Le Marcoblogue

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samedi 7 juillet 2012

Gépéesse versus papier : la route dans tous ses états

Je relisais ce billet de mon petit (quoique) camarade Fred narrant, avec le talent qu'on lui connaît, son dilemme pour choisir entre la carte papier et le GPS. On y trouve aussi une fort belle contribution de ce cher Komar, poétique et sensuelle à souhait dans son évocation des multiples et insoupçonnés plaisirs procurés par une carte routière savamment manipulée. On pourrait penser, à la lecture de ce texte et des commentaires qui l'accompagnent, à une réédition des fameuses batailles entre les anciens et les modernes qui m'ont tant ravi au temps désormais lointain où de méritants professeurs tentaient d'ouvrir mon esprit aux beautés de la littérature. Peut-être. Il est sans doute normal de se poser la question de mesurer les avantages comparés de l'une ou l'autre méthode.

Je mentirais effrontément si je prétendais ne pas aimer les cartes. J'en conserve beaucoup, parfois d'assez vieilles, dans un meuble réservé à cet usage dans mon petit bureau. Comme il m'est souvent reproché de trop garder, il m'est arrivé d'en jeter qui étaient usées jusqu'à la quasi-décomposition. Mais finalement, on ne se refait pas, j'aime bien ouvrir une vieille carte et regarder comment le pays qu'elle renferme a évolué.

Je rejoins Komar : la carte c'est le premier jalon vers le voyage que l'on projette. Je crois qu'un voyage commence par le rêve que génèrent la lecture de la carte et les images que nous renvoient les signes topographiques qui y sont imprimés. Loin de tarir le plaisir de la découverte sur site, elle l'amorce en préparant notre esprit, en lui énumérant la liste des sites remarquables qu'il faudrait prendre le temps d'aller voir. Elle offre une vue d'ensemble de la région traversée et de ses trésors. Toutefois, il y a une chose que ne rendront jamais exactement une carte ni un GPS, c'est la petitesse de notre condition humaine face à la majesté de la nature. Rouler en bordure de la Combe Laval ou sur la Grande Corniche entre Nice et Menton ou arriver au col du Tourmalet, par exemple, procure d'intenses émotions auxquelles ne préparent pas vraiment nos aides. Restent tout de même le toucher de la matière, son bruit quand on la manipule et l'odeur de l'encre. Comme pour un livre, en fait, un vrai livre.

Je prépare toujours mes voyages avec des cartes. Ça prend du temps car il y a mille destinations annexes ou essentielles qui sont autant de points de passage obligés que l'on souhaite intégrer à l'itinéraire. Il faut choisir. Cette route plutôt que celle-là ? Ce village et sa chapelle plutôt que celui-ci et son château ? Pourquoi pas ?

Puis, je programme... mon GPS.

Pour moi, les deux sont complémentaires. Le GPS me guidera en envoyant ses instructions dans le casque et je les suivrai. Aveuglément ? Assurément pas car il y aura ici une bifurcation vers un étang qui promet un coin pique-nique ombragé au prix d'un détour de quelques kilomètres ou là juste un toponyme évoquant une histoire particulière vers laquelle la curiosité nous enjoint de naviguer tandis que le GPS s'obstine à nous ramener au tracé originel. Et c'est aussi un plaisir que d'enfreindre ce que l'on a prévu.

D'autre fois, c'est lui, le machin électronique bête et méchant qui, à cause justement de sa logique apparemment froide et sans fantaisie, nous fait passer par une route qu'on n'avait pas prévu d'emprunter et qui se révèle être une merveille. Parfois même, c'est la combinaison d'une erreur que l'on commet et de la logique informatique du machin qui nous amène dans des endroits par lesquels, sans cela, on n'aurait jamais eu l'idée de passer. A tort.

Bien sûr, rien n'est jamais parfais. Il arrive que malgré les mises à jour, la cartographie du GPS soit erronée, de même que notre carte papier pourtant neuve. Alors, il reste l'improvisation et les notions d'orientation apprises voilà longtemps, elles aussi, malgré le fait qu'une carte au 1/150000ème n'est pas une carte topographique très précise. Et puis, à moins de voyager en Mongolie, c'est bien le diable si on ne trouvera pas un hameau où se renseigner. Il est pourtant vrai que dans certains coins des Cévennes, on arrive à regretter de ne pas avoir emporté, en plus, des fusées de détresses et un téléphone satellitaire...

Même pour mes besoins professionnels, je combine carte et GPS. Et même téléphone car il s'avère fréquemment que Google ou OVI sachent localiser précisément une adresse dont mon GPS ignore toujours l'existence. J'ai aussi pris l'habitude de demander à mes clients les coordonnées GPS de leurs chantiers perdus en pleine nature, ce qui reste le plus sûr moyen d'y parvenir quand on n'a pas la semaine devant soi. La combinaison de tous ces outils (et j'y inclus la langue, les mains et l'écriture) permet de se sortir de toutes les situations, tout au moins en France. Je pense qu'il doit en être de même dans bon nombre de pays sans qu'il soit nécessaire de transformer son top-case en réplique miniature de l'IGN.

Et de fait, ce sont des outils. On peut leur associer toutes les vertus et tous les défauts, ils ne seront jamais que ce que nous voulons qu'ils soient. Pour moi, ils sont les précieux auxiliaires de mes rêves et des découvertes que je vais chaque fois. Sachant que les plus précieuses de toutes sont les rencontres humaines, qu'elles soient dues au hasard des choix sur la carte ou à l'obstination d'un GPS. Au bout du compte, ce qui restera, c'est l'humain et tous ces gens que l'on a croisés.

Je reconnais malgré tout que, une fois rentré chez moi, quand il ne reste plus que le souvenir encore chaud du voyage, je garde encore un peu mes cartes à portée de mains. Et je les déplie encore quelques fois pour faire surgir les images en 3D des sites traversés et même de ceux qu'on a dû écarter mais que je peux imaginer. Et commencer ainsi le rêve d'un nouveau voyage.

mardi 2 août 2011

L'âme du chasseur

Voilà un livre dont l'action se situe dans l'Afrique-du-Sud d'aujourd'hui mais renvoie à l'époque de l'apartheid, à la lutte de libération de l'ANC et de ses alliés, aux compromissions et aux trahisons qui semblent inévitables dans ce genre de contextes. C'est l'histoire d'un homme tranquille, un géant Noir, un Xhosa, imperturbable conducteur d'une lymphatique Honda 200 cm3 Benly, que son passé sanguinaire va rattraper et qui va abandonner femme et enfant par amitié et fidélité à d'anciens compagnons de lutte.

Il aura fallu un simple coup de fil pour que sa vie bascule inexorablement, que le passé revienne à la surface et que les vieux réflexes réinvestissent son corps vieillissant. Le voici à nouveau Umzingeli, le chasseur. Le voilà jeté sur les routes de son pays, pour une ultime mission, dans un jeu de dupes dont il ignore tout et dans lequel il n'est qu'un pion improbable et inattendu. Inattendu, en tout cas, par ceux qui se lancent à sa poursuite et qui, peu à peu, découvrent l'homme auquel ils ont affaire. On assiste à leur lente prise de conscience, au doute qui s'installe au fur et à mesure qu'ils perdent de leur superbe et leurs arrogantes certitudes. Il ne fallait pas réveiller Umzingeli.

L'autre héros de ce thriller palpitant est le véhicule qu'il s'est choisi pour traverser l'Afrique-du-Sud. On imagine qu'il aurait pu partir en gros 4x4 fumant mais il n'en fait rien. Cet homme est la délicatesse même, il a une classe innée et un goût infaillible. Il choisit une BMW R1150 GS, « empruntée » dans la concession où il travaille comme factotum. Selon Moto Magazine, la prise en main du super-trail est facile. Selon Deon Meyer aussi. Son géant Xhosa va nous la jouer baroudeur des grands chemins avec une aisance prodigieuse et un peu surprenante mais on va aimer finalement qu'il se soit lancé dans l'aventure à moto. Et on ne sera pas les seuls : de fil en aiguille, tandis que le projet initial foire gentiment, l'ex-tueur à gages de l'ANC et du KGB va devenir un héros en mission dont les aventures sont relatées dans la presse comme dans un feuilleton. Il n'en fallait pas plus pour que la « communauté motarde » s'en mêle, au nom de la solidarité, bien sûr. Ce qui n'empêchera pas les « bikers » et les « béhèmistes » de se fritter pour savoir lesquels sont les plus solidaires, évidemment. Disons donc que l'entrée en scène des motards sud-africains – qui ne sont pas dépeints sous leur jour le plus flatteur, à vrai dire – est à peine indispensable et devient tout juste par la suite un élément un peu cocasse en raison de la confusion qu'ils provoquent.

Mais le récit est prenant, bien découpé, à la manière des films d'action américains, en une succession de scènes parfois brèves par lesquelles on suit les différents protagonistes, avec pour toile de fond la chasse à l'homme à la moto. Il n'y a pratiquement pas de temps mort même si toutes les scènes n'ont ni le même rythme ni la même intensité. Le suspense monte peu à peu, en un long crescendo qui emporte le lecteur vers la révélation finale, tandis que se brouillent les masques en même temps que les pistes.

Finalement, il y a assez peu de sang et de morts violentes. Car l'homme au passé sanguinaire dont ses poursuivants apprennent à redouter l'imprévisibilité, le chasseur chassé, est aussi un homme désabusé. Lui, le descendant des anciens princes xhosas, le guerrier qui voulait lutter noblement pour la liberté de son peuple, n'a été finalement qu'un assassin rémunéré, un pion dans une guerre sale, abandonné et oublié par ceux de ses anciens compagnons de lutte qui sont parvenus au pouvoir dans l'ombre de Mandela.

"Tu sais ce qu'est la vie ? Un lent processus de désillusion. Elle te libère de tes illusions sur les autres..."

Cette longue traque à travers le veld sud-africain est donc aussi un chemin de rédemption pour l'ancien tueur à gage pourchassé. Tandis que, tel un chien fou dans un jeu de quille, il anéantit sans le savoir le bel échafaudage de pièges et de traquenards dressé pour faire tomber d'autres têtes que la sienne, c'est de toute sa vie de tueur qu'il dresse, lui, le bilan. Et la R1150 GS devient un peu la métaphore de la renaissance à laquelle il aspire. Par son agilité et sa disponibilité, cette moto le tire de nombreux faux-pas, comme du cloaque sanguinolent de son passé, pour le porter vers des routes plus sereines, la lumière et le véritable oubli. C'est pour un petit garçon de 6 ans que brillera désormais cette lumière sous la protection du géant xhosa, le guerrier meurtri, fatigué mais apaisé. La dernière scène du livre, en même temps qu'elle annonce cette vie nouvelle, semble aussi tirer le rideau en nous disant : « Oubliez-le maintenant ! »

Ainsi soit-il !

Si donc cet été, au détour d'une étape ou d'un long après-midi de farniente ensoleillé, il vous prend l'envie de lire un excellent polar, n'hésitez pas à vous procurer « l'âme du chasseur » ou un autre titre de Deon Meyer, aux Editions du Seuil (ou Points Policier). Car s'ils sont tous aussi bien écrits que celui-ci, il y a peu de risque de faire un mauvais choix.

Et puis, n'oubliez pas ce message que semble nous adresser Deon Meyer à nous, motards : Les motos BMW sont comme l'âme des guerriers africains, nobles et indestructibles !

Bonne route et bonne lecture.

Et merci à Jean-Louis de la FFMC 84 pour cette découverte

L'âme du chasseur
(Deon Meyer – Éditions Points Policier)

mardi 28 décembre 2010

Vieux motard que jamais

Dans son édito du n°37 de «Box'R Mag» (novembre-décembre 2010), intitulé «Vieux jeunes», Pascal Litt fait le constat de la morosité qui semble avoir baigné le dernier Salon (de la moto) de Cologne. Pour l'expliquer, il invoque bien sûr la crise, à quoi s'ajouterait, selon lui, une cause encore plus «structurelle», si je puis dire: le vieillissement de la population motarde. Je ne suis évidemment pas certain que le fait de vieillir soit obligatoirement synonyme de «sinistrose». Tout au plus, cette évolution aurait-elle pour conséquence une modification - semble-t-il sensible, selon Pascal Litt - des goûts du public motard, davantage orientés vers des machines moins généralistes, peut-être moins radicales (encore que...) et plus typées (confort, voyage, rétro, etc.).

La chose mériterait certainement d'être approfondie car, malgré tout le respect que j'ai pour Pascal Litt et «Box'R Mag», leur dévotion - que je partage - à la cause de la marque à l'hélice (BMW, pour les ignares) ne rend pas cette analyse des plus objectives, surtout lorsque les victimes désignées de ce vieillissement sont... les marques japonaises.

A défaut d'être assidu aux grands événements motards (Salons, Bol d'Or, 24 Heures du Mans, Grands Prix, Super Cross, etc.) qui drainent toujours des foules considérables de passionnés, je participe régulièrement aux multiples réunions qui jalonnent la vie des militants de la FFMC. Si c'est toujours un plaisir d'y retrouver des têtes connues avec lesquelles j'ai souvent tissé quelques liens amicaux et même parfois complices, je ne puis nier que le ramage de beaucoup d'entre elles vire, année après année, au poivre et sel quand ce n'est pas franchement au blanc. Peut-être y suis-je plus sensible depuis que mon propre pelage s'enneige plus vite que je ne le souhaiterais mais le fait est là: la proportion de «vieux» militants ne semble pas baisser malgré l'augmentation continue du nombre des adhérents.

Bien sûr, voyons les choses positivement, cette persistance de la génération qui a fondé le Mouvement FFMC - La Fédé elle-même mais aussi la Mutuelle des Motards, l'Association pour la Formation des Motards, Moto Magazine et la FFMC-Loisirs - est, à bien des égards, un important facteur de pérennité en termes de transmission des valeurs qu'il porte, des réflexions menées et de l'expérience acquise en trente ans. Sans doute aussi, cette génération fût-elle un impressionnant bouillon de culture duquel ont jailli la plupart des idées qui furent mises en pratique. En somme, elle a défriché la voie dans laquelle se sont engouffrées les générations suivantes de militants et, si viendra immanquablement le temps où ses rangs s'éclairciront, il est normal qu'elle les accompagne et qu'elle continue de jouer un rôle important.

Il serait toutefois erroné de penser que les effectifs ne se renouvèlent pas. Il n'est qu'à voir la jeunesse nombreuse qui compose certains Conseils d'antenne pour s'en convaincre. La relève est là et, d'ailleurs, le Bureau National de la FFMC est majoritairement composé de trentenaires et de quadragénaires. Sa moyenne d'âge chutera encore très sensiblement lorsque je rendrai à mon tour mon tablier. Ainsi va la vie.

Cependant, si le constat de Pascal Litt (et de quelques autres), certainement empirique, s'avère juste, il me semble que nous, motards, aurions intérêt à en cerner les causes et à y trouver remède. Ne serait-ce que pour ne pas être classés par les Nations-Unies dans le répertoire des espèces en voie de disparition. Quel soulagement ce serait alors, pour tous ceux qui, depuis plus de trente ans, espèrent plus ou moins ouvertement l'éradication du motard, du scoutard et autre cyclomotoriste! Enfin, un monde entièrement dévolu aux quatre-roues, voire plus. Quelle horreur! Un vrai cauchemar!

Il est vrai que, trop souvent, le discours développé autour des 2-roues motorisés insiste plus que lourdement sur leur dangerosité. Dans une société qui voue le moindre risque aux gémonies et ne jure que par le «risque zéro», cela n'a rien de très surprenant même si cela en devient presque pitoyable à force d'outrances. Comment, dans ces conditions, des parents, tant soit peu soucieux de leurs enfants, verraient-ils d'un bon œil ces derniers enfourcher de si terrifiantes machines?

Pourtant, sans nier les risques encourus par quiconque circule en deux-roues (motorisé ou pas, d'ailleurs), la moto ce n'est pas ça. C'est bien plus que ça, beaucoup plus. C'est aussi une somme de plaisirs auxquels chacun peut s'abreuver selon son goût: plaisir de la conduite nez au vent, bien sûr, mais aussi plaisir des sensations distillées par la machine et par son moteur, plaisir d'évoluer au contact de l'environnement et de ses fragrances, plaisir de la découverte, plaisir des rencontres de hasard, plaisir du partage, plaisir de la fatigue au retour d'un roulage qui nous a enivré de plaisirs, plaisir du temps retrouvé lorsqu'on peut s'arrêter où bon nous chante et admirer un paysage sublime.

D'ailleurs, c'est avant tout cela la moto: du plaisir à l'état pur et des souvenirs à foison. On peut y venir, un peu contraint, pour son côté pratique, voire économique mais, même dans ce cas, on y trouve du plaisir (et pas seulement des avantages). Et, quand on fait le compte, tous ces plaisirs accumulés triomphent sans peine des inconvénients qui lui sont aussi liés. Que ce soit sur la route, sur la piste ou sur les chemins, la moto est un véhicule merveilleux. Et si son apprentissage est plus long et plus sérieux que pour d'autres véhicules, plus faciles ou plus confortables, avec une bonne formation et une bonne préparation elle saura toujours conquérir de nouveaux adeptes.

C'est d'ailleurs, à ma connaissance, le seul véhicule qui fait tant briller les yeux des enfants et... des vieux.

Sacré moto, va!

mercredi 15 septembre 2010

Non au motard d'élevage®

Ce «slogan» provient en droite ligne du site Motorhino.com qui, hormis son forum, semble plutôt inactif depuis plus d'un an. D'où le «®» du titre afin de rendre à Jules ce qui appartient à César.

Le site en question est celui d'une association éponyme qui, pour ce que j'en sais, s'est constituée autour de l'idée d'engager des équipes dans le «Dark Dog Moto Tour», il y a quelques années et qui l'a effectivement fait. Mais c'est aussi un de ces forums de motards dont l'un des dénominateurs communs est un humour acéré et potache - comme c'est souvent le cas chez les motards que je connais - et, en tout cas chez l'un de ses principaux animateurs qui signe «Klink», une vision de la société en général dont je me sens très proche.

MotorhinoInutile de dire que j'ai acheté le T-shirt vendu par ces sauvages et que je le porte assez fréquemment ce qui fait toujours son effet.

Le «motard d'élevage» dont au sujet duquel il est question chez Motorhino, serait, selon l'acception maison, le pilote d'usine par opposition à la foule des amateurs qui peinent à préparer une machine en vue du Moto-Tour ou les adeptes des motos de grandes séries, le plus souvent pleines de plastique - comme le dit une autre de mes références, le dessinateur Marc Bertrand, journaliste à Moto Magazine - par opposition aux amateurs de bécanes au caractère prononcé, vieilles gimbardes de récup' ou mises au goût exclusif de leur proprio. C'est du moins ce que j'ai compris au travers de mes quelques visites et je ne garantis rien. Si Klink passe par ici, il se fera certainement un plaisir de rectifier.Marc Bertand - Mondial 2007

Évidemment, de ce point de vue, je suis un motard d'élevage. Ma bécane (BMW R1200RT) est bel et bien une moto de série sans l'ombre d'une modification, hormis les autocollants dont je l'ai décorée, et pleine de plastique. Je pense même qu'il serait difficile d'en mettre plus. Ce ne serait vraiment pas raisonnable ! Malgré tout, comme je garde une vieille nostalgie de ma bonne Moto Guzzi 1000 California III (à injection) et qu'il me prend souvent le désir d'en acquérir une autre, je considère avec fierté que je n'ai pas que des goûts de chiottes même si ma BMW R1200RT ne saurait entrer dans la catégorie des motos sans intérêt. Elle est même sublime, ma Brunehilde!

Mais revenons à notre slogan.

Personnellement, je l'ai fait mien en droite ligne de mon engagement dans le Mouvement FFMC. En effet, être motard est souvent perçu comme un anachronisme dans une société où la sécurité est portée au pinacle. Faire de la moto est loin d'être sans risque, on le sait, et le discours de la DSCR (Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières), de ce point de vue, est ultra-formaté et fort explicite. En un sens, il est aussi le reflet d'une société qui peine à comprendre que l'on puisse accepter de mettre sa vie en danger au seul motif d'une passion ou par pragmatisme (déjouer les difficultés de déplacement urbain, par exemple) alors que, par opposition, la voiture est autrement plus sécurisante et confortable.

Si l'on ajoute à cela l'image d'une «communauté» à l'instinct grégaire prononcé (Il suffit pour s'en convaincre de compter le nombre de moto-clubs plus ou moins formalisés et les concentrations, bourses d'échange, puces et autres réunions motardes organisées régulièrement de par le pays), dotée d'un esprit de dérision et d'auto-dérision souvent affûté, qui défend becs et ongles la pratique de la moto - au besoin en descendant bruyamment dans la rue - et dont les codes restent le plus souvent obscurs pour les non-initiés, on a là tous les ingrédients pour faire des motards des sortes d'extra-terrestres auxquels s'attachent nombres de fantasmes dont beaucoup ont la vie dure et sont totalement injustifiés.

J'en veux pour preuve les déclarations d'Hortefeux, le 13 août dernier, promettant une répression accrue pour les utilisateurs de 2-roues motorisés, rendus responsables par la DSCR, encore elle, de la stagnation du nombre des tués sur la route en 2009. Parce que, pour ce beau monde, si les motards se tuent, c'est parce qu'ils aiment prendre des risques et ne respectent rien, surtout pas les règles. Bref, s'ils se tuent, c'est qu'ils le cherchent. Un peu comme si, chaque motard, chaque fois qu'il enfourche sa bécane, avait pour unique objectif, non pas d'arriver à destination, et surtout entier, mais, au contraire, d'aller exploser les statistiques de la DSCR rien que pour faire chi.. madame Merli ! Ridicule, bien sûr.

Je ne reprendrai pas ici l'argumentaire de la FFMC qu'il est aisé de trouver sur son site.

Dans ce cadre militant, le motard d'élevage serait celui dont rêvent bon nombre de politiques et de technocrates : un individu qui roulerait sagement, vêtu d'un gilet jaune fluo, en rasant le bas-côté sur une machine poussive tout juste capable de descendre une côte. Mieux : le motard idéal s'éclaterait sur des motos virtuelles devant sa console de jeux vidéo mais ne roulerait sur les routes que dans des boites à quatre roues.

Et bien, non ! Désolé. Je ne remiserai ma moto que le jour où je serai devenu incapable de la conduire. D'ici là, je revendique le droit de rouler aussi souvent qu'il me plaît. J'exige que l'on fasse confiance à mon discernement et à ma raison pour prendre soin de ma vie et de celle des autres usagers en conduisant non pas dans un strict respect de règles qui peuvent parfois me mettre en danger mais en adaptant ma conduite aux circonstances et à l'environnement, les yeux sur la route plutôt que sur le compteur de vitesse. Je veux qu'on accorde foi à mon intelligence et à mon souci de l'autre.

Et tant qu'il se trouvera des élus et des hauts fonctionnaires pour vouloir m'enfermer dans leurs élevages en batterie pour citoyens conformes et amorphes, je me battrai pour être un motard au grand air et en liberté.

Et pis, c'est tout !