Le Marcoblogue

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samedi 1 décembre 2012

Connected bikes

Je lisais peinardement le dernier numéro de Motomag (n°293 - décembre 2012 - janvier 2013), arrivé durant ma longue semaine de déplacement, tout en sirotant un "Lagavulin 16 years old" de rêve (oui, on ne se refuse rien quant on l'a mérité !), lorsque je suis tombé en arrêt sur l'article de la page 18, "La technologie au service de notre sécurité". Notre excellent Nicolas Grummel y interviouve M. Claes Tingvall, directeur de la sécurité routière suédoise, un homme fort sympathique au demeurant.

Ici, notre aimable suédois nous confie, avec un enthousiasme qui fait plaisir à lire, tout le bien qu'il pense de la technologie, allant jusqu'à prédire que, "dans 10 ans, une moto interconnectée pourrait signaler son arrivée à un carrefour que veut traverser une voiture, interconnectée elle aussi. Sans cela, l'automobiliste ne verrait pas la moto"... Bref, comme aujourd'hui, quoi !

Alors, comment dire ? Je sais que je suis désormais à ranger dans la catégorie des vieux cons grincheux et d'aucuns penseront sans doute que je suis un passéiste invétéré qui marmonne devant le verre où trempe son dentier, le sempiternel "C'était mieux avant" ! Ceux-là se trompent mais là n'est pas mon propos. D'abord, j'ai pas de dentier !

La sécurité et tout ce qui peut contribuer à l'améliorer, je trouve ça très bien. Promis ! D'abord, d'une certaine façon, je me suis battu pour elle et je continue de le faire. Mais, j'ai de plus en plus souvent des poussées d'urticaire à l'évocation de ce que pourrait devenir notre monde grâce aux technologies, notamment de communication. Que voulez-vous ? Je ne vois pas ce qu'il y a de si gratifiant à être instantanément informé des états d'âme d'un pseudo-ami à l'autre bout de la planète quand on ne connait même pas son voisin de palier et qu'on ne lui adresse même pas la parole pour le saluer ou qu'on feint de ne pas voir la misère au pied de son immeuble ! Ni quand, sous couvert de sécurité, on confie sa vie à des systèmes sur lesquels on a de moins en moins de prise. Ou bien que, pour soi-disant assurer cette sécurité, il nous faille en permanence livrer de plus en plus d'informations personnelles dont la pertinence n'est pas toujours avérée et l'utilisation non exempte de suspicion.

Regardez les pubs pour les voitures : de toute évidence, ceux qui les conçoivent (les pubs et les voitures) nous prennent pour des neuneus. Quasiment pas une qui ne vante son électronique embarquée sans laquelle il semble qu'il soit impossible de faire un créneau, de démarrer en côte ou de garder ses distances avec le véhicule de devant. C'est très bien tout ça mais à ce compte, bientôt, l'usage du cerveau va devenir optionnel.

Quant à la moto, n'en parlons pas. Si pour aborder un carrefour sans me mettre en danger, il me faut une connexion internet, je vous dis pas le fun ! A force de nous promettre un monde aseptisé duquel tout risque sera éradiqué, je crains qu'on ne finisse aussi par tuer le rêve.

Je ne fais pas de la moto pour me suicider. Juste parce que j'adore les sensations que j'éprouve lorsque je prends son guidon. Je sais qu'il y a des risques mais j'essaie de les assimiler et de les anticiper (merci l'AFDM de savoir m'y aider par une formation de qualité). Et comme je sais qu'on ne pourra jamais coller des puces RFID sur tous les sangliers, piétons et enfants susceptibles de traverser ma route, comme je sais que tous les autres véhicules ne seront pas interconnectés avant longtemps et qu'il y aura encore longtemps des réfractaires dans mon genre à ce genre d'idée, je préfère m'en remettre à mon cerveau pour analyser les situations.

Rater un créneau ou un démarrage en côte ou un demi-tour, c'est pas grave. Vexant, peut-être, mais pas grave. Mais ne pas être capable de "lire" son environnement pour savoir quelle décision prendre, au volant ou au guidon, ça c'est inadmissible. Alors, en attendant ce monde idéal où d'autres cerveaux, artificiels, analyseront et décideront pour nous, je préfère garder la main sur mon sort et décider.

Personne n'est infaillible, c'est vrai. Mais le savoir incite à une certaine modestie qui est pour moi la meilleure des assurances-vie.

mardi 28 décembre 2010

Vieux motard que jamais

Dans son édito du n°37 de «Box'R Mag» (novembre-décembre 2010), intitulé «Vieux jeunes», Pascal Litt fait le constat de la morosité qui semble avoir baigné le dernier Salon (de la moto) de Cologne. Pour l'expliquer, il invoque bien sûr la crise, à quoi s'ajouterait, selon lui, une cause encore plus «structurelle», si je puis dire: le vieillissement de la population motarde. Je ne suis évidemment pas certain que le fait de vieillir soit obligatoirement synonyme de «sinistrose». Tout au plus, cette évolution aurait-elle pour conséquence une modification - semble-t-il sensible, selon Pascal Litt - des goûts du public motard, davantage orientés vers des machines moins généralistes, peut-être moins radicales (encore que...) et plus typées (confort, voyage, rétro, etc.).

La chose mériterait certainement d'être approfondie car, malgré tout le respect que j'ai pour Pascal Litt et «Box'R Mag», leur dévotion - que je partage - à la cause de la marque à l'hélice (BMW, pour les ignares) ne rend pas cette analyse des plus objectives, surtout lorsque les victimes désignées de ce vieillissement sont... les marques japonaises.

A défaut d'être assidu aux grands événements motards (Salons, Bol d'Or, 24 Heures du Mans, Grands Prix, Super Cross, etc.) qui drainent toujours des foules considérables de passionnés, je participe régulièrement aux multiples réunions qui jalonnent la vie des militants de la FFMC. Si c'est toujours un plaisir d'y retrouver des têtes connues avec lesquelles j'ai souvent tissé quelques liens amicaux et même parfois complices, je ne puis nier que le ramage de beaucoup d'entre elles vire, année après année, au poivre et sel quand ce n'est pas franchement au blanc. Peut-être y suis-je plus sensible depuis que mon propre pelage s'enneige plus vite que je ne le souhaiterais mais le fait est là: la proportion de «vieux» militants ne semble pas baisser malgré l'augmentation continue du nombre des adhérents.

Bien sûr, voyons les choses positivement, cette persistance de la génération qui a fondé le Mouvement FFMC - La Fédé elle-même mais aussi la Mutuelle des Motards, l'Association pour la Formation des Motards, Moto Magazine et la FFMC-Loisirs - est, à bien des égards, un important facteur de pérennité en termes de transmission des valeurs qu'il porte, des réflexions menées et de l'expérience acquise en trente ans. Sans doute aussi, cette génération fût-elle un impressionnant bouillon de culture duquel ont jailli la plupart des idées qui furent mises en pratique. En somme, elle a défriché la voie dans laquelle se sont engouffrées les générations suivantes de militants et, si viendra immanquablement le temps où ses rangs s'éclairciront, il est normal qu'elle les accompagne et qu'elle continue de jouer un rôle important.

Il serait toutefois erroné de penser que les effectifs ne se renouvèlent pas. Il n'est qu'à voir la jeunesse nombreuse qui compose certains Conseils d'antenne pour s'en convaincre. La relève est là et, d'ailleurs, le Bureau National de la FFMC est majoritairement composé de trentenaires et de quadragénaires. Sa moyenne d'âge chutera encore très sensiblement lorsque je rendrai à mon tour mon tablier. Ainsi va la vie.

Cependant, si le constat de Pascal Litt (et de quelques autres), certainement empirique, s'avère juste, il me semble que nous, motards, aurions intérêt à en cerner les causes et à y trouver remède. Ne serait-ce que pour ne pas être classés par les Nations-Unies dans le répertoire des espèces en voie de disparition. Quel soulagement ce serait alors, pour tous ceux qui, depuis plus de trente ans, espèrent plus ou moins ouvertement l'éradication du motard, du scoutard et autre cyclomotoriste! Enfin, un monde entièrement dévolu aux quatre-roues, voire plus. Quelle horreur! Un vrai cauchemar!

Il est vrai que, trop souvent, le discours développé autour des 2-roues motorisés insiste plus que lourdement sur leur dangerosité. Dans une société qui voue le moindre risque aux gémonies et ne jure que par le «risque zéro», cela n'a rien de très surprenant même si cela en devient presque pitoyable à force d'outrances. Comment, dans ces conditions, des parents, tant soit peu soucieux de leurs enfants, verraient-ils d'un bon œil ces derniers enfourcher de si terrifiantes machines?

Pourtant, sans nier les risques encourus par quiconque circule en deux-roues (motorisé ou pas, d'ailleurs), la moto ce n'est pas ça. C'est bien plus que ça, beaucoup plus. C'est aussi une somme de plaisirs auxquels chacun peut s'abreuver selon son goût: plaisir de la conduite nez au vent, bien sûr, mais aussi plaisir des sensations distillées par la machine et par son moteur, plaisir d'évoluer au contact de l'environnement et de ses fragrances, plaisir de la découverte, plaisir des rencontres de hasard, plaisir du partage, plaisir de la fatigue au retour d'un roulage qui nous a enivré de plaisirs, plaisir du temps retrouvé lorsqu'on peut s'arrêter où bon nous chante et admirer un paysage sublime.

D'ailleurs, c'est avant tout cela la moto: du plaisir à l'état pur et des souvenirs à foison. On peut y venir, un peu contraint, pour son côté pratique, voire économique mais, même dans ce cas, on y trouve du plaisir (et pas seulement des avantages). Et, quand on fait le compte, tous ces plaisirs accumulés triomphent sans peine des inconvénients qui lui sont aussi liés. Que ce soit sur la route, sur la piste ou sur les chemins, la moto est un véhicule merveilleux. Et si son apprentissage est plus long et plus sérieux que pour d'autres véhicules, plus faciles ou plus confortables, avec une bonne formation et une bonne préparation elle saura toujours conquérir de nouveaux adeptes.

C'est d'ailleurs, à ma connaissance, le seul véhicule qui fait tant briller les yeux des enfants et... des vieux.

Sacré moto, va!

mercredi 15 septembre 2010

Non au motard d'élevage®

Ce «slogan» provient en droite ligne du site Motorhino.com qui, hormis son forum, semble plutôt inactif depuis plus d'un an. D'où le «®» du titre afin de rendre à Jules ce qui appartient à César.

Le site en question est celui d'une association éponyme qui, pour ce que j'en sais, s'est constituée autour de l'idée d'engager des équipes dans le «Dark Dog Moto Tour», il y a quelques années et qui l'a effectivement fait. Mais c'est aussi un de ces forums de motards dont l'un des dénominateurs communs est un humour acéré et potache - comme c'est souvent le cas chez les motards que je connais - et, en tout cas chez l'un de ses principaux animateurs qui signe «Klink», une vision de la société en général dont je me sens très proche.

MotorhinoInutile de dire que j'ai acheté le T-shirt vendu par ces sauvages et que je le porte assez fréquemment ce qui fait toujours son effet.

Le «motard d'élevage» dont au sujet duquel il est question chez Motorhino, serait, selon l'acception maison, le pilote d'usine par opposition à la foule des amateurs qui peinent à préparer une machine en vue du Moto-Tour ou les adeptes des motos de grandes séries, le plus souvent pleines de plastique - comme le dit une autre de mes références, le dessinateur Marc Bertrand, journaliste à Moto Magazine - par opposition aux amateurs de bécanes au caractère prononcé, vieilles gimbardes de récup' ou mises au goût exclusif de leur proprio. C'est du moins ce que j'ai compris au travers de mes quelques visites et je ne garantis rien. Si Klink passe par ici, il se fera certainement un plaisir de rectifier.Marc Bertand - Mondial 2007

Évidemment, de ce point de vue, je suis un motard d'élevage. Ma bécane (BMW R1200RT) est bel et bien une moto de série sans l'ombre d'une modification, hormis les autocollants dont je l'ai décorée, et pleine de plastique. Je pense même qu'il serait difficile d'en mettre plus. Ce ne serait vraiment pas raisonnable ! Malgré tout, comme je garde une vieille nostalgie de ma bonne Moto Guzzi 1000 California III (à injection) et qu'il me prend souvent le désir d'en acquérir une autre, je considère avec fierté que je n'ai pas que des goûts de chiottes même si ma BMW R1200RT ne saurait entrer dans la catégorie des motos sans intérêt. Elle est même sublime, ma Brunehilde!

Mais revenons à notre slogan.

Personnellement, je l'ai fait mien en droite ligne de mon engagement dans le Mouvement FFMC. En effet, être motard est souvent perçu comme un anachronisme dans une société où la sécurité est portée au pinacle. Faire de la moto est loin d'être sans risque, on le sait, et le discours de la DSCR (Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières), de ce point de vue, est ultra-formaté et fort explicite. En un sens, il est aussi le reflet d'une société qui peine à comprendre que l'on puisse accepter de mettre sa vie en danger au seul motif d'une passion ou par pragmatisme (déjouer les difficultés de déplacement urbain, par exemple) alors que, par opposition, la voiture est autrement plus sécurisante et confortable.

Si l'on ajoute à cela l'image d'une «communauté» à l'instinct grégaire prononcé (Il suffit pour s'en convaincre de compter le nombre de moto-clubs plus ou moins formalisés et les concentrations, bourses d'échange, puces et autres réunions motardes organisées régulièrement de par le pays), dotée d'un esprit de dérision et d'auto-dérision souvent affûté, qui défend becs et ongles la pratique de la moto - au besoin en descendant bruyamment dans la rue - et dont les codes restent le plus souvent obscurs pour les non-initiés, on a là tous les ingrédients pour faire des motards des sortes d'extra-terrestres auxquels s'attachent nombres de fantasmes dont beaucoup ont la vie dure et sont totalement injustifiés.

J'en veux pour preuve les déclarations d'Hortefeux, le 13 août dernier, promettant une répression accrue pour les utilisateurs de 2-roues motorisés, rendus responsables par la DSCR, encore elle, de la stagnation du nombre des tués sur la route en 2009. Parce que, pour ce beau monde, si les motards se tuent, c'est parce qu'ils aiment prendre des risques et ne respectent rien, surtout pas les règles. Bref, s'ils se tuent, c'est qu'ils le cherchent. Un peu comme si, chaque motard, chaque fois qu'il enfourche sa bécane, avait pour unique objectif, non pas d'arriver à destination, et surtout entier, mais, au contraire, d'aller exploser les statistiques de la DSCR rien que pour faire chi.. madame Merli ! Ridicule, bien sûr.

Je ne reprendrai pas ici l'argumentaire de la FFMC qu'il est aisé de trouver sur son site.

Dans ce cadre militant, le motard d'élevage serait celui dont rêvent bon nombre de politiques et de technocrates : un individu qui roulerait sagement, vêtu d'un gilet jaune fluo, en rasant le bas-côté sur une machine poussive tout juste capable de descendre une côte. Mieux : le motard idéal s'éclaterait sur des motos virtuelles devant sa console de jeux vidéo mais ne roulerait sur les routes que dans des boites à quatre roues.

Et bien, non ! Désolé. Je ne remiserai ma moto que le jour où je serai devenu incapable de la conduire. D'ici là, je revendique le droit de rouler aussi souvent qu'il me plaît. J'exige que l'on fasse confiance à mon discernement et à ma raison pour prendre soin de ma vie et de celle des autres usagers en conduisant non pas dans un strict respect de règles qui peuvent parfois me mettre en danger mais en adaptant ma conduite aux circonstances et à l'environnement, les yeux sur la route plutôt que sur le compteur de vitesse. Je veux qu'on accorde foi à mon intelligence et à mon souci de l'autre.

Et tant qu'il se trouvera des élus et des hauts fonctionnaires pour vouloir m'enfermer dans leurs élevages en batterie pour citoyens conformes et amorphes, je me battrai pour être un motard au grand air et en liberté.

Et pis, c'est tout !