Le Marcoblogue

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dimanche 28 juin 2015

Le respect, ça se mérite

C'est vrai qu'elles sont tentantes, ces places quasiment toujours inoccupées, frappées du pictogramme blanc si caractéristique sur fond bleu. Elles le sont d'autant plus lorsque l'aire de stationnement est pleine à craquer et que toutes les places sont prises. C'est vrai, quoi, les gens ont quand même des mœurs sacrément grégaires pour se retrouver toujours tous ensemble dans les mêmes lieux. Et puis, fort heureusement, des handicapés, des personnes à mobilité réduite (PMR), comme on dit aujourd'hui, il n'y en a pas tant que ça. Alors...

Alors, pour ma part, je trouve méprisables ces gens qui s’arrogent le droit de décider qu'une personne handicapée devra passer son chemin et revenir un autre jour sous prétexte qu'ils avaient besoin de cet emplacement, eux et leur petit nombril autour duquel le monde entier tourne. Je pense même que ce comportement détestable est la quintessence de la connerie, de la cuistrerie la plus crasse. Je n'arrive même pas à concevoir que des gens pareils puissent être dotés d'une once d'humanité. Comment peut-on être égoïste à ce point ?

Mais ce que je trouve encore plus insupportable, c'est de constater que de telles gens appartiennent à un groupe auquel je m'identifie. Bien sûr, je ne suis pas tombé de la dernière pluie et j'ai compris depuis belle lurette que, pour ce qui est de la connerie, la proportion est sensiblement la même chez les motards et chez les autres hominidés. Mais tout de même, ça fait quelque chose de voir que des abruti(e)s se comportent à l'égard des autres exactement comme eux-mêmes trouveraient inacceptable et scandaleux que d'autres se comportent à leur égard.

C'est dire si j'ai été ulcéré de voir ces deux motos garées sur un emplacement PMR lors de la visite de Saint-Cirq-Lapopie, le 26 juin dernier.

Motards handicapés

Il faut dire, que ces deux places étaient parmi les rares à être ombragées et que le cagnard cognait dur. Je ne vois que cela comme explication car une troisième moto était garée en bordure du second emplacement (hors champ), à l'ombre donc. Par ailleurs, la municipalité ne semble pas avoir intégré que ses visiteurs puissent se déplacer autrement qu'en voitures ou en autocars puisqu'il n'y avait pas sur ce parking d'emplacement pour les deux-roues. Il n'empêche. Il y avait quelques emplacements disponibles plus loin.

Les motards sont souvent très sourcilleux, et à juste raison, sur les manquements dont ils s'estiment victimes. Il est regrettable que certains soient à ce point oublieux des règles les plus élémentaires du savoir-vivre.

vendredi 23 novembre 2012

Quand les clowns se fâchent tout rouge : mensonges et amalgames

Il était pas content du tout du tout, Hervé Dizy, le ci-devant président de la ligue contre la violence routière. Ah que non, qu'il était pas content. Alors, son machin, la LCVR, a boycotté les Rencontres Parlementaires de la Sécurité Routière qui se sont tenues à Paris le 10 octobre dernier. C'est que ça rigole pas chez "l'acteur-clé du débat" ! Mais à vrai dire, pas grand monde ne s'en était rendu compte sauf certains plus observateurs que les autres, alertés peut-être par le fait qu'il y a eu moins de crises d'hystérie qu'à l'accoutumée, ce qui est tout de même un indice et est aussi bien plus reposant.

Donc, à la LCVR, on a fait son gros pipi par terre et on s'y est roulé dedans en pleurant car à ces journées étaient invités les fabricant d'avertisseurs de radars à cause de qui, c'est bien connu, la répression est devenue stérile. Chez les "acteurs-clés du débat", on préfère quand les gens se font surprendre faute de pouvoir rester toujours les yeux rivés sur leur cinémomètre, ce qui est bien plus important que regarder la route, vous en conviendrez.

Et ce qui les rend encore plus colère, les "acteurs-clés du débat", c'est que même la FFMC y était invitée. Alors là, je vous dis pas les boules qu'il a chopé le père Dizy. Grave de chez grave ! Inviter des gens qui ont cassé des radars ? Un scandale, tout simplement ! De quoi lui causer une crise d'apoplexie à ce malheureux ! Bon, certes, il se la joue un peu, notre comique allant même à jusqu'à prêter à Manu Valls un divin courroux semblable au leur, raison de l'absence du bon ministre à ces rencontres. Surtout ne dites pas à ce pauvre Dizy que ledit ministre avait peut-être d'autres soucis plus immédiats que la grand messe de la sécurité routière où, pourtant, il aurait sans doute aimé faire son intéressant, lui aussi, et qui l'aurait aussi un peu reposé des histoires de Roms, de bandits corses et de stands de tirs marseillais. Et puis, franchement, se faire prendre en photo à côté de Dizy, pour un ministre, je vous dis pas la gloire ! Une consécration. Alors, il fallait un sacré motif pour rater une fête pareille, vous pensez pas ?

Mais bon, chez les paranoïaques hystéro-compulsifs, la mythomanie est un refuge.

Alors, soyons magnanimes. Dizy et sa ligue n'aiment pas les motards et la FFMC et le moins que l'on puisse dire est que ça se voit. Difficile pour eux de ne pas saisir la moindre occasion pour déblatérer sur notre compte, fut-ce au prix de gros mensonges qui relèvent de leurs phantasmes. C'est comme une manie, une obsession. Il faut dire qu'on ne les épargne guère et que nous argumentons pour contrer leurs délires sécuritaires et ultra-répréssifs. Mais nous, c'est avec sérieux et honnêteté. Alors, il faut bien comprendre que chez ces esprits simples, adeptes des raisonnements binaires, faciles à assimiler, les dégâts neurologiques peuvent être dévastateurs lorsqu'ils sont confrontés à une pensée aussi élaborée et rigoureuse que celle de la FFMC. Par bonheur, leur bêtise les protège un peu et leur évite de devoir chercher plus loin que leur très courte vision du monde.

Allez, j'arrête là. Je ne voudrais pas être la cause d'une nouvelle crise de larmes !

Si vous ne craignez pas la nausée : cliquez ici.

LCVR

mercredi 19 septembre 2012

L'art de dire

Un jeune motard de 23 ans est mort, samedi 15 septembre vers 17h00, à la sortie sud d'Orange, sur la RN7, en direction d’Avignon. Une voiture lui a coupé la route en sortant d'un centre commercial, traversant la chaussée pour tourner à gauche en direction du centre-ville malgré l'interdiction matérialisée. Il semble également que le chauffeur de cette voiture était sous emprise alcoolique. Il a été placé en garde à vue.

Comme toujours, quand on apprend le décès d'un(e) motard(e) dans un accident de la route - et quelles qu'en puissent être les raisons dont on ignore souvent les détails - on ne peut s'empêcher d'être réellement saisi d'effroi, de désolation et de compassion, même sans connaître la victime. Ce n'est pas tant pour le fait qu'il s'agirait d'un membre du "clan", un(e) semblable, une sœur ou un frère, fauché(e) dans la fleur de l'âge, mais surtout parce qu'on sait bien que malgré les précautions qu'on peut prendre, cela peut nous arriver à tou(te)s et que cela est trop souvent arrivé à des gens qui nous étaient chers. C'est une chose difficile à expliquer, surtout quand, comme moi, on a horreur du pathos et des effets tire-larmes.

Bien sûr, la presse quotidienne régionale a rapporté l'accident : Le Dauphiné sur son site, La Provence sur le sien. Il se trouve que j'ai aussi pu lire l'article paru dans son édition de dimanche (voir en pièce jointe).

Je suis toujours surpris par la manière dont ce journal présente très souvent les accidents impliquant des motards. Qu'on ne se méprenne pas : je n'ai personnellement aucune animosité particulière envers La Provence qui, par ailleurs, relaie très régulièrement les informations concernant la FFMC 84 et lui ouvre très souvent ses colonnes. Ces journalistes font leur boulot, souvent de façon intéressantes, y compris sur des sujets plus fouillés que les faits-divers. Mais j'ignore pourquoi, lorsqu'il s'agit d'accidents de la route avec motards, certains journalistes en viennent à donner des informations discutables, pour le moins.

Ainsi, alors que l'auteur de l'article affirme dans son introduction que "l’enquête des policiers nationaux permettra d’établir dans quelles circonstances s'est joué un drame de la route hier", il indique aussitôt que "selon les premières constatations... le motard arrivant à vive allure n'a pu éviter la voiture..." Mais qui a fait ces "premières constatations" et sur quelles bases peut-on affirmer que le motard roulait à "vive allure" puisque l'enquête n'était pas bouclée ? Que signifie d'ailleurs "rouler à vive allure" et comment cela s'apprécie-t-il ? Et qui dit qu'il roulait à "vive allure" ? Et s'il roulait simplement à la vitesse autorisée ? Car le fait que sa moto soit encastrée droite dans la voiture semble surtout démontrer qu'il ne l'a vue qu'au dernier moment, trop près pour amorcer la moindre manœuvre d'évitement, voire même pour freiner. Sinon, il est fort probable qu'elle se serait couchée ou serait partie en dérapage. De plus, on a à faire ici à un équipage moto-pilote qui dépasse facilement les 300 kg. Même à 50 km/h, ça représente une belle quantité d'énergie à dissiper.

Plus loin, il est dit que le jeune motard roulait "sur une puissance Kawasaki." Quelle peut bien être l'utilité de cette précision quand il n'est nulle part fait allusion à la puissance de l'Opel Meriva qui lui a coupé la route ? Sans doute le journaliste ignore-t-il que, en France, la puissance des motocyclettes est limitée à 74 kW soit environ 106 chevaux DIN. C'est la fameuse "loi des 100 ch" qui ajoute aux si nombreuses singularités de notre cher pays. Cela signifie qu'une grande partie des voitures en circulation développe une puissance supérieure à celle des plus puissantes motocyclettes commercialisées en France. Prenez n'importe lequel des moteurs turbo-diesel actuels : ils peuvent développer jusqu'à 140 ch voire plus et cela même sur un "paisible" monospace familial ! Pourtant, bizarrement, dans aucun des articles où sont relatés les accidents entre motocyclettes et voitures, il n'est question de la "forte puissance" de celles-ci. Pourquoi cette différence de traitement ?

Un esprit par trop chagrin pourrait en conclure, tout en s’apitoyant sur le funeste sort de ce jeune motard, que sa mort répond à une sorte de fatalité. Puissance, vitesse, mort : quoi de plus logique. Or, rien de tout cela n'est démontré. Par contre, on imagine très bien l'attention qu'une personne en état d'ébriété peut apporter à sa conduite. La conséquence est déjà terriblement insupportable. Il n'est vraiment pas nécessaire de donner dans le phantasme et le poncif éculé.

Ajout du 5 octobre 2012 :

Je me suis rendu pour raisons professionnelles dans la petite zone commerciale où s'est produit l'accident. J'ai rencontré et discuté avec le commerçant de chez qui sortait le conducteur du Mériva. Il m'a confirmé que ce dernier avait coupé la route de la moto environ dix à quinze mètres devant elle. Autant dire qu'il ne lui a laissé aucune chance puisque, à 50 km/h, la moto aura parcouru 14 m avant que son conducteur commence à réagir.

Ce seul élément me semble être de nature à disqualifier définitivement le traitement scandaleux de ce drame par l'auteur de l'article qui visiblement ne connait pas grand chose à son sujet.

dimanche 9 septembre 2012

Permis de tuer ?

Ce soir, dans le cadre de son émission "Zone interdite", M6 s'intéressera à l'épineuse question "Conduire avec ou sans permis de conduire : enquête sur ces Français prêts à tout !", avec point d’exclamation et tout ça. "Alors que cet été 2012 a été plus meurtrier que l'an dernier sur les routes de France, (+ 3,6% de décès par rapport à juillet 2011), plusieurs des conducteurs impliqués dans ces accidents mortels roulaient sans permis. Qui sont ces Français qui osent prendre des risques avec leur vie et celles des autres sur la route ? Quelles sont leurs combines pour ne pas se faire prendre ? Pourquoi est-il si difficile de décrocher cet examen en France ?", annonce même le site de la chaine.

Je sais ce que vous allez me dire : "On s'en fout !" et sans doute aurez-vous raison. M6, comme la plupart des autres chaines de télé, d'ailleurs, hélas, donne assez peu souvent dans la finesse, est plutôt adepte de l'enfoncement de portes ouvertes et de la sécurité routière à grand spectacle et sait manipuler avec un talent certain tous les poncifs les plus éculés énoncés sur le sujet depuis l'invention de la roue. Il y a donc peu de chance que l'émission de ce soir diffère beaucoup des précédentes.

Derrière la présentation toujours très aguicheuse du sujet, il y a aussi cette affirmation selon laquelle rouler sans permis serait quasiment une tentative d'homicide plus ou moins volontaire. Raccourci simpliste, bien sûr, que la plupart des journaux n'ont pas manqué d'utiliser lorsque ces faits-divers sont venus défrayer la chronique. Conduire sans permis = assassin ! Si ça c'est pas de la rigueur journalistique, pas vrai ?

Pourtant, le sujet est intéressant. Il aborde un phénomène qui, apparemment, tend à se développer ou, peut-être, à être plus visible. Se poser la question est donc pertinent. Mais pourquoi, encore une fois, ces raccourcis stupides et ces amalgames ?

Pourquoi mélanger, par exemple, la prétendue difficulté du permis de conduire français avec les problèmes liés à son annulation pour certaines personnes ? Que certaines de ces gens se retrouvent pareillement à conduire sans permis est une évidence mais les causes ne sont pas forcément les mêmes, pas plus que la motivation à enfreindre la loi.

Il y a aussi une certaine malhonnêteté à laisser entendre que conduire sans permis serait obligatoirement dangereux. Dire cela n'est pas militer pour promouvoir cette infraction (ou ce délit). Il faut juste reconnaître que l'acte technique de conduire, en soi, est relativement simple et à la portée du premier benêt venu. La difficulté n'est pas tant de déplacer son véhicule que de le contrôler en toutes circonstances. Or, quelqu'un qui s'applique à conduire raisonnablement peut parfaitement passer totalement inaperçu dans la circulation. S'il a des difficultés de mémorisation, de compréhension ou autre, il peut échouer de très nombreuses fois à l'examen du permis qui n'est qu'un acte administratif mais affirmer avec raison qu'il "sait conduire".

Pareillement, la personne qui voit son permis suspendu ou annulé "sait conduire", elle aussi. Elle a appris, elle a passé et réussi l'examen. Simplement, elle est sanctionnée : la loi lui interdit de conduire pendant un laps de temps plus ou moins long, voire définitivement. Ce qui importe, c'est le motif pour lequel le permis lui a été retiré. La mise en danger d'autrui est affaire de comportement et la possession ou non du permis n'est pas en cause au contraire de la raison de son retrait dans certains cas. Il est d'ailleurs assez significatif de constater que les personnes sans permis qui ont causé les accidents mortels de cet été étaient à peu près toutes sous emprise alcoolique ou de stupéfiants, en état d'euphorie et de désinhibition, incapables donc de maîtriser leur véhicule. C'était même la raison pour laquelle leur permis leur avait été retiré quelques temps avant. Elles auraient aussi bien pu avoir le même accident avant leur retrait de permis si elles ne s'étaient faites prendre par la patrouille. La justice les a punies mais ne les a pas mises hors d'état de nuire, ce qui n'a pas manqué de se produire, malheureusement. Sans doute parce qu'elles font partie de cette frange de la population qui ne se remet jamais en cause, ne vit que pour elle en méprisant les autres et la loi, et très certainement en raison même de son addiction qui lui interdit tout raisonnement rationnel. Là où la plupart font amende honorable et acceptent la sanction sans faire d'éclats, ces gens crient à l'injustice et recommencent, inconscients du danger qu'ils représentent.

Quant à la question de la difficulté de l'examen du permis de conduire en France, elle me laisse assez dubitatif. Peut-être les pratiques commerciales de certaines écoles de conduite ont-elles popularisé l'idée qu'on pouvait obtenir son permis à bas coût, grâce à un forfait d'heures tellement étriqué qu'il s'avère insuffisant pour une part significative de la clientèle. Que cela induise les gens en erreur et qu'ils tentent leur chance mal préparés, il est possible que ce soit la raison pour laquelle on s'apitoie sur cette difficulté. Mais est-ce bien le cas ? Le permis de conduire est un examen et comme tous les examens, il se prépare. C'est à dire que, pour avoir une chance de l'obtenir, il faut atteindre un certain niveau de compréhension et de compétence. Soumis à la marchandisation, il a un coût qui n'est pas négligeable et qui, pour des personnes un peu imperméables aux apprentissages, peut atteindre des sommes conséquences, parfois même abusives. Il n'en reste pas moins que conduire un véhicule n'est pas un acte anodin. Au-delà de la "facilité technique" dont je parlais plus haut, il y a tout un ensemble d'autres aspects qui doivent permettre d'appréhender un vrai partage de la route, le respect mutuel entre usagers, l'anticipation des situations à risque et la maîtrise du véhicule, sans même parler des règles liées au Code de la Route. Sans même rappeler aussi qu'une grande partie du "savoir (se) conduire" nous vient avec l'expérience. Alors trop difficile le permis ? Voire ! Les copains de l'AFDM pourraient en parler mieux que moi. Il est certainement possible d'améliorer les choses pour concilier la nécessité d'un niveau de compétence raisonnable avec son utilité sociale pour beaucoup de gens dont l'activité salariée en dépend. Au-delà, on ne peut traiter cette question sans interroger la pertinence des choix d'urbanisation et les politiques de transports et de déplacements, c'est à dire nos choix de société.

Et, sans doute, en nous interrogeant sur nos choix, trouverions-nous aussi des réponses à nos interrogations autour de la sécurité routière et sur l'usage que certains font de leur permis, valide ou pas.

dimanche 26 août 2012

Y a pas mort d'homme, faut dire...

Vous savez comme moi comment ils sont les minots, toujours à fanfaronner, à se croire invincibles, immortels et à prétendre savoir toujours tout mieux que personne. Ils n'ont forcément aucun besoin d'un conseil et encore moins d'une quelconque mise en garde puisque rien ne peut leur arriver. Et si jamais ça arrive quand même, ils se gardent bien d'aller se vanter de leur mésaventure, des fois qu'on abimerait un peu plus leur petit ego cabossé d'un "je t'avais prévenu" qui signerait l'humiliation suprême. C'est déjà bien assez de devoir passer sous les fourches caudines des vieux, toujours à s'inquiéter d'un rien et à faire perdre leur précieux temps aux jeunes aventuriers.

Celui-là, il était bien à point. Je ne sais pas depuis combien de temps il poussait son brêlon sous le cagnard impitoyable et par 32°C au bas mot mais s'il avait jamais été arrogant et suffisant dans sa vie antérieure, il n'en gardait plus aucun vestige visible. Cramoisi, qu'il était le gamin. Et humble. Nous, on croisait tranquilles comme Baptiste sur la route D66 qui monte au col Saint-Sébastien, en direction de Mens. C'était vers les 17h30. Je me suis arrêté à son côté pour savoir de quoi il retournait. Il devait avoir dans les 16 ou 18 ans et il ruisselait toute l'eau de son corps à pousser une sorte de trail 125 cc. Nous, on n'avait plus de flotte, malheureusement, et il nous tardait justement d'arriver à Mens pour boire un bon coup. Lui, il s'était vautré, qu'il nous a dit, et depuis plus moyen de faire démarrer son bourrin. Mais besoin de rien. Personne à prévenir à Mens qui était sa destination, soi-disant. Et puis têtu comme une mule, le jeunot. Il ne voulait rien savoir, rien dire, un peu méfiant peut-être ou incrédule de voir que deux adultes veuillent l'aider. Ou trop timide pour accepter, allez savoir. Il était à deux doigts de défaillir mais tout allait bien, promis, juré.

Alors, on a passé notre chemin en lui souhaitant bonne chance. Pour être honnête, je pense qu'à son âge, j'aurais fait comme lui malgré la chaleur écrasante. Surtout ne rien devoir à personne. Et puis, j'ai pensé plus tard que son histoire était peut-être pas la bonne version ; que, tout simplement, il avait été trop optimiste et qu'il était tombé en rade de carburant et était maintenant vexé comme un pou, forcément. Comme un con, j'ai même pas pensé à lui poser la question pour l'essence. Ça vaut rien de bon à personne, ces fortes chaleurs. Mais quand même, ça ne nous satisfaisait pas de le laisser à son petit calvaire d'apprenti-motard, à deux kilomètres du col, soit encore pas loin d'une petite heure de poussette, même si après il avait quatre kilomètres de descente salvatrice.

Arrivés à Mens, on s'est arrêté dans un bistrot en quête de la gendarmerie. On nous a indiqué l'endroit en nous précisant que, restrictions budgétaires obligent, la brigade avait émigré à Monestier-de-Clermont et que le bâtiment était fréquemment vide. En effet, il n'y avait pas foule. Juste un interphone près de la porte avec la mention : "Pour entrer en communication avec la gendarmerie nationale, appuyez sur le bouton". On a appuyé sur le gros bouton et une personne de l'autre côté du machin nous a demandé de quoi il retournait après les politesses d'usage. On lui a donc exposé le topo en détail. La personne nous a répondu après un bref instant de réflexion que, non, désolé, mais c'était pas à eux de s'occuper de ça, qu'il avait qu'à appeler un dépanneur. Ça valait la peine d'expliquer que le gamin avait plutôt été du genre mutique avec nous et que cette suggestion ne l'avait pas vraiment séduit. Quant à se lancer dans des considérations d'ordre philosophique sur la psychologie assez tortueuse des adolescents, un féroce élan de lassitude m'y a fait renoncer. Notez que nous-mêmes n'avions pas suggéré que la noble gendarmerie s'abaisse à jouer les dépanneuses pour un vulgaire gamin de péquin lambda en semi-détresse le long d'une route départementale. On se disait juste qu'il devait bien y avoir un véhicule en patrouille dans le canton et qu'il pouvait faire un petit détour par la RD66 pour s'assurer que notre bonhomme ne s'était pas transformé en tas de charbon. Parce que dans ce pays, il y a toujours une bagnole de la gendarmerie en maraude, c'est bien connu. Sauf quand t'en as besoin, évidemment. D'ailleurs, je ne peux pas imaginer que cette personne, aussitôt après avoir raccroché, n'a pas lancé un appel à ses collègues pouvant croiser dans le coin, juste par acquis de conscience, tellement le contraire me paraît inconcevable.

Je me dis aussi que si elle a un enfant en âge de divaguer à moto sur les routes avoisinantes, elle serait bien contente qu'un simple passant puisse s'inquiéter d'une mésaventure, certainement banale et sans conséquence grave, survenant à sa progéniture.

Peut-être aussi, aurait-on pu appeler les pompiers. Ou mentir et déclarer qu'il était blessé. Pourquoi pas ? Mais ce qui surprend aussi, et irrite, je dois dire, c'est que parmi les personnes de ce village qui étaient présentes quand nous en avons parlé, il ne s'en soit trouvé aucune pour proposer une autre idée ou une autre solution. En fait, personne ne se sent concerné mais chacun dénonce l'égoïsme de ses semblables, surtout si c'est relaté par un reportage à la télé. Je m'interroge pourtant : à partir de quand peut-on parler de non-assistance à personne en danger ? Forcément, quand tout finit bien, la question ne se pose pas et chacun fait mine de minimiser l'événement. Mais sinon ? Qui peut dire que dans un tel contexte caniculaire, ce gamin n'était pas réellement en danger ?

On vit dans un monde formidable, décidément !

samedi 7 juillet 2012

Un petit coup pour la route

Alors, voilà. Il paraît que depuis le 1er juillet dernier on doit avoir par devers soi un éthylotest dès lors qu'on est au volant d'une caisse ou au guidon d'une bécane de plus de 50 cm3. C'est dingue tout ce qu'on fait pour la sécurité routière dans ce pays, quand on y pense. J'en suis tout ébaudi, parole !

Mes pensées émues et admiratives vont vers les auteurs de cette initiative si géniale, n'ayons pas peur des mots. Fallait oser, non ? Allez, ne dites pas le contraire. Vous n'y auriez pas pensé. Sauf, évidemment, si vous êtes VRP en éthylotests ou si vous pédégez une entreprise qui en fabrique. Mais à part ces cas extrêmes, que dalle ! Personne d'un peu sensé n'y aurait pensé. Et c'est là qu'on voit affleurer tout le génie de nos technocrates. C'est payé combien avec nos impôts un (haut) fonctionnaire de la DSCR ? Un max, non ? Sûrement. Il doit y en avoir eu une belle palanquée qui de réunions de service en réunions de secouement de neurones, avec l'aide des pédégés cités précédemment, en est arrivé à cette évidence : "pour lutter contre l'alcoolisme - surtout au volant - chaque citoyen de ce pays devrait posséder un éthylotest. Allez, zou ! Ça s'arrose, tiens !" C'est dire si un truc de rien du tout qui est censé être vendu entre 1 et 2 €, nous a déjà coûté bonbon, rien que là !

Mais c'est ici que l'émotion m'étreint. Ça va être le double effet "kiss cool" car vu le nombre d'éthylotrucs qui va être vendu, ce sera le jackpot pour les fabricants et les importateurs. Génial, non ? Et pour tout dire, on peut même parler de triple effet puisque ces anodines petites choses sont périssables. Si ! Dingue, non ? Du coup, on va être un paquet à se prendre des prunes à 11 € pour non détention d'un accessoire de sécurité obligatoire valide. Ben si ! Comme on est heureusement assez nombreux à ne pas boire d'alcool quand on conduit, on ne va pas trop s'en soucier, nous, du machin. Et c'est là que le piège machiavélique va se refermer sur notre innocent civisme : on se croit exemplaire alors qu'on est désormais un délinquant de la pire espèce. Ne me dites pas que ce n'est pas du génie ! Ça tient quasiment du divin, en fait.

On comprend la mine réjouie des cadors de la DSCR. C'était touchant. Leurs yeux brillaient comme ceux d'une poule qui vient de trouver une fourchette. Pour certains, on croirait à l'aboutissement d'une vie. C'est peut-être le cas, d'ailleurs. Alors, l'image d'un bonheur simple comme celui-là, faut pas y toucher. C'est trop beau. Ce serait trop cruel de leur dire que, une fois de plus, car ça arrive souvent, ils sont à côté de la plaque. Surtout pas ! Ils sont toujours contents d'eux, ces gens-là et, finalement, leur bonheur est un rayon de soleil dans nos jours si gris...

Nan, je rigole !

A moins qu'on me l'offre, auquel cas il serait impoli de le refuser - et ce d'autant plus qu'il sera de toute façon payé avec nos impôts - je ne ferai pas l'acquisition d'un éthylotest. Ni pour la caisse ni pour la moto. Je sais, ce n'est pas très civique comme comportement. J'assume. Car, voyez-vous, je commence à être très fatigué des idées géniales des gens de la DSCR et de leurs copains, toujours satisfaits d'eux-mêmes et toujours sourds aux propositions de qui n'a pas le privilège d'appartenir à ce gotha. Ce sont des clowns sans talent qui ne font rire (mais jaune) que par leur incompétence et l'imbécilité de leurs décisions.

Alors, pas d'éthylotest. Pas de brassard jaune. Je conserve sur un appareil les emplacements des radars que j'ai collectés et je continue de relever ceux des nouveaux que je croise sur ma route. Personne ne peut me l'interdire quand bien même une loi scélérate prétendrait m'enlever cette liberté. De même que personne ne peut m'interdire d'en parler avec mes amis. C'est ma façon à moi de résister à cette politique répressive et liberticide ainsi qu'à cette bande de rigolos incapables et de leur dire que je les emmerde.

Sans ostentation mais avec conviction !

samedi 10 mars 2012

Cons et la vue basse !

Comme on le sait, la sécurité routière en France, c'est beaucoup de fumée et surtout de répression, beaucoup de déclarations stupides et de vent de la part de ceux qui sont censés la ... euh... comment dire ?... penser (Non, quoi, rigolez pas, c'est avec votre argent !). Surtout en ce qui concerne celle des motards, bien sûr. Je ne reviendrai pas sur le désormais célèbre brassard fluo ni sur la taille de nos plaques qui valent ses plus riches heures à celui qu'on devrait appeler "M. Moto National" mais qui n'est finalement que l'avatar le plus misérable d'une politique qui prétend vouloir notre bien. Voilà un gus qui voulait certainement se faire mousser devant les copains et qui se couvre de ridicule chaque fois que son patron ouvre la bouche. Quelle belle constance !

Tout cela nous conduit donc à donner de la voix les 24 et 25 mars prochain pour affirmer qu'une autre politique de sécurité routière est possible.

L'un des points sur lesquels insiste fortement la FFMC est le port d'équipements sécurisants pour le conducteur et ses passagers. Je veux dire que, au-delà du casque obligatoire (avec ses étiquettes réfléchissantes, pardi !), un conducteur de 2-roues motorisé (2RM) tant soit peu soucieux de sa sécurité doit aussi porter des gants, une veste avec des protections, un pantalon de toile solide si possible avec des protections lui aussi et des chaussures montantes ou des bottes protégeant la malléole. Là-dessus, la plupart des gens qui savent ce que signifie conduire une moto sont à peu près d'accord. La FFMC prêche pour des campagnes d'incitation accompagnées par les assureurs à l'instar de ce que fait la Mutuelle des Motards. D'autres plus radicaux voudraient instaurer une obligation qui aurait l'avantage de se dispenser d'explications et donc de devoir convaincre. Toujours ce déficit de confiance en l'intelligence de l'être humain. Et c'est là qu'on retrouve la farouche volonté de l’État qui se contente, lui, de gilets jaunes et de plaques A4. On en rirait presque si ce n'était si tragique, hein, M. Moto ?

Si les campagnes pour le port d'un équipement sérieux ne sont malheureusement pas pléthoriques, force est de constater que chez certains annonceurs la vision de l'équipement de l'utilisateur de 2RM reste plus que préoccupante, hélas, alors qu'ils ont d'importants moyens de diffusion. Le mot "vision" est d'ailleurs le mot juste puisque les auteurs de la dernière ineptie en date sont les "communicants" de l'opticien de notre Johnny national : Optic 2000.

Dans leur dernière pub, on voit une bien charmante personne enfiler son casque demi-jet sur sa belle paire de lunettes et grimper sur sa moto. Mais là, pas de risque que son équipement nous prive le moins du monde d'admirer sa plastique alléchante. La dame est en short et débardeur, rien de plus, et vous toise crânement genre "motarde pure et dure". Chez Optic 2000, en plus d'avoir des goûts de chiotte, question rock n' roll, on ne se prive pas d'avoir des idées sexistes, pour ne pas dire "cul-cul", de la femme à moto et des motards en général.

Je ne mentirai pas : je préfère regarder la jolie dame que la trogne du Johnny. Mais déjà ça, la regarder presque à poil sur sa moto, ça me fait mal. Je sais bien qu'on ne monte pas sur nos bécanes pour se vautrer mais quand même, on sait que ça peut arriver. Je sais toute la difficulté que nous avons à convaincre les adolescents, en particulier, de se vêtir sérieusement pour conduire leurs cyclos, surtout l'été. Comment expliquer à des gamins qui ne peuvent évidemment pas l'imaginer la cruauté de certaines blessures causées par les glissades sur le goudron ?

On peut donc dire qu'Optic 2000 va beaucoup nous aider avec sa pub imbécile. C'est quand même étrange qu'un opticien ne soit pas capable de voir plus loin que le bout de son chiffre d'affaire.

Triste !

dimanche 27 septembre 2009

Intérêt général

Vous vous en souvenez certainement, les privilèges, dans notre beau pays, ont été abolis dans la fameuse nuit du 4 août 1789. C'était le bon vieux temps,en somme !

Car, depuis, il faut bien reconnaitre, qu'ils n'ont eu de cesse de revenir et de prospérer. Les exemples ne manquent pas, je vous fais grâce de la liste.

Le dernier en date concerne les taxis parisiens (et les transports en commun, d'ailleurs) sur l'autoroute A1, entre La Courneuve et le tunnel de Landry, sur laquelle une voie leur est réservée sur quelque chose comme 5 km, de 7h00 à 10h00, chaque jour.

Résultat : pour 5 mn que gagnent les taxis qui font la navette sur Roissy, les autres usagers se retrouvent coincés dans des embouteillages monstres et y perdent quelques bons quarts d'heure. Sans parler des prunes pour ceux qui se risquent à bafouer le droit de passage des vrais pro.

C'est sûrement cela qu'on appelle l'intérêt général, puisque nous sommes une République dans laquelle les restrictions de liberté ne peuvent être motivées que par lui. Sauf qu'à bien y regarder, ça ressemble furieusement à un privilège, non ?

Certes, me diront certains, il y en a bien d'autres et, après tout, ce n'est qu'une expérimentation. Bien sûr, et c'est donc bien normal. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

J'objecterai cependant que j'ai du mal à saisir les finesses d'une logique qui, pour faciliter le boulot de quelques-uns, prétexte louable entre mille, s'applique à emmerder la foule du commun. En s'appuyant, de plus, sur une superbe technologie de vidéo-détection pour sanctionner les rebelles. Non seulement, on fait chier le monde mais, en plus, ça rapporte à l'Etat (qui en a bien besoin). Pourquoi se priver ?

A l'opposée, il se trouve ce fameux tunnel duplex de l'A86, lui aussi sous vidéo-surveillance (mais là pour des raisons de sécurité et de régulation du trafic, nous dit-on) et qui n'est interdit qu'aux motos (et aux véhicules de plus de 2 m de haut, vue sa conception). Il paraît que le machin informatique n'a pas encore tout intégré des subtilités des deux-roues motorisés. C'est un peu con un ordinateur, pas vrai ?

Bref, il semble qu'en région parisienne, on ne sache rien faire sans devoir emmerder quelqu'un.

Vous me direz que je me mêle de choses qui ne me regardent pas. C'est vrai : j'habite en provi(e)nce et pas la plus désagréable, soit dit en passant. Mais il n'empêche que je regarde tout ça d'un œil très perplexe en raison d'un principe assez répandu dans notre pays et qui veut que, quand des responsables ont une idée à la con quelque part, celle-ci finit par contaminer de nombreux autres responsables partout ailleurs. Je dis responsable, bien sûr, pour rester poli.

C'est donc pire qu'une pandémie de grippe cochonne. Alors, je me dis que personne, où qu'il habite dans notre merveilleux pays, n'est vraiment à l'abri des conséquences de cette conception un peu particulière de l'intérêt général.

Certes, il existe un remède : se regrouper et se mobiliser pour faire échec à ces décisions. Mais bon, vous le saviez déjà, heureusement !