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vendredi 21 août 2015

Permis de conduire sans permis de conduire : deuxième couche

Si tu le permets[1], je vais apporter ici deux/trois réponses à certaines réactions à mon billet précédent. Ce sera peut-être plus simple pour exprimer mon opinion que des réponses au fil de la discussion. Ceci d'autant plus que les contributions sont encore plus nombreuses sur la page Facebook de Motomag où sont d'ailleurs reproduites certaines de celles qui font suite à mon billet.

Je constate d'abord que ma prise de position n'est pas isolée[2] et que beaucoup de contributeurs, dont certains disent ne pas spécialement porter madame Taubira dans leur cœur[3], font une lecture de l'article 15 similaire à la mienne. Je ne cache pas que cela me réjouit car, comme je l'ai exprimé à ma façon dans mon billet, la politique de sécurité routière ne souffre généralement pas de discordance et l'expression d'idées divergeant de la doxa est assimilée sans appel à un crime de haute trahison.
Un grand merci donc à Moto Mag pour son article qui propose, malgré son titre un poil provocateur, une analyse objective, hors de toute passion, qui permet en conséquence de poser ce débat et à Pascal Wolf, membre éminent de l'AFDM qui, en tant que tel, sait de quoi il parle en matière de formation à la conduite, dont les explications apportent, elles aussi, un éclairage précieux.
Cela n'a rien de surprenant. Le Mouvement FFMC a toujours défendu les positions qu'il croyait justes même lorsque celles-ci étaient à contre-courant de l'opinion dominante. Je précise quand même, au cas où tu serais tenté d'en tirer des conclusions hâtives, que la FFMC ne s'est pas exprimée sur ce sujet, à ma connaissance, et que, en ce qui me concerne, les propos que je tiens ici ne l'engagent ni de près ni de loin car je n'ai aucune légitimité à parler pour elle. Débrouille-toi avec ça.

Les commentaires que je cite ci-dessous proviennent donc de mon blogue et du billet évoqué plus haut.

Dudule me dit donc (en 3) :

  • ...mais bien sûr...on a qu'a légaliser le shit aussi !
    • Pourquoi pas ? Certains pays l'ont fait et je ne sache pas qu'ils soient plus cons que nous ! D'autres commentaires parlent du viol ou d'autres crimes. Mais on est hors sujet là. Il faut arrêter de tout mélanger à tout propos.
  • ... les peines encourrues n'ont disuadeés personne ? non, mais va les voir au tribunal quand on leur annonce les sanctions, les tronches sont bizarres tout à coup...
    • Oui, je maintiens que les peines encourues n'ont pas dissuadé ceux qui s'y sont risqués... puisqu'ils l'ont fait ! Ce que tu soulignes d'ailleurs : ils ont joué, ils ont perdu.
  • ...et une auto conduite sans permis, c'est comme confier un missile à a un abruti.
    • Ça, c'est une spéculation. Ne pas avoir passé le permis ne signifie pas obligatoirement qu'on ne sache pas conduire, de même que, à l'inverse, il y a bien des titulaires du carton rose qui semblent avoir oublié leurs leçons de conduite et le Code.$$.
  • ... Combien de mort avec un type qui a roulé sans permis ? je ne sais pas, mais même 1, c'est déjà de trop !
    • Ok. Un mort, c'est toujours trop. Pourtant, que fait-on pour lutter contre les accidents domestiques dont les victimes sont environ trois fois plus nombreuses et sont essentiellement des enfants ? Et contre les suicides qui, sauf erreur de ma part, sont la troisième cause de décès en France bien avant les accidents de la route ? Comme l'indique 500mkm (en 11), les défauts de permis représenteraient 0,3 % des accidents mortels, ce qui signifie, si je sais compter, que 99,7 % des accidents mortels sont dus à des gens dont le permis est valide. De plus, les contrevenants qui se sont fait prendre auraient été environ 79000 en 2009, toujours selon 500mkm. Voilà qui relativise aussi du même coup la prétendue masse de ceux qui s'affranchissent du permis pour rouler si on rapporte ce nombre au nombre total de contraventions de toutes sortes dressées par les forces de l'ordre[4] dans des conditions identiques[5].
  • ...si un jour ca touche quelqu'un de ta famille, tu changeras surment d'idée, moi, c'est mon cas !
    • Ça, c'est de l'argument. Il me rappelle la triste époque d'avant l'abolition de la peine de mort (et même encore aujourd'hui, hélas !). Tu ne peux pas imaginer le nombre de gens qui auraient voulu que ma fille, si mignonne et si gentille, soit enlevée, sauvagement violée et si possible assassinée de la façon la plus horrible pour faire bon compte, tout ça rien que pour me persuader que j'avais tort d'être favorable à l'abolition. Je ne répondrai pas à cela. Et puis, laisse ma fille tranquille, ça devient lassant ce cinéma.
  • ... donc oui, cette loi est à dégager, j'en ai marre de voir des mecs enfreindre les règles s'en sortir les cuisses propres avec Taubira.
    • Voilà qui est intéressant comme argument. J'y reviendrai.

Ensuite, il y a Fred, en 9 :

  • moi aussi y'a quelque chose qui me turlupine : si on doit passer un permis (cout moyen 1500 euros), et qu'on ne risque que 500 euros à conduire sans, qui sera assez débile pour aller le passer? 1500 euros avec certitude d'un coté, 500 euros hypothétique (et de plus en plus hypothétique, avec le remplacement des flics par de machines) de l'autre. 1500 euros qu'on risque de perdre à force de sanctions mineures, contre 500 euros qu'on ne dépense pas, et qui sont tout bénef tant qu'on ne se fait pas choper. C'est un peu comme si on payait 15 euros le stationnement, et 5 euros l'amende en cas de non paiement du stationnement...
    • Moi, ce qui me turlupine, Fred, c'est qu'un gars comme toi, que je connais pour avoir travaillé avec lui au sein du BN et d'ERJ, puisse tenir un raisonnement aussi simpliste alors que, en tant que militant FFMC, tu as œuvré pour apporter des réponses, peut-être partielles mais des réponses tout de même, à cette question. Ça s'appelle notamment l'éducation. Car même si ce n'est pas la panacée[6], il n'empêche que c'est l'éducation qui fait que, en grande partie, nos concitoyens essaient de respecter les lois même quand ils les trouvent stupides. Si, si, ça arrive ! Et franchement, peux-tu croire une seule seconde que quiconque penserait pouvoir passer à travers les mailles du filet, même très larges, pendant très longtemps, aussi prudent et malin soit-il, ne finirait pas par se faire prendre tôt ou tard ? Et là, si la première fois c'est 500 € "seulement"[7], la moindre récidive risque d'être beaucoup plus douloureuse car, à la différence d’aujourd’hui, il saura à quoi s'attendre. Une paille, bien sûr ! Et je ne parle pas de l'éventualité d'être victime d'un accident, même bénin, même sans aucune responsabilité[8] qui immanquablement révèlerait le pot aux roses.

Enfin, nous avons 500mkm ou Olivier sur Facebook, en 11, qui commence très fort :

  • Le ton est étrange, le début est plus qu'équivoque. En gros être contre cette loi fait de tout opposant un gros con, raciste et misogyne...et on, l'apprend plus loin, anti-jeune "portant leur casquette à l'envers, adeptes du rap, du hip-hop ou du raï, amateurs de grosses berlines survitaminées de préférence allemandes"... Sauf que c'est faux, hors sujet et pas très fin comme méthode. Ça ne peut pas court-circuiter le débat de fond.
    • Sans vouloir paraître péremptoire, mon cher Olivier, ce qui n'est pas très fin selon moi, c'est que tu fasses du troisième item de mon introduction le pilier central sur lequel reposerait totalement ma critique. C'est un procédé facile, réducteur et pour tout dire, abusif, puisqu'il te permet d'écarter tout le reste et donc d'avoir raison quoi qu'il arrive. Cela étant, je regrette de te faire remarquer que cette engeance est très florissante sur les réseaux dits sociaux et qu'elle s'en donne à chœur-joie, en particulier lorsqu'il s'agit de Christiane Taubira.
  • ... Globalement on oublie que ces conducteurs sans permis sont extrêmement rarement de pauvres bons conducteurs qui ont perdu leur permis à cause de petites infractions parce que le système des points est mal conçu...
    • Te paraîtrais-je péremptoire si je me risquais à te suggérer que tu es ici hors sujet ? Il n'est question dans l'article 15 que de personnes n'ayant pas (encore) obtenu le permis de conduire pour quelque raison que ce soit. Mais peut-être t'es-tu endormi en sursaut au cours de sa lecture. C'est ballot !
  • ... Quand à dire qu'une amende sévère assortie d'une possible peine de prison n'est pas plus dissuasive qu'une amende de 500 euros c'est juste surréaliste. Ou alors on a résolu tout le problème de la délinquance, on a plus qu'à donner des petites contraventions de 5ème classe pour tous les délits... Puisque c'est aussi dissuasif... Ce n'est pas parce que trop de personnes commettent un délit ou que parmi eux certains le commettront quelle que soit la punition qu'il faut systématiquement dépénaliser...
    • Je te renvoie à la réponse que j'ai faite à Dulule, plus haut. Et j'objecte que là, toi aussi, tu mélanges tout. Je te comprends, d'ailleurs : il est plus simple de recourir à des amalgames fumeux que d'argumenter sur un thème spécifique pour lequel les faits réellement tangibles sont si minimes.
  • ... L'autre problème c'est que la qu'une fois de plus on va automatiser une sanction. La case tribunal c'est malgré tout un reste d'intervention humaine. On pousse la logique de l'automatisation... Remettons de l'humain en remettant des gendarmes et policiers en nombre suffisant sur les routes. Une présence dissuasive, la possibilité d'un traitement humain des petites infractions et une chance de clémence mais aussi la possibilité d'agir sur les comportements dangereux qui ne sont pas ou peu sanctionnés faute de présence pour les constater... Autre sujet
    • Là encore, je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi. Si tu avais lu l'article 15, tu saurais que le constat sera dressé par un agent, donc un être humain[9], qui décidera si oui ou non il appuie sur la touche "envoi". Ce n'est pas réellement du même tonneau que le contrôle-sanction automatisé dont les êtres humains sont quasiment absents d'un bout à l'autre de la chaîne. C'est d'ailleurs l'un des principaux arguments de la FFMC pour dénoncer le CSA. Tu le sais puisque tu t'en dis adhérent. Néanmoins, sur ce sujet précisément et toutes choses égales par ailleurs - c'est à dire, dans le contexte sur lequel on peut s'accorder sur le manque de présence humaine au bord des routes et de faible implication des contrevenants dans les nuisances recensées - je pense que la sanction immédiate aura un effet bien plus "éducatif", en l'occurrence, que la situation actuelle où cette sanction n'intervient que longtemps après le constat de l'infraction, alors même que la plupart des contrevenants pourraient s'être remis en conformité avec la loi. D'ailleurs, sans préjuger des motifs des peines relativement clémentes infligées par les juges aujourd'hui, on peut penser que cette raison n'y est pas totalement étrangère.

Je vais arrêter là pour ces réponses "personnalisées" et je te renvoie, ami lecteur, à la page Facebook de MotoMag où tu pourras constater que les contributions de nos contradicteurs tournent toujours, peu ou prou, autour des mêmes arguments.

Nonobstant certains commentaires haineux à l'égard de la ministre, que j'écarte car sans intérêt ici et indignes de notre pays, je retiens surtout de toutes ces contributions le sentiment que, dans le fond, ce qui importe apparemment le plus dans cette histoire, c'est moins qu'il puisse se trouver des gens qui enfreignent la loi que l'éventualité qu'ils puissent ne pas en subir les foudres. Relis bien ce que disent Dudule, Fred et Olivier (et bien d'autres sur fessebouc).

Je pense qu'il y a là une hypocrisie fondamentale, excuse-moi de le dire sans ambages.

En effet, nous commettons tous des infractions, volontairement ou non, objectivement bénignes ou non. Qu'elles soient commises en connaissance de cause ou à notre insu, nous sommes généralement très satisfaits de ne pas avoir été pris et cela d'autant plus quand elles n'ont eu aucune conséquence, que nous n'avons nuit à personne. Or, c'est bien là le sens de la loi : s'il existe une obligation ou une interdiction, quoi que nous puissions penser de celle-ci, c'est que le législateur a estimé son non respect potentiellement nuisible à nos concitoyens, aussi peu que ce soit. Du reste, le premier argument qu'on invoque pour amadouer le pandore, lorsqu'on se fait pincer, c'est justement qu'on n'a causé de tort à personne ou pas tellement si on regarde bien... Tu suis ?

Un exemple ? "Griller" un feu est potentiellement dangereux, tu es d'accord ? Ça ne veut pas dire que, paf ! tu vas obligatoirement avoir un accident rien que parce que tu as grillé le feu mais que le risque d'en avoir un est très très loin d'être nul. Ça veut dire aussi que cet accident, si par manque de chance il survient, sera d'autant plus grave que ta victime n'aura pas anticipé l'éventualité de te rencontrer car se sentant en confiance et dans son bon droit.
Donc, si tu te fais prendre sans avoir causé d'accident, c'est 6 points et je ne sais plus quelle amende mais du genre salée. Évidemment, ce n'est plus la même musique si tu provoques un accident.
Mais, que cela soit volontaire ou dû à la distraction d'un instant, si cela n'engendre aucune conséquence néfaste et que la maréchaussée était absente du théâtre de ton forfait, tu seras tout heureux d'avoir échappé au mur des fusillés, ne me fais pas croire le contraire. Et ne me dis surtout pas que tu vas t'empresser de t'arrêter au premier commissariat venu pour te dénoncer. Pas vu, pas pris !

Et dans le fond, oui, ce n'est finalement pas si grave puisque cela aura été sans conséquence. Ça le deviendrait si tu en faisais une habitude car la probabilité pour que ça se termine mal va logiquement augmenter avec la fréquence. Or, on sait bien que sanctionner toutes les infractions est impossible car, pour les constater toutes, il faudrait mettre un policier derrière chacun de nous. Es-tu prêt à vivre ainsi[10] ? Moi pas car je crois que ça n'apporte rien de plus à l'efficacité des lois. Je crois aussi que la menace de la sanction et la crainte d'être pris[11], à défaut d'une rectitude morale infaillible, ont un effet dissuasif au moins aussi efficace que la sanction elle-même.

Pour finir, je veux dire aussi qu'il y a deux aspects, totalement absents de ce débat, qui ont pourtant une grande importance, me semble-t-il. Je veux parler, d'une part, de la façon dont l'obtention ou non du permis de conduire est présentée comme un critère déterminant de la vie sociale et de l'accès à un emploi. Peut-être faudrait-il désacraliser ce permis de conduire comme vecteur indispensable à la réussite dans ces deux domaines (et certainement dans d'autres). Il faudrait rappeler qu'on peut très bien vivre et travailler sans le posséder, et pas seulement dans les grandes villes. Il faudrait aussi rappeler que, si vraiment on a besoin d'un véhicule, il en existe qui se conduisent sans permis et peut-être aussi en changer l'image en cessant de ridiculiser ceux qui s'en servent. Tu saisis l'idée de base, là ?
Car, d'autre part, à une époque où une partie extrêmement importante de nos concitoyens est victime de la crise que traverse le pays et en est réduite à vivre d'expédients et au système D pour tenter de s'en sortir, il me semble assez évident que cette sacralisation du permis de conduire ne peut pas être sans influence sur les choix de ceux qui se battent et qui souffrent. Ceci pour dire que, quel que soit le bien fondé que l'on trouve à la répression, celle-ci ne sera toujours qu'une cautère sur une jambe de bois tant qu'il y aura des laissés pour compte. Je sais que ça va en faire hurler quelques-uns mais c'est ainsi. Malheureusement, je n'ai pas le sentiment que leurs effectifs puissent diminuer dans un avenir proche, quoi qu'en disent nos gouvernants et ceux qui veulent prendre leur place.
Et même si, comme moi, tu as encore foi dans l'éducation comme facteur d'émancipation des êtres humains et comme élément central de la vie en société, et à supposer qu'il y ait une véritable volonté politique pour cela, ce qui ne saute pas aux yeux, tu en conviendras, je pense que rien ne peut être possible, qu'aucune justice ne pourra jamais compenser le préjudice d'aucune victime sans justice sociale et sans solidarité.

Voilà. Merci de m'avoir lu jusqu'ici.

Notes

[1] Et même si tu ne le permets pas, je suis ici chez moi sur mon blogue, nanmého !

[2] Ce que je n'avais pas la prétention de croire. Mais je n'avais pas lu grand chose allant dans mon sens jusque-là, raison pour laquelle j'avais écrit ce premier billet.

[3] Moi-même, j'ai souvent un peu de mal avec ce gouvernement mais ce n'est pas le sujet ici.

[4] Que j'ignore car je n'ai pas fait la recherche mais qui sont à vue de nez, selon mes souvenirs, plusieurs centaines de milliers.

[5] Et souvent à l'origine du constat de défaut de permis.

[6] J'en vois qui rigolent, là-bas derrière !

[7] Comme si c'était une somme dérisoire dans un pays où le salaire médian est de 1675 € et le salaire moyen de 2154 € (Source "Rapport sur les inégalités en France 2015").

[8] C'est aussi un travers fréquent chez les bonnes âmes du tout répressif : le coupable est toujours celui qui serait en défaut alors que rien ne prouve que dans un accident impliquant un "défaut de permis", celui-ci en soit systématiquement responsable. C'est une affabulation qui sert évidemment d'argument massue, certes, mais foncièrement fallacieux.

[9] On n'en est pas encore rendu à Judge Dredd même si on commence à percevoir que ce ne sera plus une fiction dans un avenir relativement proche. Le pied pour la Grande Prêtresse Perrichon.

[10] Je te l'accorde, ça vient et pas si doucement que ça !

[11] J'ai lu un contributeur qui affirme faire 50000 km/an et n'avoir jamais vu autre chose que des radars depuis de nombreuses années. Je pense qu'il a vraiment beaucoup beaucoup de chance car je fais personnellement pas loin de 25000 km/an et je peux affirmer avoir été contrôlé au moins une fois par an en moyenne sur les 10 dernières années, à divers titres (alcoolémie, papiers ou état du véhicule, identité, etc.).

jeudi 13 août 2015

Permis de conduire sans permis de conduire : la belle intox que voilà !

Avant de tomber dans le piège médiatique et moralisateur mis en place par les thuriféraires du tout répressif - l'inénarrable Got et la LCVR en tête comme d'habitude, rejoints pour l'occasion par le CNPA[1] - et par les habituels contempteurs d'un gouvernement si peu de gauche soit-il mais toujours suffisamment à leurs yeux pour être coupable de laxisme[2] quoi qu'il propose en termes de justice, et sans même parler du marigot nauséabond de tous ceux qui persistent à ne voir en Christiane Taubira qu'une infâme guenon simplement parce que : un, c'est une femme ; deux, c'est une femme noire, qui ne s'en laisse pas compter, qui n'a pas sa langue dans sa poche, et qui a osé porter et défendre l'égalité des droits de tous sans faiblir face à la chienlit réactionnaire et rétrograde, je pensais très sincèrement qu'il y aurait quelques voix pour évaluer l'enjeu avec un peu de recul afin de nourrir la réflexion. Mais il faut croire que cet air, venu du Sahara surchauffer notre été, liquéfie les cerveaux. Et puis, il faut reconnaître que ce n'est pas non plus une spécialité de nos médias mainstream, comme on dit, le recul et la réflexion.

En France, on nous inculque depuis plus de 40 ans que la seule politique de sécurité routière qui vaille repose sur trois principes fondamentaux, complémentaires et intangibles : un, la répression ; deux, la répression ; et trois, la répression. Il n'est pas impossible que dans un avenir proche, on y ajoute aussi la répression, histoire de garder sa cohérence à l'édifice. Le postulat de départ est donc très simple : tous des criminels. Ou peu s'en faut...
Alors tu penses : quand une ministre - déjà frappée du sceau infamant du soupçon de laxisme car elle ose dire que le rôle de la justice ne se réduit pas à emplir les prisons - se met en devoir de s'intéresser à la sécurité routière, oulà, scandale ! Non seulement elle se prend des volées de bois vert de la part de ses habituels contempteurs, lesquels enragent de la voir survivre à leurs messes noires et de leur tenir tête, mais, en plus, elle s'attire les foudres du clergé de la sainte chapelle, chargé du respect sourcilleux du dogme sécuritaire en même temps que routier. Déjà qu'en temps normal, le moindre haussement de sourcil dubitatif pouvant signifier un début de manque de conviction dans l'acceptation sans condition du dogme provoque, dans le quart de seconde qui suit, le démarrage d'une harangue fébrile et vindicative de la part de la Grande Prêtresse Perrichon, tu t'imagines bien que sur un coup comme celui-là, on a droit à un prêche digne de l'apocalypse, pour ne pas dire de fin du monde. Ou les deux. C'est un truc à faire claquer tata Chantal d'un infarctus, ça. Au moins ! En plus, avec cette chaleur, je te jure, c'est des choses à pas faire...

Mais qui a vraiment lu ce projet de loi ? La version intégrale est là. Et voici ce que dit plus précisément ce fameux article qui cristallise les phantasmes les plus hystériques.

L'article 15 modifie le code de la route (articles L. 130-9, L. 221-2[3], L. 324-2[4]), le code de procédure pénale (articles 45, 230-6, 523, 529-2, 529-7, 529-10) et le code des assurances (article L. 211-27[5]) afin de transformer en contraventions de la cinquième classe les délits de défaut de permis de conduire et de défaut d'assurance, qui seront forfaitisées, lorsque ces faits seront constatés pour la première fois, et sauf dans certaines circonstances. Les délits de conduite malgré invalidation du permis du fait de la perte de l'ensemble des points, ou malgré une décision de suspension ou d'annulation émanant de l'autorité administrative ou judiciaire, ne sont pas concernés par cette réforme. Les auteurs de ces contraventions, qui seront constatées par procès-verbal électronique, devront alors, sauf s'ils contestent les faits, s'acquitter d'une amende forfaitaire de 500 euros (minorée à 400 euros si elle est payée dans les quinze jours) et, à défaut de paiement volontaire dans les 45 jours, d'une amende forfaitaire majorée de 750 euros, qui fera l'objet d'un titre exécutoire émis par l'officier du ministère public (OMP) et pouvant être recouvré de force par le Trésor public. Le traitement de ces amendes forfaitaires se fera de façon automatisée par l'Agence Nationale de Traitement des Infractions (ANTAI) et le Centre National de Traitement (CNT) de Rennes, actuellement compétents pour les contrôles radars automatiques et les procès-verbaux électroniques. Si la personne conteste l'amende forfaitaire, le dossier sera transmis par l'OMP du CNT de Rennes à l'OMP du tribunal de police de son domicile, qui sera compétent, s'il estime la contestation non fondée, pour engager des poursuites devant un juge de proximité.

Lorsque ces faits seront commis de façon renouvelée dans un délai de cinq ans, ou commis en même temps que d'autres infractions[6] ou par le conducteur d'un véhicule de transport de personne ou de marchandise, ils continueront de constituer des délits, avec une peine d'emprisonnement de deux ans pour le défaut de permis, doublée par rapport à la peine aujourd'hui prévue, ou de deux mois pour le défaut d'assurance qui n'est actuellement puni que d'une peine d'amende.

Ces mesures permettront, s'agissant des primo-délinquants, d'assurer une réponse pénale immédiate, l'agent verbalisateur notifiant le montant de l'amende sur le lieu de la contravention, identique sur l'ensemble du territoire et plus effective. Elles permettront, également, de sanctionner plus sévèrement les contrevenants qui se maintiendraient, à la suite d'une première verbalisation, en infraction ou qui présenteraient une particulière dangerosité à raison des circonstances de commission de l'infraction.

Récapitulons donc :

Défaut de permis de conduire :

  • Aujourd'hui : Délit => tribunal pénal -> jusqu'à 1 an de prison et 15000 € d'amende + différentes joyeusetés complémentaires.
  • Demain : contravention de 5ième classe : 500 € (forfaitaire) mais 2 ans de prison en cas de récidive ou d'autres infractions.

Défaut d'assurance :

  • Aujourd'hui : Délit => tribunal pénal -> jusqu'à 3750 € d'amende + différentes joyeusetés complémentaires.
  • Demain : contravention de 5ième classe : 500 € (forfaitaire) mais 2 mois de prison en cas de récidive ou d'autres infractions.

On notera au passage que le défaut de permis de conduire implique quasi-systématiquement une suspension des garanties de la part des assureurs qui considèrent qu'il y a rupture du contrat.

Évidemment, dans un pays où une portion significative du corps social trouve que la justice n'est jamais assez sévère, tant qu'il peut s'identifier aux victimes[7], oubliant au passage et fort commodément que ce ne sont pas les juges qui font les lois mais le Parlement, il faut bien reconnaître que, écorner le dogme ultra-répressif à une époque où tout est fait pour effrayer le bon citoyen, ça fait limite provocation.

Mais je suis désolé de le dire[8] même si ce texte a matière à être amélioré, je n'y ai rien trouvé de choquant. En effet, contrairement à ce que prétendent nos chers experts et grands spécialistes, je ne vois pas en quoi la perspective de passer 1 an en taule et d'avoir 15000 € d'amende à payer a pu dissuader quiconque de tenter de conduire avant d'avoir obtenu son permis. On comprend bien que le public visé est essentiellement jeune, voire très jeune, car c'est généralement à la fin de l'adolescence que l'on commence à apprendre à conduire un véhicule nécessitant un permis. Et quelque chose me dit que beaucoup de ces gens bien intentionnés qui vouent Christiane Taubira aux gémonies, imaginent les petits jeunes qui s'y risquent portant leur casquette à l'envers, adeptes du rap, du hip-hop ou du raï, amateurs de grosses berlines survitaminées de préférence allemandes. Mais le récent drame de Rohan nous rappelle qu'ils peuvent être aussi des gamins estampillés "bien élevés, tout gentils, tout mignons" et être capables de faire de très grosses bêtises sans intention volontairement nuisible mais avec des résultats catastrophiques. D'autant que c'est, hélas, une fois encore et surtout, un problème d'alcool avant d'être un problème de compétence.
Quant à prétendre que cette réforme serait une incitation à ne plus passer le permis car l'amende encourue est inférieure au coût de celui-ci, voire ! Je pouffe, je me gausse, je m'esclaffe ! En général, ceux qui s'y risquent le font souvent par dépit d'avoir "raté" l'examen un nombre significatif de fois ou par fanfaronnade comme dans le cas des jeunes gens de Rohan. On peut imaginer qu'il s'agit de tentatives très exceptionnelles car, si elles ont une chance de passer inaperçues une fois, leur renouvellement augmente sensiblement le risque d'être pris par la patrouille, pour ne parler que de ce risque-là. Quant à ceux qui s'affranchiraient de cette obligation légale de façon permanente soit il faudrait qu'ils aient beaucoup de chance, si l'on peut dire, soit ils sont déjà connus des services de police pour d'autres exploits qui indiquent une réelle propension à se brosser avec les lois et règlements en tout genre et relativisent donc singulièrement leur défaut de permis.

Et si on veut bien parler d'accidentologie : combien d'accidents avec un défaut de permis (avant son obtention) ? Combien avec blessures et combien de mortels parmi ceux-là ? Voilà déjà des bases de réflexion qui me semblent pertinentes pour commencer. Mais de toute évidence, on peine dans ce domaine à avancer des chiffres fiables, essentiellement pour les raisons évoquées précédemment : pour être pris en faute, il faudrait déjà être contrôlé et on est loin de la frénésie dans ce domaine. Sauf pour les motocyclistes et autres conducteurs de 2-roues motorisés qui font l'objet d'une attention particulièrement insistante des forces de l'ordre. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'on puisse rester très longtemps sans jamais être contrôlé.

Du coup, l'argument souvent invoqué selon lequel cet article 15 permettrait un allègement de la charge des tribunaux paraît un tantinet fallacieux et c'est le seul point où les adversaires de la mesure ont raison. Mais je te fiche mon billet que si la ministre avait invoqué le peu de cas où des peines d'emprisonnement sont infligées pour ces infractions, les mêmes personnes auraient hurlé encore plus fort et qu'on les auraient entendues jusqu'à Pluton.
Mais qu'ils se rassurent : la publication fort opportune du fameux "rapport qui devait rester secret" pointant un manque de volonté politique et de coordination et qui obligerait nos chers amis Valls et Caseneuve à prendre des mines penaudes pour affirmer que mais non pas du tout, on est vraiment sévères et très très méchants en fronçant bien les sourcils, devrait sonner le glas de l'initiative de la Garde des Sceaux en permettant au gouvernement d'annoncer des mesures bien saignantes pour confirmer leur démenti. A croire que tout ce cirque n'avait d'autre objectif que celui-là. Car qui peut croire que Christiane Taubira, d'ordinaire capable de défendre ses positions avec détermination et talent, n'ait pas mieux préparé sa communication sur un sujet qui de toute évidence était grandement polémique ?

Donc, si j'ai bien tout compris, il continuera d'être bien plus grave de conduire sans permis que de téléphoner[9] ou de se maquiller ou de regarder la télévision en conduisant. Ouf ! La hiérarchie des risques est sauve, de même que les inepties de la sécurité routière. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, devine c'est quoi qu'elle va nous remettre sur le tapis, la sécurité rentière, hein ? Allez dis un peu ! J'attends... Tadadam !

Mais oui, c'est bien sûr : LE CONTRÔLE TECHNIQUE !

Et ça, tu vois, mon pote, ça va sûrement pas sauver beaucoup de vie mais tu peux être sûr que ça va rapporter un max de flouze à tous ces bienfaiteurs de l'humanité motarde. Et finalement, c'est le plus important !

En attendant, commence à te retrousser les manches car va y avoir de la baston !

Et pis c'est tout !

PS : Tu peux lire la suite de ce passionnant débat ici.

Notes

[1] Conseil national des professions de l'automobile

[2] Oh que c'est vilain, ça

[3] Le fait de conduire un véhicule sans être titulaire du permis de conduire correspondant à la catégorie du véhicule considéré est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.

[4] Le fait, y compris par négligence, de mettre ou de maintenir en circulation un véhicule terrestre à moteur ainsi que ses remorques ou semi-remorques sans être couvert par une assurance garantissant sa responsabilité civile conformément aux dispositions de l'article L. 211-1 du code des assurances est puni de 3 750 euros d'amende.

[5] Les amendes prononcées pour violation de l'obligation d'assurance prévue par l'article L. 211-1, y compris les amendes qu'une mesure de grâce aurait substituées à l'emprisonnement, sont affectées d'une majoration de 50 % perçue, lors de leur recouvrement, au profit du Fonds de garantie institué par l'article L. 420-1.

[6] On pense notamment aux excès ou grands excès de vitesse, conduite sous emprise alcoolique ou de stupéfiants et toute la litanie d'infractions en vigueur mais aussi blessure et homicide involontaire.

[7] Tout en la trouvant néanmoins toujours excessive dès lors qu'il se retrouve dans le rôle du prévenu, bah oui !

[8] Quoique !

[9] Article R.412-6-1 du Code de la Route

samedi 30 novembre 2013

Le CNSR invente la journée nationale des victimes de la route : de l'audace, encore de l'audace !

Ainsi donc, le Conseil National de la Sécurité Routière (dites CNSR, c'est plus chic), cette sorte de comité Théodule censé délivrer de puissants conseils, s'est réuni le 29 novembre (donc hier) et a décidé de proposer au gouvernement, ça :

  • Instaurer une journée nationale des victimes de la route le 22 février, qui sera un jour de commémoration des personnes et des familles dont le destin a, un jour, sur une route, brutalement basculé dans le drame. Cette journée permettra également de lancer des travaux pour faire progresser la prise en charge des victimes et de leurs familles.

Sûr que ça a dû phosphorer dur pour y arriver. Je me demande même si on n'a pas frôlé la surchauffe voire la fusion du cœur du réacteur pour arriver à cette quintessence de la pensée sécuritaire. Avouez qu'il aurait été dommage de perdre tant de personnes indispensables dans un stupide accident, juste par manque de ventilation.

Ici, disons-le tout net, on frise le grandiose, le génie, que dis-je? le sublime. Les victimes de la route vont enfin avoir leur journée commémorative. Non mais vous réalisez ? Une journée rien qu'à elles, c'est hyper cool, ça ! Bien sûr, trouver une date n'a pas été si simple car des « Journée » de ceci ou de cela, il y en a en pagaille. A une époque où on aime se donner bonne conscience à peu de frais, il est de bon ton d'initier une petite journée qui en jette même si, dans le fond, tout le monde s'en tape.

Nous avions déjà la journée sans voiture, l'autre sans tabac, celle de la courtoisie (un grand succès, paraît-il), une autre de l'Europe (passée totalement inaperçue, hélas heureusement !), celle de la Femme, bien sûr avec dans la foulée, celle de l'andouille de Vire ou du cassoulet de Castelnajac, la journée du Patrimoine, et patin et couffin. Avec un calendrier qui limite mesquinement le nombre annuel de journées à 365 voire 366 de temps à autres, c'est réellement un sacré exercice que d'en caser une nouvelle sans rien déranger.

Les victimes de la route auront donc leur journée, coincée, si j'ai bien compris, entre la Journée du Topinambour et celle du Mimosa, en plein dans la période des carnavals, ce qui doit avoir sa signification, certainement.

D'aucuns s'étonneront que la Toussaint ne suffise pas à honorer ces morts-là. C'est que d'abord la Toussaint (en fait, le 2 novembre, jour des morts) est estampillée «chrétienté» même si ce sont des païens qui en ont eu l'idée les premiers, il y a déjà un bail. Une République laïque ne peut évidemment pas se permettre une telle limitation religieuse. Et puis, franchement, créer une journée spéciale pour les victimes de la route, c'est bien dans l'air d'une époque où le premier blaireau et la première pétasse venus ne rêvent que de leur quart d'heure de gloire et ne craignent pas d'étaler l'insignifiance de leurs vies sur les chaînes de la TNT où la vulgarité la plus crasse le dispute à une empathie bien poisseuse. Il aurait été regrettable de se priver de la perspective de ces témoignages qu'on nous concoctera bien larmoyants à souhait et ourlés d'une morale au ras du bitume comme on l'aime chez les associations de victimes, LCVR en tête, où les rôles sont toujours très manichéens : fautif = chauffard, victime = innocent. Pas de demi-mesure, pas de nuance. Les bons morts d'un côté, les autres à la fosse commune.

Le Point allait même jusqu'à titrer : le 11-novembre des victimes. Faut pas se gêner surtout ! Toujours cette surenchère dans l'exploitation de l'émotion qui finit par donner la nausée. Oser comparer la mort brutale sur la route, aussi douloureuse et injuste qu'elle puisse être pour les proches, à celle des soldats de cette guerre atroce, au sacrifice de ces hommes pour leur pays, notre pays et notre liberté, mais quelle infamie ! Quel manque de retenue et de discernement, quel manque de pudeur et de respect, quelle bêtise confondante ! Voilà où nous en serions, alors ? A reléguer le sacrifice suprême de nos grand-pères au rang de simple fait-divers ?

J'entends déjà les gémissements d'horreur des oiseaux de malheur. Car oser ne pas se pâmer devant une idée aussi géniale, c'est forcément manquer de cœur, c'est obligatoirement mépriser ces victimes et leurs familles, c'est se ranger délibérément du côté des méchants, des chauffards. Hélas, je ne méprise personne hormis ceux qui, sous prétexte de défendre les victimes, ne font qu'exploiter leur douleur.

Et qu'on ne me dise surtout pas que je ne suis pas concerné.

Sinon, le CNSR a aussi décidé de proposer au gouvernement l'expérimentation de la circulation inter-files, c'est à dire une pratique que les motards expérimentent grandeur nature depuis plusieurs dizaines d'années dans toutes les grandes villes de France et que la FFMC revendique depuis plus de 30 ans. Mais attention, l'expérimentation "officielle" ne concernera que 4 villes-tests. L'expérimentation officieuse continuera donc comme avant. Ils sont vraiment trop forts, au CNSR. Quelle audace ! Mais jusqu'où s'arrêteront-ils ?

Franchement, quand on voit ce cinéma, on envie nos cousins belges chez qui la même décision n'a pas nécessité tant de chichis sans qu'on note la moindre aggravation de l'accidentalité. Et pour cause !

Pas facile à comprendre pour une élite française, ça...

samedi 1 décembre 2012

Connected bikes

Je lisais peinardement le dernier numéro de Motomag (n°293 - décembre 2012 - janvier 2013), arrivé durant ma longue semaine de déplacement, tout en sirotant un "Lagavulin 16 years old" de rêve (oui, on ne se refuse rien quant on l'a mérité !), lorsque je suis tombé en arrêt sur l'article de la page 18, "La technologie au service de notre sécurité". Notre excellent Nicolas Grummel y interviouve M. Claes Tingvall, directeur de la sécurité routière suédoise, un homme fort sympathique au demeurant.

Ici, notre aimable suédois nous confie, avec un enthousiasme qui fait plaisir à lire, tout le bien qu'il pense de la technologie, allant jusqu'à prédire que, "dans 10 ans, une moto interconnectée pourrait signaler son arrivée à un carrefour que veut traverser une voiture, interconnectée elle aussi. Sans cela, l'automobiliste ne verrait pas la moto"... Bref, comme aujourd'hui, quoi !

Alors, comment dire ? Je sais que je suis désormais à ranger dans la catégorie des vieux cons grincheux et d'aucuns penseront sans doute que je suis un passéiste invétéré qui marmonne devant le verre où trempe son dentier, le sempiternel "C'était mieux avant" ! Ceux-là se trompent mais là n'est pas mon propos. D'abord, j'ai pas de dentier !

La sécurité et tout ce qui peut contribuer à l'améliorer, je trouve ça très bien. Promis ! D'abord, d'une certaine façon, je me suis battu pour elle et je continue de le faire. Mais, j'ai de plus en plus souvent des poussées d'urticaire à l'évocation de ce que pourrait devenir notre monde grâce aux technologies, notamment de communication. Que voulez-vous ? Je ne vois pas ce qu'il y a de si gratifiant à être instantanément informé des états d'âme d'un pseudo-ami à l'autre bout de la planète quand on ne connait même pas son voisin de palier et qu'on ne lui adresse même pas la parole pour le saluer ou qu'on feint de ne pas voir la misère au pied de son immeuble ! Ni quand, sous couvert de sécurité, on confie sa vie à des systèmes sur lesquels on a de moins en moins de prise. Ou bien que, pour soi-disant assurer cette sécurité, il nous faille en permanence livrer de plus en plus d'informations personnelles dont la pertinence n'est pas toujours avérée et l'utilisation non exempte de suspicion.

Regardez les pubs pour les voitures : de toute évidence, ceux qui les conçoivent (les pubs et les voitures) nous prennent pour des neuneus. Quasiment pas une qui ne vante son électronique embarquée sans laquelle il semble qu'il soit impossible de faire un créneau, de démarrer en côte ou de garder ses distances avec le véhicule de devant. C'est très bien tout ça mais à ce compte, bientôt, l'usage du cerveau va devenir optionnel.

Quant à la moto, n'en parlons pas. Si pour aborder un carrefour sans me mettre en danger, il me faut une connexion internet, je vous dis pas le fun ! A force de nous promettre un monde aseptisé duquel tout risque sera éradiqué, je crains qu'on ne finisse aussi par tuer le rêve.

Je ne fais pas de la moto pour me suicider. Juste parce que j'adore les sensations que j'éprouve lorsque je prends son guidon. Je sais qu'il y a des risques mais j'essaie de les assimiler et de les anticiper (merci l'AFDM de savoir m'y aider par une formation de qualité). Et comme je sais qu'on ne pourra jamais coller des puces RFID sur tous les sangliers, piétons et enfants susceptibles de traverser ma route, comme je sais que tous les autres véhicules ne seront pas interconnectés avant longtemps et qu'il y aura encore longtemps des réfractaires dans mon genre à ce genre d'idée, je préfère m'en remettre à mon cerveau pour analyser les situations.

Rater un créneau ou un démarrage en côte ou un demi-tour, c'est pas grave. Vexant, peut-être, mais pas grave. Mais ne pas être capable de "lire" son environnement pour savoir quelle décision prendre, au volant ou au guidon, ça c'est inadmissible. Alors, en attendant ce monde idéal où d'autres cerveaux, artificiels, analyseront et décideront pour nous, je préfère garder la main sur mon sort et décider.

Personne n'est infaillible, c'est vrai. Mais le savoir incite à une certaine modestie qui est pour moi la meilleure des assurances-vie.

vendredi 23 novembre 2012

Quand les clowns se fâchent tout rouge : mensonges et amalgames

Il était pas content du tout du tout, Hervé Dizy, le ci-devant président de la ligue contre la violence routière. Ah que non, qu'il était pas content. Alors, son machin, la LCVR, a boycotté les Rencontres Parlementaires de la Sécurité Routière qui se sont tenues à Paris le 10 octobre dernier. C'est que ça rigole pas chez "l'acteur-clé du débat" ! Mais à vrai dire, pas grand monde ne s'en était rendu compte sauf certains plus observateurs que les autres, alertés peut-être par le fait qu'il y a eu moins de crises d'hystérie qu'à l'accoutumée, ce qui est tout de même un indice et est aussi bien plus reposant.

Donc, à la LCVR, on a fait son gros pipi par terre et on s'y est roulé dedans en pleurant car à ces journées étaient invités les fabricant d'avertisseurs de radars à cause de qui, c'est bien connu, la répression est devenue stérile. Chez les "acteurs-clés du débat", on préfère quand les gens se font surprendre faute de pouvoir rester toujours les yeux rivés sur leur cinémomètre, ce qui est bien plus important que regarder la route, vous en conviendrez.

Et ce qui les rend encore plus colère, les "acteurs-clés du débat", c'est que même la FFMC y était invitée. Alors là, je vous dis pas les boules qu'il a chopé le père Dizy. Grave de chez grave ! Inviter des gens qui ont cassé des radars ? Un scandale, tout simplement ! De quoi lui causer une crise d'apoplexie à ce malheureux ! Bon, certes, il se la joue un peu, notre comique allant même à jusqu'à prêter à Manu Valls un divin courroux semblable au leur, raison de l'absence du bon ministre à ces rencontres. Surtout ne dites pas à ce pauvre Dizy que ledit ministre avait peut-être d'autres soucis plus immédiats que la grand messe de la sécurité routière où, pourtant, il aurait sans doute aimé faire son intéressant, lui aussi, et qui l'aurait aussi un peu reposé des histoires de Roms, de bandits corses et de stands de tirs marseillais. Et puis, franchement, se faire prendre en photo à côté de Dizy, pour un ministre, je vous dis pas la gloire ! Une consécration. Alors, il fallait un sacré motif pour rater une fête pareille, vous pensez pas ?

Mais bon, chez les paranoïaques hystéro-compulsifs, la mythomanie est un refuge.

Alors, soyons magnanimes. Dizy et sa ligue n'aiment pas les motards et la FFMC et le moins que l'on puisse dire est que ça se voit. Difficile pour eux de ne pas saisir la moindre occasion pour déblatérer sur notre compte, fut-ce au prix de gros mensonges qui relèvent de leurs phantasmes. C'est comme une manie, une obsession. Il faut dire qu'on ne les épargne guère et que nous argumentons pour contrer leurs délires sécuritaires et ultra-répréssifs. Mais nous, c'est avec sérieux et honnêteté. Alors, il faut bien comprendre que chez ces esprits simples, adeptes des raisonnements binaires, faciles à assimiler, les dégâts neurologiques peuvent être dévastateurs lorsqu'ils sont confrontés à une pensée aussi élaborée et rigoureuse que celle de la FFMC. Par bonheur, leur bêtise les protège un peu et leur évite de devoir chercher plus loin que leur très courte vision du monde.

Allez, j'arrête là. Je ne voudrais pas être la cause d'une nouvelle crise de larmes !

Si vous ne craignez pas la nausée : cliquez ici.

LCVR

mercredi 19 septembre 2012

L'art de dire

Un jeune motard de 23 ans est mort, samedi 15 septembre vers 17h00, à la sortie sud d'Orange, sur la RN7, en direction d’Avignon. Une voiture lui a coupé la route en sortant d'un centre commercial, traversant la chaussée pour tourner à gauche en direction du centre-ville malgré l'interdiction matérialisée. Il semble également que le chauffeur de cette voiture était sous emprise alcoolique. Il a été placé en garde à vue.

Comme toujours, quand on apprend le décès d'un(e) motard(e) dans un accident de la route - et quelles qu'en puissent être les raisons dont on ignore souvent les détails - on ne peut s'empêcher d'être réellement saisi d'effroi, de désolation et de compassion, même sans connaître la victime. Ce n'est pas tant pour le fait qu'il s'agirait d'un membre du "clan", un(e) semblable, une sœur ou un frère, fauché(e) dans la fleur de l'âge, mais surtout parce qu'on sait bien que malgré les précautions qu'on peut prendre, cela peut nous arriver à tou(te)s et que cela est trop souvent arrivé à des gens qui nous étaient chers. C'est une chose difficile à expliquer, surtout quand, comme moi, on a horreur du pathos et des effets tire-larmes.

Bien sûr, la presse quotidienne régionale a rapporté l'accident : Le Dauphiné sur son site, La Provence sur le sien. Il se trouve que j'ai aussi pu lire l'article paru dans son édition de dimanche (voir en pièce jointe).

Je suis toujours surpris par la manière dont ce journal présente très souvent les accidents impliquant des motards. Qu'on ne se méprenne pas : je n'ai personnellement aucune animosité particulière envers La Provence qui, par ailleurs, relaie très régulièrement les informations concernant la FFMC 84 et lui ouvre très souvent ses colonnes. Ces journalistes font leur boulot, souvent de façon intéressantes, y compris sur des sujets plus fouillés que les faits-divers. Mais j'ignore pourquoi, lorsqu'il s'agit d'accidents de la route avec motards, certains journalistes en viennent à donner des informations discutables, pour le moins.

Ainsi, alors que l'auteur de l'article affirme dans son introduction que "l’enquête des policiers nationaux permettra d’établir dans quelles circonstances s'est joué un drame de la route hier", il indique aussitôt que "selon les premières constatations... le motard arrivant à vive allure n'a pu éviter la voiture..." Mais qui a fait ces "premières constatations" et sur quelles bases peut-on affirmer que le motard roulait à "vive allure" puisque l'enquête n'était pas bouclée ? Que signifie d'ailleurs "rouler à vive allure" et comment cela s'apprécie-t-il ? Et qui dit qu'il roulait à "vive allure" ? Et s'il roulait simplement à la vitesse autorisée ? Car le fait que sa moto soit encastrée droite dans la voiture semble surtout démontrer qu'il ne l'a vue qu'au dernier moment, trop près pour amorcer la moindre manœuvre d'évitement, voire même pour freiner. Sinon, il est fort probable qu'elle se serait couchée ou serait partie en dérapage. De plus, on a à faire ici à un équipage moto-pilote qui dépasse facilement les 300 kg. Même à 50 km/h, ça représente une belle quantité d'énergie à dissiper.

Plus loin, il est dit que le jeune motard roulait "sur une puissance Kawasaki." Quelle peut bien être l'utilité de cette précision quand il n'est nulle part fait allusion à la puissance de l'Opel Meriva qui lui a coupé la route ? Sans doute le journaliste ignore-t-il que, en France, la puissance des motocyclettes est limitée à 74 kW soit environ 106 chevaux DIN. C'est la fameuse "loi des 100 ch" qui ajoute aux si nombreuses singularités de notre cher pays. Cela signifie qu'une grande partie des voitures en circulation développe une puissance supérieure à celle des plus puissantes motocyclettes commercialisées en France. Prenez n'importe lequel des moteurs turbo-diesel actuels : ils peuvent développer jusqu'à 140 ch voire plus et cela même sur un "paisible" monospace familial ! Pourtant, bizarrement, dans aucun des articles où sont relatés les accidents entre motocyclettes et voitures, il n'est question de la "forte puissance" de celles-ci. Pourquoi cette différence de traitement ?

Un esprit par trop chagrin pourrait en conclure, tout en s’apitoyant sur le funeste sort de ce jeune motard, que sa mort répond à une sorte de fatalité. Puissance, vitesse, mort : quoi de plus logique. Or, rien de tout cela n'est démontré. Par contre, on imagine très bien l'attention qu'une personne en état d'ébriété peut apporter à sa conduite. La conséquence est déjà terriblement insupportable. Il n'est vraiment pas nécessaire de donner dans le phantasme et le poncif éculé.

Ajout du 5 octobre 2012 :

Je me suis rendu pour raisons professionnelles dans la petite zone commerciale où s'est produit l'accident. J'ai rencontré et discuté avec le commerçant de chez qui sortait le conducteur du Mériva. Il m'a confirmé que ce dernier avait coupé la route de la moto environ dix à quinze mètres devant elle. Autant dire qu'il ne lui a laissé aucune chance puisque, à 50 km/h, la moto aura parcouru 14 m avant que son conducteur commence à réagir.

Ce seul élément me semble être de nature à disqualifier définitivement le traitement scandaleux de ce drame par l'auteur de l'article qui visiblement ne connait pas grand chose à son sujet.

dimanche 9 septembre 2012

Permis de tuer ?

Ce soir, dans le cadre de son émission "Zone interdite", M6 s'intéressera à l'épineuse question "Conduire avec ou sans permis de conduire : enquête sur ces Français prêts à tout !", avec point d’exclamation et tout ça. "Alors que cet été 2012 a été plus meurtrier que l'an dernier sur les routes de France, (+ 3,6% de décès par rapport à juillet 2011), plusieurs des conducteurs impliqués dans ces accidents mortels roulaient sans permis. Qui sont ces Français qui osent prendre des risques avec leur vie et celles des autres sur la route ? Quelles sont leurs combines pour ne pas se faire prendre ? Pourquoi est-il si difficile de décrocher cet examen en France ?", annonce même le site de la chaine.

Je sais ce que vous allez me dire : "On s'en fout !" et sans doute aurez-vous raison. M6, comme la plupart des autres chaines de télé, d'ailleurs, hélas, donne assez peu souvent dans la finesse, est plutôt adepte de l'enfoncement de portes ouvertes et de la sécurité routière à grand spectacle et sait manipuler avec un talent certain tous les poncifs les plus éculés énoncés sur le sujet depuis l'invention de la roue. Il y a donc peu de chance que l'émission de ce soir diffère beaucoup des précédentes.

Derrière la présentation toujours très aguicheuse du sujet, il y a aussi cette affirmation selon laquelle rouler sans permis serait quasiment une tentative d'homicide plus ou moins volontaire. Raccourci simpliste, bien sûr, que la plupart des journaux n'ont pas manqué d'utiliser lorsque ces faits-divers sont venus défrayer la chronique. Conduire sans permis = assassin ! Si ça c'est pas de la rigueur journalistique, pas vrai ?

Pourtant, le sujet est intéressant. Il aborde un phénomène qui, apparemment, tend à se développer ou, peut-être, à être plus visible. Se poser la question est donc pertinent. Mais pourquoi, encore une fois, ces raccourcis stupides et ces amalgames ?

Pourquoi mélanger, par exemple, la prétendue difficulté du permis de conduire français avec les problèmes liés à son annulation pour certaines personnes ? Que certaines de ces gens se retrouvent pareillement à conduire sans permis est une évidence mais les causes ne sont pas forcément les mêmes, pas plus que la motivation à enfreindre la loi.

Il y a aussi une certaine malhonnêteté à laisser entendre que conduire sans permis serait obligatoirement dangereux. Dire cela n'est pas militer pour promouvoir cette infraction (ou ce délit). Il faut juste reconnaître que l'acte technique de conduire, en soi, est relativement simple et à la portée du premier benêt venu. La difficulté n'est pas tant de déplacer son véhicule que de le contrôler en toutes circonstances. Or, quelqu'un qui s'applique à conduire raisonnablement peut parfaitement passer totalement inaperçu dans la circulation. S'il a des difficultés de mémorisation, de compréhension ou autre, il peut échouer de très nombreuses fois à l'examen du permis qui n'est qu'un acte administratif mais affirmer avec raison qu'il "sait conduire".

Pareillement, la personne qui voit son permis suspendu ou annulé "sait conduire", elle aussi. Elle a appris, elle a passé et réussi l'examen. Simplement, elle est sanctionnée : la loi lui interdit de conduire pendant un laps de temps plus ou moins long, voire définitivement. Ce qui importe, c'est le motif pour lequel le permis lui a été retiré. La mise en danger d'autrui est affaire de comportement et la possession ou non du permis n'est pas en cause au contraire de la raison de son retrait dans certains cas. Il est d'ailleurs assez significatif de constater que les personnes sans permis qui ont causé les accidents mortels de cet été étaient à peu près toutes sous emprise alcoolique ou de stupéfiants, en état d'euphorie et de désinhibition, incapables donc de maîtriser leur véhicule. C'était même la raison pour laquelle leur permis leur avait été retiré quelques temps avant. Elles auraient aussi bien pu avoir le même accident avant leur retrait de permis si elles ne s'étaient faites prendre par la patrouille. La justice les a punies mais ne les a pas mises hors d'état de nuire, ce qui n'a pas manqué de se produire, malheureusement. Sans doute parce qu'elles font partie de cette frange de la population qui ne se remet jamais en cause, ne vit que pour elle en méprisant les autres et la loi, et très certainement en raison même de son addiction qui lui interdit tout raisonnement rationnel. Là où la plupart font amende honorable et acceptent la sanction sans faire d'éclats, ces gens crient à l'injustice et recommencent, inconscients du danger qu'ils représentent.

Quant à la question de la difficulté de l'examen du permis de conduire en France, elle me laisse assez dubitatif. Peut-être les pratiques commerciales de certaines écoles de conduite ont-elles popularisé l'idée qu'on pouvait obtenir son permis à bas coût, grâce à un forfait d'heures tellement étriqué qu'il s'avère insuffisant pour une part significative de la clientèle. Que cela induise les gens en erreur et qu'ils tentent leur chance mal préparés, il est possible que ce soit la raison pour laquelle on s'apitoie sur cette difficulté. Mais est-ce bien le cas ? Le permis de conduire est un examen et comme tous les examens, il se prépare. C'est à dire que, pour avoir une chance de l'obtenir, il faut atteindre un certain niveau de compréhension et de compétence. Soumis à la marchandisation, il a un coût qui n'est pas négligeable et qui, pour des personnes un peu imperméables aux apprentissages, peut atteindre des sommes conséquences, parfois même abusives. Il n'en reste pas moins que conduire un véhicule n'est pas un acte anodin. Au-delà de la "facilité technique" dont je parlais plus haut, il y a tout un ensemble d'autres aspects qui doivent permettre d'appréhender un vrai partage de la route, le respect mutuel entre usagers, l'anticipation des situations à risque et la maîtrise du véhicule, sans même parler des règles liées au Code de la Route. Sans même rappeler aussi qu'une grande partie du "savoir (se) conduire" nous vient avec l'expérience. Alors trop difficile le permis ? Voire ! Les copains de l'AFDM pourraient en parler mieux que moi. Il est certainement possible d'améliorer les choses pour concilier la nécessité d'un niveau de compétence raisonnable avec son utilité sociale pour beaucoup de gens dont l'activité salariée en dépend. Au-delà, on ne peut traiter cette question sans interroger la pertinence des choix d'urbanisation et les politiques de transports et de déplacements, c'est à dire nos choix de société.

Et, sans doute, en nous interrogeant sur nos choix, trouverions-nous aussi des réponses à nos interrogations autour de la sécurité routière et sur l'usage que certains font de leur permis, valide ou pas.