Le Marcoblogue

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jeudi 13 août 2015

Permis de conduire sans permis de conduire : la belle intox que voilà !

Avant de tomber dans le piège médiatique et moralisateur mis en place par les thuriféraires du tout répressif - l'inénarrable Got et la LCVR en tête comme d'habitude, rejoints pour l'occasion par le CNPA[1] - et par les habituels contempteurs d'un gouvernement si peu de gauche soit-il mais toujours suffisamment à leurs yeux pour être coupable de laxisme[2] quoi qu'il propose en termes de justice, et sans même parler du marigot nauséabond de tous ceux qui persistent à ne voir en Christiane Taubira qu'une infâme guenon simplement parce que : un, c'est une femme ; deux, c'est une femme noire, qui ne s'en laisse pas compter, qui n'a pas sa langue dans sa poche, et qui a osé porter et défendre l'égalité des droits de tous sans faiblir face à la chienlit réactionnaire et rétrograde, je pensais très sincèrement qu'il y aurait quelques voix pour évaluer l'enjeu avec un peu de recul afin de nourrir la réflexion. Mais il faut croire que cet air, venu du Sahara surchauffer notre été, liquéfie les cerveaux. Et puis, il faut reconnaître que ce n'est pas non plus une spécialité de nos médias mainstream, comme on dit, le recul et la réflexion.

En France, on nous inculque depuis plus de 40 ans que la seule politique de sécurité routière qui vaille repose sur trois principes fondamentaux, complémentaires et intangibles : un, la répression ; deux, la répression ; et trois, la répression. Il n'est pas impossible que dans un avenir proche, on y ajoute aussi la répression, histoire de garder sa cohérence à l'édifice. Le postulat de départ est donc très simple : tous des criminels. Ou peu s'en faut...
Alors tu penses : quand une ministre - déjà frappée du sceau infamant du soupçon de laxisme car elle ose dire que le rôle de la justice ne se réduit pas à emplir les prisons - se met en devoir de s'intéresser à la sécurité routière, oulà, scandale ! Non seulement elle se prend des volées de bois vert de la part de ses habituels contempteurs, lesquels enragent de la voir survivre à leurs messes noires et de leur tenir tête, mais, en plus, elle s'attire les foudres du clergé de la sainte chapelle, chargé du respect sourcilleux du dogme sécuritaire en même temps que routier. Déjà qu'en temps normal, le moindre haussement de sourcil dubitatif pouvant signifier un début de manque de conviction dans l'acceptation sans condition du dogme provoque, dans le quart de seconde qui suit, le démarrage d'une harangue fébrile et vindicative de la part de la Grande Prêtresse Perrichon, tu t'imagines bien que sur un coup comme celui-là, on a droit à un prêche digne de l'apocalypse, pour ne pas dire de fin du monde. Ou les deux. C'est un truc à faire claquer tata Chantal d'un infarctus, ça. Au moins ! En plus, avec cette chaleur, je te jure, c'est des choses à pas faire...

Mais qui a vraiment lu ce projet de loi ? La version intégrale est là. Et voici ce que dit plus précisément ce fameux article qui cristallise les phantasmes les plus hystériques.

L'article 15 modifie le code de la route (articles L. 130-9, L. 221-2[3], L. 324-2[4]), le code de procédure pénale (articles 45, 230-6, 523, 529-2, 529-7, 529-10) et le code des assurances (article L. 211-27[5]) afin de transformer en contraventions de la cinquième classe les délits de défaut de permis de conduire et de défaut d'assurance, qui seront forfaitisées, lorsque ces faits seront constatés pour la première fois, et sauf dans certaines circonstances. Les délits de conduite malgré invalidation du permis du fait de la perte de l'ensemble des points, ou malgré une décision de suspension ou d'annulation émanant de l'autorité administrative ou judiciaire, ne sont pas concernés par cette réforme. Les auteurs de ces contraventions, qui seront constatées par procès-verbal électronique, devront alors, sauf s'ils contestent les faits, s'acquitter d'une amende forfaitaire de 500 euros (minorée à 400 euros si elle est payée dans les quinze jours) et, à défaut de paiement volontaire dans les 45 jours, d'une amende forfaitaire majorée de 750 euros, qui fera l'objet d'un titre exécutoire émis par l'officier du ministère public (OMP) et pouvant être recouvré de force par le Trésor public. Le traitement de ces amendes forfaitaires se fera de façon automatisée par l'Agence Nationale de Traitement des Infractions (ANTAI) et le Centre National de Traitement (CNT) de Rennes, actuellement compétents pour les contrôles radars automatiques et les procès-verbaux électroniques. Si la personne conteste l'amende forfaitaire, le dossier sera transmis par l'OMP du CNT de Rennes à l'OMP du tribunal de police de son domicile, qui sera compétent, s'il estime la contestation non fondée, pour engager des poursuites devant un juge de proximité.

Lorsque ces faits seront commis de façon renouvelée dans un délai de cinq ans, ou commis en même temps que d'autres infractions[6] ou par le conducteur d'un véhicule de transport de personne ou de marchandise, ils continueront de constituer des délits, avec une peine d'emprisonnement de deux ans pour le défaut de permis, doublée par rapport à la peine aujourd'hui prévue, ou de deux mois pour le défaut d'assurance qui n'est actuellement puni que d'une peine d'amende.

Ces mesures permettront, s'agissant des primo-délinquants, d'assurer une réponse pénale immédiate, l'agent verbalisateur notifiant le montant de l'amende sur le lieu de la contravention, identique sur l'ensemble du territoire et plus effective. Elles permettront, également, de sanctionner plus sévèrement les contrevenants qui se maintiendraient, à la suite d'une première verbalisation, en infraction ou qui présenteraient une particulière dangerosité à raison des circonstances de commission de l'infraction.

Récapitulons donc :

Défaut de permis de conduire :

  • Aujourd'hui : Délit => tribunal pénal -> jusqu'à 1 an de prison et 15000 € d'amende + différentes joyeusetés complémentaires.
  • Demain : contravention de 5ième classe : 500 € (forfaitaire) mais 2 ans de prison en cas de récidive ou d'autres infractions.

Défaut d'assurance :

  • Aujourd'hui : Délit => tribunal pénal -> jusqu'à 3750 € d'amende + différentes joyeusetés complémentaires.
  • Demain : contravention de 5ième classe : 500 € (forfaitaire) mais 2 mois de prison en cas de récidive ou d'autres infractions.

On notera au passage que le défaut de permis de conduire implique quasi-systématiquement une suspension des garanties de la part des assureurs qui considèrent qu'il y a rupture du contrat.

Évidemment, dans un pays où une portion significative du corps social trouve que la justice n'est jamais assez sévère, tant qu'il peut s'identifier aux victimes[7], oubliant au passage et fort commodément que ce ne sont pas les juges qui font les lois mais le Parlement, il faut bien reconnaître que, écorner le dogme ultra-répressif à une époque où tout est fait pour effrayer le bon citoyen, ça fait limite provocation.

Mais je suis désolé de le dire[8] même si ce texte a matière à être amélioré, je n'y ai rien trouvé de choquant. En effet, contrairement à ce que prétendent nos chers experts et grands spécialistes, je ne vois pas en quoi la perspective de passer 1 an en taule et d'avoir 15000 € d'amende à payer a pu dissuader quiconque de tenter de conduire avant d'avoir obtenu son permis. On comprend bien que le public visé est essentiellement jeune, voire très jeune, car c'est généralement à la fin de l'adolescence que l'on commence à apprendre à conduire un véhicule nécessitant un permis. Et quelque chose me dit que beaucoup de ces gens bien intentionnés qui vouent Christiane Taubira aux gémonies, imaginent les petits jeunes qui s'y risquent portant leur casquette à l'envers, adeptes du rap, du hip-hop ou du raï, amateurs de grosses berlines survitaminées de préférence allemandes. Mais le récent drame de Rohan nous rappelle qu'ils peuvent être aussi des gamins estampillés "bien élevés, tout gentils, tout mignons" et être capables de faire de très grosses bêtises sans intention volontairement nuisible mais avec des résultats catastrophiques. D'autant que c'est, hélas, une fois encore et surtout, un problème d'alcool avant d'être un problème de compétence.
Quant à prétendre que cette réforme serait une incitation à ne plus passer le permis car l'amende encourue est inférieure au coût de celui-ci, voire ! Je pouffe, je me gausse, je m'esclaffe ! En général, ceux qui s'y risquent le font souvent par dépit d'avoir "raté" l'examen un nombre significatif de fois ou par fanfaronnade comme dans le cas des jeunes gens de Rohan. On peut imaginer qu'il s'agit de tentatives très exceptionnelles car, si elles ont une chance de passer inaperçues une fois, leur renouvellement augmente sensiblement le risque d'être pris par la patrouille, pour ne parler que de ce risque-là. Quant à ceux qui s'affranchiraient de cette obligation légale de façon permanente soit il faudrait qu'ils aient beaucoup de chance, si l'on peut dire, soit ils sont déjà connus des services de police pour d'autres exploits qui indiquent une réelle propension à se brosser avec les lois et règlements en tout genre et relativisent donc singulièrement leur défaut de permis.

Et si on veut bien parler d'accidentologie : combien d'accidents avec un défaut de permis (avant son obtention) ? Combien avec blessures et combien de mortels parmi ceux-là ? Voilà déjà des bases de réflexion qui me semblent pertinentes pour commencer. Mais de toute évidence, on peine dans ce domaine à avancer des chiffres fiables, essentiellement pour les raisons évoquées précédemment : pour être pris en faute, il faudrait déjà être contrôlé et on est loin de la frénésie dans ce domaine. Sauf pour les motocyclistes et autres conducteurs de 2-roues motorisés qui font l'objet d'une attention particulièrement insistante des forces de l'ordre. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'on puisse rester très longtemps sans jamais être contrôlé.

Du coup, l'argument souvent invoqué selon lequel cet article 15 permettrait un allègement de la charge des tribunaux paraît un tantinet fallacieux et c'est le seul point où les adversaires de la mesure ont raison. Mais je te fiche mon billet que si la ministre avait invoqué le peu de cas où des peines d'emprisonnement sont infligées pour ces infractions, les mêmes personnes auraient hurlé encore plus fort et qu'on les auraient entendues jusqu'à Pluton.
Mais qu'ils se rassurent : la publication fort opportune du fameux "rapport qui devait rester secret" pointant un manque de volonté politique et de coordination et qui obligerait nos chers amis Valls et Caseneuve à prendre des mines penaudes pour affirmer que mais non pas du tout, on est vraiment sévères et très très méchants en fronçant bien les sourcils, devrait sonner le glas de l'initiative de la Garde des Sceaux en permettant au gouvernement d'annoncer des mesures bien saignantes pour confirmer leur démenti. A croire que tout ce cirque n'avait d'autre objectif que celui-là. Car qui peut croire que Christiane Taubira, d'ordinaire capable de défendre ses positions avec détermination et talent, n'ait pas mieux préparé sa communication sur un sujet qui de toute évidence était grandement polémique ?

Donc, si j'ai bien tout compris, il continuera d'être bien plus grave de conduire sans permis que de téléphoner[9] ou de se maquiller ou de regarder la télévision en conduisant. Ouf ! La hiérarchie des risques est sauve, de même que les inepties de la sécurité routière. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, devine c'est quoi qu'elle va nous remettre sur le tapis, la sécurité rentière, hein ? Allez dis un peu ! J'attends... Tadadam !

Mais oui, c'est bien sûr : LE CONTRÔLE TECHNIQUE !

Et ça, tu vois, mon pote, ça va sûrement pas sauver beaucoup de vie mais tu peux être sûr que ça va rapporter un max de flouze à tous ces bienfaiteurs de l'humanité motarde. Et finalement, c'est le plus important !

En attendant, commence à te retrousser les manches car va y avoir de la baston !

Et pis c'est tout !

PS : Tu peux lire la suite de ce passionnant débat ici.

Notes

[1] Conseil national des professions de l'automobile

[2] Oh que c'est vilain, ça

[3] Le fait de conduire un véhicule sans être titulaire du permis de conduire correspondant à la catégorie du véhicule considéré est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.

[4] Le fait, y compris par négligence, de mettre ou de maintenir en circulation un véhicule terrestre à moteur ainsi que ses remorques ou semi-remorques sans être couvert par une assurance garantissant sa responsabilité civile conformément aux dispositions de l'article L. 211-1 du code des assurances est puni de 3 750 euros d'amende.

[5] Les amendes prononcées pour violation de l'obligation d'assurance prévue par l'article L. 211-1, y compris les amendes qu'une mesure de grâce aurait substituées à l'emprisonnement, sont affectées d'une majoration de 50 % perçue, lors de leur recouvrement, au profit du Fonds de garantie institué par l'article L. 420-1.

[6] On pense notamment aux excès ou grands excès de vitesse, conduite sous emprise alcoolique ou de stupéfiants et toute la litanie d'infractions en vigueur mais aussi blessure et homicide involontaire.

[7] Tout en la trouvant néanmoins toujours excessive dès lors qu'il se retrouve dans le rôle du prévenu, bah oui !

[8] Quoique !

[9] Article R.412-6-1 du Code de la Route

dimanche 28 juin 2015

Le respect, ça se mérite

C'est vrai qu'elles sont tentantes, ces places quasiment toujours inoccupées, frappées du pictogramme blanc si caractéristique sur fond bleu. Elles le sont d'autant plus lorsque l'aire de stationnement est pleine à craquer et que toutes les places sont prises. C'est vrai, quoi, les gens ont quand même des mœurs sacrément grégaires pour se retrouver toujours tous ensemble dans les mêmes lieux. Et puis, fort heureusement, des handicapés, des personnes à mobilité réduite (PMR), comme on dit aujourd'hui, il n'y en a pas tant que ça. Alors...

Alors, pour ma part, je trouve méprisables ces gens qui s’arrogent le droit de décider qu'une personne handicapée devra passer son chemin et revenir un autre jour sous prétexte qu'ils avaient besoin de cet emplacement, eux et leur petit nombril autour duquel le monde entier tourne. Je pense même que ce comportement détestable est la quintessence de la connerie, de la cuistrerie la plus crasse. Je n'arrive même pas à concevoir que des gens pareils puissent être dotés d'une once d'humanité. Comment peut-on être égoïste à ce point ?

Mais ce que je trouve encore plus insupportable, c'est de constater que de telles gens appartiennent à un groupe auquel je m'identifie. Bien sûr, je ne suis pas tombé de la dernière pluie et j'ai compris depuis belle lurette que, pour ce qui est de la connerie, la proportion est sensiblement la même chez les motards et chez les autres hominidés. Mais tout de même, ça fait quelque chose de voir que des abruti(e)s se comportent à l'égard des autres exactement comme eux-mêmes trouveraient inacceptable et scandaleux que d'autres se comportent à leur égard.

C'est dire si j'ai été ulcéré de voir ces deux motos garées sur un emplacement PMR lors de la visite de Saint-Cirq-Lapopie, le 26 juin dernier.

Motards handicapés

Il faut dire, que ces deux places étaient parmi les rares à être ombragées et que le cagnard cognait dur. Je ne vois que cela comme explication car une troisième moto était garée en bordure du second emplacement (hors champ), à l'ombre donc. Par ailleurs, la municipalité ne semble pas avoir intégré que ses visiteurs puissent se déplacer autrement qu'en voitures ou en autocars puisqu'il n'y avait pas sur ce parking d'emplacement pour les deux-roues. Il n'empêche. Il y avait quelques emplacements disponibles plus loin.

Les motards sont souvent très sourcilleux, et à juste raison, sur les manquements dont ils s'estiment victimes. Il est regrettable que certains soient à ce point oublieux des règles les plus élémentaires du savoir-vivre.

samedi 30 novembre 2013

Le CNSR invente la journée nationale des victimes de la route : de l'audace, encore de l'audace !

Ainsi donc, le Conseil National de la Sécurité Routière (dites CNSR, c'est plus chic), cette sorte de comité Théodule censé délivrer de puissants conseils, s'est réuni le 29 novembre (donc hier) et a décidé de proposer au gouvernement, ça :

  • Instaurer une journée nationale des victimes de la route le 22 février, qui sera un jour de commémoration des personnes et des familles dont le destin a, un jour, sur une route, brutalement basculé dans le drame. Cette journée permettra également de lancer des travaux pour faire progresser la prise en charge des victimes et de leurs familles.

Sûr que ça a dû phosphorer dur pour y arriver. Je me demande même si on n'a pas frôlé la surchauffe voire la fusion du cœur du réacteur pour arriver à cette quintessence de la pensée sécuritaire. Avouez qu'il aurait été dommage de perdre tant de personnes indispensables dans un stupide accident, juste par manque de ventilation.

Ici, disons-le tout net, on frise le grandiose, le génie, que dis-je? le sublime. Les victimes de la route vont enfin avoir leur journée commémorative. Non mais vous réalisez ? Une journée rien qu'à elles, c'est hyper cool, ça ! Bien sûr, trouver une date n'a pas été si simple car des « Journée » de ceci ou de cela, il y en a en pagaille. A une époque où on aime se donner bonne conscience à peu de frais, il est de bon ton d'initier une petite journée qui en jette même si, dans le fond, tout le monde s'en tape.

Nous avions déjà la journée sans voiture, l'autre sans tabac, celle de la courtoisie (un grand succès, paraît-il), une autre de l'Europe (passée totalement inaperçue, hélas heureusement !), celle de la Femme, bien sûr avec dans la foulée, celle de l'andouille de Vire ou du cassoulet de Castelnajac, la journée du Patrimoine, et patin et couffin. Avec un calendrier qui limite mesquinement le nombre annuel de journées à 365 voire 366 de temps à autres, c'est réellement un sacré exercice que d'en caser une nouvelle sans rien déranger.

Les victimes de la route auront donc leur journée, coincée, si j'ai bien compris, entre la Journée du Topinambour et celle du Mimosa, en plein dans la période des carnavals, ce qui doit avoir sa signification, certainement.

D'aucuns s'étonneront que la Toussaint ne suffise pas à honorer ces morts-là. C'est que d'abord la Toussaint (en fait, le 2 novembre, jour des morts) est estampillée «chrétienté» même si ce sont des païens qui en ont eu l'idée les premiers, il y a déjà un bail. Une République laïque ne peut évidemment pas se permettre une telle limitation religieuse. Et puis, franchement, créer une journée spéciale pour les victimes de la route, c'est bien dans l'air d'une époque où le premier blaireau et la première pétasse venus ne rêvent que de leur quart d'heure de gloire et ne craignent pas d'étaler l'insignifiance de leurs vies sur les chaînes de la TNT où la vulgarité la plus crasse le dispute à une empathie bien poisseuse. Il aurait été regrettable de se priver de la perspective de ces témoignages qu'on nous concoctera bien larmoyants à souhait et ourlés d'une morale au ras du bitume comme on l'aime chez les associations de victimes, LCVR en tête, où les rôles sont toujours très manichéens : fautif = chauffard, victime = innocent. Pas de demi-mesure, pas de nuance. Les bons morts d'un côté, les autres à la fosse commune.

Le Point allait même jusqu'à titrer : le 11-novembre des victimes. Faut pas se gêner surtout ! Toujours cette surenchère dans l'exploitation de l'émotion qui finit par donner la nausée. Oser comparer la mort brutale sur la route, aussi douloureuse et injuste qu'elle puisse être pour les proches, à celle des soldats de cette guerre atroce, au sacrifice de ces hommes pour leur pays, notre pays et notre liberté, mais quelle infamie ! Quel manque de retenue et de discernement, quel manque de pudeur et de respect, quelle bêtise confondante ! Voilà où nous en serions, alors ? A reléguer le sacrifice suprême de nos grand-pères au rang de simple fait-divers ?

J'entends déjà les gémissements d'horreur des oiseaux de malheur. Car oser ne pas se pâmer devant une idée aussi géniale, c'est forcément manquer de cœur, c'est obligatoirement mépriser ces victimes et leurs familles, c'est se ranger délibérément du côté des méchants, des chauffards. Hélas, je ne méprise personne hormis ceux qui, sous prétexte de défendre les victimes, ne font qu'exploiter leur douleur.

Et qu'on ne me dise surtout pas que je ne suis pas concerné.

Sinon, le CNSR a aussi décidé de proposer au gouvernement l'expérimentation de la circulation inter-files, c'est à dire une pratique que les motards expérimentent grandeur nature depuis plusieurs dizaines d'années dans toutes les grandes villes de France et que la FFMC revendique depuis plus de 30 ans. Mais attention, l'expérimentation "officielle" ne concernera que 4 villes-tests. L'expérimentation officieuse continuera donc comme avant. Ils sont vraiment trop forts, au CNSR. Quelle audace ! Mais jusqu'où s'arrêteront-ils ?

Franchement, quand on voit ce cinéma, on envie nos cousins belges chez qui la même décision n'a pas nécessité tant de chichis sans qu'on note la moindre aggravation de l'accidentalité. Et pour cause !

Pas facile à comprendre pour une élite française, ça...

samedi 1 décembre 2012

Connected bikes

Je lisais peinardement le dernier numéro de Motomag (n°293 - décembre 2012 - janvier 2013), arrivé durant ma longue semaine de déplacement, tout en sirotant un "Lagavulin 16 years old" de rêve (oui, on ne se refuse rien quant on l'a mérité !), lorsque je suis tombé en arrêt sur l'article de la page 18, "La technologie au service de notre sécurité". Notre excellent Nicolas Grummel y interviouve M. Claes Tingvall, directeur de la sécurité routière suédoise, un homme fort sympathique au demeurant.

Ici, notre aimable suédois nous confie, avec un enthousiasme qui fait plaisir à lire, tout le bien qu'il pense de la technologie, allant jusqu'à prédire que, "dans 10 ans, une moto interconnectée pourrait signaler son arrivée à un carrefour que veut traverser une voiture, interconnectée elle aussi. Sans cela, l'automobiliste ne verrait pas la moto"... Bref, comme aujourd'hui, quoi !

Alors, comment dire ? Je sais que je suis désormais à ranger dans la catégorie des vieux cons grincheux et d'aucuns penseront sans doute que je suis un passéiste invétéré qui marmonne devant le verre où trempe son dentier, le sempiternel "C'était mieux avant" ! Ceux-là se trompent mais là n'est pas mon propos. D'abord, j'ai pas de dentier !

La sécurité et tout ce qui peut contribuer à l'améliorer, je trouve ça très bien. Promis ! D'abord, d'une certaine façon, je me suis battu pour elle et je continue de le faire. Mais, j'ai de plus en plus souvent des poussées d'urticaire à l'évocation de ce que pourrait devenir notre monde grâce aux technologies, notamment de communication. Que voulez-vous ? Je ne vois pas ce qu'il y a de si gratifiant à être instantanément informé des états d'âme d'un pseudo-ami à l'autre bout de la planète quand on ne connait même pas son voisin de palier et qu'on ne lui adresse même pas la parole pour le saluer ou qu'on feint de ne pas voir la misère au pied de son immeuble ! Ni quand, sous couvert de sécurité, on confie sa vie à des systèmes sur lesquels on a de moins en moins de prise. Ou bien que, pour soi-disant assurer cette sécurité, il nous faille en permanence livrer de plus en plus d'informations personnelles dont la pertinence n'est pas toujours avérée et l'utilisation non exempte de suspicion.

Regardez les pubs pour les voitures : de toute évidence, ceux qui les conçoivent (les pubs et les voitures) nous prennent pour des neuneus. Quasiment pas une qui ne vante son électronique embarquée sans laquelle il semble qu'il soit impossible de faire un créneau, de démarrer en côte ou de garder ses distances avec le véhicule de devant. C'est très bien tout ça mais à ce compte, bientôt, l'usage du cerveau va devenir optionnel.

Quant à la moto, n'en parlons pas. Si pour aborder un carrefour sans me mettre en danger, il me faut une connexion internet, je vous dis pas le fun ! A force de nous promettre un monde aseptisé duquel tout risque sera éradiqué, je crains qu'on ne finisse aussi par tuer le rêve.

Je ne fais pas de la moto pour me suicider. Juste parce que j'adore les sensations que j'éprouve lorsque je prends son guidon. Je sais qu'il y a des risques mais j'essaie de les assimiler et de les anticiper (merci l'AFDM de savoir m'y aider par une formation de qualité). Et comme je sais qu'on ne pourra jamais coller des puces RFID sur tous les sangliers, piétons et enfants susceptibles de traverser ma route, comme je sais que tous les autres véhicules ne seront pas interconnectés avant longtemps et qu'il y aura encore longtemps des réfractaires dans mon genre à ce genre d'idée, je préfère m'en remettre à mon cerveau pour analyser les situations.

Rater un créneau ou un démarrage en côte ou un demi-tour, c'est pas grave. Vexant, peut-être, mais pas grave. Mais ne pas être capable de "lire" son environnement pour savoir quelle décision prendre, au volant ou au guidon, ça c'est inadmissible. Alors, en attendant ce monde idéal où d'autres cerveaux, artificiels, analyseront et décideront pour nous, je préfère garder la main sur mon sort et décider.

Personne n'est infaillible, c'est vrai. Mais le savoir incite à une certaine modestie qui est pour moi la meilleure des assurances-vie.

dimanche 26 août 2012

Y a pas mort d'homme, faut dire...

Vous savez comme moi comment ils sont les minots, toujours à fanfaronner, à se croire invincibles, immortels et à prétendre savoir toujours tout mieux que personne. Ils n'ont forcément aucun besoin d'un conseil et encore moins d'une quelconque mise en garde puisque rien ne peut leur arriver. Et si jamais ça arrive quand même, ils se gardent bien d'aller se vanter de leur mésaventure, des fois qu'on abimerait un peu plus leur petit ego cabossé d'un "je t'avais prévenu" qui signerait l'humiliation suprême. C'est déjà bien assez de devoir passer sous les fourches caudines des vieux, toujours à s'inquiéter d'un rien et à faire perdre leur précieux temps aux jeunes aventuriers.

Celui-là, il était bien à point. Je ne sais pas depuis combien de temps il poussait son brêlon sous le cagnard impitoyable et par 32°C au bas mot mais s'il avait jamais été arrogant et suffisant dans sa vie antérieure, il n'en gardait plus aucun vestige visible. Cramoisi, qu'il était le gamin. Et humble. Nous, on croisait tranquilles comme Baptiste sur la route D66 qui monte au col Saint-Sébastien, en direction de Mens. C'était vers les 17h30. Je me suis arrêté à son côté pour savoir de quoi il retournait. Il devait avoir dans les 16 ou 18 ans et il ruisselait toute l'eau de son corps à pousser une sorte de trail 125 cc. Nous, on n'avait plus de flotte, malheureusement, et il nous tardait justement d'arriver à Mens pour boire un bon coup. Lui, il s'était vautré, qu'il nous a dit, et depuis plus moyen de faire démarrer son bourrin. Mais besoin de rien. Personne à prévenir à Mens qui était sa destination, soi-disant. Et puis têtu comme une mule, le jeunot. Il ne voulait rien savoir, rien dire, un peu méfiant peut-être ou incrédule de voir que deux adultes veuillent l'aider. Ou trop timide pour accepter, allez savoir. Il était à deux doigts de défaillir mais tout allait bien, promis, juré.

Alors, on a passé notre chemin en lui souhaitant bonne chance. Pour être honnête, je pense qu'à son âge, j'aurais fait comme lui malgré la chaleur écrasante. Surtout ne rien devoir à personne. Et puis, j'ai pensé plus tard que son histoire était peut-être pas la bonne version ; que, tout simplement, il avait été trop optimiste et qu'il était tombé en rade de carburant et était maintenant vexé comme un pou, forcément. Comme un con, j'ai même pas pensé à lui poser la question pour l'essence. Ça vaut rien de bon à personne, ces fortes chaleurs. Mais quand même, ça ne nous satisfaisait pas de le laisser à son petit calvaire d'apprenti-motard, à deux kilomètres du col, soit encore pas loin d'une petite heure de poussette, même si après il avait quatre kilomètres de descente salvatrice.

Arrivés à Mens, on s'est arrêté dans un bistrot en quête de la gendarmerie. On nous a indiqué l'endroit en nous précisant que, restrictions budgétaires obligent, la brigade avait émigré à Monestier-de-Clermont et que le bâtiment était fréquemment vide. En effet, il n'y avait pas foule. Juste un interphone près de la porte avec la mention : "Pour entrer en communication avec la gendarmerie nationale, appuyez sur le bouton". On a appuyé sur le gros bouton et une personne de l'autre côté du machin nous a demandé de quoi il retournait après les politesses d'usage. On lui a donc exposé le topo en détail. La personne nous a répondu après un bref instant de réflexion que, non, désolé, mais c'était pas à eux de s'occuper de ça, qu'il avait qu'à appeler un dépanneur. Ça valait la peine d'expliquer que le gamin avait plutôt été du genre mutique avec nous et que cette suggestion ne l'avait pas vraiment séduit. Quant à se lancer dans des considérations d'ordre philosophique sur la psychologie assez tortueuse des adolescents, un féroce élan de lassitude m'y a fait renoncer. Notez que nous-mêmes n'avions pas suggéré que la noble gendarmerie s'abaisse à jouer les dépanneuses pour un vulgaire gamin de péquin lambda en semi-détresse le long d'une route départementale. On se disait juste qu'il devait bien y avoir un véhicule en patrouille dans le canton et qu'il pouvait faire un petit détour par la RD66 pour s'assurer que notre bonhomme ne s'était pas transformé en tas de charbon. Parce que dans ce pays, il y a toujours une bagnole de la gendarmerie en maraude, c'est bien connu. Sauf quand t'en as besoin, évidemment. D'ailleurs, je ne peux pas imaginer que cette personne, aussitôt après avoir raccroché, n'a pas lancé un appel à ses collègues pouvant croiser dans le coin, juste par acquis de conscience, tellement le contraire me paraît inconcevable.

Je me dis aussi que si elle a un enfant en âge de divaguer à moto sur les routes avoisinantes, elle serait bien contente qu'un simple passant puisse s'inquiéter d'une mésaventure, certainement banale et sans conséquence grave, survenant à sa progéniture.

Peut-être aussi, aurait-on pu appeler les pompiers. Ou mentir et déclarer qu'il était blessé. Pourquoi pas ? Mais ce qui surprend aussi, et irrite, je dois dire, c'est que parmi les personnes de ce village qui étaient présentes quand nous en avons parlé, il ne s'en soit trouvé aucune pour proposer une autre idée ou une autre solution. En fait, personne ne se sent concerné mais chacun dénonce l'égoïsme de ses semblables, surtout si c'est relaté par un reportage à la télé. Je m'interroge pourtant : à partir de quand peut-on parler de non-assistance à personne en danger ? Forcément, quand tout finit bien, la question ne se pose pas et chacun fait mine de minimiser l'événement. Mais sinon ? Qui peut dire que dans un tel contexte caniculaire, ce gamin n'était pas réellement en danger ?

On vit dans un monde formidable, décidément !

samedi 7 juillet 2012

Gépéesse versus papier : la route dans tous ses états

Je relisais ce billet de mon petit (quoique) camarade Fred narrant, avec le talent qu'on lui connaît, son dilemme pour choisir entre la carte papier et le GPS. On y trouve aussi une fort belle contribution de ce cher Komar, poétique et sensuelle à souhait dans son évocation des multiples et insoupçonnés plaisirs procurés par une carte routière savamment manipulée. On pourrait penser, à la lecture de ce texte et des commentaires qui l'accompagnent, à une réédition des fameuses batailles entre les anciens et les modernes qui m'ont tant ravi au temps désormais lointain où de méritants professeurs tentaient d'ouvrir mon esprit aux beautés de la littérature. Peut-être. Il est sans doute normal de se poser la question de mesurer les avantages comparés de l'une ou l'autre méthode.

Je mentirais effrontément si je prétendais ne pas aimer les cartes. J'en conserve beaucoup, parfois d'assez vieilles, dans un meuble réservé à cet usage dans mon petit bureau. Comme il m'est souvent reproché de trop garder, il m'est arrivé d'en jeter qui étaient usées jusqu'à la quasi-décomposition. Mais finalement, on ne se refait pas, j'aime bien ouvrir une vieille carte et regarder comment le pays qu'elle renferme a évolué.

Je rejoins Komar : la carte c'est le premier jalon vers le voyage que l'on projette. Je crois qu'un voyage commence par le rêve que génèrent la lecture de la carte et les images que nous renvoient les signes topographiques qui y sont imprimés. Loin de tarir le plaisir de la découverte sur site, elle l'amorce en préparant notre esprit, en lui énumérant la liste des sites remarquables qu'il faudrait prendre le temps d'aller voir. Elle offre une vue d'ensemble de la région traversée et de ses trésors. Toutefois, il y a une chose que ne rendront jamais exactement une carte ni un GPS, c'est la petitesse de notre condition humaine face à la majesté de la nature. Rouler en bordure de la Combe Laval ou sur la Grande Corniche entre Nice et Menton ou arriver au col du Tourmalet, par exemple, procure d'intenses émotions auxquelles ne préparent pas vraiment nos aides. Restent tout de même le toucher de la matière, son bruit quand on la manipule et l'odeur de l'encre. Comme pour un livre, en fait, un vrai livre.

Je prépare toujours mes voyages avec des cartes. Ça prend du temps car il y a mille destinations annexes ou essentielles qui sont autant de points de passage obligés que l'on souhaite intégrer à l'itinéraire. Il faut choisir. Cette route plutôt que celle-là ? Ce village et sa chapelle plutôt que celui-ci et son château ? Pourquoi pas ?

Puis, je programme... mon GPS.

Pour moi, les deux sont complémentaires. Le GPS me guidera en envoyant ses instructions dans le casque et je les suivrai. Aveuglément ? Assurément pas car il y aura ici une bifurcation vers un étang qui promet un coin pique-nique ombragé au prix d'un détour de quelques kilomètres ou là juste un toponyme évoquant une histoire particulière vers laquelle la curiosité nous enjoint de naviguer tandis que le GPS s'obstine à nous ramener au tracé originel. Et c'est aussi un plaisir que d'enfreindre ce que l'on a prévu.

D'autre fois, c'est lui, le machin électronique bête et méchant qui, à cause justement de sa logique apparemment froide et sans fantaisie, nous fait passer par une route qu'on n'avait pas prévu d'emprunter et qui se révèle être une merveille. Parfois même, c'est la combinaison d'une erreur que l'on commet et de la logique informatique du machin qui nous amène dans des endroits par lesquels, sans cela, on n'aurait jamais eu l'idée de passer. A tort.

Bien sûr, rien n'est jamais parfais. Il arrive que malgré les mises à jour, la cartographie du GPS soit erronée, de même que notre carte papier pourtant neuve. Alors, il reste l'improvisation et les notions d'orientation apprises voilà longtemps, elles aussi, malgré le fait qu'une carte au 1/150000ème n'est pas une carte topographique très précise. Et puis, à moins de voyager en Mongolie, c'est bien le diable si on ne trouvera pas un hameau où se renseigner. Il est pourtant vrai que dans certains coins des Cévennes, on arrive à regretter de ne pas avoir emporté, en plus, des fusées de détresses et un téléphone satellitaire...

Même pour mes besoins professionnels, je combine carte et GPS. Et même téléphone car il s'avère fréquemment que Google ou OVI sachent localiser précisément une adresse dont mon GPS ignore toujours l'existence. J'ai aussi pris l'habitude de demander à mes clients les coordonnées GPS de leurs chantiers perdus en pleine nature, ce qui reste le plus sûr moyen d'y parvenir quand on n'a pas la semaine devant soi. La combinaison de tous ces outils (et j'y inclus la langue, les mains et l'écriture) permet de se sortir de toutes les situations, tout au moins en France. Je pense qu'il doit en être de même dans bon nombre de pays sans qu'il soit nécessaire de transformer son top-case en réplique miniature de l'IGN.

Et de fait, ce sont des outils. On peut leur associer toutes les vertus et tous les défauts, ils ne seront jamais que ce que nous voulons qu'ils soient. Pour moi, ils sont les précieux auxiliaires de mes rêves et des découvertes que je vais chaque fois. Sachant que les plus précieuses de toutes sont les rencontres humaines, qu'elles soient dues au hasard des choix sur la carte ou à l'obstination d'un GPS. Au bout du compte, ce qui restera, c'est l'humain et tous ces gens que l'on a croisés.

Je reconnais malgré tout que, une fois rentré chez moi, quand il ne reste plus que le souvenir encore chaud du voyage, je garde encore un peu mes cartes à portée de mains. Et je les déplie encore quelques fois pour faire surgir les images en 3D des sites traversés et même de ceux qu'on a dû écarter mais que je peux imaginer. Et commencer ainsi le rêve d'un nouveau voyage.

samedi 10 mars 2012

Cons et la vue basse !

Comme on le sait, la sécurité routière en France, c'est beaucoup de fumée et surtout de répression, beaucoup de déclarations stupides et de vent de la part de ceux qui sont censés la ... euh... comment dire ?... penser (Non, quoi, rigolez pas, c'est avec votre argent !). Surtout en ce qui concerne celle des motards, bien sûr. Je ne reviendrai pas sur le désormais célèbre brassard fluo ni sur la taille de nos plaques qui valent ses plus riches heures à celui qu'on devrait appeler "M. Moto National" mais qui n'est finalement que l'avatar le plus misérable d'une politique qui prétend vouloir notre bien. Voilà un gus qui voulait certainement se faire mousser devant les copains et qui se couvre de ridicule chaque fois que son patron ouvre la bouche. Quelle belle constance !

Tout cela nous conduit donc à donner de la voix les 24 et 25 mars prochain pour affirmer qu'une autre politique de sécurité routière est possible.

L'un des points sur lesquels insiste fortement la FFMC est le port d'équipements sécurisants pour le conducteur et ses passagers. Je veux dire que, au-delà du casque obligatoire (avec ses étiquettes réfléchissantes, pardi !), un conducteur de 2-roues motorisé (2RM) tant soit peu soucieux de sa sécurité doit aussi porter des gants, une veste avec des protections, un pantalon de toile solide si possible avec des protections lui aussi et des chaussures montantes ou des bottes protégeant la malléole. Là-dessus, la plupart des gens qui savent ce que signifie conduire une moto sont à peu près d'accord. La FFMC prêche pour des campagnes d'incitation accompagnées par les assureurs à l'instar de ce que fait la Mutuelle des Motards. D'autres plus radicaux voudraient instaurer une obligation qui aurait l'avantage de se dispenser d'explications et donc de devoir convaincre. Toujours ce déficit de confiance en l'intelligence de l'être humain. Et c'est là qu'on retrouve la farouche volonté de l’État qui se contente, lui, de gilets jaunes et de plaques A4. On en rirait presque si ce n'était si tragique, hein, M. Moto ?

Si les campagnes pour le port d'un équipement sérieux ne sont malheureusement pas pléthoriques, force est de constater que chez certains annonceurs la vision de l'équipement de l'utilisateur de 2RM reste plus que préoccupante, hélas, alors qu'ils ont d'importants moyens de diffusion. Le mot "vision" est d'ailleurs le mot juste puisque les auteurs de la dernière ineptie en date sont les "communicants" de l'opticien de notre Johnny national : Optic 2000.

Dans leur dernière pub, on voit une bien charmante personne enfiler son casque demi-jet sur sa belle paire de lunettes et grimper sur sa moto. Mais là, pas de risque que son équipement nous prive le moins du monde d'admirer sa plastique alléchante. La dame est en short et débardeur, rien de plus, et vous toise crânement genre "motarde pure et dure". Chez Optic 2000, en plus d'avoir des goûts de chiotte, question rock n' roll, on ne se prive pas d'avoir des idées sexistes, pour ne pas dire "cul-cul", de la femme à moto et des motards en général.

Je ne mentirai pas : je préfère regarder la jolie dame que la trogne du Johnny. Mais déjà ça, la regarder presque à poil sur sa moto, ça me fait mal. Je sais bien qu'on ne monte pas sur nos bécanes pour se vautrer mais quand même, on sait que ça peut arriver. Je sais toute la difficulté que nous avons à convaincre les adolescents, en particulier, de se vêtir sérieusement pour conduire leurs cyclos, surtout l'été. Comment expliquer à des gamins qui ne peuvent évidemment pas l'imaginer la cruauté de certaines blessures causées par les glissades sur le goudron ?

On peut donc dire qu'Optic 2000 va beaucoup nous aider avec sa pub imbécile. C'est quand même étrange qu'un opticien ne soit pas capable de voir plus loin que le bout de son chiffre d'affaire.

Triste !

mardi 31 mai 2011

Indécence

La colère monte de tous côtés et la manifestation du 18 juin prochain s'annonce d'une ampleur sans précédent malgré l'atonie soudaine de l'AFFTAC (Association Française des Fabricants et utilisateurs de Technologies d'Aide à la Conduite) dont le silence, après l'entrevue avec Guéant, semble présager d'un lâchage en bonne et due forme.

Mais il semble malheureusement que, dans nos rangs, quelques-uns perdent le sens de la mesure.

J'ai ainsi lu et entendu, ici et là, sur des forums notamment, un argument contre le "gilet jaune" qui m'a littéralement mis en rage. En substance : ce gilet serait notre "étoile jaune".

Je le dis avec toute la force de mes convictions : un tel parallèle est indécent, abjecte et est un manque de respect inacceptable pour les millions de victimes de l’Holocauste. Ceux qui s'y adonnent pervertissent les souffrances indicibles des personnes qui ont eu à porter vraiment cette marque. En le faisant, ils en minimisent le sens et la portée ainsi que l’extraordinaire barbarie de leurs bourreaux et de leurs complices. C'est une injure sans nom qui leur est faite.

Je veux croire que ces quelques enragés n'ont pas mesuré la signification réelle du symbole qu'ils usurpent de la sorte.

Que nous utilisions la dérision pour combattre les décisions d'un gouvernement passé maître dans l'art de se ridiculiser est chose normale. Mais nous devons nous garder de tels excès qui ne peuvent que discréditer notre colère. En aucun cas, notre sort ne saurait être comparé à celui des victimes de la barbarie et cela n'a jamais été le sens des combats menés par la FFMC et son Mouvement.

samedi 28 mai 2011

Une vieille salope et un gilet jaune, ça craint...

Voilà, c'est dit, ami motard : si tu as une bécane d'avant 2004, il ne faudra peut-être bientôt plus espérer te rendre dans un centre-ville. Parce que Madame Nathalie Kociusco-Morizet (NKM), ci-devant Secrétaire d’État à l’Écologie, en a décidé ainsi : une moto d'avant 2004, c'est sale. Beurk ! C'est une vieille moto bien crade et, c'est maintenant officiel, une vieille salope l'air que respirent les gentilles gens de la ville.

Cherche pas, c'est comme ça.

Pourquoi 2004 ? Ben, euh... Parce que ! Et pis c'est tout !

Avançons tout de même une explication : on dit que le rythme de renouvèlement du parc des 2-roues motorisés (DRM) français est de 7 ans. Fais le calcul, on y est. Mais ça peut aussi bien être une autre raison. Sauf qu'on ne la connaît pas. Nous autres, crétins de citoyens tout juste bons à mettre un bulletin dans une urne de temps en temps, on n'est pas assez intelligents pour comprendre. Bien sûr. Alors, quand un ministre décide un truc, on est juste priés de le croire sur parole, de dire merci - car c'est pour notre bien - et, même, si c'est pas trop demander, d'applaudir.

Dans cette histoire, il y a forcément des persifleurs qui osent rappeler que jamais, ô grand jamais, pas une seule fois, un quelconque plan d'incitation au renouvèlement du parc DRM n'a germé dans le cerveau d'un ministre. Tu sais, comme pour les bagnoles, quoi ! Tu as une vieille bécane, tu la mets à la casse et tu en achètes une neuve. Et, paf ! l’État verse une prime à la casse, genre «jupette», «balladurette» et, dernièrement, «fillonnette».

C'est que, vois-tu, en France, on n'a pas trop de constructeurs de motos, scooters et autres cyclos. Le dernier, on l'a laissé crever. Libre entreprise oblige. Alors, filer des ronds pour que ces salauds de motards achètent des brèles même pas françaises, faut pas rêver. Tandis que des caisses, c'est pas pareil. On a des marques bien d'cheu nous. Bon, elles n'y fabriquent plus trop, mais on ne va pas chipoter pour si peu.

Et puis, les vieilles bécanes, ça coûte forcément moins cher que des neuves. Ça joue, au moment du choix, quand on n'a pas le porte-feuille à l'ami Bolloré (ou Rothschild, comme tu veux). Et, en ce moment, il y en a quand même un petit peu qui comptent leurs sous. Des fois, même, des gens qui se mettent au 125cc pour échapper aux embouteillages interminables des grandes villes et qui ne veulent pas se ruiner. Sans même parler du fait que pour se loger pas loin du boulot, aujourd'hui, ce n'est pas toujours une sinécure. Alors, tu penses bien qu'on ne va pas s'arrêter à de tels détails aussi mesquins : si t'as pas les moyens de loger en centre-ville et de payer un loyer exorbitant, t'es qu'un gagne petit et un pollueur. Allez, ouste ! Dehors !

Et je ne parle même pas de ceux qui chevauchent des anciennes parce qu'ils aiment ça, tout simplement. Eux, c'est bien fait pour leur gueule ! Feraient mieux d'acheter des bécanes en plastoc estampillées «Euro6» au lieu de nous la faire à l’esbroufe façon Monnet-Goyon. Non, mais !...

Bref, t'as une bécane d'avant 2004, tu dégages et en silence, encore.

Ça s'appelle de la pédagogie.

D'accord ! C'est assez nouveau dans la bouche des gens de ce gouvernement. Alors, ils tâtonnent un peu, c'est compréhensible. Quand on est mal équipé question imagination, faut pas non plus s'attendre à des décisions lumineuses toutes les cinq minutes. Dire qu'on est à l'abri d'une usure prématurée de la rétine est un euphémisme : on est encore loin du feu d'artifice.

Sauf pour la connerie : là, ils ont gagné le pompon !

A preuve : Messieurs Fillon et Guéant ne devaient pas être au courant que, depuis deux ans, une palanquée de gens concernés par la pratique du DRM - au premier rang desquels la FFMC et son Mouvement - se réunissaient régulièrement avec les services de l’État pour mettre à plat l'ensemble des problématiques liées à ce mode de déplacement. Et là, plein d'idées saugrenues ont été battues en brèche. S'ils l'avaient su, je pense qu'ils auraient puisé dans les propositions faites pour améliorer vraiment la sécurité de ces usagers. Encore que j'ai un doute : on y parlait trop de formation et d'éducation, de pratique raisonnée, bref d'intelligence et de partage. Ça ne pouvait pas coller avec le goût du grand spectacle qu'on affectionne tant en haut lieu. Pas assez de mesures à deux balles, pas assez de répression qui fait entrer plein de sous dans les caisses vides.

Alors, nos deux beaux sires ont voulu faire les intéressants et entrer dans l'histoire de la moto, comme le fit jadis le peu regretté Christian Gérondeau, pourfendeur de la moto assassine et des motards délinquants.

Des plaques spéciales «malvoyants» et des trucs «rétro-réfléchissants» (autrement dit, des gilets fluorescents), voilà tout ce qu'ils ont réussi à pondre. Ça valait la peine de discuter pendant deux ans pour en arriver là, vraiment !

Pour ce qui est d'améliorer la sécurité des usagers de DRM, ça fait un peu pitié, quand même. Des grandes plaques, c'est génial : ça peut servir d'aérofreins et limiter l'usure des plaquettes. Pas bon pour la consommation mais comme ce sont le Premier ministre et son copain de l'Intérieur qui disent que c'est bien, on applaudit bien fort.

Après avoir voulu nous retirer la seule originalité qui pouvait contribuer un peu à notre sécurité, en voulant imposer l'allumage des feux de croisement le jour à tout le monde et après que l'Europe les a imposés au travers des feux diurnes - qui sont un pis aller à peine plus acceptable - voilà qu'ils se lamentent maintenant de notre peu de visibilité. Y a pas : c'est cohérent !

On attend pour la prochaine fois l'obligation du port, au-dessus du casque, d'une grande pancarte «Attention j'arrive !» ou d'un gyrophare ou de guirlandes de Noël lumineuses. Là, on aura fait un grand pas vers la sécurité car on nous verra enfin vraiment.

Sauf que tout cela est pitoyable et indigne de gens qui se disent préoccupés par la sécurité routière.

Comprends-moi bien : que, pour toi, le port de larges bandes réfléchissantes ou de gilet «de haute sécurité» soit un élément rassurant, pourquoi pas ? Mais ce n'est que l'illusion de la sécurité. Et si tu te fies à ta panoplie étincelante pour croire que tu seras vu, je crains que tu n'aies rapidement de très douloureuses désillusions. Nous faire croire que l'on résoudra le problème de la faible perception des DRM par un tel procédé est tout simplement irresponsable et assassin.

Car ce problème est lié à l'incapacité physiologique de notre cerveau à percevoir dans un temps relativement bref un petit objet en mouvement. Ce qui est le cas de l'automobiliste qui ne voit pas la moto arriver ou la voit trop tard. En fait, son cerveau ne la perçoit pas car il ne sait pas interpréter le signal envoyé par ses yeux. Or, pour cela, il faut être sensibilisé à l'éventualité de cette présence sur la route, c'est à dire penser qu'une moto peut arriver et prendre le temps de s'assurer que ce n'est pas le cas. De fait, les automobilistes qui conduisent des DRM sont bien moins impliqués que ceux qui n'en conduisent pas dans les accidents avec les DRM. C'est simple : ils pensent moto.

Par conséquent, MM Fillon, Guéant et consorts, lorsqu'ils nous imposent le port du gilet jaune comme solution à notre problème de perception, nous prennent tout simplement pour des cons. Leur décision est tout bonnement criminelle. Ils insinuent l'idée que ce minable gilet améliorera la sécurité et prennent le risque que ceux qui les croiront se dispensent de toute autre mesure d'anticipation. Et l'on sait que, sur un DRM peut-être plus que pour tout autre véhicule, trop de certitude et de confiance est facteur de danger.

Pour ma part, je préfère être mal vu par les autres usagers - même avec mon feu allumé en permanence - et chercher à comprendre et à anticiper leurs réactions, à attirer raisonnablement leur attention. Car finalement, c'est l'insécurité générée par l'incertitude qui m'oblige à être attentif en permanence et à adopter les comportements les plus à même de me mettre en sécurité sur ma moto. Un gilet n'y changera de toute façon rien. C'est d'ailleurs le non sens des feux de jour : ce n'est pas aux automobilistes d'être vus et d'en avoir la certitude, c'est à eux d'être suffisamment attentifs aux autres.

Je considère donc que c'est faire acte de civisme que de refuser de me plier à un diktat qui met en danger les utilisateurs de DRM. Et s'il fallait une autre raison encore plus motivée, je dirais qu'accepter de se plier à cette décision imbécile, ce serait passer par pertes et profits deux années durant lesquelles nous, militants du DRM, avons bataillé pour proposer des solutions basées sur l'expérience, la pratique et le bon sens. Solutions dont la pertinence a été reconnue par l'ensemble des acteurs de la moto mais dont ceux qui nous gouvernent (ou qui prétendent le faire un jour) n'ont pas le courage politique de les mettre en œuvre.

Or, au train où vont les choses, c'est notre droit à circuler à bord du véhicule de notre choix, qui est remis en cause. C'est l'existence même des deux-roues à moteur qui est attaquée de façon insidieuse et hypocrite.

Que notre personnel politique ne comprenne rien, dans sa grande majorité, à nos préoccupations et à nos problématique est une chose. Mais, plutôt que de céder aux sirènes de la démagogie et de l'empathie lacrymale, ils seraient mieux inspirés de nous écouter, nous, citoyens. Nous avons des choses intelligentes à leur dire. Ça devrait leur faire du bien.

Tu crois pas ?

Je t'invite à lire ceci.

Et pis, c'est tout !

mardi 28 décembre 2010

Vieux motard que jamais

Dans son édito du n°37 de «Box'R Mag» (novembre-décembre 2010), intitulé «Vieux jeunes», Pascal Litt fait le constat de la morosité qui semble avoir baigné le dernier Salon (de la moto) de Cologne. Pour l'expliquer, il invoque bien sûr la crise, à quoi s'ajouterait, selon lui, une cause encore plus «structurelle», si je puis dire: le vieillissement de la population motarde. Je ne suis évidemment pas certain que le fait de vieillir soit obligatoirement synonyme de «sinistrose». Tout au plus, cette évolution aurait-elle pour conséquence une modification - semble-t-il sensible, selon Pascal Litt - des goûts du public motard, davantage orientés vers des machines moins généralistes, peut-être moins radicales (encore que...) et plus typées (confort, voyage, rétro, etc.).

La chose mériterait certainement d'être approfondie car, malgré tout le respect que j'ai pour Pascal Litt et «Box'R Mag», leur dévotion - que je partage - à la cause de la marque à l'hélice (BMW, pour les ignares) ne rend pas cette analyse des plus objectives, surtout lorsque les victimes désignées de ce vieillissement sont... les marques japonaises.

A défaut d'être assidu aux grands événements motards (Salons, Bol d'Or, 24 Heures du Mans, Grands Prix, Super Cross, etc.) qui drainent toujours des foules considérables de passionnés, je participe régulièrement aux multiples réunions qui jalonnent la vie des militants de la FFMC. Si c'est toujours un plaisir d'y retrouver des têtes connues avec lesquelles j'ai souvent tissé quelques liens amicaux et même parfois complices, je ne puis nier que le ramage de beaucoup d'entre elles vire, année après année, au poivre et sel quand ce n'est pas franchement au blanc. Peut-être y suis-je plus sensible depuis que mon propre pelage s'enneige plus vite que je ne le souhaiterais mais le fait est là: la proportion de «vieux» militants ne semble pas baisser malgré l'augmentation continue du nombre des adhérents.

Bien sûr, voyons les choses positivement, cette persistance de la génération qui a fondé le Mouvement FFMC - La Fédé elle-même mais aussi la Mutuelle des Motards, l'Association pour la Formation des Motards, Moto Magazine et la FFMC-Loisirs - est, à bien des égards, un important facteur de pérennité en termes de transmission des valeurs qu'il porte, des réflexions menées et de l'expérience acquise en trente ans. Sans doute aussi, cette génération fût-elle un impressionnant bouillon de culture duquel ont jailli la plupart des idées qui furent mises en pratique. En somme, elle a défriché la voie dans laquelle se sont engouffrées les générations suivantes de militants et, si viendra immanquablement le temps où ses rangs s'éclairciront, il est normal qu'elle les accompagne et qu'elle continue de jouer un rôle important.

Il serait toutefois erroné de penser que les effectifs ne se renouvèlent pas. Il n'est qu'à voir la jeunesse nombreuse qui compose certains Conseils d'antenne pour s'en convaincre. La relève est là et, d'ailleurs, le Bureau National de la FFMC est majoritairement composé de trentenaires et de quadragénaires. Sa moyenne d'âge chutera encore très sensiblement lorsque je rendrai à mon tour mon tablier. Ainsi va la vie.

Cependant, si le constat de Pascal Litt (et de quelques autres), certainement empirique, s'avère juste, il me semble que nous, motards, aurions intérêt à en cerner les causes et à y trouver remède. Ne serait-ce que pour ne pas être classés par les Nations-Unies dans le répertoire des espèces en voie de disparition. Quel soulagement ce serait alors, pour tous ceux qui, depuis plus de trente ans, espèrent plus ou moins ouvertement l'éradication du motard, du scoutard et autre cyclomotoriste! Enfin, un monde entièrement dévolu aux quatre-roues, voire plus. Quelle horreur! Un vrai cauchemar!

Il est vrai que, trop souvent, le discours développé autour des 2-roues motorisés insiste plus que lourdement sur leur dangerosité. Dans une société qui voue le moindre risque aux gémonies et ne jure que par le «risque zéro», cela n'a rien de très surprenant même si cela en devient presque pitoyable à force d'outrances. Comment, dans ces conditions, des parents, tant soit peu soucieux de leurs enfants, verraient-ils d'un bon œil ces derniers enfourcher de si terrifiantes machines?

Pourtant, sans nier les risques encourus par quiconque circule en deux-roues (motorisé ou pas, d'ailleurs), la moto ce n'est pas ça. C'est bien plus que ça, beaucoup plus. C'est aussi une somme de plaisirs auxquels chacun peut s'abreuver selon son goût: plaisir de la conduite nez au vent, bien sûr, mais aussi plaisir des sensations distillées par la machine et par son moteur, plaisir d'évoluer au contact de l'environnement et de ses fragrances, plaisir de la découverte, plaisir des rencontres de hasard, plaisir du partage, plaisir de la fatigue au retour d'un roulage qui nous a enivré de plaisirs, plaisir du temps retrouvé lorsqu'on peut s'arrêter où bon nous chante et admirer un paysage sublime.

D'ailleurs, c'est avant tout cela la moto: du plaisir à l'état pur et des souvenirs à foison. On peut y venir, un peu contraint, pour son côté pratique, voire économique mais, même dans ce cas, on y trouve du plaisir (et pas seulement des avantages). Et, quand on fait le compte, tous ces plaisirs accumulés triomphent sans peine des inconvénients qui lui sont aussi liés. Que ce soit sur la route, sur la piste ou sur les chemins, la moto est un véhicule merveilleux. Et si son apprentissage est plus long et plus sérieux que pour d'autres véhicules, plus faciles ou plus confortables, avec une bonne formation et une bonne préparation elle saura toujours conquérir de nouveaux adeptes.

C'est d'ailleurs, à ma connaissance, le seul véhicule qui fait tant briller les yeux des enfants et... des vieux.

Sacré moto, va!

mercredi 15 septembre 2010

Non au motard d'élevage®

Ce «slogan» provient en droite ligne du site Motorhino.com qui, hormis son forum, semble plutôt inactif depuis plus d'un an. D'où le «®» du titre afin de rendre à Jules ce qui appartient à César.

Le site en question est celui d'une association éponyme qui, pour ce que j'en sais, s'est constituée autour de l'idée d'engager des équipes dans le «Dark Dog Moto Tour», il y a quelques années et qui l'a effectivement fait. Mais c'est aussi un de ces forums de motards dont l'un des dénominateurs communs est un humour acéré et potache - comme c'est souvent le cas chez les motards que je connais - et, en tout cas chez l'un de ses principaux animateurs qui signe «Klink», une vision de la société en général dont je me sens très proche.

MotorhinoInutile de dire que j'ai acheté le T-shirt vendu par ces sauvages et que je le porte assez fréquemment ce qui fait toujours son effet.

Le «motard d'élevage» dont au sujet duquel il est question chez Motorhino, serait, selon l'acception maison, le pilote d'usine par opposition à la foule des amateurs qui peinent à préparer une machine en vue du Moto-Tour ou les adeptes des motos de grandes séries, le plus souvent pleines de plastique - comme le dit une autre de mes références, le dessinateur Marc Bertrand, journaliste à Moto Magazine - par opposition aux amateurs de bécanes au caractère prononcé, vieilles gimbardes de récup' ou mises au goût exclusif de leur proprio. C'est du moins ce que j'ai compris au travers de mes quelques visites et je ne garantis rien. Si Klink passe par ici, il se fera certainement un plaisir de rectifier.Marc Bertand - Mondial 2007

Évidemment, de ce point de vue, je suis un motard d'élevage. Ma bécane (BMW R1200RT) est bel et bien une moto de série sans l'ombre d'une modification, hormis les autocollants dont je l'ai décorée, et pleine de plastique. Je pense même qu'il serait difficile d'en mettre plus. Ce ne serait vraiment pas raisonnable ! Malgré tout, comme je garde une vieille nostalgie de ma bonne Moto Guzzi 1000 California III (à injection) et qu'il me prend souvent le désir d'en acquérir une autre, je considère avec fierté que je n'ai pas que des goûts de chiottes même si ma BMW R1200RT ne saurait entrer dans la catégorie des motos sans intérêt. Elle est même sublime, ma Brunehilde!

Mais revenons à notre slogan.

Personnellement, je l'ai fait mien en droite ligne de mon engagement dans le Mouvement FFMC. En effet, être motard est souvent perçu comme un anachronisme dans une société où la sécurité est portée au pinacle. Faire de la moto est loin d'être sans risque, on le sait, et le discours de la DSCR (Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières), de ce point de vue, est ultra-formaté et fort explicite. En un sens, il est aussi le reflet d'une société qui peine à comprendre que l'on puisse accepter de mettre sa vie en danger au seul motif d'une passion ou par pragmatisme (déjouer les difficultés de déplacement urbain, par exemple) alors que, par opposition, la voiture est autrement plus sécurisante et confortable.

Si l'on ajoute à cela l'image d'une «communauté» à l'instinct grégaire prononcé (Il suffit pour s'en convaincre de compter le nombre de moto-clubs plus ou moins formalisés et les concentrations, bourses d'échange, puces et autres réunions motardes organisées régulièrement de par le pays), dotée d'un esprit de dérision et d'auto-dérision souvent affûté, qui défend becs et ongles la pratique de la moto - au besoin en descendant bruyamment dans la rue - et dont les codes restent le plus souvent obscurs pour les non-initiés, on a là tous les ingrédients pour faire des motards des sortes d'extra-terrestres auxquels s'attachent nombres de fantasmes dont beaucoup ont la vie dure et sont totalement injustifiés.

J'en veux pour preuve les déclarations d'Hortefeux, le 13 août dernier, promettant une répression accrue pour les utilisateurs de 2-roues motorisés, rendus responsables par la DSCR, encore elle, de la stagnation du nombre des tués sur la route en 2009. Parce que, pour ce beau monde, si les motards se tuent, c'est parce qu'ils aiment prendre des risques et ne respectent rien, surtout pas les règles. Bref, s'ils se tuent, c'est qu'ils le cherchent. Un peu comme si, chaque motard, chaque fois qu'il enfourche sa bécane, avait pour unique objectif, non pas d'arriver à destination, et surtout entier, mais, au contraire, d'aller exploser les statistiques de la DSCR rien que pour faire chi.. madame Merli ! Ridicule, bien sûr.

Je ne reprendrai pas ici l'argumentaire de la FFMC qu'il est aisé de trouver sur son site.

Dans ce cadre militant, le motard d'élevage serait celui dont rêvent bon nombre de politiques et de technocrates : un individu qui roulerait sagement, vêtu d'un gilet jaune fluo, en rasant le bas-côté sur une machine poussive tout juste capable de descendre une côte. Mieux : le motard idéal s'éclaterait sur des motos virtuelles devant sa console de jeux vidéo mais ne roulerait sur les routes que dans des boites à quatre roues.

Et bien, non ! Désolé. Je ne remiserai ma moto que le jour où je serai devenu incapable de la conduire. D'ici là, je revendique le droit de rouler aussi souvent qu'il me plaît. J'exige que l'on fasse confiance à mon discernement et à ma raison pour prendre soin de ma vie et de celle des autres usagers en conduisant non pas dans un strict respect de règles qui peuvent parfois me mettre en danger mais en adaptant ma conduite aux circonstances et à l'environnement, les yeux sur la route plutôt que sur le compteur de vitesse. Je veux qu'on accorde foi à mon intelligence et à mon souci de l'autre.

Et tant qu'il se trouvera des élus et des hauts fonctionnaires pour vouloir m'enfermer dans leurs élevages en batterie pour citoyens conformes et amorphes, je me battrai pour être un motard au grand air et en liberté.

Et pis, c'est tout !

vendredi 9 octobre 2009

Dernières nouvelles du front

Allons bon ! Il paraît que c'est la guerre et on ne nous dit rien !

Il fallait lire le « Parisien-Aujourd'hui en France », le 5 octobre dernier, pour l'apprendre. Même qu'elle ferait rage, la guerre. Si, si ! Un truc sanglant, sûrement, pour émouvoir le journaliste d'investigation qui sommeille (et même profondément, semble-t-il) au fin fond de tout modeste porte-plume de la sécurité routière d'Etat.

« Et cékoidonkidy, çuilà ? » s'interrogeront les plus curieux de mes honorables visiteurs.

En fait, reportage de terrain à l'appui, la feuille de chou parisienne nous assène que c'est pas le grand amour entre motards et scootards des grandes villes et, notamment, de Paris. Tout ça pour illustrer un sondage GEMA Prévention/SOFRES (voir aussi MotoMag n°261 – octobre 2009) qui indique que le monde des 2-roues motorisés est bien moins homogène qu'on veut bien le dire. Le genre d'illustration à grand spectacle frappée au coin du sensationnalisme plus qu'à celui du sérieux, il faut bien le dire, et dont la plupart des titres de la presse quotidienne régionale, et même nationale, souvent, se sont fait une spécialité. Ça se voudrait de l'information alors que ce ne sont que des logorrhées.

Notre ami Nicolas Grumel y ayant répondu de manière fort pertinente sur MotoMag.com dans cet article, je n'y reviendrai pas.

Bizarrement, c'est au moment où la Sécurité Routière publie des chiffres pas très reluisants, toutes catégories confondues, que semble se dessiner une campagne d'un genre particulier qui ne cible pas seulement « les motards », éternels responsables de « l'insécurité routière », comme il est désormais de coutume. Elle fait bien mieux encore : elle voudrait décerner bons et mauvais points aux différentes sous-catégories de cet horrible monstre qu'est le monde des 2-roues motorisés. Et ça tombe plutôt bien puisque le gouvernement a quasiment mis en demeure les participants à la concertation nationale sur les 2RM de lui trouver rapido des propositions bien clinquantes pour dompter la bête (voir ici).

C'est donc simple et c'est vieux comme le monde : diviser pour régner. On n'en est pas encore à une déclaration d'amour en bonne et due forme aux « vrais » motards, faut pas déconner, mais on nous glisse à l'oreille que, dans le fond, ces derniers ne sont pas les plus pires : y a les scootards qui sont encore plus méchants et, si on creuse un peu plus, les p'tits jeunes sur leurs 50cc. « Car, voyez-vous, mon bon monsieur de la FFMC, tous ces gens-là, c'est pas des vrais motards, vous allez pas les défendre, quand même ? Y connaissent rien à la moto, y vous aiment pas et y sont mal polis, pas vrai ? »

Bref, on enfonce le coin en espérant que les Motards en Colère détourneront pudiquement le regard tandis que le couperet s'abattra sur les plus « fautifs ». La manœuvre est un peu grossière pour au moins deux raisons. D'abord, faut pas nous prendre pour des demeurés : on sait très bien que n'importe quelle mesure appliquée aux uns, s'appliquera automatiquement à tous. Et quand on sait le goût de ce gouvernement pour la poudre aux yeux, de préférence bien répressive, on peut légitimement s'inquiéter. Sans même parler des habituelles ponctions sur notre porte-monnaie tel le contrôle technique qui fait tant saliver les organismes de contrôle et la Prévention Routière, sous prétexte que trop d'adolescents meurent sur les routes. Y a rien de tel qu'un bon trémolo pour faire marcher le commerce.

Ensuite, il n'est pas dans les mœurs de la FFMC de sélectionner ceux qu'elle défend. On peut rouler en japonaise, en américaine ou en européenne, en sportive, en roadster, en custom, en routière ou en scooter, en solo, en duo, en side ou en trike, en 50, 125, 650 ou 1200, avoir 14, 21, 35, 46, 55 ou 60 ans et plus, être une femme ou un homme, hétéro ou homo, Jaune, Noir, Rouge ou Blanc, etc., la FFMC considère qu'il n'y a que des conducteurs de 2RM dont les problématiques sont les mêmes dans un contexte réglementaire et un environnement qui n'ont pas été pensés en tenant compte d'eux. Certes, compte tenu de l'engouement pour ce mode de déplacement, il est évident que tous n'ont pas la même culture, pas plus qu'ils n'ont les mêmes motivations. La difficulté est d'ailleurs davantage dans la manière de toucher ceux qui ne se considèrent pas concernés par ces problématiques que de savoir si nous devons les défendre ou pas. La réponse est évidente : c'est oui. Mais comment leur faire connaître nos combats et leur faire partager nos valeurs ? Là est plutôt la question.

Car qu'ils le veuillent ou non, tous sont confrontés aux mêmes problèmes et les crises d'humeur des uns et des autres apparaissent bien secondaires dès lors qu'on sort la tête du guidon. Du reste, il y a une prise de conscience et de plus en plus de scootards (parfois anciens motards eux-mêmes) viennent nous rencontrer. Mais la FFMC doit pouvoir faire mieux encore. Elle en est capable, comme elle a su agir auprès des jeunes depuis des années pour les sensibiliser, comme elle sait défendre les motards, pied à pied, et convaincre au-delà de ces usagers. Sans doute faut-il trouver là la raison pour laquelle tant de monde aimerait que nous ne soyons finalement que les défenseurs des seuls « vrais »motards. Mais c'est quoi au juste, un vrai motard ?

Car, depuis toujours, dans l'imagerie populaire, un cadre, deux roues et un moteur, ça a fait une moto, petite ou grosse, peu importe. Ce qui fait de tout conducteur d'un « deux-roues motorisé » un motard, en fin de compte. Ce ne sont que la législation et aussi les modes qui ont décliné ces véhicules en catégories.

Alors, non, il n'y a pas de guerre, avec personne, pas plus les automobilistes, que nous sommes dans notre immense majorité, qu'avec n'importe quels autres utilisateurs de 2RM. Le partage de la route n'est pas un combat. Il y a juste une vie quotidienne pas toujours riante et, disons-le, une certaine promiscuité, parfois, avec des cons qui ne se distinguent ni par leur nombre de roues ni par leur âge ni par leur sexe. Et c'est déjà bien suffisant comme ça.