existe des gens bien plus fous que nous (ça rassure un peu…) qui pédalent dos à dos. Et comme si ce n’était pas assez difficile comme cela, ils sont couchés. Des fous, on vous dit !!! Et d’où vous voulez qu’ils viennent ? Du Sud-est de la France, pardi ! Ces Montpelliérains d’un certain âge font une balade de santé de quatre mois à travers les Andes. Séance photos obligatoire.

Nous achevons cette journée par un bivouac qui paraissait sympa, auprès d’une auberge isolée, mais qui malheureusement nous laissera avec les cordes de la tente coupées au petit matin…

lundi 1 décembre 2008

C’est sûr, nous sommes bien dans les Andes !


Hors de question d’entrer dans un nouveau pays en fin de journée et d’y rouler de nuit ! Face aux défaillances électriques équatoriennes, il ne nous reste plus qu’à retourner à Ipialès, trouver une chambre d’hôtel et nous occuper en attendant le lendemain. Occupation vite trouvée en réalité...

Nous stationnons les motos au centre-ville pour chercher un de ces cyber-cafés à partir desquels nous vous donnons régulièrement de nos nouvelles. A peine arrivés, deux autres bécanes immatriculées en Equateur se garent à nos côtés. Deux joyeux lurons en descendent et aussitôt leurs casques enlevés, nous saluent comme de vieux amis que nous n’aurions pas vu depuis très longtemps. Tous deux portent le même prénom, Javier. L’un travaille dans le pétrole en Amazonie, l’autre — et nous comprendrons vite compris pourquoi — est animateur de radio. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, un attroupement s’est formé autour de nous. Et les questions fusent de toutes parts : « D’où venez vous? Combien coûtent vos motos ? Quelle cylindrée, combien de temps pour votre voyage, où allez vous après la Colombie ? ». Il y en a même qui nous demandent des autographes ! C’est d’abord déroutant, mais finalement aussi sympathique que rigolo.

Bientôt les Javier nous proposent une petite balade dans la région, et nous nous retrouvons ainsi au pied d’une église qui est un peu le Lourdes Colombien. L’heure tourne, les estomacs commencent à gémir : il est temps de penser à trouver un peu de carburant. Un des motards de passage connait un restaurant où de la viande grille en permanence sur un gros barbecue. Il suffit d’aller y gouter, et nous ne serons pas déçus. Au moment de régler l’addition, notre animateur du jour s’exclame : « Ici vous êtes nos invités ! C’est moi qui paye ! » Et de rajouter : « J’espère que vous me recevrez comme je vous ai reçu quand je viendrais vous voir dans votre pays. » Genre, placement à long terme… Mais Javier et Javier, nous vous attendons !

IMG_1456_equateur.jpgC’est après une bonne rincée (n’oublions pas qu’il pleut un peu par ici…) que nous retournons voir ce qui se passe à la frontière. Rien ne bouge. Il n’y a décidément plus qu’à trouver un hôtel et attendre patiemment demain.

Notre patience sera récompensée par un passage éclair des deux frontières. Et quelques heures plus tard nous nous retrouverons à 0°00.000 de latitude, en plein sur l’équateur ! Séance photo prolongée. Nous obtenons même l’autorisation de garer les motos au pied du monument pour immortaliser ce qui, pour nous, est un évènement : on ne franchit tout de même pas cette ligne symbolique tous les jours. Mais comme souvent les bons moments se payent, et c’est encore sous un bon orage que nous arrivons à Quito, capitale de l’Equateur. Une ville énorme construite au fond d’une longue vallée à 2 800 m d’altitude, et dont les quartiers remontent sur les collines bordant cette dernière. Pas facile de trouver un hôtel précis dans ces kilomètres de constructions…

La visite sera toutefois assez brève. Prix de l’hébergement et météo humide (pour ne pas dire plus) nous poussent à aller voir ailleurs. Et ailleurs, ce n’est rien moins que de l’autre côté de la Cordillère des Andes. Autant dire que ce n’est pas les Alpes ! Le col que nous franchissons pour basculer du côté Est des montagnes culmine à 4 077 m. Pour se remettre de cette dure épreuve (ce n’est pas un métier facile…), nous faisons escale à Papallacta. Un petit village réputé pour ses sources d’eau chaude (toute la cordillère est jalonnée de volcans plus ou moins actifs), dans lesquelles nous finissons la journée dans les vapeurs sulfureuses et — je vous le donne en mille ! — sous un ciel nuageux. Demain, la descente vers le bassin amazonien sera terrible. En quelques heures, nous passerons de 3 800 à 290 m d’altitude. Les oreilles de Chris mettront une semaine à s’en remettre.

IMG_2557_sur_la_piste.jpgÀ partir de la ville pétrolière Lago Agrio, nous partons effectuer un petit séjour dans la jungle. Les motos ont droit à cinq jours de trêve. De notre côté, il nous faut trois heures de minibus pour rejoindre la pirogue qui nous attend sur le Rio Aguarico, puis encore trois heures de navigation pour rejoindre le premier camp construit dans la forêt, en surplomb de la rivière. Deuxième jour de navigation pour arriver dans un petit village Quechua. Nous nous sommes enfoncés d’environ 200 km dans la jungle, où le farniente n’est pas au programme. Poncho et bottes en caoutchouc composent l’équipement quasi indispensable pour aller marcher de jour comme de nuit, ou bien pagayer dans d’improbables ruisseaux encombrés d’arbres couchés en travers et sensés mener à un lac. Il n’y aura guère que la partie de pêche aux piranhas qui nous apportera un peu de repos. Car le soir, à l’heure d’aller se coucher après avoir escaladé la tour qui surplombe la canopée, c’est en fait le moment de partir en pirogue taquiner les caïmans.

Cette promenade de santé nous aura au moins appris que la jungle n’est pas truffée de serpents abominables (nous n’en avons pas vu un en cinq jours : il y en a plus à Sisteron), que les animaux y sont plutôt rares et que contrairement à nos craintes, ce sont plus des puces qui se trouvaient dans nos couchages que venait le danger, plutôt que de n’importe quelle autre bestiole. A l’aller comme au retour, nous sommes passés sous le volcan Reventador dont les gaz s’échappaient depuis quelques semaines, en signal d’une éruption qui s’est finalement déclenché peu après notre dernier passage. En matière de catastrophes naturelles, nous nous sommes contentés de quelques glissements de terrains provoqués par les dernières pluies.

IMG_2413_Quechua.jpgLa visite suivante sera beaucoup plus relax. Beau enchainements de virages sur une route qui nous emmène encore à 4 012 m d’altitude, avant de se terminer au bord de la lagune de Quilatoa. Il s’agit en fait d’un cratère dont le fond forme un lac aux eaux turquoise… quand le soleil veut bien se montrer. Depuis quelques temps, nous croisons des femmes revêtues de leurs habits traditionnels très colorés et coiffées de petits chapeaux. Quelques lamas font également leur apparition. C’est sûr, nous sommes bien dans les Andes !

Hélas notre séjour en Equateur n’a déjà que trop duré, et il nous faut rouler vers le Sud au plus vite. Facile à dire tant cette route Panaméricaine prend décidément toutes les formes. Ou plutôt ; subit toutes les déformations. L’axe qui nous conduit vers le Pérou n’est ainsi qu’une succession de cols surplombants des précipices vertigineux. Et son revêtement, quand il n’est pas criblé de trous, peut être carrément absent pendant des dizaines de kilomètres. Passage auprès du volcan (encore un !) Chimborazo, dont la particularité, en plus d’être recouvert de neige sous cette latitude, est d’avoir le sommet le plus éloigné du centre de la terre (plus que l’Everest). Cette « anomalie » s’explique par un renflement de la planète au niveau de l’équateur.IMG_2478_bivouac_dans_maquis.jpg

Nous avons la chance de pouvoir faire deux bivouacs dans ces paysages magnifiques, avant de quitter ce pays extraordinaire pour nous rendre chez les incas, au Pérou. Pour cela, il n’y a qu’à enjamber une rivière. Et derrière, c’est de nouveau l’inconnu.

lundi 24 novembre 2008

La mauvaise réputation


L’avion dans lequel nous avons pris place se pose en douceur sur le tarmac de l’aéroport de Bogota. Il nous a permis de franchir cette zone marécageuse entre le Panama et la Colombie où toute construction de route est impossible. Nous entrons dans ce nouveau pays en 10 mn à peine. Il ne reste plus qu’à prendre un taxi pour nous rendre chez le transporteur, où notre moto nous attend. Les formalités d’importation de celle-ci vont prendre beaucoup plus de temps, et ce n’est qu’en fin d’après-midi que nous quittons Bogota pour nous mettre sur la route de l’Equateur. Mais nous ne partirons réellement que demain matin au plus tôt, car n’ayant pas prévu de passer en Colombie nous n’avons pas préparé d’itinéraire. Nous n’avons même pas une carte routière !

IMG_3738_Panamericaine_Colombie.jpgIci, nous nous séparons de nos précédents compagnons de voyage. Eux vont aller plus au Nord, à Medellin, et c’est désormais Peter qui les remplace au pied levé. Pour s’extraire de la ville, nous empruntons des rues et avenues où les trous sont bouchés avec des remblais de construction. Nous roulons sur des morceaux de briques et autres matériaux coupants. Il nous faut aussi éviter de grandes marres de boue et slalomer entre les véhicules dont on voit bien que les chauffeurs n’ont pas dû prendre beaucoup de leçons de conduite… Tout cela ne nous rassure guère sur notre avenir immédiat: si les routes sont dans le même état, il va nous falloir énormément de temps pour traverser le Sud du pays. Heureusement, en s’éloignant de l’agglomération, le réseau devient meilleur. De plus, les paysages prennent une dimension inattendue, pour ne pas dire grandiose ! Le soleil qui descend doucement à l’horizon en illuminant d’une lumière rouge le canyon que la route surplombe, ajoute lui aussi sa touche au décor.

Les premiers contacts avec les Colombiens vont également nous apporter leur lot de surprises. Quelle gentillesse ! Le pays n’étant pas envahi de touristes, réputation sulfureuse oblige, le rapport avec les habitants n’est pas faussé. Et cela va se vérifier tout au long de notre trop court séjour ici. Car autant le dire tout de suite, nous regrettons beaucoup de ne rien avoir préparé et de ne pouvoir rester plus longtemps. Il y a tellement de choses à voir dans cet immense pays ! Mais il en est ainsi. Encore un bon prétexte pour revenir plus tard...

IMG_2432_troupeau.jpgNous prenons la route de bon matin, à 6h30. Tout commence bien. Bon revêtement et très peu de circulation. Très vite nous attaquons l’ascension d’un col. Et là, nous retrouvons les camions. Par dizaines, les uns derrière les autres, dans des nuages d’une fumée noire qui nous brule les poumons. La voie est très sinueuse et étroite. Cela n’empêche pas les poids-lourds de se dépasser alors que la visibilité est nulle. Etonnant qu’il n’y ait pas plus d’accidents !? Nous nous frayons un chemin au milieu de ces fous du volant, afin de franchir ce col bordé de champs d’un vert éclatant, accrochés aux parois abruptes des montagnes. La descente sera tout autant aventureuse. Loin de toutes préoccupations sécuritaires, les chauffeurs dévalent la pente pourtant vertigineuse à des vitesses incroyables.

La grande vallée dans laquelle nous arrivons va nous procurer un peu de répis. Nous circulons au milieu des plantations de café et bananiers. Comme c’est souvent le cas depuis le Mexique, à chaque endroit où la circulation est ralentie (ralentisseur, feux tricolores, contrôle de police ou militaire…) des vendeurs attendent les automobilistes pour essayer de leur vendre diverses marchandises. L’occasion de goûter, en ce début d’après-midi, des tranches d’ananas qui proviennent directement du champ voisin. Alors que nous sommes en pleine dégustation, une moto se gare derrière les nôtres. C’est Bruce, un Californien qui aussitôt va se joindre à nous pour partager ces bons moments.

Comme nous l’avons dit plus haut, les gens sont ici d’une gentillesse incroyable. Cela se vérifie encore un peu plus tard, quand nous arrivons à Cali, trop tôt à notre goût pour s’arrêter. Nous envisageons alors de continuer une centaine de kilomètres vers Popayan. Un couple arrive sur sa 125 et vient discuter avec nous. Nous parlons un peu du voyage et ils nous informent que d’importantes manifestations ont lieu en ce moment à Popayan, avec de gros déploiements de forces de police. Nous décidons donc de rester ici. Cali est une ville immense, mais les deux jeunes sur leur petite moto ne vont pas hésiter à traverser une bonne partie de l’agglomération pour nous conduire à l’auberge qui nous intéresse.

Au petit matin, quand nous parvenons enfin à nous dégager des bouchons qui bloquent la ville et ses alentours, nous sommes arrêtés en pleine campagne par la police. La manifestation d’hier se déplace vers le Nord. Ce sont les « natifs » (Amérindiens) qui manifestent en nombre. En fait, ils sont des milliers à marcher sur la route pendant des jours et des jours. Certains en bottes en caoutchouc, d’autres en tongs. Beaucoup ont revêtu leurs costumes traditionnels.

IMG_2472_epuisante_Panamericaine.jpgLa route, sinueuse plus qu’à souhait, s’étire au milieu de paysages grandioses pratiquement jusqu’à la frontière avec l’Equateur. Nous n’en sommes d’ailleurs plus très loin. Encore un « petit » col à franchir, après avoir pris le petit-déjeuner avec les laveurs de camions qui travaillent tout au long de l’axe, et nous arrivons à Ipialès. N’ayant rien de spécial à faire dans cette petite ville frontalière, autant se rendre tout de suite à la douane pour effectuer les formalités. Nous pourrions être à Quito dès ce soir. Nous nous apprêtons à sortir officiellement de la Colombie quand nous apprenons que le poste frontière côté Equateur est fermé jusqu’à ce soir pour cause de… panne d’électricité. Pfff...

vendredi 31 octobre 2008

Des rencontres plus ou moins heureuses


IMG_1060_route_Costa_Rica.jpgAvant de partir, nous disions souvent : « Nous avons rendez-vous avec des gens aux quatre coins de la planète, mais nous ne savons ni qui ils sont, ni où et quand nous allons les rencontrer. » Et des rencontres, depuis le début du voyage, nous en avons fait énormément. Des motards, des non-motards, des gens de tous horizons... Il suffit d’être à un endroit précis à un moment précis pour que le programme de la journée soit chamboulé et que notre carnet d’adresses s’enrichisse encore.

Nous sommes chez le représentant de la marque de notre appareil photo à San José, Costa Rica. Le boîtier n’a pas apprécié les expositions répétées à la pluie. Comme nous attendons le verdict du technicien, un homme nous aborde : « Je vous ai entendu parler français. » Luis, âgé d’une soixantaine d’années, parle parfaitement notre langue. Et Luis, il aime parler ! Il faut dire qu’il a eu une vie trépidante, capable de remplir un bon gros livre. Etudes en France, vice-ministre de l’agriculture au Nicaragua, propriétaire de 90 boucheries à travers le Costa Rica, d’un hôtel, d’un restaurant, d’une ferme, de plusieurs maisons, et nous en oublions. En plus, Luis, il connaît Sisteron ! Bon, nous sommes convaincus depuis longtemps qu’il n’y a pas de hasard, et le soir même c’est autour d’une bonne table que nous faisons plus ample connaissance. Soirée qui se concluera par ses mots : « Dommage que j’ai certaines contraintes, sinon j’aurais bien fait un bout de route avec vous en Amérique du Sud… »

IMG_1014_couleurs_palmiers.jpgJustement, il serait temps d’y penser, à l’Amérique du Sud. Même si elle n’est plus très loin, il va falloir s’extirper de San José au plus vite avant que tout soit inondé : le record historique de quantité d’eau tombée sur la ville en 24h a été pulvérisé hier. Pourquoi pensiez-vous que nous restions plantés là ? Bagages enveloppés dans des sacs plastiques, tout comme nos chaussures (il y a longtemps que nous avons réexpédié nos protège-bottes à la maison, ceux-ci étant bien trop encombrants), combinaisons de pluie sur le dos, nous quittons la ville sous un véritable déluge et filons vers les montagnes. Le col qui permet de basculer sur le versant Atlantique du pays, se franchit en fait par un tunnel. Passé ce dernier, la pluie se calme et laisse doucement la place au brouillard et à la chaleur. Nous plongeons carrément dans la jungle. Toute la descente se fait au travers d’une végétation luxuriante qui, semble-t-il, ne demande qu’à envahir la chaussée. La moto marche parfaitement et avec ce changement climatique inespéré, nous reprenons plaisir à rouler sur ces routes sinueuses à souhait, dans des décors exotiques comme on peut en rêver. Mais comme d’habitude, tout ne peut être parfait. Nous circulons sur l’axe reliant la capitale au principal port sur l’Atlantique, à savoir Puerto Limon. Et plus nous approchons de cette ville, plus il y a de camions. Nous savons maintenant d’où viennent les bananes et autres ananas que nous mangeons en France, car nous en aurons vu des conteneurs siglés des grandes marques fruitières… D’ailleurs, la grande plaine que nous traversons maintenant est couverte de ces cultures, et de bien d’autres que nous ne reconnaissons pas.

IMG_3532_couleurs_caraibe.jpgLa mer des Caraïbes est enfin devant nous, avec ses plages de sable fin bordées de cocotiers s’étirant à n’en plus finir. En prime, il y a du ciel bleu avec du soleil — nous avions oublié que cela existait !!! Il n’y a plus qu’à trouver un toit pour la nuit dans ce petit paradis. Paradis qu’il nous faut pourtant quitter dès le lendemain, car il est temps de nous rendre au Panama. Bien contents d’avoir échappé aux inondations, nous quittons le Costa Rica avec beaucoup de regrets et le sentiment de ne rien avoir vu de ce si beau pays.

Le voici devant nous, ce fameux pont de chemin de fer désaffecté qui sert de passage entre les deux pays. On nous en avait parlé, mais les descriptions sont bien en deçà de la réalité. L’ouvrage est digne d’un décor de film pour Indiana Jones. Il n’est pas rouillé, il est prêt depuis très longtemps à s’écrouler ! Les planches des deux côtés des rails sont si mal ajustées qu’un pneu de moto peut s’y coincer. Et gare où l’on met les pieds en cas d’arrêt au cours de la traversée ! Il est facile d’envoyer la jambre dans le vide et de basculer. Chris va d’ailleurs faire le trajet à pieds : ce n’est guère plus sûr, mais mieux vaut limiter les risques. Les formalités seront en revanche vite expédiées des deux cotés.

IMG_1200_le_Panama_et_ses_ponts.jpgLa route que nous devons maintenant emprunter n’apparaît sur aucune carte en notre possession, pas plus que sur notre GPS. Nous roulons donc plein sud dans l’attente d’un croisement qui pourrait nous ramener vers l’ouest, autrement dit vers la Panaméricaine. En attendant, nous longeons la côte dans des paysages que nous imaginons similaires à ceux découverts par Christophe Colomb et ses équipages à leur arrivée. La mer bleu turquoise est parsemée d’îles couvertes de végétation tropicale, où il ferait certainement bon se reposer quelques jours...

Un choc suivit d’un bruit violent nous tire de nos rêveries: nous venons de heurter un morceau de ferraille qui trainait sur la chaussée. Éjecté par le pneu avant, celui-ci est allé trouer la protection placée sous la béquille centrale, avant d’aller finir sa course dans le bas-côté. Plus de peur que de mal. Il est déjà tard quand nous nous engageons enfin sur cette route qui devenait inespérée. Encore une centaine de kilomètres pour rejoindre la ville de David, située non loin de la côte Pacifique. En temps normal, une heure et demi suffiraient pour couvrir cette distance. Mais depuis que nous arpentons l’Amérique centrale, nous avons appris que les déplacements s’y calculent en temps et non en kilomètres. Très vite nous commençons à gravir les montagnes sur une voie très sinueuse, au cœur d’une jungle dont les arbres les plus hauts semblent retenir les nuages. En fait, nous allons rapidement plonger dans un brouillard épais, qui ne permet plus que de rouler au pas. Et ce trajet qui ne devait être qu’une formalité devient une vraie galère... Entre la nuit qui tombe trop vite, les camions qui nous foncent dessus dans les virages qu’ils prennent à leur gauche, et l’état de la chaussée qui après toutes ces pluies a tendance à s’affaisser en créant de véritable marches, c’est un parcours du combattant que nous effectuons. Et rien ne serait complet sans la pluie qui s’en mêle à nouveau, bien sûr.

Après cette liaison, nous pensions avoir mérité un peu de tranquillité : il n’en est rien. Nous surprenons un employé de l’hôtel, nous croyant absents, en train de « visiter » la moto. Police, blablabla… et pour finir, la fatigue aidant, Alain efface un dossier de photos, celui contenant les images du fameux pont, avant de les avoir enregistrées ! Il y a des jours comme ça... Rien de grave, bien sûr, mais le cumul de ces mésaventures devient un peu usant. Et la journée du lendemain ne va pas nous aider à aimer le Panama. La Panaméricaine, tantôt à deux voies tantôt à quatre, avec par moment un bon revêtement et parfois une succession de trous, va nous faire connaitre la police du pays. Plus corrompue, il ne doit pas y avoir…

IMG_1274_bus_dans_Panama_city.jpgNous roulons à la même vitesse que les autres véhicules. De l’autre côté de la voie, un flic discute avec un automobiliste. La seule vision de notre moto le fait bondir et il nous fait signe de nous arrêter. « Excès de vitesse » prétexte ce dernier tandis que son pistolet radar est resté posé sur le toit de sa bagnole, à bonne distance de lui. Et alors même que nous suivions une voiture, et qu’il ne pouvait donc pas nous contrôler. Il nous informe qu’il va garder le permis de conduire d’Alain pour être sûr que nous allons bien payer l’amende. Pour cela, il faut retourner à David et attendre lundi matin. Impossible pour nous, et il s’en doute bien. Voilà comment 20 $ sont tombés directement dans la poche de cet enfoiré. Pas terrible, comme rendez-vous...

Ce même jour, nous retrouvons Pascal, Vanessa et Mike qui ont finalement réussi à passer par la côte Pacifique. L’après-midi va se répéter la même histoire. A croire qu’ils organisent un concours à celui qui ramasse le plus d’argent en provenance des motards. Sauf que cette fois-ci l’histoire prend de telles proportions que nous ne payons pas…

IMG_1190_canal_de_Panama.jpgNous pensions rester un moment à Panama city, le temps de trouver une solution au transport de la moto vers l’Amérique du sud. Le dimanche est consacré à la visite du canal. Impressionnant de voir ces navires passer d’un océan à l’autre pratiquement à travers champs ! Le ballet des locomotives qui tractent ces immeubles flottants, à travers des écluses où il ne doit pas rester 20 cm de chaque côté de la coque de certain navires, est un vrai spectacle. D’ailleurs, pour les visiteurs, des terrasses ont été aménagées en surplomb de la plus célèbre d’entre-elles : l’écluse de Miraflorès. Pendant la durée des manœuvres, tout est commenté en anglais et espagnol.

IMG_1187_pont_Los_Americanos.jpgLe lendemain, direction l’aéroport. Et là encore, tout va très vite. Les motos peuvent partir dès demain soir pour Bogota en Colombie. Le temps pour nous de trouver des billets pour la même destination, et nous confirmons. Entretemps nous rencontrons Peter, qui vit dans le Vaucluse et envoie lui aussi sa moto là-bas. Le mardi matin, livraison des machines. Il n’y a plus qu’à attendre patiemment le lendemain en espérant que tout se passe bien pour elles, sans savoir vraiment ce qui nous attend de l’autre côté, en Colombie…

lundi 20 octobre 2008

Transcentramérica express


Le Mexique est déjà très loin derrière nous. Et notamment Cancun, ses cocotiers et son sable blanc bordé de piscines luxueuses, que nous avons quitté voilà un peu plus de 2 semaines en compagnie de deux autres couples de motards qui font également route vers l’Amérique centrale. L’un prévoit d’aller jusqu’à Ushuaïa, l’autre va simplement faire un tour d’une quinzaine de jours au Guatemala. Très vite, la frontière du Bélize est devant nos roues. Formalités rapides, puis nous traversons ce pays d’une traite sans y faire escale. Un peu frustrant car les gens ont l’air accueillant et il doit certainement y avoir des choses intéressantes à y faire, mais le temps presse : nous n’avons plus que trois petits mois pour arriver en Terre de Feu, et tout un continent à traverser. Sans parler du problème que pose le passage de Panama vers nous ne savons encore quelle destination en Amérique du Sud…

IMG_0843_glissement_de_terrain.jpgDu Belize, donc, nous ne verrons pas grand-chose d’autre que ses maisons de bois aux couleurs chatoyantes et ses grandes étendues vertes. En quelques heures, nous revoilà à la frontière ouest du pays. Les formalités ne seront pas plus longues pour en ressortir après une bonne pluie. Laquelle ne nous arrange pas vraiment puisque l’arrivée au Guatemala se fait par une piste de terre qui, détrempée, devient très glissante. 24 km où il faut éviter trous et ornières omniprésents… De lourds nuages noirs obscurcissent le ciel. Le GPS pointe notre destination juste à l’endroit où le soleil essaie de percer, comme pour nous guider. Mais rien n’y fait, et ce sont encore des trombes d’eau qui nous tombent sur le casque. Le retour sur la route goudronnée, bien que partiellement détruite, va nous soulager. Tout autour de nous, les champs sont recouverts d’une profonde couche d’eau. Le jour ne va pas tarder à tomber. Rouler de nuit ici est vraiment trop dangereux avec les piétons et autres véhicules sans éclairage. De plus, l’assurance n’étant pas obligatoire, nous n’avons pas pu assurer les motos… Il est donc prudent de s’arrêter au plus tôt. Un hôtel au bord du lac Peten Itza, à une trentaine de kilomètres du site de Tikal, est le bienvenu. Equipages et motos sont couverts de boue. La douche, même froide, ne sera pas de trop ce soir. L’ambiance revient au beau fixe quand nous nous retrouvons autour de la table afin de déguster quelques spécialités locales.

IMG_2971_Tikal.jpg30 km d’une belle route bordée de panneaux annonçant la proximité d’animaux exotiques, nous conduisent jusqu’au site de Tikal. Classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, les vestiges mayas sont éparpillés dans la jungle qui a pratiquement repris ses droits depuis quelques siècles. Seuls les principaux monuments ont été dégagés de cet enfer vert inextricable. Il est du coup assez difficile de se faire une idée précise de ce que pouvait être cette ville il y a quelque mille cinq cent ans. Seuls les grands temples surplombants des pyramides émergent de la végétation et servent de repères. Nous nous baladons sous les arbres, dans lesquels quelques singes passent d’une branche à l’autre afin de se gaver des meilleures feuilles. Même ces dindons sauvages dont nous avons vu quelques spécimens sur la route en venant, arrivent à rejoindre les faîtes pour s’y nourrir. Ce genre de visite nous a habitués depuis quelques temps à monter et descendre des quantités impressionnantes de marches. Paraît que c’est bon pour le cœur ! En prime, chaleur et humidité nous font transpirer des litres d’eau. Ici, des escaliers en bois ont été aménagés pour que les visiteurs n’usent pas les pierres des édifices. Le problème, c’est que quand on voit les escaliers en question, confectionnés avec des chevrons et érigés à des hauteurs vertigineuses, il faut faire sacrément confiance au concepteur avant de s’y engager. Mais une fois en haut de la pyramide, assis sur une marche au pied du temple, quel spectacle ! La forêt à perte de vue, juste trouée par deux ou trois temples dépassant de la canopée.

IMG_2922_animaux_exotiques.jpgLe bout du monde n’étant pas encore à portée de nos roues, il nous faut reprendre la route. Traversée d’un animal inconnu (pour nous) au museau très long, puis, un peu plus loin, d’une araignée. Bof, des araignées il y en a à la maison : pas de quoi en faire un plat. Sauf que celle-là, elle est tellement grosse que Chris l’a vue alors que nous roulions à un bon rythme. Arrêt photo qui nous permet d’admirer la bête, dont une partie du corps est recouverte de poils rouges. Dire qu’il y en a qui mangent ce type de bestiole… Quelle indiscipline ! Passer autant de temps devant un arachnide alors que nous devrions être au moins à cent kilomètres d’ici. A Florès plus précisément : un petit village construit sur une île d’un lac et relié à la terre ferme par un pont. C’est ici que nous rejoignons un autre motard désirant se joindre à nous. Mike, un Américain du Minnesota qui se rend à… Ushuaia. Va y avoir du monde là-bas !

Depuis que Ricardo a mis ses mains sur notre moto, celle-ci marche presque bien. C’est toutefois celle de Pascal qui a pris le relais et qui souffre de coupures d’allumage… Mais ne boudons pas notre plaisir : les montagnes qui se profilent à l’horizon sont un peu la colonne vertébrale de l’Amérique centrale et quand la route décide d’y plonger, c’est un vrai festival de virages sur un revêtement parfait. De plus, ce n’est pas la circulation qui nous gêne. Dans un des pays les plus pauvres de la planète, qui a en outre du mal à se redresser des dernières crises politiques qui l’ont secoué il n’y a pas si longtemps, les véhicules restent rares. Les choses vont cependant sérieusement se gâter à l’approche de la capitale, Guatemala City. Le trafic redevient intense et le revêtement de la chaussée se dégrade proportionnellement à cette intensité. Nous contournons la ville par le Nord, bien contents de ne pas s’y attarder pour le moment, pour nous diriger vers l’ancienne capitale : Antigua. Les pluies diluviennes des derniers jours ont occasionné des coulées de boue sur les routes et il n’est pas aisé de rejoindre cette petite ville, étendue au pied d’un majestueux volcan qui peine à se débarrasser de son bonnet de nuages. La citée est parsemée de vestiges de monuments, reliés les uns aux autres par des rues où s’alignent de vieilles maisons coloniales aux façades de couleurs chatoyantes. Se balader ici est vraiment relaxant. Même si le temps nous est compté, nous allons en profiter un peu.

IMG_3289_couleurs_du_Guatemala.jpgDenise et Andrew, qui roulaient avec nous depuis Cancun, nous quittent ici et remontent vers le Mexique. Pour nous, passage obligé par la case mécano à Guatemala City. Mais pour une fois, ce n’est pas notre BMW qui pose problème. Après une grosse demi-journée d’attente, nous filons vers le Honduras. Frontière franchie, nous faisons une escale humide à Copan, dernier site Maya vers le Sud. Visite obligatoire, même sous des trombes d’eau ! Des jeunes ont d’ailleurs la bonne idée de louer des ponchos à l’entrée du site. De quoi se retrouver déguisés aux couleurs des perroquets qui attendent patiemment la fin de l’averse, perchés sur des clôtures ou dans les arbres, une goutte d’eau pendant au bout du bec. Mais la fin de la pluie n’est pas encore pour aujourd’hui. Comment planifier un voyage avec ses visites, alors que la météo ne fait preuve d’aucune clémence ? La décision est vite prise : si rien ne change d’ici demain, nous foncerons vers le sud pour nous rapprocher au maximum du Nicaragua.

La météo est restée fidèle à elle-même, mais au moins nous avons progressé. Et nous voilà à Danli après avoir traversé la capitale du pays, Tegucigalpa. Une ville à l’origine d’un étonnant record : un quart d’heure montre en main sans rencontrer le moindre feu tricolore ! Nous en connaissons qui seraient enchantés de pouvoir se rendre à leur boulot dans les mêmes conditions… Danli ne sera qu’une étape « pratique » dans notre voyage, mais nous en garderons un souvenir inoubliable grâce au pompiste qui nous a fait le plein de carburant en tenant d’une main le pistolet de la pompe, et de l’autre un pistolet aussi, mais mitrailleur celui-là. Pas intérêt à partir sans payer ! Nous sommes à quelques kilomètres de la frontière du Nicaragua, où nous nous rendons assez tôt le lendemain après avoir remonté une file de camions en attente, garés des deux cotés de la chaussée. C’est bizarre cette impression que les paysages sont plus beaux à proximité des frontières !? Il faut dire que dans l’ensemble, nous sommes relativement déçus par ceux que nous offre l’Amérique centrale. Certes la météo ne fait rien pour les mettre en valeur, mais nous nous attendions à plus d’exubérance végétale sous les tropiques. Heureusement, avec leurs façades colorées et leurs monuments, les vieilles villes coloniales où nous faisons étapes sont agréables. Pour peu qu’il y ait deux ou trois volcans à proximité, tout devient alors plus sympathique. Ou le deviendrait, plutôt, si le soleil daignait se montrer un peu pour illuminer tout ça. Ce fut le cas de Granada, au bord du lac Nicaragua et au pied du volcan Mombacho. Peut-être nous faudra-t-il revenir à une autre saison ?

IMG_3041.jpgC’est bien beau, de rouler autant, mais les pneus de la moto montés il y a déjà bien longtemps, à Tacoma, commencent à fatiguer. Il serait bien qu’ils tiennent jusqu’à San José au Costa Rica. Il y a de l’espoir, puisque nous venons de rejoindre la célèbre route « Panaméricaine » (un bien joli nom pour une route étroite, bosselée et avec quelques trous) qui nous conduit vers la frontière Sud-est en longeant le lac Nicaragua où s’élèvent, majestueux, deux volcans posés sur l’île Ometepe. Il commence à être tard et nous nous sommes fixés comme règle, par sécurité, de ne pas circuler de nuit. Une précaution difficile à respecter. La sortie du Nicaragua se fait en quelques minutes, les formalités les plus longues étant toujours pour la moto. Nous allons encore le vérifier pour entrer au Costa Rica. Si nous obtenons notre tampon en quelques minutes, il faut d’abord décontaminer la moto avant de pouvoir continuer les formalités. Encore faut-il que le douanier en charge de nous délivrer la dose réglementaire de paperasserie ait fini de manger, or il a tout son temps. Ca ne le dérange pas, lui, que nous roulions de nuit… Et quand nous récupérons enfin ces foutus papiers, c’est pour aller en obtenir un autre un peu plus loin. Et le fonctionnaire qui doit nous le délivrer, il en a visiblement plein les doigts de taper toujours la même chose… Bref, une bonne heure sera nécessaire pour clôturer l’ensemble du parcours du parfait passeur de frontières. Un dernier contrôle avant que la barrière ne se lève, des fois que, et nous voilà enfin sur la route de Liberia… bloqués par les camions. Lesquels s’engagent sur la seule voie libre de la chaussée et se retrouvent face à face sans pouvoir reculer. Séance de tout-terrain pour s’en sortir. Plus que 77 km pour arriver sous un feu d’artifice d’éclairs et dans la crainte que le ciel ne nous tombe encore une fois sur la tête. Nous y échapperons cette fois, mais ce sera pour mieux déguster le lendemain.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA         Pause photos sur les hauteurs qui surplombent le lac Arenal. Le contraste est saisissant entre le Nicaragua, que nous venons de quitter, et le Costa Rica, que nous avons maintenant devant les yeux. Nous avons encore une fois changé de monde. La misère et la saleté ont laissé la place à de belles pelouses bordant des maisons cossues, et d’un coup les paysages ont comme explosés : finit la morosité des pays précédents. Un peu plus bas, les singes font les pitres dans les arbres en poussant des cris effrayants. En face, sur l’autre rive du lac, il tombe des clous comme diraient nos amis Québécois. Et notre route, vous l’avez deviné, passe justement par là pour rejoindre Fortuna. Depuis le Sud de la Baja California, nous n’avons eu qu’une seule journée sans pluie. Inutile de vous dire que nous avons pris de bonnes douches, mais ce qui nous attend cette fois est vraiment au-dessus du lot. Par moments, nous ne voyons même pas le lac que la route longe pourtant au plus prés ! Nous avons l’impression que les deux océans se rejoignent sur nos têtes. Et pourquoi est-ce ce moment précis que choisit un caillou pointu pour se planter dans notre pneu arrière fatigué ? Nous voilà allongés sur la chaussée détrempée pour mettre une mèche et un peu d’air, qui vont nous permettre de rejoindre notre étape après avoir évité nombre de pierres et glissements de terrains. Il n’y a plus qu’à franchir l’équivalent de quelques rivières ayant choisi de traverser la route pour arriver enfin, complètement trempés, dans une ville privée d’électricité…

Alors qu’hier nous avons été incapables de situer le volcan Arénal, que nous supposions tout prés d’ici, nous réalisons après le déluge que nous avons dormi juste au son pied. Ce géant se dresse en haut de la rue, énorme avec ses deux cônes d’où s’échappent des colonnes de fumée rejoignant… les nuages. Car il ne faut pas croire que c’est fini ! Nous pensions rester une journée complète ici pour se balader un peu, mais encore une fois le voyage décide autrement. Afin de palier à une petite carence mécanique de notre chère (très chère !!!) monture, il nous faut être à la capitale dès cet après-midi sous peine de ne plus avoir de mécano, qui va s’absenter deux mois. Chargement rapide, un peu d’air dans le pneu arrière et en route. 140 km, ce n’est rien. Sauf quand il s’agit d’une route de montagne encombrée de camions, et qui grimpe à plus de 1800 m d’altitude. Et que croyez vous que l’on trouve lors du franchissement d’un tel col, coincé entre Atlantique et Pacifique ? Un « peu » de pluie pardi ! Il ne manquait qu’un énorme accident à proximité de San José pour en couper l’accès. Nous arrivons malgré tout juste à temps pour rencontrer le mécanicien en question et trouver un hébergement.

IMG_0886_des_bananes_partout.jpgEncore une fois cette capitale va s’imposer comme une étape logistique bien plus que touristique. Remplacement des pneus, changement des chaussures qui au bout de six mois ont déjà décidé d’en rester là, tentative de réparation d’un appareil photo qui n’a pas supporté autant d’humidité, récupération d’un colis et envoi vers la France de quelques affaires : pas le temps de traîner. Nous sommes à quelques jours de changer de continent. Arrivée à Panama, la Panaméricaine s’arrête à cause du Darien, une région trop marécageuse pour espérer y construire une route. Un service de car-ferries devait être mis en place entre le Panama et Carthagène, en Colombie, pour palier ce manque de bitume, mais rien n’a été fait. C’est donc le système D qui prévaut ici : impossible de prévoir à l’avance une traversée ou un vol, il faut voir sur place. Avion ou bateau ? Colombie ou Equateur ? Nous n’en savons rien. Laissons le voyage décider. Pour l’instant, nous venons d’apprendre que la Panaméricaine est fermée pour au moins une semaine suite à un glissement de terrain dû à la pluie et qui a emporté la route. Le passage par la côte Pacifique est également bloqué à cause d’inondations. Reste une dernière chance de rejoindre Panama via la côte Caraïbe, mais le passage de la frontière se fait sur un petit pont vétuste et la route est ensuite très improbable. Serions-nous coincés au Costa Rica ?

vendredi 10 octobre 2008

Viva Mexico !


IMG_2481_Statue_Zapata.Cuautla.jpg16 septembre 1810, indépendance du Mexique. Nous voilà dans la capitale de cet immense pays qui compte 123 millions d’habitants et dont 22 millions sont regroupés ici, à Mexico. 22 millions plus deux … Nous sommes accueillis chez un couple de motards qui, le soir même de notre arrivée, nous entraîne au centre-ville où la fête a déjà commencé avec 24h d’avance. Monuments illuminés, décorations aux couleurs du drapeau national, animations… Une vraie répétition pour le lendemain.

15 septembre 2008. Hors de question de retourner ce soir au centre-ville, complètement saturé. En compagnie des quelque 30 autres invités de nos hôtes, nous regarderons à la télévision le président de la république lancer du balcon du Palacio Nacional les trois « Viva Mexico », « el Grito », puis sonner la cloche. La soirée ne sera pas triste !

IMG_2058_Meca_a_Mexico.jpgNotre séjour dans la capitale va être partagé entre visites, entretien de la moto et préparatifs pour la suite du voyage. La partie la plus agréable, le tourisme, va être réduite à une portion congrue. Il faut dire que le moindre déplacement peut ici prendre des heures. Nous sommes à 70 km du site de Teotihuacan, où se dressent les pyramides du Soleil et de la Lune, datant de l’an 150 à 600 de notre ère. Ce sont en prime les premières pyramides que nous voyons de notre vie. Nous allons en monter des marches ! Et pas des petites : les Aztèques mesuraient en moyenne 1m63, mais ont construit des escaliers pour accéder au sommet de leurs édifices pour des gens mesurant au mois 2m20. Allez comprendre… Toujours est-il que pour nous, aujourd’hui c’est gymnastique ! Mais une fois parvenu au sommet, la vue est époustouflante. En plus, on peut se ressourcer en énergie gratuitement en appliquant quelques instants son index sur la pierre marquant le sommet de la pyramide. Il paraît qu’on en repart gonflé à bloc… Pour en revenir aux déplacements dans Mexico, nous avons mis 4h15 pour parcourir les quelque 70 km qui nous séparaient du site. De quoi réfréner nos ardeurs et nos envies de découvertes. Nous nous contenterons par la suite d’une visite du centre-ville. De toute façon, avec au moins une centaine de musées (entre autres monuments), il faudrait rester au moins trois mois ici.

Moto presque propre et révisée, nous revoilà sur la route. Pas pour bien longtemps, puisque nos hôtes nous accompagnent vers un petit village situé dans les montagnes, à proximité de la ville. Avec sa route sinueuse à souhait (qui a des airs de Nationale 8 aux environs du Beausset, pour ceux qui connaissent), Tres Maria est le lieu de rendez-vous des motards de Mexico. Tous les dimanches, la rue principale et les restaurants qui la bordent prennent des airs d’entrée du circuit Paul Ricard à la grande époque. Le tout saupoudré d’un peu de Marché à la moto de Lambesc (toujours pour les initiés) avec les vendeurs de pièces d’occasion et d’accessoires — très chers ici.

Après ce petit bain dans le monde motard mexicain, qui nous montre à quel point la mondialisation uniformise le mode de vie des terriens, la route nous mène à Taxco. Petite ville perdue dans les montagnes et capitale de l’argent. Nombre impressionnant de bijouteries, qui se touchent toutes. Mais c’est loin d’être l’intérêt majeur du lieu, dont les rues envahies de coccinelles Volkswagen et autres mini bus de la même marque grimpent à l’assaut des collines. La plupart des façades sont blanches avec des encadrements de portes et fenêtres de couleur, ce qui donne un cachet exceptionnel à cette petite agglomération regroupée autour de sa cathédrale baroque, aux décors qui font penser à un gros gâteau surchargé de crème... En nous baladant dans ces rues, notre dépaysement est total.

IMG_0695_Tehuantepec.jpgUn rendez-vous avec un Ardéchois exilé à Cuautla, au sud de Mexico, nous oblige à nous pencher sur le temps qui passe trop vite. Du coup, nous prenons conscience que nous ne sommes vraiment pas en avance sur notre planning. La pause à Mexico a été un peu longue, les distances sont énormes et les routes pas toujours très bonnes : il va falloir se bouger sérieusement si nous voulons avoir une chance de croiser quelques amis en Amérique du sud et être à Ushuaïa avant le 31 décembre… Allez, 600 km pour rejoindre Oaxaca ! Une route au péage exorbitant nous permet de couvrir la distance à une moyenne honnête en passant au pied d’un monument géologique : le Popocatépetl, hélas invisible car pris dans les nuages. Nous arrivons heureusement assez tôt à destination. Deux heures à tourner à proximité de la ville sous la pluie et dans la boue pour trouver un camping que l’on nous avait conseillé et qui est… fermé. En plus, bizarrement, la moto ne tient plus le ralenti alors quelle a été réglée à Mexico il y a quelques jours !? Et c’est là que comme souvent, la magie du voyage opère. Sans que nous l’ayons entendu arriver, une Kawasaki 1100 Zéphir immatriculée en Suisse se gare à côté de nous. « Vous avez besoin de quelque chose ? » Ce soir, nous planterons finalement la tente presque face aux pyramides du monte Alban, dans le jardin de Félix. Un Allemand exilé au Mexique, et de retour d’un séjour professionnel de plusieurs années en Suisse.

IMG_2572_topes.jpgLe lendemain, sur la piste boueuse pour rejoindre la route, la moto ne marche pas mieux. Souci. D’autant qu’après la visite du site archéologique, la route qui va nous mener à Tehuantepec, petite ville prés du Pacifique, ne va pas être de tout repos. Pluie, bien sûr, mais aussi virages à n’en plus finir. Nous traversons cette fois la Sierra Madre Sud. Champs d’agave (qui sert à la fabrication de la tequila) alternent avec les forêts de cactus dans des paysages magnifiques. Mais dans notre tête, en ce moment, le tourisme ne tient que très peu de place. Notre principal souci est maintenant d’arriver à Cancun, où nous pourrons faire réparer notre monture. Or pour y aller, à Cancun, nous ne sommes pas sur la route la plus directe : loin s’en faut, puisque nous en sommes séparé par l’Etat du Chiapas. Ici, pas de grandes routes. C’est montagne et jungle. La route, elle, passe par où elle peut, ce qui se traduit par des temps de roulage très longs pour de courtes distances. Mais la grande plaie de ce réseau routier, ce sont les « topes ». En français, les ralentisseurs, dont le nombre semble inversement proportionnel à la largeur de la voie. Et là, elle n’est pas large. Des « topes » signalés ou pas, des hauts, des doubles, des peints, des larges … Toute la collection y passe et même plus… Usant, surtout quand en prime la moto ne tient plus le ralenti et que les camions roulent au milieu de la chaussée empêchant tout dépassement. Pour couronner le tout, de temps à autre, il pleut.

Cette satanée pluie ! Nous passons à quelques kilomètres du canyon Del Sumidero dont la profondeur atteint à certains endroits 800 m. La perspective d’une visite se noie sous le déluge. La visite de San Cristobal de Las Casas, elle, se déroulera entre les averses. Quant à l’avarie de la moto, elle semble s’aggraver avec une pompe à essence qui fait maintenant un sale bruit. Bon, on dit que le moral est dans la gamelle. Cela tombe bien, pozole, tostadas, burritos, tacos, tortillas, quesadillas, frijoles et autres spécialités n’ont plus de secret pour nous maintenant. Les tracas du voyage pèseront moins après un bon repas.

Notre épopée à travers les montagnes du Chiapas se poursuit. La jungle cerne la route. Les habitations se limitent la plupart du temps à de petites cabanes de bois, au mieux, peintes de couleurs vives. Le long de la voie, hommes et enfants se déplacent machette à la ceinture. Etant donné l’état du revêtement, il faudra faire encore quelques heures de moto pour rejoindre notre destination pourtant pas si lointaine : Palenque. Ville et site archéologique en bordure de la jungle, pseudo-camping à proximité de l’entrée du site.

IMG_2528_Xochicalo.jpg Debout dès 7h du mat’, nous n’avons qu’à marcher quelques centaines de mètres et nous y voilà. Il n’y a pas si longtemps, un siècle environ, tout ici était recouvert par l’épaisse végétation de la forêt tropicale. Désormais émergent des pyramides surmontées de temples et bordées de belles pelouses. Les Mayas avaient choisi de s’installer sur un superbe emplacement, en bordure d’une rivière entrecoupée de cascades que l’on franchit sur un pont suspendu.

11h30. Arrêt au supermarché à la sortie de la ville. Nous mangeons sur le parking.

12h00. Nous quittons la ville.

IMG_2729_vautour.jpg12h15. Une grosse déflagration dans le casque. Pendant quelques fractions de secondes, je ne vois que du noir. La route réapparaît. Arrêt d’urgence sur le bas-côté. Nous venons de percuter un vautour qui prenait son repas sur le bord de la route. Ses collègues sont partis à l’opposé, lui est venu se jeter sur nous. Bilan : un casque bien abîmé, une visière et son système de fixation cassés, et un mort. Le vautour.


12h25. La route continue. Alternance de pluie et de ciel gris agrémenté de travaux.

16h00. Il pleut tellement que nous sommes obligés de faire une pause à l’entrée d’une agglomération. Ici, pas de système d’évacuation de l’eau de pluie. A travers la fenêtre, nous observons, inquiets, le niveau de l’eau monter sur la chaussée. Il va nous falloir un bateau pour repartir…

17h30. Nous revoilà sur la côte atlantique en bordure du golfe du Mexique. La route est bien meilleure maintenant. Ah ! si seulement la pluie pouvait faire une trêve…

18h30. Arrivée enfin à Campeche après un dernier gros orage pour clore la journée en beauté. Reste à trouver un hôtel avec un parking pour la moto, et à enfin prendre une bonne douche chaude (comme si nous n’en avions pas eu assez, de l’eau).

20h00. Après une petite visite de la ville, nous cherchons un resto. C’est comme cela qu’Alain se retrouve sur le fauteuil d’un coiffeur. Il n’y a pas d’heure ici, pourvu que le coiffeur puisse travailler en regardant le match de foot à la télé.

21h00. Resto où nous nous faisons truander au moment de l’addition.

22h00. Mise à jour du site internet.

23h00. Ecriture du journal quotidien.

24h00. Il est peut être temps de profiter du lit de la chambre d’hôtel trop cher payée.

IMG_2770_panne_durit.jpgVoilà à quoi peut ressembler une journée de voyage. La suivante, pourtant, sera complètement différente. La faute au restaurateur d’hier, qui en plus de nous avoir truandé a refilé à Alain, dans sa salade, quelques saletés qui lui ont déclenché une belle intoxication alimentaire. Or il nous faut rejoindre Cancun dès aujourd’hui. 500 km dans ces conditions, imaginez le plaisir ! Après maints efforts, nous voilà en vu de notre destination. Il est temps de mettre un peu de carburant. La station est de l’autre coté de la route. Pas le temps de la rejoindre : un choc violent suivi d’une douche à l’essence sur les jambes droites nous indique qu’on n’a vu un « topes »…

Le choc a complètement cassé un raccord rapide d’essence, celui-là même qui devait faire forcer la pompe. Voilà au moins un problème de résolu. Réparation de fortune au bord de la route, et il ne nous reste plus qu’à trouver l’hôtel où nous sommes invités par un couple de motards. Encore une heure pour y arriver, tard dans la soirée. Mais quelle récompense : nous voilà logés dans un de ces magnifiques hôtels qui bordent la côte d’une mer aux eaux turquoise, comme on en voit sur les dépliants publicitaires des agences de voyage. La soirée est difficile pour Alain qui a les tripes à l’envers, mais l’accueil de nos hôtes est réconfortant.

IMG_2853_Recompense_Cancun.jpgIl ne nous reste plus qu’à passer trois jours ici afin de remettre la moto en état et préparer à nouveau la suite du voyage. Nous allons quand même bien trouver un moment pour profiter aussi de la belle plage de sable blanc qui s’étire sous la terrasse de notre chambre… Dernière surprise : Vanessa et Pascal, qui nous hébergent, partent vers l’Amérique du Sud via le Guatemala et le Bélize. Pourquoi ne pas faire quelques kilomètres ensemble ?

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