Le Marcoblogue

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - {{tpl:TagID}}

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi 21 août 2015

Permis de conduire sans permis de conduire : deuxième couche

Si tu le permets[1], je vais apporter ici deux/trois réponses à certaines réactions à mon billet précédent. Ce sera peut-être plus simple pour exprimer mon opinion que des réponses au fil de la discussion. Ceci d'autant plus que les contributions sont encore plus nombreuses sur la page Facebook de Motomag où sont d'ailleurs reproduites certaines de celles qui font suite à mon billet.

Je constate d'abord que ma prise de position n'est pas isolée[2] et que beaucoup de contributeurs, dont certains disent ne pas spécialement porter madame Taubira dans leur cœur[3], font une lecture de l'article 15 similaire à la mienne. Je ne cache pas que cela me réjouit car, comme je l'ai exprimé à ma façon dans mon billet, la politique de sécurité routière ne souffre généralement pas de discordance et l'expression d'idées divergeant de la doxa est assimilée sans appel à un crime de haute trahison.
Un grand merci donc à Moto Mag pour son article qui propose, malgré son titre un poil provocateur, une analyse objective, hors de toute passion, qui permet en conséquence de poser ce débat et à Pascal Wolf, membre éminent de l'AFDM qui, en tant que tel, sait de quoi il parle en matière de formation à la conduite, dont les explications apportent, elles aussi, un éclairage précieux.
Cela n'a rien de surprenant. Le Mouvement FFMC a toujours défendu les positions qu'il croyait justes même lorsque celles-ci étaient à contre-courant de l'opinion dominante. Je précise quand même, au cas où tu serais tenté d'en tirer des conclusions hâtives, que la FFMC ne s'est pas exprimée sur ce sujet, à ma connaissance, et que, en ce qui me concerne, les propos que je tiens ici ne l'engagent ni de près ni de loin car je n'ai aucune légitimité à parler pour elle. Débrouille-toi avec ça.

Les commentaires que je cite ci-dessous proviennent donc de mon blogue et du billet évoqué plus haut.

Dudule me dit donc (en 3) :

  • ...mais bien sûr...on a qu'a légaliser le shit aussi !
    • Pourquoi pas ? Certains pays l'ont fait et je ne sache pas qu'ils soient plus cons que nous ! D'autres commentaires parlent du viol ou d'autres crimes. Mais on est hors sujet là. Il faut arrêter de tout mélanger à tout propos.
  • ... les peines encourrues n'ont disuadeés personne ? non, mais va les voir au tribunal quand on leur annonce les sanctions, les tronches sont bizarres tout à coup...
    • Oui, je maintiens que les peines encourues n'ont pas dissuadé ceux qui s'y sont risqués... puisqu'ils l'ont fait ! Ce que tu soulignes d'ailleurs : ils ont joué, ils ont perdu.
  • ...et une auto conduite sans permis, c'est comme confier un missile à a un abruti.
    • Ça, c'est une spéculation. Ne pas avoir passé le permis ne signifie pas obligatoirement qu'on ne sache pas conduire, de même que, à l'inverse, il y a bien des titulaires du carton rose qui semblent avoir oublié leurs leçons de conduite et le Code.$$.
  • ... Combien de mort avec un type qui a roulé sans permis ? je ne sais pas, mais même 1, c'est déjà de trop !
    • Ok. Un mort, c'est toujours trop. Pourtant, que fait-on pour lutter contre les accidents domestiques dont les victimes sont environ trois fois plus nombreuses et sont essentiellement des enfants ? Et contre les suicides qui, sauf erreur de ma part, sont la troisième cause de décès en France bien avant les accidents de la route ? Comme l'indique 500mkm (en 11), les défauts de permis représenteraient 0,3 % des accidents mortels, ce qui signifie, si je sais compter, que 99,7 % des accidents mortels sont dus à des gens dont le permis est valide. De plus, les contrevenants qui se sont fait prendre auraient été environ 79000 en 2009, toujours selon 500mkm. Voilà qui relativise aussi du même coup la prétendue masse de ceux qui s'affranchissent du permis pour rouler si on rapporte ce nombre au nombre total de contraventions de toutes sortes dressées par les forces de l'ordre[4] dans des conditions identiques[5].
  • ...si un jour ca touche quelqu'un de ta famille, tu changeras surment d'idée, moi, c'est mon cas !
    • Ça, c'est de l'argument. Il me rappelle la triste époque d'avant l'abolition de la peine de mort (et même encore aujourd'hui, hélas !). Tu ne peux pas imaginer le nombre de gens qui auraient voulu que ma fille, si mignonne et si gentille, soit enlevée, sauvagement violée et si possible assassinée de la façon la plus horrible pour faire bon compte, tout ça rien que pour me persuader que j'avais tort d'être favorable à l'abolition. Je ne répondrai pas à cela. Et puis, laisse ma fille tranquille, ça devient lassant ce cinéma.
  • ... donc oui, cette loi est à dégager, j'en ai marre de voir des mecs enfreindre les règles s'en sortir les cuisses propres avec Taubira.
    • Voilà qui est intéressant comme argument. J'y reviendrai.

Ensuite, il y a Fred, en 9 :

  • moi aussi y'a quelque chose qui me turlupine : si on doit passer un permis (cout moyen 1500 euros), et qu'on ne risque que 500 euros à conduire sans, qui sera assez débile pour aller le passer? 1500 euros avec certitude d'un coté, 500 euros hypothétique (et de plus en plus hypothétique, avec le remplacement des flics par de machines) de l'autre. 1500 euros qu'on risque de perdre à force de sanctions mineures, contre 500 euros qu'on ne dépense pas, et qui sont tout bénef tant qu'on ne se fait pas choper. C'est un peu comme si on payait 15 euros le stationnement, et 5 euros l'amende en cas de non paiement du stationnement...
    • Moi, ce qui me turlupine, Fred, c'est qu'un gars comme toi, que je connais pour avoir travaillé avec lui au sein du BN et d'ERJ, puisse tenir un raisonnement aussi simpliste alors que, en tant que militant FFMC, tu as œuvré pour apporter des réponses, peut-être partielles mais des réponses tout de même, à cette question. Ça s'appelle notamment l'éducation. Car même si ce n'est pas la panacée[6], il n'empêche que c'est l'éducation qui fait que, en grande partie, nos concitoyens essaient de respecter les lois même quand ils les trouvent stupides. Si, si, ça arrive ! Et franchement, peux-tu croire une seule seconde que quiconque penserait pouvoir passer à travers les mailles du filet, même très larges, pendant très longtemps, aussi prudent et malin soit-il, ne finirait pas par se faire prendre tôt ou tard ? Et là, si la première fois c'est 500 € "seulement"[7], la moindre récidive risque d'être beaucoup plus douloureuse car, à la différence d’aujourd’hui, il saura à quoi s'attendre. Une paille, bien sûr ! Et je ne parle pas de l'éventualité d'être victime d'un accident, même bénin, même sans aucune responsabilité[8] qui immanquablement révèlerait le pot aux roses.

Enfin, nous avons 500mkm ou Olivier sur Facebook, en 11, qui commence très fort :

  • Le ton est étrange, le début est plus qu'équivoque. En gros être contre cette loi fait de tout opposant un gros con, raciste et misogyne...et on, l'apprend plus loin, anti-jeune "portant leur casquette à l'envers, adeptes du rap, du hip-hop ou du raï, amateurs de grosses berlines survitaminées de préférence allemandes"... Sauf que c'est faux, hors sujet et pas très fin comme méthode. Ça ne peut pas court-circuiter le débat de fond.
    • Sans vouloir paraître péremptoire, mon cher Olivier, ce qui n'est pas très fin selon moi, c'est que tu fasses du troisième item de mon introduction le pilier central sur lequel reposerait totalement ma critique. C'est un procédé facile, réducteur et pour tout dire, abusif, puisqu'il te permet d'écarter tout le reste et donc d'avoir raison quoi qu'il arrive. Cela étant, je regrette de te faire remarquer que cette engeance est très florissante sur les réseaux dits sociaux et qu'elle s'en donne à chœur-joie, en particulier lorsqu'il s'agit de Christiane Taubira.
  • ... Globalement on oublie que ces conducteurs sans permis sont extrêmement rarement de pauvres bons conducteurs qui ont perdu leur permis à cause de petites infractions parce que le système des points est mal conçu...
    • Te paraîtrais-je péremptoire si je me risquais à te suggérer que tu es ici hors sujet ? Il n'est question dans l'article 15 que de personnes n'ayant pas (encore) obtenu le permis de conduire pour quelque raison que ce soit. Mais peut-être t'es-tu endormi en sursaut au cours de sa lecture. C'est ballot !
  • ... Quand à dire qu'une amende sévère assortie d'une possible peine de prison n'est pas plus dissuasive qu'une amende de 500 euros c'est juste surréaliste. Ou alors on a résolu tout le problème de la délinquance, on a plus qu'à donner des petites contraventions de 5ème classe pour tous les délits... Puisque c'est aussi dissuasif... Ce n'est pas parce que trop de personnes commettent un délit ou que parmi eux certains le commettront quelle que soit la punition qu'il faut systématiquement dépénaliser...
    • Je te renvoie à la réponse que j'ai faite à Dulule, plus haut. Et j'objecte que là, toi aussi, tu mélanges tout. Je te comprends, d'ailleurs : il est plus simple de recourir à des amalgames fumeux que d'argumenter sur un thème spécifique pour lequel les faits réellement tangibles sont si minimes.
  • ... L'autre problème c'est que la qu'une fois de plus on va automatiser une sanction. La case tribunal c'est malgré tout un reste d'intervention humaine. On pousse la logique de l'automatisation... Remettons de l'humain en remettant des gendarmes et policiers en nombre suffisant sur les routes. Une présence dissuasive, la possibilité d'un traitement humain des petites infractions et une chance de clémence mais aussi la possibilité d'agir sur les comportements dangereux qui ne sont pas ou peu sanctionnés faute de présence pour les constater... Autre sujet
    • Là encore, je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi. Si tu avais lu l'article 15, tu saurais que le constat sera dressé par un agent, donc un être humain[9], qui décidera si oui ou non il appuie sur la touche "envoi". Ce n'est pas réellement du même tonneau que le contrôle-sanction automatisé dont les êtres humains sont quasiment absents d'un bout à l'autre de la chaîne. C'est d'ailleurs l'un des principaux arguments de la FFMC pour dénoncer le CSA. Tu le sais puisque tu t'en dis adhérent. Néanmoins, sur ce sujet précisément et toutes choses égales par ailleurs - c'est à dire, dans le contexte sur lequel on peut s'accorder sur le manque de présence humaine au bord des routes et de faible implication des contrevenants dans les nuisances recensées - je pense que la sanction immédiate aura un effet bien plus "éducatif", en l'occurrence, que la situation actuelle où cette sanction n'intervient que longtemps après le constat de l'infraction, alors même que la plupart des contrevenants pourraient s'être remis en conformité avec la loi. D'ailleurs, sans préjuger des motifs des peines relativement clémentes infligées par les juges aujourd'hui, on peut penser que cette raison n'y est pas totalement étrangère.

Je vais arrêter là pour ces réponses "personnalisées" et je te renvoie, ami lecteur, à la page Facebook de MotoMag où tu pourras constater que les contributions de nos contradicteurs tournent toujours, peu ou prou, autour des mêmes arguments.

Nonobstant certains commentaires haineux à l'égard de la ministre, que j'écarte car sans intérêt ici et indignes de notre pays, je retiens surtout de toutes ces contributions le sentiment que, dans le fond, ce qui importe apparemment le plus dans cette histoire, c'est moins qu'il puisse se trouver des gens qui enfreignent la loi que l'éventualité qu'ils puissent ne pas en subir les foudres. Relis bien ce que disent Dudule, Fred et Olivier (et bien d'autres sur fessebouc).

Je pense qu'il y a là une hypocrisie fondamentale, excuse-moi de le dire sans ambages.

En effet, nous commettons tous des infractions, volontairement ou non, objectivement bénignes ou non. Qu'elles soient commises en connaissance de cause ou à notre insu, nous sommes généralement très satisfaits de ne pas avoir été pris et cela d'autant plus quand elles n'ont eu aucune conséquence, que nous n'avons nuit à personne. Or, c'est bien là le sens de la loi : s'il existe une obligation ou une interdiction, quoi que nous puissions penser de celle-ci, c'est que le législateur a estimé son non respect potentiellement nuisible à nos concitoyens, aussi peu que ce soit. Du reste, le premier argument qu'on invoque pour amadouer le pandore, lorsqu'on se fait pincer, c'est justement qu'on n'a causé de tort à personne ou pas tellement si on regarde bien... Tu suis ?

Un exemple ? "Griller" un feu est potentiellement dangereux, tu es d'accord ? Ça ne veut pas dire que, paf ! tu vas obligatoirement avoir un accident rien que parce que tu as grillé le feu mais que le risque d'en avoir un est très très loin d'être nul. Ça veut dire aussi que cet accident, si par manque de chance il survient, sera d'autant plus grave que ta victime n'aura pas anticipé l'éventualité de te rencontrer car se sentant en confiance et dans son bon droit.
Donc, si tu te fais prendre sans avoir causé d'accident, c'est 6 points et je ne sais plus quelle amende mais du genre salée. Évidemment, ce n'est plus la même musique si tu provoques un accident.
Mais, que cela soit volontaire ou dû à la distraction d'un instant, si cela n'engendre aucune conséquence néfaste et que la maréchaussée était absente du théâtre de ton forfait, tu seras tout heureux d'avoir échappé au mur des fusillés, ne me fais pas croire le contraire. Et ne me dis surtout pas que tu vas t'empresser de t'arrêter au premier commissariat venu pour te dénoncer. Pas vu, pas pris !

Et dans le fond, oui, ce n'est finalement pas si grave puisque cela aura été sans conséquence. Ça le deviendrait si tu en faisais une habitude car la probabilité pour que ça se termine mal va logiquement augmenter avec la fréquence. Or, on sait bien que sanctionner toutes les infractions est impossible car, pour les constater toutes, il faudrait mettre un policier derrière chacun de nous. Es-tu prêt à vivre ainsi[10] ? Moi pas car je crois que ça n'apporte rien de plus à l'efficacité des lois. Je crois aussi que la menace de la sanction et la crainte d'être pris[11], à défaut d'une rectitude morale infaillible, ont un effet dissuasif au moins aussi efficace que la sanction elle-même.

Pour finir, je veux dire aussi qu'il y a deux aspects, totalement absents de ce débat, qui ont pourtant une grande importance, me semble-t-il. Je veux parler, d'une part, de la façon dont l'obtention ou non du permis de conduire est présentée comme un critère déterminant de la vie sociale et de l'accès à un emploi. Peut-être faudrait-il désacraliser ce permis de conduire comme vecteur indispensable à la réussite dans ces deux domaines (et certainement dans d'autres). Il faudrait rappeler qu'on peut très bien vivre et travailler sans le posséder, et pas seulement dans les grandes villes. Il faudrait aussi rappeler que, si vraiment on a besoin d'un véhicule, il en existe qui se conduisent sans permis et peut-être aussi en changer l'image en cessant de ridiculiser ceux qui s'en servent. Tu saisis l'idée de base, là ?
Car, d'autre part, à une époque où une partie extrêmement importante de nos concitoyens est victime de la crise que traverse le pays et en est réduite à vivre d'expédients et au système D pour tenter de s'en sortir, il me semble assez évident que cette sacralisation du permis de conduire ne peut pas être sans influence sur les choix de ceux qui se battent et qui souffrent. Ceci pour dire que, quel que soit le bien fondé que l'on trouve à la répression, celle-ci ne sera toujours qu'une cautère sur une jambe de bois tant qu'il y aura des laissés pour compte. Je sais que ça va en faire hurler quelques-uns mais c'est ainsi. Malheureusement, je n'ai pas le sentiment que leurs effectifs puissent diminuer dans un avenir proche, quoi qu'en disent nos gouvernants et ceux qui veulent prendre leur place.
Et même si, comme moi, tu as encore foi dans l'éducation comme facteur d'émancipation des êtres humains et comme élément central de la vie en société, et à supposer qu'il y ait une véritable volonté politique pour cela, ce qui ne saute pas aux yeux, tu en conviendras, je pense que rien ne peut être possible, qu'aucune justice ne pourra jamais compenser le préjudice d'aucune victime sans justice sociale et sans solidarité.

Voilà. Merci de m'avoir lu jusqu'ici.

Notes

[1] Et même si tu ne le permets pas, je suis ici chez moi sur mon blogue, nanmého !

[2] Ce que je n'avais pas la prétention de croire. Mais je n'avais pas lu grand chose allant dans mon sens jusque-là, raison pour laquelle j'avais écrit ce premier billet.

[3] Moi-même, j'ai souvent un peu de mal avec ce gouvernement mais ce n'est pas le sujet ici.

[4] Que j'ignore car je n'ai pas fait la recherche mais qui sont à vue de nez, selon mes souvenirs, plusieurs centaines de milliers.

[5] Et souvent à l'origine du constat de défaut de permis.

[6] J'en vois qui rigolent, là-bas derrière !

[7] Comme si c'était une somme dérisoire dans un pays où le salaire médian est de 1675 € et le salaire moyen de 2154 € (Source "Rapport sur les inégalités en France 2015").

[8] C'est aussi un travers fréquent chez les bonnes âmes du tout répressif : le coupable est toujours celui qui serait en défaut alors que rien ne prouve que dans un accident impliquant un "défaut de permis", celui-ci en soit systématiquement responsable. C'est une affabulation qui sert évidemment d'argument massue, certes, mais foncièrement fallacieux.

[9] On n'en est pas encore rendu à Judge Dredd même si on commence à percevoir que ce ne sera plus une fiction dans un avenir relativement proche. Le pied pour la Grande Prêtresse Perrichon.

[10] Je te l'accorde, ça vient et pas si doucement que ça !

[11] J'ai lu un contributeur qui affirme faire 50000 km/an et n'avoir jamais vu autre chose que des radars depuis de nombreuses années. Je pense qu'il a vraiment beaucoup beaucoup de chance car je fais personnellement pas loin de 25000 km/an et je peux affirmer avoir été contrôlé au moins une fois par an en moyenne sur les 10 dernières années, à divers titres (alcoolémie, papiers ou état du véhicule, identité, etc.).

jeudi 13 août 2015

Permis de conduire sans permis de conduire : la belle intox que voilà !

Avant de tomber dans le piège médiatique et moralisateur mis en place par les thuriféraires du tout répressif - l'inénarrable Got et la LCVR en tête comme d'habitude, rejoints pour l'occasion par le CNPA[1] - et par les habituels contempteurs d'un gouvernement si peu de gauche soit-il mais toujours suffisamment à leurs yeux pour être coupable de laxisme[2] quoi qu'il propose en termes de justice, et sans même parler du marigot nauséabond de tous ceux qui persistent à ne voir en Christiane Taubira qu'une infâme guenon simplement parce que : un, c'est une femme ; deux, c'est une femme noire, qui ne s'en laisse pas compter, qui n'a pas sa langue dans sa poche, et qui a osé porter et défendre l'égalité des droits de tous sans faiblir face à la chienlit réactionnaire et rétrograde, je pensais très sincèrement qu'il y aurait quelques voix pour évaluer l'enjeu avec un peu de recul afin de nourrir la réflexion. Mais il faut croire que cet air, venu du Sahara surchauffer notre été, liquéfie les cerveaux. Et puis, il faut reconnaître que ce n'est pas non plus une spécialité de nos médias mainstream, comme on dit, le recul et la réflexion.

En France, on nous inculque depuis plus de 40 ans que la seule politique de sécurité routière qui vaille repose sur trois principes fondamentaux, complémentaires et intangibles : un, la répression ; deux, la répression ; et trois, la répression. Il n'est pas impossible que dans un avenir proche, on y ajoute aussi la répression, histoire de garder sa cohérence à l'édifice. Le postulat de départ est donc très simple : tous des criminels. Ou peu s'en faut...
Alors tu penses : quand une ministre - déjà frappée du sceau infamant du soupçon de laxisme car elle ose dire que le rôle de la justice ne se réduit pas à emplir les prisons - se met en devoir de s'intéresser à la sécurité routière, oulà, scandale ! Non seulement elle se prend des volées de bois vert de la part de ses habituels contempteurs, lesquels enragent de la voir survivre à leurs messes noires et de leur tenir tête, mais, en plus, elle s'attire les foudres du clergé de la sainte chapelle, chargé du respect sourcilleux du dogme sécuritaire en même temps que routier. Déjà qu'en temps normal, le moindre haussement de sourcil dubitatif pouvant signifier un début de manque de conviction dans l'acceptation sans condition du dogme provoque, dans le quart de seconde qui suit, le démarrage d'une harangue fébrile et vindicative de la part de la Grande Prêtresse Perrichon, tu t'imagines bien que sur un coup comme celui-là, on a droit à un prêche digne de l'apocalypse, pour ne pas dire de fin du monde. Ou les deux. C'est un truc à faire claquer tata Chantal d'un infarctus, ça. Au moins ! En plus, avec cette chaleur, je te jure, c'est des choses à pas faire...

Mais qui a vraiment lu ce projet de loi ? La version intégrale est là. Et voici ce que dit plus précisément ce fameux article qui cristallise les phantasmes les plus hystériques.

L'article 15 modifie le code de la route (articles L. 130-9, L. 221-2[3], L. 324-2[4]), le code de procédure pénale (articles 45, 230-6, 523, 529-2, 529-7, 529-10) et le code des assurances (article L. 211-27[5]) afin de transformer en contraventions de la cinquième classe les délits de défaut de permis de conduire et de défaut d'assurance, qui seront forfaitisées, lorsque ces faits seront constatés pour la première fois, et sauf dans certaines circonstances. Les délits de conduite malgré invalidation du permis du fait de la perte de l'ensemble des points, ou malgré une décision de suspension ou d'annulation émanant de l'autorité administrative ou judiciaire, ne sont pas concernés par cette réforme. Les auteurs de ces contraventions, qui seront constatées par procès-verbal électronique, devront alors, sauf s'ils contestent les faits, s'acquitter d'une amende forfaitaire de 500 euros (minorée à 400 euros si elle est payée dans les quinze jours) et, à défaut de paiement volontaire dans les 45 jours, d'une amende forfaitaire majorée de 750 euros, qui fera l'objet d'un titre exécutoire émis par l'officier du ministère public (OMP) et pouvant être recouvré de force par le Trésor public. Le traitement de ces amendes forfaitaires se fera de façon automatisée par l'Agence Nationale de Traitement des Infractions (ANTAI) et le Centre National de Traitement (CNT) de Rennes, actuellement compétents pour les contrôles radars automatiques et les procès-verbaux électroniques. Si la personne conteste l'amende forfaitaire, le dossier sera transmis par l'OMP du CNT de Rennes à l'OMP du tribunal de police de son domicile, qui sera compétent, s'il estime la contestation non fondée, pour engager des poursuites devant un juge de proximité.

Lorsque ces faits seront commis de façon renouvelée dans un délai de cinq ans, ou commis en même temps que d'autres infractions[6] ou par le conducteur d'un véhicule de transport de personne ou de marchandise, ils continueront de constituer des délits, avec une peine d'emprisonnement de deux ans pour le défaut de permis, doublée par rapport à la peine aujourd'hui prévue, ou de deux mois pour le défaut d'assurance qui n'est actuellement puni que d'une peine d'amende.

Ces mesures permettront, s'agissant des primo-délinquants, d'assurer une réponse pénale immédiate, l'agent verbalisateur notifiant le montant de l'amende sur le lieu de la contravention, identique sur l'ensemble du territoire et plus effective. Elles permettront, également, de sanctionner plus sévèrement les contrevenants qui se maintiendraient, à la suite d'une première verbalisation, en infraction ou qui présenteraient une particulière dangerosité à raison des circonstances de commission de l'infraction.

Récapitulons donc :

Défaut de permis de conduire :

  • Aujourd'hui : Délit => tribunal pénal -> jusqu'à 1 an de prison et 15000 € d'amende + différentes joyeusetés complémentaires.
  • Demain : contravention de 5ième classe : 500 € (forfaitaire) mais 2 ans de prison en cas de récidive ou d'autres infractions.

Défaut d'assurance :

  • Aujourd'hui : Délit => tribunal pénal -> jusqu'à 3750 € d'amende + différentes joyeusetés complémentaires.
  • Demain : contravention de 5ième classe : 500 € (forfaitaire) mais 2 mois de prison en cas de récidive ou d'autres infractions.

On notera au passage que le défaut de permis de conduire implique quasi-systématiquement une suspension des garanties de la part des assureurs qui considèrent qu'il y a rupture du contrat.

Évidemment, dans un pays où une portion significative du corps social trouve que la justice n'est jamais assez sévère, tant qu'il peut s'identifier aux victimes[7], oubliant au passage et fort commodément que ce ne sont pas les juges qui font les lois mais le Parlement, il faut bien reconnaître que, écorner le dogme ultra-répressif à une époque où tout est fait pour effrayer le bon citoyen, ça fait limite provocation.

Mais je suis désolé de le dire[8] même si ce texte a matière à être amélioré, je n'y ai rien trouvé de choquant. En effet, contrairement à ce que prétendent nos chers experts et grands spécialistes, je ne vois pas en quoi la perspective de passer 1 an en taule et d'avoir 15000 € d'amende à payer a pu dissuader quiconque de tenter de conduire avant d'avoir obtenu son permis. On comprend bien que le public visé est essentiellement jeune, voire très jeune, car c'est généralement à la fin de l'adolescence que l'on commence à apprendre à conduire un véhicule nécessitant un permis. Et quelque chose me dit que beaucoup de ces gens bien intentionnés qui vouent Christiane Taubira aux gémonies, imaginent les petits jeunes qui s'y risquent portant leur casquette à l'envers, adeptes du rap, du hip-hop ou du raï, amateurs de grosses berlines survitaminées de préférence allemandes. Mais le récent drame de Rohan nous rappelle qu'ils peuvent être aussi des gamins estampillés "bien élevés, tout gentils, tout mignons" et être capables de faire de très grosses bêtises sans intention volontairement nuisible mais avec des résultats catastrophiques. D'autant que c'est, hélas, une fois encore et surtout, un problème d'alcool avant d'être un problème de compétence.
Quant à prétendre que cette réforme serait une incitation à ne plus passer le permis car l'amende encourue est inférieure au coût de celui-ci, voire ! Je pouffe, je me gausse, je m'esclaffe ! En général, ceux qui s'y risquent le font souvent par dépit d'avoir "raté" l'examen un nombre significatif de fois ou par fanfaronnade comme dans le cas des jeunes gens de Rohan. On peut imaginer qu'il s'agit de tentatives très exceptionnelles car, si elles ont une chance de passer inaperçues une fois, leur renouvellement augmente sensiblement le risque d'être pris par la patrouille, pour ne parler que de ce risque-là. Quant à ceux qui s'affranchiraient de cette obligation légale de façon permanente soit il faudrait qu'ils aient beaucoup de chance, si l'on peut dire, soit ils sont déjà connus des services de police pour d'autres exploits qui indiquent une réelle propension à se brosser avec les lois et règlements en tout genre et relativisent donc singulièrement leur défaut de permis.

Et si on veut bien parler d'accidentologie : combien d'accidents avec un défaut de permis (avant son obtention) ? Combien avec blessures et combien de mortels parmi ceux-là ? Voilà déjà des bases de réflexion qui me semblent pertinentes pour commencer. Mais de toute évidence, on peine dans ce domaine à avancer des chiffres fiables, essentiellement pour les raisons évoquées précédemment : pour être pris en faute, il faudrait déjà être contrôlé et on est loin de la frénésie dans ce domaine. Sauf pour les motocyclistes et autres conducteurs de 2-roues motorisés qui font l'objet d'une attention particulièrement insistante des forces de l'ordre. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'on puisse rester très longtemps sans jamais être contrôlé.

Du coup, l'argument souvent invoqué selon lequel cet article 15 permettrait un allègement de la charge des tribunaux paraît un tantinet fallacieux et c'est le seul point où les adversaires de la mesure ont raison. Mais je te fiche mon billet que si la ministre avait invoqué le peu de cas où des peines d'emprisonnement sont infligées pour ces infractions, les mêmes personnes auraient hurlé encore plus fort et qu'on les auraient entendues jusqu'à Pluton.
Mais qu'ils se rassurent : la publication fort opportune du fameux "rapport qui devait rester secret" pointant un manque de volonté politique et de coordination et qui obligerait nos chers amis Valls et Caseneuve à prendre des mines penaudes pour affirmer que mais non pas du tout, on est vraiment sévères et très très méchants en fronçant bien les sourcils, devrait sonner le glas de l'initiative de la Garde des Sceaux en permettant au gouvernement d'annoncer des mesures bien saignantes pour confirmer leur démenti. A croire que tout ce cirque n'avait d'autre objectif que celui-là. Car qui peut croire que Christiane Taubira, d'ordinaire capable de défendre ses positions avec détermination et talent, n'ait pas mieux préparé sa communication sur un sujet qui de toute évidence était grandement polémique ?

Donc, si j'ai bien tout compris, il continuera d'être bien plus grave de conduire sans permis que de téléphoner[9] ou de se maquiller ou de regarder la télévision en conduisant. Ouf ! La hiérarchie des risques est sauve, de même que les inepties de la sécurité routière. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, devine c'est quoi qu'elle va nous remettre sur le tapis, la sécurité rentière, hein ? Allez dis un peu ! J'attends... Tadadam !

Mais oui, c'est bien sûr : LE CONTRÔLE TECHNIQUE !

Et ça, tu vois, mon pote, ça va sûrement pas sauver beaucoup de vie mais tu peux être sûr que ça va rapporter un max de flouze à tous ces bienfaiteurs de l'humanité motarde. Et finalement, c'est le plus important !

En attendant, commence à te retrousser les manches car va y avoir de la baston !

Et pis c'est tout !

PS : Tu peux lire la suite de ce passionnant débat ici.

Notes

[1] Conseil national des professions de l'automobile

[2] Oh que c'est vilain, ça

[3] Le fait de conduire un véhicule sans être titulaire du permis de conduire correspondant à la catégorie du véhicule considéré est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.

[4] Le fait, y compris par négligence, de mettre ou de maintenir en circulation un véhicule terrestre à moteur ainsi que ses remorques ou semi-remorques sans être couvert par une assurance garantissant sa responsabilité civile conformément aux dispositions de l'article L. 211-1 du code des assurances est puni de 3 750 euros d'amende.

[5] Les amendes prononcées pour violation de l'obligation d'assurance prévue par l'article L. 211-1, y compris les amendes qu'une mesure de grâce aurait substituées à l'emprisonnement, sont affectées d'une majoration de 50 % perçue, lors de leur recouvrement, au profit du Fonds de garantie institué par l'article L. 420-1.

[6] On pense notamment aux excès ou grands excès de vitesse, conduite sous emprise alcoolique ou de stupéfiants et toute la litanie d'infractions en vigueur mais aussi blessure et homicide involontaire.

[7] Tout en la trouvant néanmoins toujours excessive dès lors qu'il se retrouve dans le rôle du prévenu, bah oui !

[8] Quoique !

[9] Article R.412-6-1 du Code de la Route

vendredi 23 novembre 2012

Quand les clowns se fâchent tout rouge : mensonges et amalgames

Il était pas content du tout du tout, Hervé Dizy, le ci-devant président de la ligue contre la violence routière. Ah que non, qu'il était pas content. Alors, son machin, la LCVR, a boycotté les Rencontres Parlementaires de la Sécurité Routière qui se sont tenues à Paris le 10 octobre dernier. C'est que ça rigole pas chez "l'acteur-clé du débat" ! Mais à vrai dire, pas grand monde ne s'en était rendu compte sauf certains plus observateurs que les autres, alertés peut-être par le fait qu'il y a eu moins de crises d'hystérie qu'à l'accoutumée, ce qui est tout de même un indice et est aussi bien plus reposant.

Donc, à la LCVR, on a fait son gros pipi par terre et on s'y est roulé dedans en pleurant car à ces journées étaient invités les fabricant d'avertisseurs de radars à cause de qui, c'est bien connu, la répression est devenue stérile. Chez les "acteurs-clés du débat", on préfère quand les gens se font surprendre faute de pouvoir rester toujours les yeux rivés sur leur cinémomètre, ce qui est bien plus important que regarder la route, vous en conviendrez.

Et ce qui les rend encore plus colère, les "acteurs-clés du débat", c'est que même la FFMC y était invitée. Alors là, je vous dis pas les boules qu'il a chopé le père Dizy. Grave de chez grave ! Inviter des gens qui ont cassé des radars ? Un scandale, tout simplement ! De quoi lui causer une crise d'apoplexie à ce malheureux ! Bon, certes, il se la joue un peu, notre comique allant même à jusqu'à prêter à Manu Valls un divin courroux semblable au leur, raison de l'absence du bon ministre à ces rencontres. Surtout ne dites pas à ce pauvre Dizy que ledit ministre avait peut-être d'autres soucis plus immédiats que la grand messe de la sécurité routière où, pourtant, il aurait sans doute aimé faire son intéressant, lui aussi, et qui l'aurait aussi un peu reposé des histoires de Roms, de bandits corses et de stands de tirs marseillais. Et puis, franchement, se faire prendre en photo à côté de Dizy, pour un ministre, je vous dis pas la gloire ! Une consécration. Alors, il fallait un sacré motif pour rater une fête pareille, vous pensez pas ?

Mais bon, chez les paranoïaques hystéro-compulsifs, la mythomanie est un refuge.

Alors, soyons magnanimes. Dizy et sa ligue n'aiment pas les motards et la FFMC et le moins que l'on puisse dire est que ça se voit. Difficile pour eux de ne pas saisir la moindre occasion pour déblatérer sur notre compte, fut-ce au prix de gros mensonges qui relèvent de leurs phantasmes. C'est comme une manie, une obsession. Il faut dire qu'on ne les épargne guère et que nous argumentons pour contrer leurs délires sécuritaires et ultra-répréssifs. Mais nous, c'est avec sérieux et honnêteté. Alors, il faut bien comprendre que chez ces esprits simples, adeptes des raisonnements binaires, faciles à assimiler, les dégâts neurologiques peuvent être dévastateurs lorsqu'ils sont confrontés à une pensée aussi élaborée et rigoureuse que celle de la FFMC. Par bonheur, leur bêtise les protège un peu et leur évite de devoir chercher plus loin que leur très courte vision du monde.

Allez, j'arrête là. Je ne voudrais pas être la cause d'une nouvelle crise de larmes !

Si vous ne craignez pas la nausée : cliquez ici.

LCVR

samedi 7 juillet 2012

Un petit coup pour la route

Alors, voilà. Il paraît que depuis le 1er juillet dernier on doit avoir par devers soi un éthylotest dès lors qu'on est au volant d'une caisse ou au guidon d'une bécane de plus de 50 cm3. C'est dingue tout ce qu'on fait pour la sécurité routière dans ce pays, quand on y pense. J'en suis tout ébaudi, parole !

Mes pensées émues et admiratives vont vers les auteurs de cette initiative si géniale, n'ayons pas peur des mots. Fallait oser, non ? Allez, ne dites pas le contraire. Vous n'y auriez pas pensé. Sauf, évidemment, si vous êtes VRP en éthylotests ou si vous pédégez une entreprise qui en fabrique. Mais à part ces cas extrêmes, que dalle ! Personne d'un peu sensé n'y aurait pensé. Et c'est là qu'on voit affleurer tout le génie de nos technocrates. C'est payé combien avec nos impôts un (haut) fonctionnaire de la DSCR ? Un max, non ? Sûrement. Il doit y en avoir eu une belle palanquée qui de réunions de service en réunions de secouement de neurones, avec l'aide des pédégés cités précédemment, en est arrivé à cette évidence : "pour lutter contre l'alcoolisme - surtout au volant - chaque citoyen de ce pays devrait posséder un éthylotest. Allez, zou ! Ça s'arrose, tiens !" C'est dire si un truc de rien du tout qui est censé être vendu entre 1 et 2 €, nous a déjà coûté bonbon, rien que là !

Mais c'est ici que l'émotion m'étreint. Ça va être le double effet "kiss cool" car vu le nombre d'éthylotrucs qui va être vendu, ce sera le jackpot pour les fabricants et les importateurs. Génial, non ? Et pour tout dire, on peut même parler de triple effet puisque ces anodines petites choses sont périssables. Si ! Dingue, non ? Du coup, on va être un paquet à se prendre des prunes à 11 € pour non détention d'un accessoire de sécurité obligatoire valide. Ben si ! Comme on est heureusement assez nombreux à ne pas boire d'alcool quand on conduit, on ne va pas trop s'en soucier, nous, du machin. Et c'est là que le piège machiavélique va se refermer sur notre innocent civisme : on se croit exemplaire alors qu'on est désormais un délinquant de la pire espèce. Ne me dites pas que ce n'est pas du génie ! Ça tient quasiment du divin, en fait.

On comprend la mine réjouie des cadors de la DSCR. C'était touchant. Leurs yeux brillaient comme ceux d'une poule qui vient de trouver une fourchette. Pour certains, on croirait à l'aboutissement d'une vie. C'est peut-être le cas, d'ailleurs. Alors, l'image d'un bonheur simple comme celui-là, faut pas y toucher. C'est trop beau. Ce serait trop cruel de leur dire que, une fois de plus, car ça arrive souvent, ils sont à côté de la plaque. Surtout pas ! Ils sont toujours contents d'eux, ces gens-là et, finalement, leur bonheur est un rayon de soleil dans nos jours si gris...

Nan, je rigole !

A moins qu'on me l'offre, auquel cas il serait impoli de le refuser - et ce d'autant plus qu'il sera de toute façon payé avec nos impôts - je ne ferai pas l'acquisition d'un éthylotest. Ni pour la caisse ni pour la moto. Je sais, ce n'est pas très civique comme comportement. J'assume. Car, voyez-vous, je commence à être très fatigué des idées géniales des gens de la DSCR et de leurs copains, toujours satisfaits d'eux-mêmes et toujours sourds aux propositions de qui n'a pas le privilège d'appartenir à ce gotha. Ce sont des clowns sans talent qui ne font rire (mais jaune) que par leur incompétence et l'imbécilité de leurs décisions.

Alors, pas d'éthylotest. Pas de brassard jaune. Je conserve sur un appareil les emplacements des radars que j'ai collectés et je continue de relever ceux des nouveaux que je croise sur ma route. Personne ne peut me l'interdire quand bien même une loi scélérate prétendrait m'enlever cette liberté. De même que personne ne peut m'interdire d'en parler avec mes amis. C'est ma façon à moi de résister à cette politique répressive et liberticide ainsi qu'à cette bande de rigolos incapables et de leur dire que je les emmerde.

Sans ostentation mais avec conviction !