Le Marcoblogue

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mardi 31 mai 2011

Indécence

La colère monte de tous côtés et la manifestation du 18 juin prochain s'annonce d'une ampleur sans précédent malgré l'atonie soudaine de l'AFFTAC (Association Française des Fabricants et utilisateurs de Technologies d'Aide à la Conduite) dont le silence, après l'entrevue avec Guéant, semble présager d'un lâchage en bonne et due forme.

Mais il semble malheureusement que, dans nos rangs, quelques-uns perdent le sens de la mesure.

J'ai ainsi lu et entendu, ici et là, sur des forums notamment, un argument contre le "gilet jaune" qui m'a littéralement mis en rage. En substance : ce gilet serait notre "étoile jaune".

Je le dis avec toute la force de mes convictions : un tel parallèle est indécent, abjecte et est un manque de respect inacceptable pour les millions de victimes de l’Holocauste. Ceux qui s'y adonnent pervertissent les souffrances indicibles des personnes qui ont eu à porter vraiment cette marque. En le faisant, ils en minimisent le sens et la portée ainsi que l’extraordinaire barbarie de leurs bourreaux et de leurs complices. C'est une injure sans nom qui leur est faite.

Je veux croire que ces quelques enragés n'ont pas mesuré la signification réelle du symbole qu'ils usurpent de la sorte.

Que nous utilisions la dérision pour combattre les décisions d'un gouvernement passé maître dans l'art de se ridiculiser est chose normale. Mais nous devons nous garder de tels excès qui ne peuvent que discréditer notre colère. En aucun cas, notre sort ne saurait être comparé à celui des victimes de la barbarie et cela n'a jamais été le sens des combats menés par la FFMC et son Mouvement.

samedi 28 mai 2011

Une vieille salope et un gilet jaune, ça craint...

Voilà, c'est dit, ami motard : si tu as une bécane d'avant 2004, il ne faudra peut-être bientôt plus espérer te rendre dans un centre-ville. Parce que Madame Nathalie Kociusco-Morizet (NKM), ci-devant Secrétaire d’État à l’Écologie, en a décidé ainsi : une moto d'avant 2004, c'est sale. Beurk ! C'est une vieille moto bien crade et, c'est maintenant officiel, une vieille salope l'air que respirent les gentilles gens de la ville.

Cherche pas, c'est comme ça.

Pourquoi 2004 ? Ben, euh... Parce que ! Et pis c'est tout !

Avançons tout de même une explication : on dit que le rythme de renouvèlement du parc des 2-roues motorisés (DRM) français est de 7 ans. Fais le calcul, on y est. Mais ça peut aussi bien être une autre raison. Sauf qu'on ne la connaît pas. Nous autres, crétins de citoyens tout juste bons à mettre un bulletin dans une urne de temps en temps, on n'est pas assez intelligents pour comprendre. Bien sûr. Alors, quand un ministre décide un truc, on est juste priés de le croire sur parole, de dire merci - car c'est pour notre bien - et, même, si c'est pas trop demander, d'applaudir.

Dans cette histoire, il y a forcément des persifleurs qui osent rappeler que jamais, ô grand jamais, pas une seule fois, un quelconque plan d'incitation au renouvèlement du parc DRM n'a germé dans le cerveau d'un ministre. Tu sais, comme pour les bagnoles, quoi ! Tu as une vieille bécane, tu la mets à la casse et tu en achètes une neuve. Et, paf ! l’État verse une prime à la casse, genre «jupette», «balladurette» et, dernièrement, «fillonnette».

C'est que, vois-tu, en France, on n'a pas trop de constructeurs de motos, scooters et autres cyclos. Le dernier, on l'a laissé crever. Libre entreprise oblige. Alors, filer des ronds pour que ces salauds de motards achètent des brèles même pas françaises, faut pas rêver. Tandis que des caisses, c'est pas pareil. On a des marques bien d'cheu nous. Bon, elles n'y fabriquent plus trop, mais on ne va pas chipoter pour si peu.

Et puis, les vieilles bécanes, ça coûte forcément moins cher que des neuves. Ça joue, au moment du choix, quand on n'a pas le porte-feuille à l'ami Bolloré (ou Rothschild, comme tu veux). Et, en ce moment, il y en a quand même un petit peu qui comptent leurs sous. Des fois, même, des gens qui se mettent au 125cc pour échapper aux embouteillages interminables des grandes villes et qui ne veulent pas se ruiner. Sans même parler du fait que pour se loger pas loin du boulot, aujourd'hui, ce n'est pas toujours une sinécure. Alors, tu penses bien qu'on ne va pas s'arrêter à de tels détails aussi mesquins : si t'as pas les moyens de loger en centre-ville et de payer un loyer exorbitant, t'es qu'un gagne petit et un pollueur. Allez, ouste ! Dehors !

Et je ne parle même pas de ceux qui chevauchent des anciennes parce qu'ils aiment ça, tout simplement. Eux, c'est bien fait pour leur gueule ! Feraient mieux d'acheter des bécanes en plastoc estampillées «Euro6» au lieu de nous la faire à l’esbroufe façon Monnet-Goyon. Non, mais !...

Bref, t'as une bécane d'avant 2004, tu dégages et en silence, encore.

Ça s'appelle de la pédagogie.

D'accord ! C'est assez nouveau dans la bouche des gens de ce gouvernement. Alors, ils tâtonnent un peu, c'est compréhensible. Quand on est mal équipé question imagination, faut pas non plus s'attendre à des décisions lumineuses toutes les cinq minutes. Dire qu'on est à l'abri d'une usure prématurée de la rétine est un euphémisme : on est encore loin du feu d'artifice.

Sauf pour la connerie : là, ils ont gagné le pompon !

A preuve : Messieurs Fillon et Guéant ne devaient pas être au courant que, depuis deux ans, une palanquée de gens concernés par la pratique du DRM - au premier rang desquels la FFMC et son Mouvement - se réunissaient régulièrement avec les services de l’État pour mettre à plat l'ensemble des problématiques liées à ce mode de déplacement. Et là, plein d'idées saugrenues ont été battues en brèche. S'ils l'avaient su, je pense qu'ils auraient puisé dans les propositions faites pour améliorer vraiment la sécurité de ces usagers. Encore que j'ai un doute : on y parlait trop de formation et d'éducation, de pratique raisonnée, bref d'intelligence et de partage. Ça ne pouvait pas coller avec le goût du grand spectacle qu'on affectionne tant en haut lieu. Pas assez de mesures à deux balles, pas assez de répression qui fait entrer plein de sous dans les caisses vides.

Alors, nos deux beaux sires ont voulu faire les intéressants et entrer dans l'histoire de la moto, comme le fit jadis le peu regretté Christian Gérondeau, pourfendeur de la moto assassine et des motards délinquants.

Des plaques spéciales «malvoyants» et des trucs «rétro-réfléchissants» (autrement dit, des gilets fluorescents), voilà tout ce qu'ils ont réussi à pondre. Ça valait la peine de discuter pendant deux ans pour en arriver là, vraiment !

Pour ce qui est d'améliorer la sécurité des usagers de DRM, ça fait un peu pitié, quand même. Des grandes plaques, c'est génial : ça peut servir d'aérofreins et limiter l'usure des plaquettes. Pas bon pour la consommation mais comme ce sont le Premier ministre et son copain de l'Intérieur qui disent que c'est bien, on applaudit bien fort.

Après avoir voulu nous retirer la seule originalité qui pouvait contribuer un peu à notre sécurité, en voulant imposer l'allumage des feux de croisement le jour à tout le monde et après que l'Europe les a imposés au travers des feux diurnes - qui sont un pis aller à peine plus acceptable - voilà qu'ils se lamentent maintenant de notre peu de visibilité. Y a pas : c'est cohérent !

On attend pour la prochaine fois l'obligation du port, au-dessus du casque, d'une grande pancarte «Attention j'arrive !» ou d'un gyrophare ou de guirlandes de Noël lumineuses. Là, on aura fait un grand pas vers la sécurité car on nous verra enfin vraiment.

Sauf que tout cela est pitoyable et indigne de gens qui se disent préoccupés par la sécurité routière.

Comprends-moi bien : que, pour toi, le port de larges bandes réfléchissantes ou de gilet «de haute sécurité» soit un élément rassurant, pourquoi pas ? Mais ce n'est que l'illusion de la sécurité. Et si tu te fies à ta panoplie étincelante pour croire que tu seras vu, je crains que tu n'aies rapidement de très douloureuses désillusions. Nous faire croire que l'on résoudra le problème de la faible perception des DRM par un tel procédé est tout simplement irresponsable et assassin.

Car ce problème est lié à l'incapacité physiologique de notre cerveau à percevoir dans un temps relativement bref un petit objet en mouvement. Ce qui est le cas de l'automobiliste qui ne voit pas la moto arriver ou la voit trop tard. En fait, son cerveau ne la perçoit pas car il ne sait pas interpréter le signal envoyé par ses yeux. Or, pour cela, il faut être sensibilisé à l'éventualité de cette présence sur la route, c'est à dire penser qu'une moto peut arriver et prendre le temps de s'assurer que ce n'est pas le cas. De fait, les automobilistes qui conduisent des DRM sont bien moins impliqués que ceux qui n'en conduisent pas dans les accidents avec les DRM. C'est simple : ils pensent moto.

Par conséquent, MM Fillon, Guéant et consorts, lorsqu'ils nous imposent le port du gilet jaune comme solution à notre problème de perception, nous prennent tout simplement pour des cons. Leur décision est tout bonnement criminelle. Ils insinuent l'idée que ce minable gilet améliorera la sécurité et prennent le risque que ceux qui les croiront se dispensent de toute autre mesure d'anticipation. Et l'on sait que, sur un DRM peut-être plus que pour tout autre véhicule, trop de certitude et de confiance est facteur de danger.

Pour ma part, je préfère être mal vu par les autres usagers - même avec mon feu allumé en permanence - et chercher à comprendre et à anticiper leurs réactions, à attirer raisonnablement leur attention. Car finalement, c'est l'insécurité générée par l'incertitude qui m'oblige à être attentif en permanence et à adopter les comportements les plus à même de me mettre en sécurité sur ma moto. Un gilet n'y changera de toute façon rien. C'est d'ailleurs le non sens des feux de jour : ce n'est pas aux automobilistes d'être vus et d'en avoir la certitude, c'est à eux d'être suffisamment attentifs aux autres.

Je considère donc que c'est faire acte de civisme que de refuser de me plier à un diktat qui met en danger les utilisateurs de DRM. Et s'il fallait une autre raison encore plus motivée, je dirais qu'accepter de se plier à cette décision imbécile, ce serait passer par pertes et profits deux années durant lesquelles nous, militants du DRM, avons bataillé pour proposer des solutions basées sur l'expérience, la pratique et le bon sens. Solutions dont la pertinence a été reconnue par l'ensemble des acteurs de la moto mais dont ceux qui nous gouvernent (ou qui prétendent le faire un jour) n'ont pas le courage politique de les mettre en œuvre.

Or, au train où vont les choses, c'est notre droit à circuler à bord du véhicule de notre choix, qui est remis en cause. C'est l'existence même des deux-roues à moteur qui est attaquée de façon insidieuse et hypocrite.

Que notre personnel politique ne comprenne rien, dans sa grande majorité, à nos préoccupations et à nos problématique est une chose. Mais, plutôt que de céder aux sirènes de la démagogie et de l'empathie lacrymale, ils seraient mieux inspirés de nous écouter, nous, citoyens. Nous avons des choses intelligentes à leur dire. Ça devrait leur faire du bien.

Tu crois pas ?

Je t'invite à lire ceci.

Et pis, c'est tout !

vendredi 9 octobre 2009

Dernières nouvelles du front

Allons bon ! Il paraît que c'est la guerre et on ne nous dit rien !

Il fallait lire le « Parisien-Aujourd'hui en France », le 5 octobre dernier, pour l'apprendre. Même qu'elle ferait rage, la guerre. Si, si ! Un truc sanglant, sûrement, pour émouvoir le journaliste d'investigation qui sommeille (et même profondément, semble-t-il) au fin fond de tout modeste porte-plume de la sécurité routière d'Etat.

« Et cékoidonkidy, çuilà ? » s'interrogeront les plus curieux de mes honorables visiteurs.

En fait, reportage de terrain à l'appui, la feuille de chou parisienne nous assène que c'est pas le grand amour entre motards et scootards des grandes villes et, notamment, de Paris. Tout ça pour illustrer un sondage GEMA Prévention/SOFRES (voir aussi MotoMag n°261 – octobre 2009) qui indique que le monde des 2-roues motorisés est bien moins homogène qu'on veut bien le dire. Le genre d'illustration à grand spectacle frappée au coin du sensationnalisme plus qu'à celui du sérieux, il faut bien le dire, et dont la plupart des titres de la presse quotidienne régionale, et même nationale, souvent, se sont fait une spécialité. Ça se voudrait de l'information alors que ce ne sont que des logorrhées.

Notre ami Nicolas Grumel y ayant répondu de manière fort pertinente sur MotoMag.com dans cet article, je n'y reviendrai pas.

Bizarrement, c'est au moment où la Sécurité Routière publie des chiffres pas très reluisants, toutes catégories confondues, que semble se dessiner une campagne d'un genre particulier qui ne cible pas seulement « les motards », éternels responsables de « l'insécurité routière », comme il est désormais de coutume. Elle fait bien mieux encore : elle voudrait décerner bons et mauvais points aux différentes sous-catégories de cet horrible monstre qu'est le monde des 2-roues motorisés. Et ça tombe plutôt bien puisque le gouvernement a quasiment mis en demeure les participants à la concertation nationale sur les 2RM de lui trouver rapido des propositions bien clinquantes pour dompter la bête (voir ici).

C'est donc simple et c'est vieux comme le monde : diviser pour régner. On n'en est pas encore à une déclaration d'amour en bonne et due forme aux « vrais » motards, faut pas déconner, mais on nous glisse à l'oreille que, dans le fond, ces derniers ne sont pas les plus pires : y a les scootards qui sont encore plus méchants et, si on creuse un peu plus, les p'tits jeunes sur leurs 50cc. « Car, voyez-vous, mon bon monsieur de la FFMC, tous ces gens-là, c'est pas des vrais motards, vous allez pas les défendre, quand même ? Y connaissent rien à la moto, y vous aiment pas et y sont mal polis, pas vrai ? »

Bref, on enfonce le coin en espérant que les Motards en Colère détourneront pudiquement le regard tandis que le couperet s'abattra sur les plus « fautifs ». La manœuvre est un peu grossière pour au moins deux raisons. D'abord, faut pas nous prendre pour des demeurés : on sait très bien que n'importe quelle mesure appliquée aux uns, s'appliquera automatiquement à tous. Et quand on sait le goût de ce gouvernement pour la poudre aux yeux, de préférence bien répressive, on peut légitimement s'inquiéter. Sans même parler des habituelles ponctions sur notre porte-monnaie tel le contrôle technique qui fait tant saliver les organismes de contrôle et la Prévention Routière, sous prétexte que trop d'adolescents meurent sur les routes. Y a rien de tel qu'un bon trémolo pour faire marcher le commerce.

Ensuite, il n'est pas dans les mœurs de la FFMC de sélectionner ceux qu'elle défend. On peut rouler en japonaise, en américaine ou en européenne, en sportive, en roadster, en custom, en routière ou en scooter, en solo, en duo, en side ou en trike, en 50, 125, 650 ou 1200, avoir 14, 21, 35, 46, 55 ou 60 ans et plus, être une femme ou un homme, hétéro ou homo, Jaune, Noir, Rouge ou Blanc, etc., la FFMC considère qu'il n'y a que des conducteurs de 2RM dont les problématiques sont les mêmes dans un contexte réglementaire et un environnement qui n'ont pas été pensés en tenant compte d'eux. Certes, compte tenu de l'engouement pour ce mode de déplacement, il est évident que tous n'ont pas la même culture, pas plus qu'ils n'ont les mêmes motivations. La difficulté est d'ailleurs davantage dans la manière de toucher ceux qui ne se considèrent pas concernés par ces problématiques que de savoir si nous devons les défendre ou pas. La réponse est évidente : c'est oui. Mais comment leur faire connaître nos combats et leur faire partager nos valeurs ? Là est plutôt la question.

Car qu'ils le veuillent ou non, tous sont confrontés aux mêmes problèmes et les crises d'humeur des uns et des autres apparaissent bien secondaires dès lors qu'on sort la tête du guidon. Du reste, il y a une prise de conscience et de plus en plus de scootards (parfois anciens motards eux-mêmes) viennent nous rencontrer. Mais la FFMC doit pouvoir faire mieux encore. Elle en est capable, comme elle a su agir auprès des jeunes depuis des années pour les sensibiliser, comme elle sait défendre les motards, pied à pied, et convaincre au-delà de ces usagers. Sans doute faut-il trouver là la raison pour laquelle tant de monde aimerait que nous ne soyons finalement que les défenseurs des seuls « vrais »motards. Mais c'est quoi au juste, un vrai motard ?

Car, depuis toujours, dans l'imagerie populaire, un cadre, deux roues et un moteur, ça a fait une moto, petite ou grosse, peu importe. Ce qui fait de tout conducteur d'un « deux-roues motorisé » un motard, en fin de compte. Ce ne sont que la législation et aussi les modes qui ont décliné ces véhicules en catégories.

Alors, non, il n'y a pas de guerre, avec personne, pas plus les automobilistes, que nous sommes dans notre immense majorité, qu'avec n'importe quels autres utilisateurs de 2RM. Le partage de la route n'est pas un combat. Il y a juste une vie quotidienne pas toujours riante et, disons-le, une certaine promiscuité, parfois, avec des cons qui ne se distinguent ni par leur nombre de roues ni par leur âge ni par leur sexe. Et c'est déjà bien suffisant comme ça.