Un jeune motard de 23 ans est mort, samedi 15 septembre vers 17h00, à la sortie sud d'Orange, sur la RN7, en direction d’Avignon. Une voiture lui a coupé la route en sortant d'un centre commercial, traversant la chaussée pour tourner à gauche en direction du centre-ville malgré l'interdiction matérialisée. Il semble également que le chauffeur de cette voiture était sous emprise alcoolique. Il a été placé en garde à vue.

Comme toujours, quand on apprend le décès d'un(e) motard(e) dans un accident de la route - et quelles qu'en puissent être les raisons dont on ignore souvent les détails - on ne peut s'empêcher d'être réellement saisi d'effroi, de désolation et de compassion, même sans connaître la victime. Ce n'est pas tant pour le fait qu'il s'agirait d'un membre du "clan", un(e) semblable, une sœur ou un frère, fauché(e) dans la fleur de l'âge, mais surtout parce qu'on sait bien que malgré les précautions qu'on peut prendre, cela peut nous arriver à tou(te)s et que cela est trop souvent arrivé à des gens qui nous étaient chers. C'est une chose difficile à expliquer, surtout quand, comme moi, on a horreur du pathos et des effets tire-larmes.

Bien sûr, la presse quotidienne régionale a rapporté l'accident : Le Dauphiné sur son site, La Provence sur le sien. Il se trouve que j'ai aussi pu lire l'article paru dans son édition de dimanche (voir en pièce jointe).

Je suis toujours surpris par la manière dont ce journal présente très souvent les accidents impliquant des motards. Qu'on ne se méprenne pas : je n'ai personnellement aucune animosité particulière envers La Provence qui, par ailleurs, relaie très régulièrement les informations concernant la FFMC 84 et lui ouvre très souvent ses colonnes. Ces journalistes font leur boulot, souvent de façon intéressantes, y compris sur des sujets plus fouillés que les faits-divers. Mais j'ignore pourquoi, lorsqu'il s'agit d'accidents de la route avec motards, certains journalistes en viennent à donner des informations discutables, pour le moins.

Ainsi, alors que l'auteur de l'article affirme dans son introduction que "l’enquête des policiers nationaux permettra d’établir dans quelles circonstances s'est joué un drame de la route hier", il indique aussitôt que "selon les premières constatations... le motard arrivant à vive allure n'a pu éviter la voiture..." Mais qui a fait ces "premières constatations" et sur quelles bases peut-on affirmer que le motard roulait à "vive allure" puisque l'enquête n'était pas bouclée ? Que signifie d'ailleurs "rouler à vive allure" et comment cela s'apprécie-t-il ? Et qui dit qu'il roulait à "vive allure" ? Et s'il roulait simplement à la vitesse autorisée ? Car le fait que sa moto soit encastrée droite dans la voiture semble surtout démontrer qu'il ne l'a vue qu'au dernier moment, trop près pour amorcer la moindre manœuvre d'évitement, voire même pour freiner. Sinon, il est fort probable qu'elle se serait couchée ou serait partie en dérapage. De plus, on a à faire ici à un équipage moto-pilote qui dépasse facilement les 300 kg. Même à 50 km/h, ça représente une belle quantité d'énergie à dissiper.

Plus loin, il est dit que le jeune motard roulait "sur une puissance Kawasaki." Quelle peut bien être l'utilité de cette précision quand il n'est nulle part fait allusion à la puissance de l'Opel Meriva qui lui a coupé la route ? Sans doute le journaliste ignore-t-il que, en France, la puissance des motocyclettes est limitée à 74 kW soit environ 106 chevaux DIN. C'est la fameuse "loi des 100 ch" qui ajoute aux si nombreuses singularités de notre cher pays. Cela signifie qu'une grande partie des voitures en circulation développe une puissance supérieure à celle des plus puissantes motocyclettes commercialisées en France. Prenez n'importe lequel des moteurs turbo-diesel actuels : ils peuvent développer jusqu'à 140 ch voire plus et cela même sur un "paisible" monospace familial ! Pourtant, bizarrement, dans aucun des articles où sont relatés les accidents entre motocyclettes et voitures, il n'est question de la "forte puissance" de celles-ci. Pourquoi cette différence de traitement ?

Un esprit par trop chagrin pourrait en conclure, tout en s’apitoyant sur le funeste sort de ce jeune motard, que sa mort répond à une sorte de fatalité. Puissance, vitesse, mort : quoi de plus logique. Or, rien de tout cela n'est démontré. Par contre, on imagine très bien l'attention qu'une personne en état d'ébriété peut apporter à sa conduite. La conséquence est déjà terriblement insupportable. Il n'est vraiment pas nécessaire de donner dans le phantasme et le poncif éculé.

Ajout du 5 octobre 2012 :

Je me suis rendu pour raisons professionnelles dans la petite zone commerciale où s'est produit l'accident. J'ai rencontré et discuté avec le commerçant de chez qui sortait le conducteur du Mériva. Il m'a confirmé que ce dernier avait coupé la route de la moto environ dix à quinze mètres devant elle. Autant dire qu'il ne lui a laissé aucune chance puisque, à 50 km/h, la moto aura parcouru 14 m avant que son conducteur commence à réagir.

Ce seul élément me semble être de nature à disqualifier définitivement le traitement scandaleux de ce drame par l'auteur de l'article qui visiblement ne connait pas grand chose à son sujet.