Le Marcoblogue

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vendredi 21 août 2015

Permis de conduire sans permis de conduire : deuxième couche

Si tu le permets[1], je vais apporter ici deux/trois réponses à certaines réactions à mon billet précédent. Ce sera peut-être plus simple pour exprimer mon opinion que des réponses au fil de la discussion. Ceci d'autant plus que les contributions sont encore plus nombreuses sur la page Facebook de Motomag où sont d'ailleurs reproduites certaines de celles qui font suite à mon billet.

Je constate d'abord que ma prise de position n'est pas isolée[2] et que beaucoup de contributeurs, dont certains disent ne pas spécialement porter madame Taubira dans leur cœur[3], font une lecture de l'article 15 similaire à la mienne. Je ne cache pas que cela me réjouit car, comme je l'ai exprimé à ma façon dans mon billet, la politique de sécurité routière ne souffre généralement pas de discordance et l'expression d'idées divergeant de la doxa est assimilée sans appel à un crime de haute trahison.
Un grand merci donc à Moto Mag pour son article qui propose, malgré son titre un poil provocateur, une analyse objective, hors de toute passion, qui permet en conséquence de poser ce débat et à Pascal Wolf, membre éminent de l'AFDM qui, en tant que tel, sait de quoi il parle en matière de formation à la conduite, dont les explications apportent, elles aussi, un éclairage précieux.
Cela n'a rien de surprenant. Le Mouvement FFMC a toujours défendu les positions qu'il croyait justes même lorsque celles-ci étaient à contre-courant de l'opinion dominante. Je précise quand même, au cas où tu serais tenté d'en tirer des conclusions hâtives, que la FFMC ne s'est pas exprimée sur ce sujet, à ma connaissance, et que, en ce qui me concerne, les propos que je tiens ici ne l'engagent ni de près ni de loin car je n'ai aucune légitimité à parler pour elle. Débrouille-toi avec ça.

Les commentaires que je cite ci-dessous proviennent donc de mon blogue et du billet évoqué plus haut.

Dudule me dit donc (en 3) :

  • ...mais bien sûr...on a qu'a légaliser le shit aussi !
    • Pourquoi pas ? Certains pays l'ont fait et je ne sache pas qu'ils soient plus cons que nous ! D'autres commentaires parlent du viol ou d'autres crimes. Mais on est hors sujet là. Il faut arrêter de tout mélanger à tout propos.
  • ... les peines encourrues n'ont disuadeés personne ? non, mais va les voir au tribunal quand on leur annonce les sanctions, les tronches sont bizarres tout à coup...
    • Oui, je maintiens que les peines encourues n'ont pas dissuadé ceux qui s'y sont risqués... puisqu'ils l'ont fait ! Ce que tu soulignes d'ailleurs : ils ont joué, ils ont perdu.
  • ...et une auto conduite sans permis, c'est comme confier un missile à a un abruti.
    • Ça, c'est une spéculation. Ne pas avoir passé le permis ne signifie pas obligatoirement qu'on ne sache pas conduire, de même que, à l'inverse, il y a bien des titulaires du carton rose qui semblent avoir oublié leurs leçons de conduite et le Code.$$.
  • ... Combien de mort avec un type qui a roulé sans permis ? je ne sais pas, mais même 1, c'est déjà de trop !
    • Ok. Un mort, c'est toujours trop. Pourtant, que fait-on pour lutter contre les accidents domestiques dont les victimes sont environ trois fois plus nombreuses et sont essentiellement des enfants ? Et contre les suicides qui, sauf erreur de ma part, sont la troisième cause de décès en France bien avant les accidents de la route ? Comme l'indique 500mkm (en 11), les défauts de permis représenteraient 0,3 % des accidents mortels, ce qui signifie, si je sais compter, que 99,7 % des accidents mortels sont dus à des gens dont le permis est valide. De plus, les contrevenants qui se sont fait prendre auraient été environ 79000 en 2009, toujours selon 500mkm. Voilà qui relativise aussi du même coup la prétendue masse de ceux qui s'affranchissent du permis pour rouler si on rapporte ce nombre au nombre total de contraventions de toutes sortes dressées par les forces de l'ordre[4] dans des conditions identiques[5].
  • ...si un jour ca touche quelqu'un de ta famille, tu changeras surment d'idée, moi, c'est mon cas !
    • Ça, c'est de l'argument. Il me rappelle la triste époque d'avant l'abolition de la peine de mort (et même encore aujourd'hui, hélas !). Tu ne peux pas imaginer le nombre de gens qui auraient voulu que ma fille, si mignonne et si gentille, soit enlevée, sauvagement violée et si possible assassinée de la façon la plus horrible pour faire bon compte, tout ça rien que pour me persuader que j'avais tort d'être favorable à l'abolition. Je ne répondrai pas à cela. Et puis, laisse ma fille tranquille, ça devient lassant ce cinéma.
  • ... donc oui, cette loi est à dégager, j'en ai marre de voir des mecs enfreindre les règles s'en sortir les cuisses propres avec Taubira.
    • Voilà qui est intéressant comme argument. J'y reviendrai.

Ensuite, il y a Fred, en 9 :

  • moi aussi y'a quelque chose qui me turlupine : si on doit passer un permis (cout moyen 1500 euros), et qu'on ne risque que 500 euros à conduire sans, qui sera assez débile pour aller le passer? 1500 euros avec certitude d'un coté, 500 euros hypothétique (et de plus en plus hypothétique, avec le remplacement des flics par de machines) de l'autre. 1500 euros qu'on risque de perdre à force de sanctions mineures, contre 500 euros qu'on ne dépense pas, et qui sont tout bénef tant qu'on ne se fait pas choper. C'est un peu comme si on payait 15 euros le stationnement, et 5 euros l'amende en cas de non paiement du stationnement...
    • Moi, ce qui me turlupine, Fred, c'est qu'un gars comme toi, que je connais pour avoir travaillé avec lui au sein du BN et d'ERJ, puisse tenir un raisonnement aussi simpliste alors que, en tant que militant FFMC, tu as œuvré pour apporter des réponses, peut-être partielles mais des réponses tout de même, à cette question. Ça s'appelle notamment l'éducation. Car même si ce n'est pas la panacée[6], il n'empêche que c'est l'éducation qui fait que, en grande partie, nos concitoyens essaient de respecter les lois même quand ils les trouvent stupides. Si, si, ça arrive ! Et franchement, peux-tu croire une seule seconde que quiconque penserait pouvoir passer à travers les mailles du filet, même très larges, pendant très longtemps, aussi prudent et malin soit-il, ne finirait pas par se faire prendre tôt ou tard ? Et là, si la première fois c'est 500 € "seulement"[7], la moindre récidive risque d'être beaucoup plus douloureuse car, à la différence d’aujourd’hui, il saura à quoi s'attendre. Une paille, bien sûr ! Et je ne parle pas de l'éventualité d'être victime d'un accident, même bénin, même sans aucune responsabilité[8] qui immanquablement révèlerait le pot aux roses.

Enfin, nous avons 500mkm ou Olivier sur Facebook, en 11, qui commence très fort :

  • Le ton est étrange, le début est plus qu'équivoque. En gros être contre cette loi fait de tout opposant un gros con, raciste et misogyne...et on, l'apprend plus loin, anti-jeune "portant leur casquette à l'envers, adeptes du rap, du hip-hop ou du raï, amateurs de grosses berlines survitaminées de préférence allemandes"... Sauf que c'est faux, hors sujet et pas très fin comme méthode. Ça ne peut pas court-circuiter le débat de fond.
    • Sans vouloir paraître péremptoire, mon cher Olivier, ce qui n'est pas très fin selon moi, c'est que tu fasses du troisième item de mon introduction le pilier central sur lequel reposerait totalement ma critique. C'est un procédé facile, réducteur et pour tout dire, abusif, puisqu'il te permet d'écarter tout le reste et donc d'avoir raison quoi qu'il arrive. Cela étant, je regrette de te faire remarquer que cette engeance est très florissante sur les réseaux dits sociaux et qu'elle s'en donne à chœur-joie, en particulier lorsqu'il s'agit de Christiane Taubira.
  • ... Globalement on oublie que ces conducteurs sans permis sont extrêmement rarement de pauvres bons conducteurs qui ont perdu leur permis à cause de petites infractions parce que le système des points est mal conçu...
    • Te paraîtrais-je péremptoire si je me risquais à te suggérer que tu es ici hors sujet ? Il n'est question dans l'article 15 que de personnes n'ayant pas (encore) obtenu le permis de conduire pour quelque raison que ce soit. Mais peut-être t'es-tu endormi en sursaut au cours de sa lecture. C'est ballot !
  • ... Quand à dire qu'une amende sévère assortie d'une possible peine de prison n'est pas plus dissuasive qu'une amende de 500 euros c'est juste surréaliste. Ou alors on a résolu tout le problème de la délinquance, on a plus qu'à donner des petites contraventions de 5ème classe pour tous les délits... Puisque c'est aussi dissuasif... Ce n'est pas parce que trop de personnes commettent un délit ou que parmi eux certains le commettront quelle que soit la punition qu'il faut systématiquement dépénaliser...
    • Je te renvoie à la réponse que j'ai faite à Dulule, plus haut. Et j'objecte que là, toi aussi, tu mélanges tout. Je te comprends, d'ailleurs : il est plus simple de recourir à des amalgames fumeux que d'argumenter sur un thème spécifique pour lequel les faits réellement tangibles sont si minimes.
  • ... L'autre problème c'est que la qu'une fois de plus on va automatiser une sanction. La case tribunal c'est malgré tout un reste d'intervention humaine. On pousse la logique de l'automatisation... Remettons de l'humain en remettant des gendarmes et policiers en nombre suffisant sur les routes. Une présence dissuasive, la possibilité d'un traitement humain des petites infractions et une chance de clémence mais aussi la possibilité d'agir sur les comportements dangereux qui ne sont pas ou peu sanctionnés faute de présence pour les constater... Autre sujet
    • Là encore, je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi. Si tu avais lu l'article 15, tu saurais que le constat sera dressé par un agent, donc un être humain[9], qui décidera si oui ou non il appuie sur la touche "envoi". Ce n'est pas réellement du même tonneau que le contrôle-sanction automatisé dont les êtres humains sont quasiment absents d'un bout à l'autre de la chaîne. C'est d'ailleurs l'un des principaux arguments de la FFMC pour dénoncer le CSA. Tu le sais puisque tu t'en dis adhérent. Néanmoins, sur ce sujet précisément et toutes choses égales par ailleurs - c'est à dire, dans le contexte sur lequel on peut s'accorder sur le manque de présence humaine au bord des routes et de faible implication des contrevenants dans les nuisances recensées - je pense que la sanction immédiate aura un effet bien plus "éducatif", en l'occurrence, que la situation actuelle où cette sanction n'intervient que longtemps après le constat de l'infraction, alors même que la plupart des contrevenants pourraient s'être remis en conformité avec la loi. D'ailleurs, sans préjuger des motifs des peines relativement clémentes infligées par les juges aujourd'hui, on peut penser que cette raison n'y est pas totalement étrangère.

Je vais arrêter là pour ces réponses "personnalisées" et je te renvoie, ami lecteur, à la page Facebook de MotoMag où tu pourras constater que les contributions de nos contradicteurs tournent toujours, peu ou prou, autour des mêmes arguments.

Nonobstant certains commentaires haineux à l'égard de la ministre, que j'écarte car sans intérêt ici et indignes de notre pays, je retiens surtout de toutes ces contributions le sentiment que, dans le fond, ce qui importe apparemment le plus dans cette histoire, c'est moins qu'il puisse se trouver des gens qui enfreignent la loi que l'éventualité qu'ils puissent ne pas en subir les foudres. Relis bien ce que disent Dudule, Fred et Olivier (et bien d'autres sur fessebouc).

Je pense qu'il y a là une hypocrisie fondamentale, excuse-moi de le dire sans ambages.

En effet, nous commettons tous des infractions, volontairement ou non, objectivement bénignes ou non. Qu'elles soient commises en connaissance de cause ou à notre insu, nous sommes généralement très satisfaits de ne pas avoir été pris et cela d'autant plus quand elles n'ont eu aucune conséquence, que nous n'avons nuit à personne. Or, c'est bien là le sens de la loi : s'il existe une obligation ou une interdiction, quoi que nous puissions penser de celle-ci, c'est que le législateur a estimé son non respect potentiellement nuisible à nos concitoyens, aussi peu que ce soit. Du reste, le premier argument qu'on invoque pour amadouer le pandore, lorsqu'on se fait pincer, c'est justement qu'on n'a causé de tort à personne ou pas tellement si on regarde bien... Tu suis ?

Un exemple ? "Griller" un feu est potentiellement dangereux, tu es d'accord ? Ça ne veut pas dire que, paf ! tu vas obligatoirement avoir un accident rien que parce que tu as grillé le feu mais que le risque d'en avoir un est très très loin d'être nul. Ça veut dire aussi que cet accident, si par manque de chance il survient, sera d'autant plus grave que ta victime n'aura pas anticipé l'éventualité de te rencontrer car se sentant en confiance et dans son bon droit.
Donc, si tu te fais prendre sans avoir causé d'accident, c'est 6 points et je ne sais plus quelle amende mais du genre salée. Évidemment, ce n'est plus la même musique si tu provoques un accident.
Mais, que cela soit volontaire ou dû à la distraction d'un instant, si cela n'engendre aucune conséquence néfaste et que la maréchaussée était absente du théâtre de ton forfait, tu seras tout heureux d'avoir échappé au mur des fusillés, ne me fais pas croire le contraire. Et ne me dis surtout pas que tu vas t'empresser de t'arrêter au premier commissariat venu pour te dénoncer. Pas vu, pas pris !

Et dans le fond, oui, ce n'est finalement pas si grave puisque cela aura été sans conséquence. Ça le deviendrait si tu en faisais une habitude car la probabilité pour que ça se termine mal va logiquement augmenter avec la fréquence. Or, on sait bien que sanctionner toutes les infractions est impossible car, pour les constater toutes, il faudrait mettre un policier derrière chacun de nous. Es-tu prêt à vivre ainsi[10] ? Moi pas car je crois que ça n'apporte rien de plus à l'efficacité des lois. Je crois aussi que la menace de la sanction et la crainte d'être pris[11], à défaut d'une rectitude morale infaillible, ont un effet dissuasif au moins aussi efficace que la sanction elle-même.

Pour finir, je veux dire aussi qu'il y a deux aspects, totalement absents de ce débat, qui ont pourtant une grande importance, me semble-t-il. Je veux parler, d'une part, de la façon dont l'obtention ou non du permis de conduire est présentée comme un critère déterminant de la vie sociale et de l'accès à un emploi. Peut-être faudrait-il désacraliser ce permis de conduire comme vecteur indispensable à la réussite dans ces deux domaines (et certainement dans d'autres). Il faudrait rappeler qu'on peut très bien vivre et travailler sans le posséder, et pas seulement dans les grandes villes. Il faudrait aussi rappeler que, si vraiment on a besoin d'un véhicule, il en existe qui se conduisent sans permis et peut-être aussi en changer l'image en cessant de ridiculiser ceux qui s'en servent. Tu saisis l'idée de base, là ?
Car, d'autre part, à une époque où une partie extrêmement importante de nos concitoyens est victime de la crise que traverse le pays et en est réduite à vivre d'expédients et au système D pour tenter de s'en sortir, il me semble assez évident que cette sacralisation du permis de conduire ne peut pas être sans influence sur les choix de ceux qui se battent et qui souffrent. Ceci pour dire que, quel que soit le bien fondé que l'on trouve à la répression, celle-ci ne sera toujours qu'une cautère sur une jambe de bois tant qu'il y aura des laissés pour compte. Je sais que ça va en faire hurler quelques-uns mais c'est ainsi. Malheureusement, je n'ai pas le sentiment que leurs effectifs puissent diminuer dans un avenir proche, quoi qu'en disent nos gouvernants et ceux qui veulent prendre leur place.
Et même si, comme moi, tu as encore foi dans l'éducation comme facteur d'émancipation des êtres humains et comme élément central de la vie en société, et à supposer qu'il y ait une véritable volonté politique pour cela, ce qui ne saute pas aux yeux, tu en conviendras, je pense que rien ne peut être possible, qu'aucune justice ne pourra jamais compenser le préjudice d'aucune victime sans justice sociale et sans solidarité.

Voilà. Merci de m'avoir lu jusqu'ici.

Notes

[1] Et même si tu ne le permets pas, je suis ici chez moi sur mon blogue, nanmého !

[2] Ce que je n'avais pas la prétention de croire. Mais je n'avais pas lu grand chose allant dans mon sens jusque-là, raison pour laquelle j'avais écrit ce premier billet.

[3] Moi-même, j'ai souvent un peu de mal avec ce gouvernement mais ce n'est pas le sujet ici.

[4] Que j'ignore car je n'ai pas fait la recherche mais qui sont à vue de nez, selon mes souvenirs, plusieurs centaines de milliers.

[5] Et souvent à l'origine du constat de défaut de permis.

[6] J'en vois qui rigolent, là-bas derrière !

[7] Comme si c'était une somme dérisoire dans un pays où le salaire médian est de 1675 € et le salaire moyen de 2154 € (Source "Rapport sur les inégalités en France 2015").

[8] C'est aussi un travers fréquent chez les bonnes âmes du tout répressif : le coupable est toujours celui qui serait en défaut alors que rien ne prouve que dans un accident impliquant un "défaut de permis", celui-ci en soit systématiquement responsable. C'est une affabulation qui sert évidemment d'argument massue, certes, mais foncièrement fallacieux.

[9] On n'en est pas encore rendu à Judge Dredd même si on commence à percevoir que ce ne sera plus une fiction dans un avenir relativement proche. Le pied pour la Grande Prêtresse Perrichon.

[10] Je te l'accorde, ça vient et pas si doucement que ça !

[11] J'ai lu un contributeur qui affirme faire 50000 km/an et n'avoir jamais vu autre chose que des radars depuis de nombreuses années. Je pense qu'il a vraiment beaucoup beaucoup de chance car je fais personnellement pas loin de 25000 km/an et je peux affirmer avoir été contrôlé au moins une fois par an en moyenne sur les 10 dernières années, à divers titres (alcoolémie, papiers ou état du véhicule, identité, etc.).

jeudi 13 août 2015

Permis de conduire sans permis de conduire : la belle intox que voilà !

Avant de tomber dans le piège médiatique et moralisateur mis en place par les thuriféraires du tout répressif - l'inénarrable Got et la LCVR en tête comme d'habitude, rejoints pour l'occasion par le CNPA[1] - et par les habituels contempteurs d'un gouvernement si peu de gauche soit-il mais toujours suffisamment à leurs yeux pour être coupable de laxisme[2] quoi qu'il propose en termes de justice, et sans même parler du marigot nauséabond de tous ceux qui persistent à ne voir en Christiane Taubira qu'une infâme guenon simplement parce que : un, c'est une femme ; deux, c'est une femme noire, qui ne s'en laisse pas compter, qui n'a pas sa langue dans sa poche, et qui a osé porter et défendre l'égalité des droits de tous sans faiblir face à la chienlit réactionnaire et rétrograde, je pensais très sincèrement qu'il y aurait quelques voix pour évaluer l'enjeu avec un peu de recul afin de nourrir la réflexion. Mais il faut croire que cet air, venu du Sahara surchauffer notre été, liquéfie les cerveaux. Et puis, il faut reconnaître que ce n'est pas non plus une spécialité de nos médias mainstream, comme on dit, le recul et la réflexion.

En France, on nous inculque depuis plus de 40 ans que la seule politique de sécurité routière qui vaille repose sur trois principes fondamentaux, complémentaires et intangibles : un, la répression ; deux, la répression ; et trois, la répression. Il n'est pas impossible que dans un avenir proche, on y ajoute aussi la répression, histoire de garder sa cohérence à l'édifice. Le postulat de départ est donc très simple : tous des criminels. Ou peu s'en faut...
Alors tu penses : quand une ministre - déjà frappée du sceau infamant du soupçon de laxisme car elle ose dire que le rôle de la justice ne se réduit pas à emplir les prisons - se met en devoir de s'intéresser à la sécurité routière, oulà, scandale ! Non seulement elle se prend des volées de bois vert de la part de ses habituels contempteurs, lesquels enragent de la voir survivre à leurs messes noires et de leur tenir tête, mais, en plus, elle s'attire les foudres du clergé de la sainte chapelle, chargé du respect sourcilleux du dogme sécuritaire en même temps que routier. Déjà qu'en temps normal, le moindre haussement de sourcil dubitatif pouvant signifier un début de manque de conviction dans l'acceptation sans condition du dogme provoque, dans le quart de seconde qui suit, le démarrage d'une harangue fébrile et vindicative de la part de la Grande Prêtresse Perrichon, tu t'imagines bien que sur un coup comme celui-là, on a droit à un prêche digne de l'apocalypse, pour ne pas dire de fin du monde. Ou les deux. C'est un truc à faire claquer tata Chantal d'un infarctus, ça. Au moins ! En plus, avec cette chaleur, je te jure, c'est des choses à pas faire...

Mais qui a vraiment lu ce projet de loi ? La version intégrale est là. Et voici ce que dit plus précisément ce fameux article qui cristallise les phantasmes les plus hystériques.

L'article 15 modifie le code de la route (articles L. 130-9, L. 221-2[3], L. 324-2[4]), le code de procédure pénale (articles 45, 230-6, 523, 529-2, 529-7, 529-10) et le code des assurances (article L. 211-27[5]) afin de transformer en contraventions de la cinquième classe les délits de défaut de permis de conduire et de défaut d'assurance, qui seront forfaitisées, lorsque ces faits seront constatés pour la première fois, et sauf dans certaines circonstances. Les délits de conduite malgré invalidation du permis du fait de la perte de l'ensemble des points, ou malgré une décision de suspension ou d'annulation émanant de l'autorité administrative ou judiciaire, ne sont pas concernés par cette réforme. Les auteurs de ces contraventions, qui seront constatées par procès-verbal électronique, devront alors, sauf s'ils contestent les faits, s'acquitter d'une amende forfaitaire de 500 euros (minorée à 400 euros si elle est payée dans les quinze jours) et, à défaut de paiement volontaire dans les 45 jours, d'une amende forfaitaire majorée de 750 euros, qui fera l'objet d'un titre exécutoire émis par l'officier du ministère public (OMP) et pouvant être recouvré de force par le Trésor public. Le traitement de ces amendes forfaitaires se fera de façon automatisée par l'Agence Nationale de Traitement des Infractions (ANTAI) et le Centre National de Traitement (CNT) de Rennes, actuellement compétents pour les contrôles radars automatiques et les procès-verbaux électroniques. Si la personne conteste l'amende forfaitaire, le dossier sera transmis par l'OMP du CNT de Rennes à l'OMP du tribunal de police de son domicile, qui sera compétent, s'il estime la contestation non fondée, pour engager des poursuites devant un juge de proximité.

Lorsque ces faits seront commis de façon renouvelée dans un délai de cinq ans, ou commis en même temps que d'autres infractions[6] ou par le conducteur d'un véhicule de transport de personne ou de marchandise, ils continueront de constituer des délits, avec une peine d'emprisonnement de deux ans pour le défaut de permis, doublée par rapport à la peine aujourd'hui prévue, ou de deux mois pour le défaut d'assurance qui n'est actuellement puni que d'une peine d'amende.

Ces mesures permettront, s'agissant des primo-délinquants, d'assurer une réponse pénale immédiate, l'agent verbalisateur notifiant le montant de l'amende sur le lieu de la contravention, identique sur l'ensemble du territoire et plus effective. Elles permettront, également, de sanctionner plus sévèrement les contrevenants qui se maintiendraient, à la suite d'une première verbalisation, en infraction ou qui présenteraient une particulière dangerosité à raison des circonstances de commission de l'infraction.

Récapitulons donc :

Défaut de permis de conduire :

  • Aujourd'hui : Délit => tribunal pénal -> jusqu'à 1 an de prison et 15000 € d'amende + différentes joyeusetés complémentaires.
  • Demain : contravention de 5ième classe : 500 € (forfaitaire) mais 2 ans de prison en cas de récidive ou d'autres infractions.

Défaut d'assurance :

  • Aujourd'hui : Délit => tribunal pénal -> jusqu'à 3750 € d'amende + différentes joyeusetés complémentaires.
  • Demain : contravention de 5ième classe : 500 € (forfaitaire) mais 2 mois de prison en cas de récidive ou d'autres infractions.

On notera au passage que le défaut de permis de conduire implique quasi-systématiquement une suspension des garanties de la part des assureurs qui considèrent qu'il y a rupture du contrat.

Évidemment, dans un pays où une portion significative du corps social trouve que la justice n'est jamais assez sévère, tant qu'il peut s'identifier aux victimes[7], oubliant au passage et fort commodément que ce ne sont pas les juges qui font les lois mais le Parlement, il faut bien reconnaître que, écorner le dogme ultra-répressif à une époque où tout est fait pour effrayer le bon citoyen, ça fait limite provocation.

Mais je suis désolé de le dire[8] même si ce texte a matière à être amélioré, je n'y ai rien trouvé de choquant. En effet, contrairement à ce que prétendent nos chers experts et grands spécialistes, je ne vois pas en quoi la perspective de passer 1 an en taule et d'avoir 15000 € d'amende à payer a pu dissuader quiconque de tenter de conduire avant d'avoir obtenu son permis. On comprend bien que le public visé est essentiellement jeune, voire très jeune, car c'est généralement à la fin de l'adolescence que l'on commence à apprendre à conduire un véhicule nécessitant un permis. Et quelque chose me dit que beaucoup de ces gens bien intentionnés qui vouent Christiane Taubira aux gémonies, imaginent les petits jeunes qui s'y risquent portant leur casquette à l'envers, adeptes du rap, du hip-hop ou du raï, amateurs de grosses berlines survitaminées de préférence allemandes. Mais le récent drame de Rohan nous rappelle qu'ils peuvent être aussi des gamins estampillés "bien élevés, tout gentils, tout mignons" et être capables de faire de très grosses bêtises sans intention volontairement nuisible mais avec des résultats catastrophiques. D'autant que c'est, hélas, une fois encore et surtout, un problème d'alcool avant d'être un problème de compétence.
Quant à prétendre que cette réforme serait une incitation à ne plus passer le permis car l'amende encourue est inférieure au coût de celui-ci, voire ! Je pouffe, je me gausse, je m'esclaffe ! En général, ceux qui s'y risquent le font souvent par dépit d'avoir "raté" l'examen un nombre significatif de fois ou par fanfaronnade comme dans le cas des jeunes gens de Rohan. On peut imaginer qu'il s'agit de tentatives très exceptionnelles car, si elles ont une chance de passer inaperçues une fois, leur renouvellement augmente sensiblement le risque d'être pris par la patrouille, pour ne parler que de ce risque-là. Quant à ceux qui s'affranchiraient de cette obligation légale de façon permanente soit il faudrait qu'ils aient beaucoup de chance, si l'on peut dire, soit ils sont déjà connus des services de police pour d'autres exploits qui indiquent une réelle propension à se brosser avec les lois et règlements en tout genre et relativisent donc singulièrement leur défaut de permis.

Et si on veut bien parler d'accidentologie : combien d'accidents avec un défaut de permis (avant son obtention) ? Combien avec blessures et combien de mortels parmi ceux-là ? Voilà déjà des bases de réflexion qui me semblent pertinentes pour commencer. Mais de toute évidence, on peine dans ce domaine à avancer des chiffres fiables, essentiellement pour les raisons évoquées précédemment : pour être pris en faute, il faudrait déjà être contrôlé et on est loin de la frénésie dans ce domaine. Sauf pour les motocyclistes et autres conducteurs de 2-roues motorisés qui font l'objet d'une attention particulièrement insistante des forces de l'ordre. Cela ne signifie pas, toutefois, qu'on puisse rester très longtemps sans jamais être contrôlé.

Du coup, l'argument souvent invoqué selon lequel cet article 15 permettrait un allègement de la charge des tribunaux paraît un tantinet fallacieux et c'est le seul point où les adversaires de la mesure ont raison. Mais je te fiche mon billet que si la ministre avait invoqué le peu de cas où des peines d'emprisonnement sont infligées pour ces infractions, les mêmes personnes auraient hurlé encore plus fort et qu'on les auraient entendues jusqu'à Pluton.
Mais qu'ils se rassurent : la publication fort opportune du fameux "rapport qui devait rester secret" pointant un manque de volonté politique et de coordination et qui obligerait nos chers amis Valls et Caseneuve à prendre des mines penaudes pour affirmer que mais non pas du tout, on est vraiment sévères et très très méchants en fronçant bien les sourcils, devrait sonner le glas de l'initiative de la Garde des Sceaux en permettant au gouvernement d'annoncer des mesures bien saignantes pour confirmer leur démenti. A croire que tout ce cirque n'avait d'autre objectif que celui-là. Car qui peut croire que Christiane Taubira, d'ordinaire capable de défendre ses positions avec détermination et talent, n'ait pas mieux préparé sa communication sur un sujet qui de toute évidence était grandement polémique ?

Donc, si j'ai bien tout compris, il continuera d'être bien plus grave de conduire sans permis que de téléphoner[9] ou de se maquiller ou de regarder la télévision en conduisant. Ouf ! La hiérarchie des risques est sauve, de même que les inepties de la sécurité routière. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, devine c'est quoi qu'elle va nous remettre sur le tapis, la sécurité rentière, hein ? Allez dis un peu ! J'attends... Tadadam !

Mais oui, c'est bien sûr : LE CONTRÔLE TECHNIQUE !

Et ça, tu vois, mon pote, ça va sûrement pas sauver beaucoup de vie mais tu peux être sûr que ça va rapporter un max de flouze à tous ces bienfaiteurs de l'humanité motarde. Et finalement, c'est le plus important !

En attendant, commence à te retrousser les manches car va y avoir de la baston !

Et pis c'est tout !

PS : Tu peux lire la suite de ce passionnant débat ici.

Notes

[1] Conseil national des professions de l'automobile

[2] Oh que c'est vilain, ça

[3] Le fait de conduire un véhicule sans être titulaire du permis de conduire correspondant à la catégorie du véhicule considéré est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende.

[4] Le fait, y compris par négligence, de mettre ou de maintenir en circulation un véhicule terrestre à moteur ainsi que ses remorques ou semi-remorques sans être couvert par une assurance garantissant sa responsabilité civile conformément aux dispositions de l'article L. 211-1 du code des assurances est puni de 3 750 euros d'amende.

[5] Les amendes prononcées pour violation de l'obligation d'assurance prévue par l'article L. 211-1, y compris les amendes qu'une mesure de grâce aurait substituées à l'emprisonnement, sont affectées d'une majoration de 50 % perçue, lors de leur recouvrement, au profit du Fonds de garantie institué par l'article L. 420-1.

[6] On pense notamment aux excès ou grands excès de vitesse, conduite sous emprise alcoolique ou de stupéfiants et toute la litanie d'infractions en vigueur mais aussi blessure et homicide involontaire.

[7] Tout en la trouvant néanmoins toujours excessive dès lors qu'il se retrouve dans le rôle du prévenu, bah oui !

[8] Quoique !

[9] Article R.412-6-1 du Code de la Route

dimanche 28 juin 2015

Le respect, ça se mérite

C'est vrai qu'elles sont tentantes, ces places quasiment toujours inoccupées, frappées du pictogramme blanc si caractéristique sur fond bleu. Elles le sont d'autant plus lorsque l'aire de stationnement est pleine à craquer et que toutes les places sont prises. C'est vrai, quoi, les gens ont quand même des mœurs sacrément grégaires pour se retrouver toujours tous ensemble dans les mêmes lieux. Et puis, fort heureusement, des handicapés, des personnes à mobilité réduite (PMR), comme on dit aujourd'hui, il n'y en a pas tant que ça. Alors...

Alors, pour ma part, je trouve méprisables ces gens qui s’arrogent le droit de décider qu'une personne handicapée devra passer son chemin et revenir un autre jour sous prétexte qu'ils avaient besoin de cet emplacement, eux et leur petit nombril autour duquel le monde entier tourne. Je pense même que ce comportement détestable est la quintessence de la connerie, de la cuistrerie la plus crasse. Je n'arrive même pas à concevoir que des gens pareils puissent être dotés d'une once d'humanité. Comment peut-on être égoïste à ce point ?

Mais ce que je trouve encore plus insupportable, c'est de constater que de telles gens appartiennent à un groupe auquel je m'identifie. Bien sûr, je ne suis pas tombé de la dernière pluie et j'ai compris depuis belle lurette que, pour ce qui est de la connerie, la proportion est sensiblement la même chez les motards et chez les autres hominidés. Mais tout de même, ça fait quelque chose de voir que des abruti(e)s se comportent à l'égard des autres exactement comme eux-mêmes trouveraient inacceptable et scandaleux que d'autres se comportent à leur égard.

C'est dire si j'ai été ulcéré de voir ces deux motos garées sur un emplacement PMR lors de la visite de Saint-Cirq-Lapopie, le 26 juin dernier.

Motards handicapés

Il faut dire, que ces deux places étaient parmi les rares à être ombragées et que le cagnard cognait dur. Je ne vois que cela comme explication car une troisième moto était garée en bordure du second emplacement (hors champ), à l'ombre donc. Par ailleurs, la municipalité ne semble pas avoir intégré que ses visiteurs puissent se déplacer autrement qu'en voitures ou en autocars puisqu'il n'y avait pas sur ce parking d'emplacement pour les deux-roues. Il n'empêche. Il y avait quelques emplacements disponibles plus loin.

Les motards sont souvent très sourcilleux, et à juste raison, sur les manquements dont ils s'estiment victimes. Il est regrettable que certains soient à ce point oublieux des règles les plus élémentaires du savoir-vivre.

samedi 30 novembre 2013

Le CNSR invente la journée nationale des victimes de la route : de l'audace, encore de l'audace !

Ainsi donc, le Conseil National de la Sécurité Routière (dites CNSR, c'est plus chic), cette sorte de comité Théodule censé délivrer de puissants conseils, s'est réuni le 29 novembre (donc hier) et a décidé de proposer au gouvernement, ça :

  • Instaurer une journée nationale des victimes de la route le 22 février, qui sera un jour de commémoration des personnes et des familles dont le destin a, un jour, sur une route, brutalement basculé dans le drame. Cette journée permettra également de lancer des travaux pour faire progresser la prise en charge des victimes et de leurs familles.

Sûr que ça a dû phosphorer dur pour y arriver. Je me demande même si on n'a pas frôlé la surchauffe voire la fusion du cœur du réacteur pour arriver à cette quintessence de la pensée sécuritaire. Avouez qu'il aurait été dommage de perdre tant de personnes indispensables dans un stupide accident, juste par manque de ventilation.

Ici, disons-le tout net, on frise le grandiose, le génie, que dis-je? le sublime. Les victimes de la route vont enfin avoir leur journée commémorative. Non mais vous réalisez ? Une journée rien qu'à elles, c'est hyper cool, ça ! Bien sûr, trouver une date n'a pas été si simple car des « Journée » de ceci ou de cela, il y en a en pagaille. A une époque où on aime se donner bonne conscience à peu de frais, il est de bon ton d'initier une petite journée qui en jette même si, dans le fond, tout le monde s'en tape.

Nous avions déjà la journée sans voiture, l'autre sans tabac, celle de la courtoisie (un grand succès, paraît-il), une autre de l'Europe (passée totalement inaperçue, hélas heureusement !), celle de la Femme, bien sûr avec dans la foulée, celle de l'andouille de Vire ou du cassoulet de Castelnajac, la journée du Patrimoine, et patin et couffin. Avec un calendrier qui limite mesquinement le nombre annuel de journées à 365 voire 366 de temps à autres, c'est réellement un sacré exercice que d'en caser une nouvelle sans rien déranger.

Les victimes de la route auront donc leur journée, coincée, si j'ai bien compris, entre la Journée du Topinambour et celle du Mimosa, en plein dans la période des carnavals, ce qui doit avoir sa signification, certainement.

D'aucuns s'étonneront que la Toussaint ne suffise pas à honorer ces morts-là. C'est que d'abord la Toussaint (en fait, le 2 novembre, jour des morts) est estampillée «chrétienté» même si ce sont des païens qui en ont eu l'idée les premiers, il y a déjà un bail. Une République laïque ne peut évidemment pas se permettre une telle limitation religieuse. Et puis, franchement, créer une journée spéciale pour les victimes de la route, c'est bien dans l'air d'une époque où le premier blaireau et la première pétasse venus ne rêvent que de leur quart d'heure de gloire et ne craignent pas d'étaler l'insignifiance de leurs vies sur les chaînes de la TNT où la vulgarité la plus crasse le dispute à une empathie bien poisseuse. Il aurait été regrettable de se priver de la perspective de ces témoignages qu'on nous concoctera bien larmoyants à souhait et ourlés d'une morale au ras du bitume comme on l'aime chez les associations de victimes, LCVR en tête, où les rôles sont toujours très manichéens : fautif = chauffard, victime = innocent. Pas de demi-mesure, pas de nuance. Les bons morts d'un côté, les autres à la fosse commune.

Le Point allait même jusqu'à titrer : le 11-novembre des victimes. Faut pas se gêner surtout ! Toujours cette surenchère dans l'exploitation de l'émotion qui finit par donner la nausée. Oser comparer la mort brutale sur la route, aussi douloureuse et injuste qu'elle puisse être pour les proches, à celle des soldats de cette guerre atroce, au sacrifice de ces hommes pour leur pays, notre pays et notre liberté, mais quelle infamie ! Quel manque de retenue et de discernement, quel manque de pudeur et de respect, quelle bêtise confondante ! Voilà où nous en serions, alors ? A reléguer le sacrifice suprême de nos grand-pères au rang de simple fait-divers ?

J'entends déjà les gémissements d'horreur des oiseaux de malheur. Car oser ne pas se pâmer devant une idée aussi géniale, c'est forcément manquer de cœur, c'est obligatoirement mépriser ces victimes et leurs familles, c'est se ranger délibérément du côté des méchants, des chauffards. Hélas, je ne méprise personne hormis ceux qui, sous prétexte de défendre les victimes, ne font qu'exploiter leur douleur.

Et qu'on ne me dise surtout pas que je ne suis pas concerné.

Sinon, le CNSR a aussi décidé de proposer au gouvernement l'expérimentation de la circulation inter-files, c'est à dire une pratique que les motards expérimentent grandeur nature depuis plusieurs dizaines d'années dans toutes les grandes villes de France et que la FFMC revendique depuis plus de 30 ans. Mais attention, l'expérimentation "officielle" ne concernera que 4 villes-tests. L'expérimentation officieuse continuera donc comme avant. Ils sont vraiment trop forts, au CNSR. Quelle audace ! Mais jusqu'où s'arrêteront-ils ?

Franchement, quand on voit ce cinéma, on envie nos cousins belges chez qui la même décision n'a pas nécessité tant de chichis sans qu'on note la moindre aggravation de l'accidentalité. Et pour cause !

Pas facile à comprendre pour une élite française, ça...

samedi 1 décembre 2012

Connected bikes

Je lisais peinardement le dernier numéro de Motomag (n°293 - décembre 2012 - janvier 2013), arrivé durant ma longue semaine de déplacement, tout en sirotant un "Lagavulin 16 years old" de rêve (oui, on ne se refuse rien quant on l'a mérité !), lorsque je suis tombé en arrêt sur l'article de la page 18, "La technologie au service de notre sécurité". Notre excellent Nicolas Grummel y interviouve M. Claes Tingvall, directeur de la sécurité routière suédoise, un homme fort sympathique au demeurant.

Ici, notre aimable suédois nous confie, avec un enthousiasme qui fait plaisir à lire, tout le bien qu'il pense de la technologie, allant jusqu'à prédire que, "dans 10 ans, une moto interconnectée pourrait signaler son arrivée à un carrefour que veut traverser une voiture, interconnectée elle aussi. Sans cela, l'automobiliste ne verrait pas la moto"... Bref, comme aujourd'hui, quoi !

Alors, comment dire ? Je sais que je suis désormais à ranger dans la catégorie des vieux cons grincheux et d'aucuns penseront sans doute que je suis un passéiste invétéré qui marmonne devant le verre où trempe son dentier, le sempiternel "C'était mieux avant" ! Ceux-là se trompent mais là n'est pas mon propos. D'abord, j'ai pas de dentier !

La sécurité et tout ce qui peut contribuer à l'améliorer, je trouve ça très bien. Promis ! D'abord, d'une certaine façon, je me suis battu pour elle et je continue de le faire. Mais, j'ai de plus en plus souvent des poussées d'urticaire à l'évocation de ce que pourrait devenir notre monde grâce aux technologies, notamment de communication. Que voulez-vous ? Je ne vois pas ce qu'il y a de si gratifiant à être instantanément informé des états d'âme d'un pseudo-ami à l'autre bout de la planète quand on ne connait même pas son voisin de palier et qu'on ne lui adresse même pas la parole pour le saluer ou qu'on feint de ne pas voir la misère au pied de son immeuble ! Ni quand, sous couvert de sécurité, on confie sa vie à des systèmes sur lesquels on a de moins en moins de prise. Ou bien que, pour soi-disant assurer cette sécurité, il nous faille en permanence livrer de plus en plus d'informations personnelles dont la pertinence n'est pas toujours avérée et l'utilisation non exempte de suspicion.

Regardez les pubs pour les voitures : de toute évidence, ceux qui les conçoivent (les pubs et les voitures) nous prennent pour des neuneus. Quasiment pas une qui ne vante son électronique embarquée sans laquelle il semble qu'il soit impossible de faire un créneau, de démarrer en côte ou de garder ses distances avec le véhicule de devant. C'est très bien tout ça mais à ce compte, bientôt, l'usage du cerveau va devenir optionnel.

Quant à la moto, n'en parlons pas. Si pour aborder un carrefour sans me mettre en danger, il me faut une connexion internet, je vous dis pas le fun ! A force de nous promettre un monde aseptisé duquel tout risque sera éradiqué, je crains qu'on ne finisse aussi par tuer le rêve.

Je ne fais pas de la moto pour me suicider. Juste parce que j'adore les sensations que j'éprouve lorsque je prends son guidon. Je sais qu'il y a des risques mais j'essaie de les assimiler et de les anticiper (merci l'AFDM de savoir m'y aider par une formation de qualité). Et comme je sais qu'on ne pourra jamais coller des puces RFID sur tous les sangliers, piétons et enfants susceptibles de traverser ma route, comme je sais que tous les autres véhicules ne seront pas interconnectés avant longtemps et qu'il y aura encore longtemps des réfractaires dans mon genre à ce genre d'idée, je préfère m'en remettre à mon cerveau pour analyser les situations.

Rater un créneau ou un démarrage en côte ou un demi-tour, c'est pas grave. Vexant, peut-être, mais pas grave. Mais ne pas être capable de "lire" son environnement pour savoir quelle décision prendre, au volant ou au guidon, ça c'est inadmissible. Alors, en attendant ce monde idéal où d'autres cerveaux, artificiels, analyseront et décideront pour nous, je préfère garder la main sur mon sort et décider.

Personne n'est infaillible, c'est vrai. Mais le savoir incite à une certaine modestie qui est pour moi la meilleure des assurances-vie.

vendredi 23 novembre 2012

Quand les clowns se fâchent tout rouge : mensonges et amalgames

Il était pas content du tout du tout, Hervé Dizy, le ci-devant président de la ligue contre la violence routière. Ah que non, qu'il était pas content. Alors, son machin, la LCVR, a boycotté les Rencontres Parlementaires de la Sécurité Routière qui se sont tenues à Paris le 10 octobre dernier. C'est que ça rigole pas chez "l'acteur-clé du débat" ! Mais à vrai dire, pas grand monde ne s'en était rendu compte sauf certains plus observateurs que les autres, alertés peut-être par le fait qu'il y a eu moins de crises d'hystérie qu'à l'accoutumée, ce qui est tout de même un indice et est aussi bien plus reposant.

Donc, à la LCVR, on a fait son gros pipi par terre et on s'y est roulé dedans en pleurant car à ces journées étaient invités les fabricant d'avertisseurs de radars à cause de qui, c'est bien connu, la répression est devenue stérile. Chez les "acteurs-clés du débat", on préfère quand les gens se font surprendre faute de pouvoir rester toujours les yeux rivés sur leur cinémomètre, ce qui est bien plus important que regarder la route, vous en conviendrez.

Et ce qui les rend encore plus colère, les "acteurs-clés du débat", c'est que même la FFMC y était invitée. Alors là, je vous dis pas les boules qu'il a chopé le père Dizy. Grave de chez grave ! Inviter des gens qui ont cassé des radars ? Un scandale, tout simplement ! De quoi lui causer une crise d'apoplexie à ce malheureux ! Bon, certes, il se la joue un peu, notre comique allant même à jusqu'à prêter à Manu Valls un divin courroux semblable au leur, raison de l'absence du bon ministre à ces rencontres. Surtout ne dites pas à ce pauvre Dizy que ledit ministre avait peut-être d'autres soucis plus immédiats que la grand messe de la sécurité routière où, pourtant, il aurait sans doute aimé faire son intéressant, lui aussi, et qui l'aurait aussi un peu reposé des histoires de Roms, de bandits corses et de stands de tirs marseillais. Et puis, franchement, se faire prendre en photo à côté de Dizy, pour un ministre, je vous dis pas la gloire ! Une consécration. Alors, il fallait un sacré motif pour rater une fête pareille, vous pensez pas ?

Mais bon, chez les paranoïaques hystéro-compulsifs, la mythomanie est un refuge.

Alors, soyons magnanimes. Dizy et sa ligue n'aiment pas les motards et la FFMC et le moins que l'on puisse dire est que ça se voit. Difficile pour eux de ne pas saisir la moindre occasion pour déblatérer sur notre compte, fut-ce au prix de gros mensonges qui relèvent de leurs phantasmes. C'est comme une manie, une obsession. Il faut dire qu'on ne les épargne guère et que nous argumentons pour contrer leurs délires sécuritaires et ultra-répréssifs. Mais nous, c'est avec sérieux et honnêteté. Alors, il faut bien comprendre que chez ces esprits simples, adeptes des raisonnements binaires, faciles à assimiler, les dégâts neurologiques peuvent être dévastateurs lorsqu'ils sont confrontés à une pensée aussi élaborée et rigoureuse que celle de la FFMC. Par bonheur, leur bêtise les protège un peu et leur évite de devoir chercher plus loin que leur très courte vision du monde.

Allez, j'arrête là. Je ne voudrais pas être la cause d'une nouvelle crise de larmes !

Si vous ne craignez pas la nausée : cliquez ici.

LCVR

mercredi 19 septembre 2012

L'art de dire

Un jeune motard de 23 ans est mort, samedi 15 septembre vers 17h00, à la sortie sud d'Orange, sur la RN7, en direction d’Avignon. Une voiture lui a coupé la route en sortant d'un centre commercial, traversant la chaussée pour tourner à gauche en direction du centre-ville malgré l'interdiction matérialisée. Il semble également que le chauffeur de cette voiture était sous emprise alcoolique. Il a été placé en garde à vue.

Comme toujours, quand on apprend le décès d'un(e) motard(e) dans un accident de la route - et quelles qu'en puissent être les raisons dont on ignore souvent les détails - on ne peut s'empêcher d'être réellement saisi d'effroi, de désolation et de compassion, même sans connaître la victime. Ce n'est pas tant pour le fait qu'il s'agirait d'un membre du "clan", un(e) semblable, une sœur ou un frère, fauché(e) dans la fleur de l'âge, mais surtout parce qu'on sait bien que malgré les précautions qu'on peut prendre, cela peut nous arriver à tou(te)s et que cela est trop souvent arrivé à des gens qui nous étaient chers. C'est une chose difficile à expliquer, surtout quand, comme moi, on a horreur du pathos et des effets tire-larmes.

Bien sûr, la presse quotidienne régionale a rapporté l'accident : Le Dauphiné sur son site, La Provence sur le sien. Il se trouve que j'ai aussi pu lire l'article paru dans son édition de dimanche (voir en pièce jointe).

Je suis toujours surpris par la manière dont ce journal présente très souvent les accidents impliquant des motards. Qu'on ne se méprenne pas : je n'ai personnellement aucune animosité particulière envers La Provence qui, par ailleurs, relaie très régulièrement les informations concernant la FFMC 84 et lui ouvre très souvent ses colonnes. Ces journalistes font leur boulot, souvent de façon intéressantes, y compris sur des sujets plus fouillés que les faits-divers. Mais j'ignore pourquoi, lorsqu'il s'agit d'accidents de la route avec motards, certains journalistes en viennent à donner des informations discutables, pour le moins.

Ainsi, alors que l'auteur de l'article affirme dans son introduction que "l’enquête des policiers nationaux permettra d’établir dans quelles circonstances s'est joué un drame de la route hier", il indique aussitôt que "selon les premières constatations... le motard arrivant à vive allure n'a pu éviter la voiture..." Mais qui a fait ces "premières constatations" et sur quelles bases peut-on affirmer que le motard roulait à "vive allure" puisque l'enquête n'était pas bouclée ? Que signifie d'ailleurs "rouler à vive allure" et comment cela s'apprécie-t-il ? Et qui dit qu'il roulait à "vive allure" ? Et s'il roulait simplement à la vitesse autorisée ? Car le fait que sa moto soit encastrée droite dans la voiture semble surtout démontrer qu'il ne l'a vue qu'au dernier moment, trop près pour amorcer la moindre manœuvre d'évitement, voire même pour freiner. Sinon, il est fort probable qu'elle se serait couchée ou serait partie en dérapage. De plus, on a à faire ici à un équipage moto-pilote qui dépasse facilement les 300 kg. Même à 50 km/h, ça représente une belle quantité d'énergie à dissiper.

Plus loin, il est dit que le jeune motard roulait "sur une puissance Kawasaki." Quelle peut bien être l'utilité de cette précision quand il n'est nulle part fait allusion à la puissance de l'Opel Meriva qui lui a coupé la route ? Sans doute le journaliste ignore-t-il que, en France, la puissance des motocyclettes est limitée à 74 kW soit environ 106 chevaux DIN. C'est la fameuse "loi des 100 ch" qui ajoute aux si nombreuses singularités de notre cher pays. Cela signifie qu'une grande partie des voitures en circulation développe une puissance supérieure à celle des plus puissantes motocyclettes commercialisées en France. Prenez n'importe lequel des moteurs turbo-diesel actuels : ils peuvent développer jusqu'à 140 ch voire plus et cela même sur un "paisible" monospace familial ! Pourtant, bizarrement, dans aucun des articles où sont relatés les accidents entre motocyclettes et voitures, il n'est question de la "forte puissance" de celles-ci. Pourquoi cette différence de traitement ?

Un esprit par trop chagrin pourrait en conclure, tout en s’apitoyant sur le funeste sort de ce jeune motard, que sa mort répond à une sorte de fatalité. Puissance, vitesse, mort : quoi de plus logique. Or, rien de tout cela n'est démontré. Par contre, on imagine très bien l'attention qu'une personne en état d'ébriété peut apporter à sa conduite. La conséquence est déjà terriblement insupportable. Il n'est vraiment pas nécessaire de donner dans le phantasme et le poncif éculé.

Ajout du 5 octobre 2012 :

Je me suis rendu pour raisons professionnelles dans la petite zone commerciale où s'est produit l'accident. J'ai rencontré et discuté avec le commerçant de chez qui sortait le conducteur du Mériva. Il m'a confirmé que ce dernier avait coupé la route de la moto environ dix à quinze mètres devant elle. Autant dire qu'il ne lui a laissé aucune chance puisque, à 50 km/h, la moto aura parcouru 14 m avant que son conducteur commence à réagir.

Ce seul élément me semble être de nature à disqualifier définitivement le traitement scandaleux de ce drame par l'auteur de l'article qui visiblement ne connait pas grand chose à son sujet.

dimanche 9 septembre 2012

Permis de tuer ?

Ce soir, dans le cadre de son émission "Zone interdite", M6 s'intéressera à l'épineuse question "Conduire avec ou sans permis de conduire : enquête sur ces Français prêts à tout !", avec point d’exclamation et tout ça. "Alors que cet été 2012 a été plus meurtrier que l'an dernier sur les routes de France, (+ 3,6% de décès par rapport à juillet 2011), plusieurs des conducteurs impliqués dans ces accidents mortels roulaient sans permis. Qui sont ces Français qui osent prendre des risques avec leur vie et celles des autres sur la route ? Quelles sont leurs combines pour ne pas se faire prendre ? Pourquoi est-il si difficile de décrocher cet examen en France ?", annonce même le site de la chaine.

Je sais ce que vous allez me dire : "On s'en fout !" et sans doute aurez-vous raison. M6, comme la plupart des autres chaines de télé, d'ailleurs, hélas, donne assez peu souvent dans la finesse, est plutôt adepte de l'enfoncement de portes ouvertes et de la sécurité routière à grand spectacle et sait manipuler avec un talent certain tous les poncifs les plus éculés énoncés sur le sujet depuis l'invention de la roue. Il y a donc peu de chance que l'émission de ce soir diffère beaucoup des précédentes.

Derrière la présentation toujours très aguicheuse du sujet, il y a aussi cette affirmation selon laquelle rouler sans permis serait quasiment une tentative d'homicide plus ou moins volontaire. Raccourci simpliste, bien sûr, que la plupart des journaux n'ont pas manqué d'utiliser lorsque ces faits-divers sont venus défrayer la chronique. Conduire sans permis = assassin ! Si ça c'est pas de la rigueur journalistique, pas vrai ?

Pourtant, le sujet est intéressant. Il aborde un phénomène qui, apparemment, tend à se développer ou, peut-être, à être plus visible. Se poser la question est donc pertinent. Mais pourquoi, encore une fois, ces raccourcis stupides et ces amalgames ?

Pourquoi mélanger, par exemple, la prétendue difficulté du permis de conduire français avec les problèmes liés à son annulation pour certaines personnes ? Que certaines de ces gens se retrouvent pareillement à conduire sans permis est une évidence mais les causes ne sont pas forcément les mêmes, pas plus que la motivation à enfreindre la loi.

Il y a aussi une certaine malhonnêteté à laisser entendre que conduire sans permis serait obligatoirement dangereux. Dire cela n'est pas militer pour promouvoir cette infraction (ou ce délit). Il faut juste reconnaître que l'acte technique de conduire, en soi, est relativement simple et à la portée du premier benêt venu. La difficulté n'est pas tant de déplacer son véhicule que de le contrôler en toutes circonstances. Or, quelqu'un qui s'applique à conduire raisonnablement peut parfaitement passer totalement inaperçu dans la circulation. S'il a des difficultés de mémorisation, de compréhension ou autre, il peut échouer de très nombreuses fois à l'examen du permis qui n'est qu'un acte administratif mais affirmer avec raison qu'il "sait conduire".

Pareillement, la personne qui voit son permis suspendu ou annulé "sait conduire", elle aussi. Elle a appris, elle a passé et réussi l'examen. Simplement, elle est sanctionnée : la loi lui interdit de conduire pendant un laps de temps plus ou moins long, voire définitivement. Ce qui importe, c'est le motif pour lequel le permis lui a été retiré. La mise en danger d'autrui est affaire de comportement et la possession ou non du permis n'est pas en cause au contraire de la raison de son retrait dans certains cas. Il est d'ailleurs assez significatif de constater que les personnes sans permis qui ont causé les accidents mortels de cet été étaient à peu près toutes sous emprise alcoolique ou de stupéfiants, en état d'euphorie et de désinhibition, incapables donc de maîtriser leur véhicule. C'était même la raison pour laquelle leur permis leur avait été retiré quelques temps avant. Elles auraient aussi bien pu avoir le même accident avant leur retrait de permis si elles ne s'étaient faites prendre par la patrouille. La justice les a punies mais ne les a pas mises hors d'état de nuire, ce qui n'a pas manqué de se produire, malheureusement. Sans doute parce qu'elles font partie de cette frange de la population qui ne se remet jamais en cause, ne vit que pour elle en méprisant les autres et la loi, et très certainement en raison même de son addiction qui lui interdit tout raisonnement rationnel. Là où la plupart font amende honorable et acceptent la sanction sans faire d'éclats, ces gens crient à l'injustice et recommencent, inconscients du danger qu'ils représentent.

Quant à la question de la difficulté de l'examen du permis de conduire en France, elle me laisse assez dubitatif. Peut-être les pratiques commerciales de certaines écoles de conduite ont-elles popularisé l'idée qu'on pouvait obtenir son permis à bas coût, grâce à un forfait d'heures tellement étriqué qu'il s'avère insuffisant pour une part significative de la clientèle. Que cela induise les gens en erreur et qu'ils tentent leur chance mal préparés, il est possible que ce soit la raison pour laquelle on s'apitoie sur cette difficulté. Mais est-ce bien le cas ? Le permis de conduire est un examen et comme tous les examens, il se prépare. C'est à dire que, pour avoir une chance de l'obtenir, il faut atteindre un certain niveau de compréhension et de compétence. Soumis à la marchandisation, il a un coût qui n'est pas négligeable et qui, pour des personnes un peu imperméables aux apprentissages, peut atteindre des sommes conséquences, parfois même abusives. Il n'en reste pas moins que conduire un véhicule n'est pas un acte anodin. Au-delà de la "facilité technique" dont je parlais plus haut, il y a tout un ensemble d'autres aspects qui doivent permettre d'appréhender un vrai partage de la route, le respect mutuel entre usagers, l'anticipation des situations à risque et la maîtrise du véhicule, sans même parler des règles liées au Code de la Route. Sans même rappeler aussi qu'une grande partie du "savoir (se) conduire" nous vient avec l'expérience. Alors trop difficile le permis ? Voire ! Les copains de l'AFDM pourraient en parler mieux que moi. Il est certainement possible d'améliorer les choses pour concilier la nécessité d'un niveau de compétence raisonnable avec son utilité sociale pour beaucoup de gens dont l'activité salariée en dépend. Au-delà, on ne peut traiter cette question sans interroger la pertinence des choix d'urbanisation et les politiques de transports et de déplacements, c'est à dire nos choix de société.

Et, sans doute, en nous interrogeant sur nos choix, trouverions-nous aussi des réponses à nos interrogations autour de la sécurité routière et sur l'usage que certains font de leur permis, valide ou pas.

dimanche 26 août 2012

Y a pas mort d'homme, faut dire...

Vous savez comme moi comment ils sont les minots, toujours à fanfaronner, à se croire invincibles, immortels et à prétendre savoir toujours tout mieux que personne. Ils n'ont forcément aucun besoin d'un conseil et encore moins d'une quelconque mise en garde puisque rien ne peut leur arriver. Et si jamais ça arrive quand même, ils se gardent bien d'aller se vanter de leur mésaventure, des fois qu'on abimerait un peu plus leur petit ego cabossé d'un "je t'avais prévenu" qui signerait l'humiliation suprême. C'est déjà bien assez de devoir passer sous les fourches caudines des vieux, toujours à s'inquiéter d'un rien et à faire perdre leur précieux temps aux jeunes aventuriers.

Celui-là, il était bien à point. Je ne sais pas depuis combien de temps il poussait son brêlon sous le cagnard impitoyable et par 32°C au bas mot mais s'il avait jamais été arrogant et suffisant dans sa vie antérieure, il n'en gardait plus aucun vestige visible. Cramoisi, qu'il était le gamin. Et humble. Nous, on croisait tranquilles comme Baptiste sur la route D66 qui monte au col Saint-Sébastien, en direction de Mens. C'était vers les 17h30. Je me suis arrêté à son côté pour savoir de quoi il retournait. Il devait avoir dans les 16 ou 18 ans et il ruisselait toute l'eau de son corps à pousser une sorte de trail 125 cc. Nous, on n'avait plus de flotte, malheureusement, et il nous tardait justement d'arriver à Mens pour boire un bon coup. Lui, il s'était vautré, qu'il nous a dit, et depuis plus moyen de faire démarrer son bourrin. Mais besoin de rien. Personne à prévenir à Mens qui était sa destination, soi-disant. Et puis têtu comme une mule, le jeunot. Il ne voulait rien savoir, rien dire, un peu méfiant peut-être ou incrédule de voir que deux adultes veuillent l'aider. Ou trop timide pour accepter, allez savoir. Il était à deux doigts de défaillir mais tout allait bien, promis, juré.

Alors, on a passé notre chemin en lui souhaitant bonne chance. Pour être honnête, je pense qu'à son âge, j'aurais fait comme lui malgré la chaleur écrasante. Surtout ne rien devoir à personne. Et puis, j'ai pensé plus tard que son histoire était peut-être pas la bonne version ; que, tout simplement, il avait été trop optimiste et qu'il était tombé en rade de carburant et était maintenant vexé comme un pou, forcément. Comme un con, j'ai même pas pensé à lui poser la question pour l'essence. Ça vaut rien de bon à personne, ces fortes chaleurs. Mais quand même, ça ne nous satisfaisait pas de le laisser à son petit calvaire d'apprenti-motard, à deux kilomètres du col, soit encore pas loin d'une petite heure de poussette, même si après il avait quatre kilomètres de descente salvatrice.

Arrivés à Mens, on s'est arrêté dans un bistrot en quête de la gendarmerie. On nous a indiqué l'endroit en nous précisant que, restrictions budgétaires obligent, la brigade avait émigré à Monestier-de-Clermont et que le bâtiment était fréquemment vide. En effet, il n'y avait pas foule. Juste un interphone près de la porte avec la mention : "Pour entrer en communication avec la gendarmerie nationale, appuyez sur le bouton". On a appuyé sur le gros bouton et une personne de l'autre côté du machin nous a demandé de quoi il retournait après les politesses d'usage. On lui a donc exposé le topo en détail. La personne nous a répondu après un bref instant de réflexion que, non, désolé, mais c'était pas à eux de s'occuper de ça, qu'il avait qu'à appeler un dépanneur. Ça valait la peine d'expliquer que le gamin avait plutôt été du genre mutique avec nous et que cette suggestion ne l'avait pas vraiment séduit. Quant à se lancer dans des considérations d'ordre philosophique sur la psychologie assez tortueuse des adolescents, un féroce élan de lassitude m'y a fait renoncer. Notez que nous-mêmes n'avions pas suggéré que la noble gendarmerie s'abaisse à jouer les dépanneuses pour un vulgaire gamin de péquin lambda en semi-détresse le long d'une route départementale. On se disait juste qu'il devait bien y avoir un véhicule en patrouille dans le canton et qu'il pouvait faire un petit détour par la RD66 pour s'assurer que notre bonhomme ne s'était pas transformé en tas de charbon. Parce que dans ce pays, il y a toujours une bagnole de la gendarmerie en maraude, c'est bien connu. Sauf quand t'en as besoin, évidemment. D'ailleurs, je ne peux pas imaginer que cette personne, aussitôt après avoir raccroché, n'a pas lancé un appel à ses collègues pouvant croiser dans le coin, juste par acquis de conscience, tellement le contraire me paraît inconcevable.

Je me dis aussi que si elle a un enfant en âge de divaguer à moto sur les routes avoisinantes, elle serait bien contente qu'un simple passant puisse s'inquiéter d'une mésaventure, certainement banale et sans conséquence grave, survenant à sa progéniture.

Peut-être aussi, aurait-on pu appeler les pompiers. Ou mentir et déclarer qu'il était blessé. Pourquoi pas ? Mais ce qui surprend aussi, et irrite, je dois dire, c'est que parmi les personnes de ce village qui étaient présentes quand nous en avons parlé, il ne s'en soit trouvé aucune pour proposer une autre idée ou une autre solution. En fait, personne ne se sent concerné mais chacun dénonce l'égoïsme de ses semblables, surtout si c'est relaté par un reportage à la télé. Je m'interroge pourtant : à partir de quand peut-on parler de non-assistance à personne en danger ? Forcément, quand tout finit bien, la question ne se pose pas et chacun fait mine de minimiser l'événement. Mais sinon ? Qui peut dire que dans un tel contexte caniculaire, ce gamin n'était pas réellement en danger ?

On vit dans un monde formidable, décidément !

samedi 7 juillet 2012

Gépéesse versus papier : la route dans tous ses états

Je relisais ce billet de mon petit (quoique) camarade Fred narrant, avec le talent qu'on lui connaît, son dilemme pour choisir entre la carte papier et le GPS. On y trouve aussi une fort belle contribution de ce cher Komar, poétique et sensuelle à souhait dans son évocation des multiples et insoupçonnés plaisirs procurés par une carte routière savamment manipulée. On pourrait penser, à la lecture de ce texte et des commentaires qui l'accompagnent, à une réédition des fameuses batailles entre les anciens et les modernes qui m'ont tant ravi au temps désormais lointain où de méritants professeurs tentaient d'ouvrir mon esprit aux beautés de la littérature. Peut-être. Il est sans doute normal de se poser la question de mesurer les avantages comparés de l'une ou l'autre méthode.

Je mentirais effrontément si je prétendais ne pas aimer les cartes. J'en conserve beaucoup, parfois d'assez vieilles, dans un meuble réservé à cet usage dans mon petit bureau. Comme il m'est souvent reproché de trop garder, il m'est arrivé d'en jeter qui étaient usées jusqu'à la quasi-décomposition. Mais finalement, on ne se refait pas, j'aime bien ouvrir une vieille carte et regarder comment le pays qu'elle renferme a évolué.

Je rejoins Komar : la carte c'est le premier jalon vers le voyage que l'on projette. Je crois qu'un voyage commence par le rêve que génèrent la lecture de la carte et les images que nous renvoient les signes topographiques qui y sont imprimés. Loin de tarir le plaisir de la découverte sur site, elle l'amorce en préparant notre esprit, en lui énumérant la liste des sites remarquables qu'il faudrait prendre le temps d'aller voir. Elle offre une vue d'ensemble de la région traversée et de ses trésors. Toutefois, il y a une chose que ne rendront jamais exactement une carte ni un GPS, c'est la petitesse de notre condition humaine face à la majesté de la nature. Rouler en bordure de la Combe Laval ou sur la Grande Corniche entre Nice et Menton ou arriver au col du Tourmalet, par exemple, procure d'intenses émotions auxquelles ne préparent pas vraiment nos aides. Restent tout de même le toucher de la matière, son bruit quand on la manipule et l'odeur de l'encre. Comme pour un livre, en fait, un vrai livre.

Je prépare toujours mes voyages avec des cartes. Ça prend du temps car il y a mille destinations annexes ou essentielles qui sont autant de points de passage obligés que l'on souhaite intégrer à l'itinéraire. Il faut choisir. Cette route plutôt que celle-là ? Ce village et sa chapelle plutôt que celui-ci et son château ? Pourquoi pas ?

Puis, je programme... mon GPS.

Pour moi, les deux sont complémentaires. Le GPS me guidera en envoyant ses instructions dans le casque et je les suivrai. Aveuglément ? Assurément pas car il y aura ici une bifurcation vers un étang qui promet un coin pique-nique ombragé au prix d'un détour de quelques kilomètres ou là juste un toponyme évoquant une histoire particulière vers laquelle la curiosité nous enjoint de naviguer tandis que le GPS s'obstine à nous ramener au tracé originel. Et c'est aussi un plaisir que d'enfreindre ce que l'on a prévu.

D'autre fois, c'est lui, le machin électronique bête et méchant qui, à cause justement de sa logique apparemment froide et sans fantaisie, nous fait passer par une route qu'on n'avait pas prévu d'emprunter et qui se révèle être une merveille. Parfois même, c'est la combinaison d'une erreur que l'on commet et de la logique informatique du machin qui nous amène dans des endroits par lesquels, sans cela, on n'aurait jamais eu l'idée de passer. A tort.

Bien sûr, rien n'est jamais parfais. Il arrive que malgré les mises à jour, la cartographie du GPS soit erronée, de même que notre carte papier pourtant neuve. Alors, il reste l'improvisation et les notions d'orientation apprises voilà longtemps, elles aussi, malgré le fait qu'une carte au 1/150000ème n'est pas une carte topographique très précise. Et puis, à moins de voyager en Mongolie, c'est bien le diable si on ne trouvera pas un hameau où se renseigner. Il est pourtant vrai que dans certains coins des Cévennes, on arrive à regretter de ne pas avoir emporté, en plus, des fusées de détresses et un téléphone satellitaire...

Même pour mes besoins professionnels, je combine carte et GPS. Et même téléphone car il s'avère fréquemment que Google ou OVI sachent localiser précisément une adresse dont mon GPS ignore toujours l'existence. J'ai aussi pris l'habitude de demander à mes clients les coordonnées GPS de leurs chantiers perdus en pleine nature, ce qui reste le plus sûr moyen d'y parvenir quand on n'a pas la semaine devant soi. La combinaison de tous ces outils (et j'y inclus la langue, les mains et l'écriture) permet de se sortir de toutes les situations, tout au moins en France. Je pense qu'il doit en être de même dans bon nombre de pays sans qu'il soit nécessaire de transformer son top-case en réplique miniature de l'IGN.

Et de fait, ce sont des outils. On peut leur associer toutes les vertus et tous les défauts, ils ne seront jamais que ce que nous voulons qu'ils soient. Pour moi, ils sont les précieux auxiliaires de mes rêves et des découvertes que je vais chaque fois. Sachant que les plus précieuses de toutes sont les rencontres humaines, qu'elles soient dues au hasard des choix sur la carte ou à l'obstination d'un GPS. Au bout du compte, ce qui restera, c'est l'humain et tous ces gens que l'on a croisés.

Je reconnais malgré tout que, une fois rentré chez moi, quand il ne reste plus que le souvenir encore chaud du voyage, je garde encore un peu mes cartes à portée de mains. Et je les déplie encore quelques fois pour faire surgir les images en 3D des sites traversés et même de ceux qu'on a dû écarter mais que je peux imaginer. Et commencer ainsi le rêve d'un nouveau voyage.

Un petit coup pour la route

Alors, voilà. Il paraît que depuis le 1er juillet dernier on doit avoir par devers soi un éthylotest dès lors qu'on est au volant d'une caisse ou au guidon d'une bécane de plus de 50 cm3. C'est dingue tout ce qu'on fait pour la sécurité routière dans ce pays, quand on y pense. J'en suis tout ébaudi, parole !

Mes pensées émues et admiratives vont vers les auteurs de cette initiative si géniale, n'ayons pas peur des mots. Fallait oser, non ? Allez, ne dites pas le contraire. Vous n'y auriez pas pensé. Sauf, évidemment, si vous êtes VRP en éthylotests ou si vous pédégez une entreprise qui en fabrique. Mais à part ces cas extrêmes, que dalle ! Personne d'un peu sensé n'y aurait pensé. Et c'est là qu'on voit affleurer tout le génie de nos technocrates. C'est payé combien avec nos impôts un (haut) fonctionnaire de la DSCR ? Un max, non ? Sûrement. Il doit y en avoir eu une belle palanquée qui de réunions de service en réunions de secouement de neurones, avec l'aide des pédégés cités précédemment, en est arrivé à cette évidence : "pour lutter contre l'alcoolisme - surtout au volant - chaque citoyen de ce pays devrait posséder un éthylotest. Allez, zou ! Ça s'arrose, tiens !" C'est dire si un truc de rien du tout qui est censé être vendu entre 1 et 2 €, nous a déjà coûté bonbon, rien que là !

Mais c'est ici que l'émotion m'étreint. Ça va être le double effet "kiss cool" car vu le nombre d'éthylotrucs qui va être vendu, ce sera le jackpot pour les fabricants et les importateurs. Génial, non ? Et pour tout dire, on peut même parler de triple effet puisque ces anodines petites choses sont périssables. Si ! Dingue, non ? Du coup, on va être un paquet à se prendre des prunes à 11 € pour non détention d'un accessoire de sécurité obligatoire valide. Ben si ! Comme on est heureusement assez nombreux à ne pas boire d'alcool quand on conduit, on ne va pas trop s'en soucier, nous, du machin. Et c'est là que le piège machiavélique va se refermer sur notre innocent civisme : on se croit exemplaire alors qu'on est désormais un délinquant de la pire espèce. Ne me dites pas que ce n'est pas du génie ! Ça tient quasiment du divin, en fait.

On comprend la mine réjouie des cadors de la DSCR. C'était touchant. Leurs yeux brillaient comme ceux d'une poule qui vient de trouver une fourchette. Pour certains, on croirait à l'aboutissement d'une vie. C'est peut-être le cas, d'ailleurs. Alors, l'image d'un bonheur simple comme celui-là, faut pas y toucher. C'est trop beau. Ce serait trop cruel de leur dire que, une fois de plus, car ça arrive souvent, ils sont à côté de la plaque. Surtout pas ! Ils sont toujours contents d'eux, ces gens-là et, finalement, leur bonheur est un rayon de soleil dans nos jours si gris...

Nan, je rigole !

A moins qu'on me l'offre, auquel cas il serait impoli de le refuser - et ce d'autant plus qu'il sera de toute façon payé avec nos impôts - je ne ferai pas l'acquisition d'un éthylotest. Ni pour la caisse ni pour la moto. Je sais, ce n'est pas très civique comme comportement. J'assume. Car, voyez-vous, je commence à être très fatigué des idées géniales des gens de la DSCR et de leurs copains, toujours satisfaits d'eux-mêmes et toujours sourds aux propositions de qui n'a pas le privilège d'appartenir à ce gotha. Ce sont des clowns sans talent qui ne font rire (mais jaune) que par leur incompétence et l'imbécilité de leurs décisions.

Alors, pas d'éthylotest. Pas de brassard jaune. Je conserve sur un appareil les emplacements des radars que j'ai collectés et je continue de relever ceux des nouveaux que je croise sur ma route. Personne ne peut me l'interdire quand bien même une loi scélérate prétendrait m'enlever cette liberté. De même que personne ne peut m'interdire d'en parler avec mes amis. C'est ma façon à moi de résister à cette politique répressive et liberticide ainsi qu'à cette bande de rigolos incapables et de leur dire que je les emmerde.

Sans ostentation mais avec conviction !

samedi 10 mars 2012

Cons et la vue basse !

Comme on le sait, la sécurité routière en France, c'est beaucoup de fumée et surtout de répression, beaucoup de déclarations stupides et de vent de la part de ceux qui sont censés la ... euh... comment dire ?... penser (Non, quoi, rigolez pas, c'est avec votre argent !). Surtout en ce qui concerne celle des motards, bien sûr. Je ne reviendrai pas sur le désormais célèbre brassard fluo ni sur la taille de nos plaques qui valent ses plus riches heures à celui qu'on devrait appeler "M. Moto National" mais qui n'est finalement que l'avatar le plus misérable d'une politique qui prétend vouloir notre bien. Voilà un gus qui voulait certainement se faire mousser devant les copains et qui se couvre de ridicule chaque fois que son patron ouvre la bouche. Quelle belle constance !

Tout cela nous conduit donc à donner de la voix les 24 et 25 mars prochain pour affirmer qu'une autre politique de sécurité routière est possible.

L'un des points sur lesquels insiste fortement la FFMC est le port d'équipements sécurisants pour le conducteur et ses passagers. Je veux dire que, au-delà du casque obligatoire (avec ses étiquettes réfléchissantes, pardi !), un conducteur de 2-roues motorisé (2RM) tant soit peu soucieux de sa sécurité doit aussi porter des gants, une veste avec des protections, un pantalon de toile solide si possible avec des protections lui aussi et des chaussures montantes ou des bottes protégeant la malléole. Là-dessus, la plupart des gens qui savent ce que signifie conduire une moto sont à peu près d'accord. La FFMC prêche pour des campagnes d'incitation accompagnées par les assureurs à l'instar de ce que fait la Mutuelle des Motards. D'autres plus radicaux voudraient instaurer une obligation qui aurait l'avantage de se dispenser d'explications et donc de devoir convaincre. Toujours ce déficit de confiance en l'intelligence de l'être humain. Et c'est là qu'on retrouve la farouche volonté de l’État qui se contente, lui, de gilets jaunes et de plaques A4. On en rirait presque si ce n'était si tragique, hein, M. Moto ?

Si les campagnes pour le port d'un équipement sérieux ne sont malheureusement pas pléthoriques, force est de constater que chez certains annonceurs la vision de l'équipement de l'utilisateur de 2RM reste plus que préoccupante, hélas, alors qu'ils ont d'importants moyens de diffusion. Le mot "vision" est d'ailleurs le mot juste puisque les auteurs de la dernière ineptie en date sont les "communicants" de l'opticien de notre Johnny national : Optic 2000.

Dans leur dernière pub, on voit une bien charmante personne enfiler son casque demi-jet sur sa belle paire de lunettes et grimper sur sa moto. Mais là, pas de risque que son équipement nous prive le moins du monde d'admirer sa plastique alléchante. La dame est en short et débardeur, rien de plus, et vous toise crânement genre "motarde pure et dure". Chez Optic 2000, en plus d'avoir des goûts de chiotte, question rock n' roll, on ne se prive pas d'avoir des idées sexistes, pour ne pas dire "cul-cul", de la femme à moto et des motards en général.

Je ne mentirai pas : je préfère regarder la jolie dame que la trogne du Johnny. Mais déjà ça, la regarder presque à poil sur sa moto, ça me fait mal. Je sais bien qu'on ne monte pas sur nos bécanes pour se vautrer mais quand même, on sait que ça peut arriver. Je sais toute la difficulté que nous avons à convaincre les adolescents, en particulier, de se vêtir sérieusement pour conduire leurs cyclos, surtout l'été. Comment expliquer à des gamins qui ne peuvent évidemment pas l'imaginer la cruauté de certaines blessures causées par les glissades sur le goudron ?

On peut donc dire qu'Optic 2000 va beaucoup nous aider avec sa pub imbécile. C'est quand même étrange qu'un opticien ne soit pas capable de voir plus loin que le bout de son chiffre d'affaire.

Triste !

mardi 2 août 2011

L'âme du chasseur

Voilà un livre dont l'action se situe dans l'Afrique-du-Sud d'aujourd'hui mais renvoie à l'époque de l'apartheid, à la lutte de libération de l'ANC et de ses alliés, aux compromissions et aux trahisons qui semblent inévitables dans ce genre de contextes. C'est l'histoire d'un homme tranquille, un géant Noir, un Xhosa, imperturbable conducteur d'une lymphatique Honda 200 cm3 Benly, que son passé sanguinaire va rattraper et qui va abandonner femme et enfant par amitié et fidélité à d'anciens compagnons de lutte.

Il aura fallu un simple coup de fil pour que sa vie bascule inexorablement, que le passé revienne à la surface et que les vieux réflexes réinvestissent son corps vieillissant. Le voici à nouveau Umzingeli, le chasseur. Le voilà jeté sur les routes de son pays, pour une ultime mission, dans un jeu de dupes dont il ignore tout et dans lequel il n'est qu'un pion improbable et inattendu. Inattendu, en tout cas, par ceux qui se lancent à sa poursuite et qui, peu à peu, découvrent l'homme auquel ils ont affaire. On assiste à leur lente prise de conscience, au doute qui s'installe au fur et à mesure qu'ils perdent de leur superbe et leurs arrogantes certitudes. Il ne fallait pas réveiller Umzingeli.

L'autre héros de ce thriller palpitant est le véhicule qu'il s'est choisi pour traverser l'Afrique-du-Sud. On imagine qu'il aurait pu partir en gros 4x4 fumant mais il n'en fait rien. Cet homme est la délicatesse même, il a une classe innée et un goût infaillible. Il choisit une BMW R1150 GS, « empruntée » dans la concession où il travaille comme factotum. Selon Moto Magazine, la prise en main du super-trail est facile. Selon Deon Meyer aussi. Son géant Xhosa va nous la jouer baroudeur des grands chemins avec une aisance prodigieuse et un peu surprenante mais on va aimer finalement qu'il se soit lancé dans l'aventure à moto. Et on ne sera pas les seuls : de fil en aiguille, tandis que le projet initial foire gentiment, l'ex-tueur à gages de l'ANC et du KGB va devenir un héros en mission dont les aventures sont relatées dans la presse comme dans un feuilleton. Il n'en fallait pas plus pour que la « communauté motarde » s'en mêle, au nom de la solidarité, bien sûr. Ce qui n'empêchera pas les « bikers » et les « béhèmistes » de se fritter pour savoir lesquels sont les plus solidaires, évidemment. Disons donc que l'entrée en scène des motards sud-africains – qui ne sont pas dépeints sous leur jour le plus flatteur, à vrai dire – est à peine indispensable et devient tout juste par la suite un élément un peu cocasse en raison de la confusion qu'ils provoquent.

Mais le récit est prenant, bien découpé, à la manière des films d'action américains, en une succession de scènes parfois brèves par lesquelles on suit les différents protagonistes, avec pour toile de fond la chasse à l'homme à la moto. Il n'y a pratiquement pas de temps mort même si toutes les scènes n'ont ni le même rythme ni la même intensité. Le suspense monte peu à peu, en un long crescendo qui emporte le lecteur vers la révélation finale, tandis que se brouillent les masques en même temps que les pistes.

Finalement, il y a assez peu de sang et de morts violentes. Car l'homme au passé sanguinaire dont ses poursuivants apprennent à redouter l'imprévisibilité, le chasseur chassé, est aussi un homme désabusé. Lui, le descendant des anciens princes xhosas, le guerrier qui voulait lutter noblement pour la liberté de son peuple, n'a été finalement qu'un assassin rémunéré, un pion dans une guerre sale, abandonné et oublié par ceux de ses anciens compagnons de lutte qui sont parvenus au pouvoir dans l'ombre de Mandela.

"Tu sais ce qu'est la vie ? Un lent processus de désillusion. Elle te libère de tes illusions sur les autres..."

Cette longue traque à travers le veld sud-africain est donc aussi un chemin de rédemption pour l'ancien tueur à gage pourchassé. Tandis que, tel un chien fou dans un jeu de quille, il anéantit sans le savoir le bel échafaudage de pièges et de traquenards dressé pour faire tomber d'autres têtes que la sienne, c'est de toute sa vie de tueur qu'il dresse, lui, le bilan. Et la R1150 GS devient un peu la métaphore de la renaissance à laquelle il aspire. Par son agilité et sa disponibilité, cette moto le tire de nombreux faux-pas, comme du cloaque sanguinolent de son passé, pour le porter vers des routes plus sereines, la lumière et le véritable oubli. C'est pour un petit garçon de 6 ans que brillera désormais cette lumière sous la protection du géant xhosa, le guerrier meurtri, fatigué mais apaisé. La dernière scène du livre, en même temps qu'elle annonce cette vie nouvelle, semble aussi tirer le rideau en nous disant : « Oubliez-le maintenant ! »

Ainsi soit-il !

Si donc cet été, au détour d'une étape ou d'un long après-midi de farniente ensoleillé, il vous prend l'envie de lire un excellent polar, n'hésitez pas à vous procurer « l'âme du chasseur » ou un autre titre de Deon Meyer, aux Editions du Seuil (ou Points Policier). Car s'ils sont tous aussi bien écrits que celui-ci, il y a peu de risque de faire un mauvais choix.

Et puis, n'oubliez pas ce message que semble nous adresser Deon Meyer à nous, motards : Les motos BMW sont comme l'âme des guerriers africains, nobles et indestructibles !

Bonne route et bonne lecture.

Et merci à Jean-Louis de la FFMC 84 pour cette découverte

L'âme du chasseur
(Deon Meyer – Éditions Points Policier)

mardi 31 mai 2011

Indécence

La colère monte de tous côtés et la manifestation du 18 juin prochain s'annonce d'une ampleur sans précédent malgré l'atonie soudaine de l'AFFTAC (Association Française des Fabricants et utilisateurs de Technologies d'Aide à la Conduite) dont le silence, après l'entrevue avec Guéant, semble présager d'un lâchage en bonne et due forme.

Mais il semble malheureusement que, dans nos rangs, quelques-uns perdent le sens de la mesure.

J'ai ainsi lu et entendu, ici et là, sur des forums notamment, un argument contre le "gilet jaune" qui m'a littéralement mis en rage. En substance : ce gilet serait notre "étoile jaune".

Je le dis avec toute la force de mes convictions : un tel parallèle est indécent, abjecte et est un manque de respect inacceptable pour les millions de victimes de l’Holocauste. Ceux qui s'y adonnent pervertissent les souffrances indicibles des personnes qui ont eu à porter vraiment cette marque. En le faisant, ils en minimisent le sens et la portée ainsi que l’extraordinaire barbarie de leurs bourreaux et de leurs complices. C'est une injure sans nom qui leur est faite.

Je veux croire que ces quelques enragés n'ont pas mesuré la signification réelle du symbole qu'ils usurpent de la sorte.

Que nous utilisions la dérision pour combattre les décisions d'un gouvernement passé maître dans l'art de se ridiculiser est chose normale. Mais nous devons nous garder de tels excès qui ne peuvent que discréditer notre colère. En aucun cas, notre sort ne saurait être comparé à celui des victimes de la barbarie et cela n'a jamais été le sens des combats menés par la FFMC et son Mouvement.

samedi 28 mai 2011

Une vieille salope et un gilet jaune, ça craint...

Voilà, c'est dit, ami motard : si tu as une bécane d'avant 2004, il ne faudra peut-être bientôt plus espérer te rendre dans un centre-ville. Parce que Madame Nathalie Kociusco-Morizet (NKM), ci-devant Secrétaire d’État à l’Écologie, en a décidé ainsi : une moto d'avant 2004, c'est sale. Beurk ! C'est une vieille moto bien crade et, c'est maintenant officiel, une vieille salope l'air que respirent les gentilles gens de la ville.

Cherche pas, c'est comme ça.

Pourquoi 2004 ? Ben, euh... Parce que ! Et pis c'est tout !

Avançons tout de même une explication : on dit que le rythme de renouvèlement du parc des 2-roues motorisés (DRM) français est de 7 ans. Fais le calcul, on y est. Mais ça peut aussi bien être une autre raison. Sauf qu'on ne la connaît pas. Nous autres, crétins de citoyens tout juste bons à mettre un bulletin dans une urne de temps en temps, on n'est pas assez intelligents pour comprendre. Bien sûr. Alors, quand un ministre décide un truc, on est juste priés de le croire sur parole, de dire merci - car c'est pour notre bien - et, même, si c'est pas trop demander, d'applaudir.

Dans cette histoire, il y a forcément des persifleurs qui osent rappeler que jamais, ô grand jamais, pas une seule fois, un quelconque plan d'incitation au renouvèlement du parc DRM n'a germé dans le cerveau d'un ministre. Tu sais, comme pour les bagnoles, quoi ! Tu as une vieille bécane, tu la mets à la casse et tu en achètes une neuve. Et, paf ! l’État verse une prime à la casse, genre «jupette», «balladurette» et, dernièrement, «fillonnette».

C'est que, vois-tu, en France, on n'a pas trop de constructeurs de motos, scooters et autres cyclos. Le dernier, on l'a laissé crever. Libre entreprise oblige. Alors, filer des ronds pour que ces salauds de motards achètent des brèles même pas françaises, faut pas rêver. Tandis que des caisses, c'est pas pareil. On a des marques bien d'cheu nous. Bon, elles n'y fabriquent plus trop, mais on ne va pas chipoter pour si peu.

Et puis, les vieilles bécanes, ça coûte forcément moins cher que des neuves. Ça joue, au moment du choix, quand on n'a pas le porte-feuille à l'ami Bolloré (ou Rothschild, comme tu veux). Et, en ce moment, il y en a quand même un petit peu qui comptent leurs sous. Des fois, même, des gens qui se mettent au 125cc pour échapper aux embouteillages interminables des grandes villes et qui ne veulent pas se ruiner. Sans même parler du fait que pour se loger pas loin du boulot, aujourd'hui, ce n'est pas toujours une sinécure. Alors, tu penses bien qu'on ne va pas s'arrêter à de tels détails aussi mesquins : si t'as pas les moyens de loger en centre-ville et de payer un loyer exorbitant, t'es qu'un gagne petit et un pollueur. Allez, ouste ! Dehors !

Et je ne parle même pas de ceux qui chevauchent des anciennes parce qu'ils aiment ça, tout simplement. Eux, c'est bien fait pour leur gueule ! Feraient mieux d'acheter des bécanes en plastoc estampillées «Euro6» au lieu de nous la faire à l’esbroufe façon Monnet-Goyon. Non, mais !...

Bref, t'as une bécane d'avant 2004, tu dégages et en silence, encore.

Ça s'appelle de la pédagogie.

D'accord ! C'est assez nouveau dans la bouche des gens de ce gouvernement. Alors, ils tâtonnent un peu, c'est compréhensible. Quand on est mal équipé question imagination, faut pas non plus s'attendre à des décisions lumineuses toutes les cinq minutes. Dire qu'on est à l'abri d'une usure prématurée de la rétine est un euphémisme : on est encore loin du feu d'artifice.

Sauf pour la connerie : là, ils ont gagné le pompon !

A preuve : Messieurs Fillon et Guéant ne devaient pas être au courant que, depuis deux ans, une palanquée de gens concernés par la pratique du DRM - au premier rang desquels la FFMC et son Mouvement - se réunissaient régulièrement avec les services de l’État pour mettre à plat l'ensemble des problématiques liées à ce mode de déplacement. Et là, plein d'idées saugrenues ont été battues en brèche. S'ils l'avaient su, je pense qu'ils auraient puisé dans les propositions faites pour améliorer vraiment la sécurité de ces usagers. Encore que j'ai un doute : on y parlait trop de formation et d'éducation, de pratique raisonnée, bref d'intelligence et de partage. Ça ne pouvait pas coller avec le goût du grand spectacle qu'on affectionne tant en haut lieu. Pas assez de mesures à deux balles, pas assez de répression qui fait entrer plein de sous dans les caisses vides.

Alors, nos deux beaux sires ont voulu faire les intéressants et entrer dans l'histoire de la moto, comme le fit jadis le peu regretté Christian Gérondeau, pourfendeur de la moto assassine et des motards délinquants.

Des plaques spéciales «malvoyants» et des trucs «rétro-réfléchissants» (autrement dit, des gilets fluorescents), voilà tout ce qu'ils ont réussi à pondre. Ça valait la peine de discuter pendant deux ans pour en arriver là, vraiment !

Pour ce qui est d'améliorer la sécurité des usagers de DRM, ça fait un peu pitié, quand même. Des grandes plaques, c'est génial : ça peut servir d'aérofreins et limiter l'usure des plaquettes. Pas bon pour la consommation mais comme ce sont le Premier ministre et son copain de l'Intérieur qui disent que c'est bien, on applaudit bien fort.

Après avoir voulu nous retirer la seule originalité qui pouvait contribuer un peu à notre sécurité, en voulant imposer l'allumage des feux de croisement le jour à tout le monde et après que l'Europe les a imposés au travers des feux diurnes - qui sont un pis aller à peine plus acceptable - voilà qu'ils se lamentent maintenant de notre peu de visibilité. Y a pas : c'est cohérent !

On attend pour la prochaine fois l'obligation du port, au-dessus du casque, d'une grande pancarte «Attention j'arrive !» ou d'un gyrophare ou de guirlandes de Noël lumineuses. Là, on aura fait un grand pas vers la sécurité car on nous verra enfin vraiment.

Sauf que tout cela est pitoyable et indigne de gens qui se disent préoccupés par la sécurité routière.

Comprends-moi bien : que, pour toi, le port de larges bandes réfléchissantes ou de gilet «de haute sécurité» soit un élément rassurant, pourquoi pas ? Mais ce n'est que l'illusion de la sécurité. Et si tu te fies à ta panoplie étincelante pour croire que tu seras vu, je crains que tu n'aies rapidement de très douloureuses désillusions. Nous faire croire que l'on résoudra le problème de la faible perception des DRM par un tel procédé est tout simplement irresponsable et assassin.

Car ce problème est lié à l'incapacité physiologique de notre cerveau à percevoir dans un temps relativement bref un petit objet en mouvement. Ce qui est le cas de l'automobiliste qui ne voit pas la moto arriver ou la voit trop tard. En fait, son cerveau ne la perçoit pas car il ne sait pas interpréter le signal envoyé par ses yeux. Or, pour cela, il faut être sensibilisé à l'éventualité de cette présence sur la route, c'est à dire penser qu'une moto peut arriver et prendre le temps de s'assurer que ce n'est pas le cas. De fait, les automobilistes qui conduisent des DRM sont bien moins impliqués que ceux qui n'en conduisent pas dans les accidents avec les DRM. C'est simple : ils pensent moto.

Par conséquent, MM Fillon, Guéant et consorts, lorsqu'ils nous imposent le port du gilet jaune comme solution à notre problème de perception, nous prennent tout simplement pour des cons. Leur décision est tout bonnement criminelle. Ils insinuent l'idée que ce minable gilet améliorera la sécurité et prennent le risque que ceux qui les croiront se dispensent de toute autre mesure d'anticipation. Et l'on sait que, sur un DRM peut-être plus que pour tout autre véhicule, trop de certitude et de confiance est facteur de danger.

Pour ma part, je préfère être mal vu par les autres usagers - même avec mon feu allumé en permanence - et chercher à comprendre et à anticiper leurs réactions, à attirer raisonnablement leur attention. Car finalement, c'est l'insécurité générée par l'incertitude qui m'oblige à être attentif en permanence et à adopter les comportements les plus à même de me mettre en sécurité sur ma moto. Un gilet n'y changera de toute façon rien. C'est d'ailleurs le non sens des feux de jour : ce n'est pas aux automobilistes d'être vus et d'en avoir la certitude, c'est à eux d'être suffisamment attentifs aux autres.

Je considère donc que c'est faire acte de civisme que de refuser de me plier à un diktat qui met en danger les utilisateurs de DRM. Et s'il fallait une autre raison encore plus motivée, je dirais qu'accepter de se plier à cette décision imbécile, ce serait passer par pertes et profits deux années durant lesquelles nous, militants du DRM, avons bataillé pour proposer des solutions basées sur l'expérience, la pratique et le bon sens. Solutions dont la pertinence a été reconnue par l'ensemble des acteurs de la moto mais dont ceux qui nous gouvernent (ou qui prétendent le faire un jour) n'ont pas le courage politique de les mettre en œuvre.

Or, au train où vont les choses, c'est notre droit à circuler à bord du véhicule de notre choix, qui est remis en cause. C'est l'existence même des deux-roues à moteur qui est attaquée de façon insidieuse et hypocrite.

Que notre personnel politique ne comprenne rien, dans sa grande majorité, à nos préoccupations et à nos problématique est une chose. Mais, plutôt que de céder aux sirènes de la démagogie et de l'empathie lacrymale, ils seraient mieux inspirés de nous écouter, nous, citoyens. Nous avons des choses intelligentes à leur dire. Ça devrait leur faire du bien.

Tu crois pas ?

Je t'invite à lire ceci.

Et pis, c'est tout !

mardi 28 décembre 2010

Vieux motard que jamais

Dans son édito du n°37 de «Box'R Mag» (novembre-décembre 2010), intitulé «Vieux jeunes», Pascal Litt fait le constat de la morosité qui semble avoir baigné le dernier Salon (de la moto) de Cologne. Pour l'expliquer, il invoque bien sûr la crise, à quoi s'ajouterait, selon lui, une cause encore plus «structurelle», si je puis dire: le vieillissement de la population motarde. Je ne suis évidemment pas certain que le fait de vieillir soit obligatoirement synonyme de «sinistrose». Tout au plus, cette évolution aurait-elle pour conséquence une modification - semble-t-il sensible, selon Pascal Litt - des goûts du public motard, davantage orientés vers des machines moins généralistes, peut-être moins radicales (encore que...) et plus typées (confort, voyage, rétro, etc.).

La chose mériterait certainement d'être approfondie car, malgré tout le respect que j'ai pour Pascal Litt et «Box'R Mag», leur dévotion - que je partage - à la cause de la marque à l'hélice (BMW, pour les ignares) ne rend pas cette analyse des plus objectives, surtout lorsque les victimes désignées de ce vieillissement sont... les marques japonaises.

A défaut d'être assidu aux grands événements motards (Salons, Bol d'Or, 24 Heures du Mans, Grands Prix, Super Cross, etc.) qui drainent toujours des foules considérables de passionnés, je participe régulièrement aux multiples réunions qui jalonnent la vie des militants de la FFMC. Si c'est toujours un plaisir d'y retrouver des têtes connues avec lesquelles j'ai souvent tissé quelques liens amicaux et même parfois complices, je ne puis nier que le ramage de beaucoup d'entre elles vire, année après année, au poivre et sel quand ce n'est pas franchement au blanc. Peut-être y suis-je plus sensible depuis que mon propre pelage s'enneige plus vite que je ne le souhaiterais mais le fait est là: la proportion de «vieux» militants ne semble pas baisser malgré l'augmentation continue du nombre des adhérents.

Bien sûr, voyons les choses positivement, cette persistance de la génération qui a fondé le Mouvement FFMC - La Fédé elle-même mais aussi la Mutuelle des Motards, l'Association pour la Formation des Motards, Moto Magazine et la FFMC-Loisirs - est, à bien des égards, un important facteur de pérennité en termes de transmission des valeurs qu'il porte, des réflexions menées et de l'expérience acquise en trente ans. Sans doute aussi, cette génération fût-elle un impressionnant bouillon de culture duquel ont jailli la plupart des idées qui furent mises en pratique. En somme, elle a défriché la voie dans laquelle se sont engouffrées les générations suivantes de militants et, si viendra immanquablement le temps où ses rangs s'éclairciront, il est normal qu'elle les accompagne et qu'elle continue de jouer un rôle important.

Il serait toutefois erroné de penser que les effectifs ne se renouvèlent pas. Il n'est qu'à voir la jeunesse nombreuse qui compose certains Conseils d'antenne pour s'en convaincre. La relève est là et, d'ailleurs, le Bureau National de la FFMC est majoritairement composé de trentenaires et de quadragénaires. Sa moyenne d'âge chutera encore très sensiblement lorsque je rendrai à mon tour mon tablier. Ainsi va la vie.

Cependant, si le constat de Pascal Litt (et de quelques autres), certainement empirique, s'avère juste, il me semble que nous, motards, aurions intérêt à en cerner les causes et à y trouver remède. Ne serait-ce que pour ne pas être classés par les Nations-Unies dans le répertoire des espèces en voie de disparition. Quel soulagement ce serait alors, pour tous ceux qui, depuis plus de trente ans, espèrent plus ou moins ouvertement l'éradication du motard, du scoutard et autre cyclomotoriste! Enfin, un monde entièrement dévolu aux quatre-roues, voire plus. Quelle horreur! Un vrai cauchemar!

Il est vrai que, trop souvent, le discours développé autour des 2-roues motorisés insiste plus que lourdement sur leur dangerosité. Dans une société qui voue le moindre risque aux gémonies et ne jure que par le «risque zéro», cela n'a rien de très surprenant même si cela en devient presque pitoyable à force d'outrances. Comment, dans ces conditions, des parents, tant soit peu soucieux de leurs enfants, verraient-ils d'un bon œil ces derniers enfourcher de si terrifiantes machines?

Pourtant, sans nier les risques encourus par quiconque circule en deux-roues (motorisé ou pas, d'ailleurs), la moto ce n'est pas ça. C'est bien plus que ça, beaucoup plus. C'est aussi une somme de plaisirs auxquels chacun peut s'abreuver selon son goût: plaisir de la conduite nez au vent, bien sûr, mais aussi plaisir des sensations distillées par la machine et par son moteur, plaisir d'évoluer au contact de l'environnement et de ses fragrances, plaisir de la découverte, plaisir des rencontres de hasard, plaisir du partage, plaisir de la fatigue au retour d'un roulage qui nous a enivré de plaisirs, plaisir du temps retrouvé lorsqu'on peut s'arrêter où bon nous chante et admirer un paysage sublime.

D'ailleurs, c'est avant tout cela la moto: du plaisir à l'état pur et des souvenirs à foison. On peut y venir, un peu contraint, pour son côté pratique, voire économique mais, même dans ce cas, on y trouve du plaisir (et pas seulement des avantages). Et, quand on fait le compte, tous ces plaisirs accumulés triomphent sans peine des inconvénients qui lui sont aussi liés. Que ce soit sur la route, sur la piste ou sur les chemins, la moto est un véhicule merveilleux. Et si son apprentissage est plus long et plus sérieux que pour d'autres véhicules, plus faciles ou plus confortables, avec une bonne formation et une bonne préparation elle saura toujours conquérir de nouveaux adeptes.

C'est d'ailleurs, à ma connaissance, le seul véhicule qui fait tant briller les yeux des enfants et... des vieux.

Sacré moto, va!

mercredi 15 septembre 2010

Non au motard d'élevage®

Ce «slogan» provient en droite ligne du site Motorhino.com qui, hormis son forum, semble plutôt inactif depuis plus d'un an. D'où le «®» du titre afin de rendre à Jules ce qui appartient à César.

Le site en question est celui d'une association éponyme qui, pour ce que j'en sais, s'est constituée autour de l'idée d'engager des équipes dans le «Dark Dog Moto Tour», il y a quelques années et qui l'a effectivement fait. Mais c'est aussi un de ces forums de motards dont l'un des dénominateurs communs est un humour acéré et potache - comme c'est souvent le cas chez les motards que je connais - et, en tout cas chez l'un de ses principaux animateurs qui signe «Klink», une vision de la société en général dont je me sens très proche.

MotorhinoInutile de dire que j'ai acheté le T-shirt vendu par ces sauvages et que je le porte assez fréquemment ce qui fait toujours son effet.

Le «motard d'élevage» dont au sujet duquel il est question chez Motorhino, serait, selon l'acception maison, le pilote d'usine par opposition à la foule des amateurs qui peinent à préparer une machine en vue du Moto-Tour ou les adeptes des motos de grandes séries, le plus souvent pleines de plastique - comme le dit une autre de mes références, le dessinateur Marc Bertrand, journaliste à Moto Magazine - par opposition aux amateurs de bécanes au caractère prononcé, vieilles gimbardes de récup' ou mises au goût exclusif de leur proprio. C'est du moins ce que j'ai compris au travers de mes quelques visites et je ne garantis rien. Si Klink passe par ici, il se fera certainement un plaisir de rectifier.Marc Bertand - Mondial 2007

Évidemment, de ce point de vue, je suis un motard d'élevage. Ma bécane (BMW R1200RT) est bel et bien une moto de série sans l'ombre d'une modification, hormis les autocollants dont je l'ai décorée, et pleine de plastique. Je pense même qu'il serait difficile d'en mettre plus. Ce ne serait vraiment pas raisonnable ! Malgré tout, comme je garde une vieille nostalgie de ma bonne Moto Guzzi 1000 California III (à injection) et qu'il me prend souvent le désir d'en acquérir une autre, je considère avec fierté que je n'ai pas que des goûts de chiottes même si ma BMW R1200RT ne saurait entrer dans la catégorie des motos sans intérêt. Elle est même sublime, ma Brunehilde!

Mais revenons à notre slogan.

Personnellement, je l'ai fait mien en droite ligne de mon engagement dans le Mouvement FFMC. En effet, être motard est souvent perçu comme un anachronisme dans une société où la sécurité est portée au pinacle. Faire de la moto est loin d'être sans risque, on le sait, et le discours de la DSCR (Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières), de ce point de vue, est ultra-formaté et fort explicite. En un sens, il est aussi le reflet d'une société qui peine à comprendre que l'on puisse accepter de mettre sa vie en danger au seul motif d'une passion ou par pragmatisme (déjouer les difficultés de déplacement urbain, par exemple) alors que, par opposition, la voiture est autrement plus sécurisante et confortable.

Si l'on ajoute à cela l'image d'une «communauté» à l'instinct grégaire prononcé (Il suffit pour s'en convaincre de compter le nombre de moto-clubs plus ou moins formalisés et les concentrations, bourses d'échange, puces et autres réunions motardes organisées régulièrement de par le pays), dotée d'un esprit de dérision et d'auto-dérision souvent affûté, qui défend becs et ongles la pratique de la moto - au besoin en descendant bruyamment dans la rue - et dont les codes restent le plus souvent obscurs pour les non-initiés, on a là tous les ingrédients pour faire des motards des sortes d'extra-terrestres auxquels s'attachent nombres de fantasmes dont beaucoup ont la vie dure et sont totalement injustifiés.

J'en veux pour preuve les déclarations d'Hortefeux, le 13 août dernier, promettant une répression accrue pour les utilisateurs de 2-roues motorisés, rendus responsables par la DSCR, encore elle, de la stagnation du nombre des tués sur la route en 2009. Parce que, pour ce beau monde, si les motards se tuent, c'est parce qu'ils aiment prendre des risques et ne respectent rien, surtout pas les règles. Bref, s'ils se tuent, c'est qu'ils le cherchent. Un peu comme si, chaque motard, chaque fois qu'il enfourche sa bécane, avait pour unique objectif, non pas d'arriver à destination, et surtout entier, mais, au contraire, d'aller exploser les statistiques de la DSCR rien que pour faire chi.. madame Merli ! Ridicule, bien sûr.

Je ne reprendrai pas ici l'argumentaire de la FFMC qu'il est aisé de trouver sur son site.

Dans ce cadre militant, le motard d'élevage serait celui dont rêvent bon nombre de politiques et de technocrates : un individu qui roulerait sagement, vêtu d'un gilet jaune fluo, en rasant le bas-côté sur une machine poussive tout juste capable de descendre une côte. Mieux : le motard idéal s'éclaterait sur des motos virtuelles devant sa console de jeux vidéo mais ne roulerait sur les routes que dans des boites à quatre roues.

Et bien, non ! Désolé. Je ne remiserai ma moto que le jour où je serai devenu incapable de la conduire. D'ici là, je revendique le droit de rouler aussi souvent qu'il me plaît. J'exige que l'on fasse confiance à mon discernement et à ma raison pour prendre soin de ma vie et de celle des autres usagers en conduisant non pas dans un strict respect de règles qui peuvent parfois me mettre en danger mais en adaptant ma conduite aux circonstances et à l'environnement, les yeux sur la route plutôt que sur le compteur de vitesse. Je veux qu'on accorde foi à mon intelligence et à mon souci de l'autre.

Et tant qu'il se trouvera des élus et des hauts fonctionnaires pour vouloir m'enfermer dans leurs élevages en batterie pour citoyens conformes et amorphes, je me battrai pour être un motard au grand air et en liberté.

Et pis, c'est tout !

vendredi 9 octobre 2009

Dernières nouvelles du front

Allons bon ! Il paraît que c'est la guerre et on ne nous dit rien !

Il fallait lire le « Parisien-Aujourd'hui en France », le 5 octobre dernier, pour l'apprendre. Même qu'elle ferait rage, la guerre. Si, si ! Un truc sanglant, sûrement, pour émouvoir le journaliste d'investigation qui sommeille (et même profondément, semble-t-il) au fin fond de tout modeste porte-plume de la sécurité routière d'Etat.

« Et cékoidonkidy, çuilà ? » s'interrogeront les plus curieux de mes honorables visiteurs.

En fait, reportage de terrain à l'appui, la feuille de chou parisienne nous assène que c'est pas le grand amour entre motards et scootards des grandes villes et, notamment, de Paris. Tout ça pour illustrer un sondage GEMA Prévention/SOFRES (voir aussi MotoMag n°261 – octobre 2009) qui indique que le monde des 2-roues motorisés est bien moins homogène qu'on veut bien le dire. Le genre d'illustration à grand spectacle frappée au coin du sensationnalisme plus qu'à celui du sérieux, il faut bien le dire, et dont la plupart des titres de la presse quotidienne régionale, et même nationale, souvent, se sont fait une spécialité. Ça se voudrait de l'information alors que ce ne sont que des logorrhées.

Notre ami Nicolas Grumel y ayant répondu de manière fort pertinente sur MotoMag.com dans cet article, je n'y reviendrai pas.

Bizarrement, c'est au moment où la Sécurité Routière publie des chiffres pas très reluisants, toutes catégories confondues, que semble se dessiner une campagne d'un genre particulier qui ne cible pas seulement « les motards », éternels responsables de « l'insécurité routière », comme il est désormais de coutume. Elle fait bien mieux encore : elle voudrait décerner bons et mauvais points aux différentes sous-catégories de cet horrible monstre qu'est le monde des 2-roues motorisés. Et ça tombe plutôt bien puisque le gouvernement a quasiment mis en demeure les participants à la concertation nationale sur les 2RM de lui trouver rapido des propositions bien clinquantes pour dompter la bête (voir ici).

C'est donc simple et c'est vieux comme le monde : diviser pour régner. On n'en est pas encore à une déclaration d'amour en bonne et due forme aux « vrais » motards, faut pas déconner, mais on nous glisse à l'oreille que, dans le fond, ces derniers ne sont pas les plus pires : y a les scootards qui sont encore plus méchants et, si on creuse un peu plus, les p'tits jeunes sur leurs 50cc. « Car, voyez-vous, mon bon monsieur de la FFMC, tous ces gens-là, c'est pas des vrais motards, vous allez pas les défendre, quand même ? Y connaissent rien à la moto, y vous aiment pas et y sont mal polis, pas vrai ? »

Bref, on enfonce le coin en espérant que les Motards en Colère détourneront pudiquement le regard tandis que le couperet s'abattra sur les plus « fautifs ». La manœuvre est un peu grossière pour au moins deux raisons. D'abord, faut pas nous prendre pour des demeurés : on sait très bien que n'importe quelle mesure appliquée aux uns, s'appliquera automatiquement à tous. Et quand on sait le goût de ce gouvernement pour la poudre aux yeux, de préférence bien répressive, on peut légitimement s'inquiéter. Sans même parler des habituelles ponctions sur notre porte-monnaie tel le contrôle technique qui fait tant saliver les organismes de contrôle et la Prévention Routière, sous prétexte que trop d'adolescents meurent sur les routes. Y a rien de tel qu'un bon trémolo pour faire marcher le commerce.

Ensuite, il n'est pas dans les mœurs de la FFMC de sélectionner ceux qu'elle défend. On peut rouler en japonaise, en américaine ou en européenne, en sportive, en roadster, en custom, en routière ou en scooter, en solo, en duo, en side ou en trike, en 50, 125, 650 ou 1200, avoir 14, 21, 35, 46, 55 ou 60 ans et plus, être une femme ou un homme, hétéro ou homo, Jaune, Noir, Rouge ou Blanc, etc., la FFMC considère qu'il n'y a que des conducteurs de 2RM dont les problématiques sont les mêmes dans un contexte réglementaire et un environnement qui n'ont pas été pensés en tenant compte d'eux. Certes, compte tenu de l'engouement pour ce mode de déplacement, il est évident que tous n'ont pas la même culture, pas plus qu'ils n'ont les mêmes motivations. La difficulté est d'ailleurs davantage dans la manière de toucher ceux qui ne se considèrent pas concernés par ces problématiques que de savoir si nous devons les défendre ou pas. La réponse est évidente : c'est oui. Mais comment leur faire connaître nos combats et leur faire partager nos valeurs ? Là est plutôt la question.

Car qu'ils le veuillent ou non, tous sont confrontés aux mêmes problèmes et les crises d'humeur des uns et des autres apparaissent bien secondaires dès lors qu'on sort la tête du guidon. Du reste, il y a une prise de conscience et de plus en plus de scootards (parfois anciens motards eux-mêmes) viennent nous rencontrer. Mais la FFMC doit pouvoir faire mieux encore. Elle en est capable, comme elle a su agir auprès des jeunes depuis des années pour les sensibiliser, comme elle sait défendre les motards, pied à pied, et convaincre au-delà de ces usagers. Sans doute faut-il trouver là la raison pour laquelle tant de monde aimerait que nous ne soyons finalement que les défenseurs des seuls « vrais »motards. Mais c'est quoi au juste, un vrai motard ?

Car, depuis toujours, dans l'imagerie populaire, un cadre, deux roues et un moteur, ça a fait une moto, petite ou grosse, peu importe. Ce qui fait de tout conducteur d'un « deux-roues motorisé » un motard, en fin de compte. Ce ne sont que la législation et aussi les modes qui ont décliné ces véhicules en catégories.

Alors, non, il n'y a pas de guerre, avec personne, pas plus les automobilistes, que nous sommes dans notre immense majorité, qu'avec n'importe quels autres utilisateurs de 2RM. Le partage de la route n'est pas un combat. Il y a juste une vie quotidienne pas toujours riante et, disons-le, une certaine promiscuité, parfois, avec des cons qui ne se distinguent ni par leur nombre de roues ni par leur âge ni par leur sexe. Et c'est déjà bien suffisant comme ça.

dimanche 27 septembre 2009

Intérêt général

Vous vous en souvenez certainement, les privilèges, dans notre beau pays, ont été abolis dans la fameuse nuit du 4 août 1789. C'était le bon vieux temps,en somme !

Car, depuis, il faut bien reconnaitre, qu'ils n'ont eu de cesse de revenir et de prospérer. Les exemples ne manquent pas, je vous fais grâce de la liste.

Le dernier en date concerne les taxis parisiens (et les transports en commun, d'ailleurs) sur l'autoroute A1, entre La Courneuve et le tunnel de Landry, sur laquelle une voie leur est réservée sur quelque chose comme 5 km, de 7h00 à 10h00, chaque jour.

Résultat : pour 5 mn que gagnent les taxis qui font la navette sur Roissy, les autres usagers se retrouvent coincés dans des embouteillages monstres et y perdent quelques bons quarts d'heure. Sans parler des prunes pour ceux qui se risquent à bafouer le droit de passage des vrais pro.

C'est sûrement cela qu'on appelle l'intérêt général, puisque nous sommes une République dans laquelle les restrictions de liberté ne peuvent être motivées que par lui. Sauf qu'à bien y regarder, ça ressemble furieusement à un privilège, non ?

Certes, me diront certains, il y en a bien d'autres et, après tout, ce n'est qu'une expérimentation. Bien sûr, et c'est donc bien normal. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

J'objecterai cependant que j'ai du mal à saisir les finesses d'une logique qui, pour faciliter le boulot de quelques-uns, prétexte louable entre mille, s'applique à emmerder la foule du commun. En s'appuyant, de plus, sur une superbe technologie de vidéo-détection pour sanctionner les rebelles. Non seulement, on fait chier le monde mais, en plus, ça rapporte à l'Etat (qui en a bien besoin). Pourquoi se priver ?

A l'opposée, il se trouve ce fameux tunnel duplex de l'A86, lui aussi sous vidéo-surveillance (mais là pour des raisons de sécurité et de régulation du trafic, nous dit-on) et qui n'est interdit qu'aux motos (et aux véhicules de plus de 2 m de haut, vue sa conception). Il paraît que le machin informatique n'a pas encore tout intégré des subtilités des deux-roues motorisés. C'est un peu con un ordinateur, pas vrai ?

Bref, il semble qu'en région parisienne, on ne sache rien faire sans devoir emmerder quelqu'un.

Vous me direz que je me mêle de choses qui ne me regardent pas. C'est vrai : j'habite en provi(e)nce et pas la plus désagréable, soit dit en passant. Mais il n'empêche que je regarde tout ça d'un œil très perplexe en raison d'un principe assez répandu dans notre pays et qui veut que, quand des responsables ont une idée à la con quelque part, celle-ci finit par contaminer de nombreux autres responsables partout ailleurs. Je dis responsable, bien sûr, pour rester poli.

C'est donc pire qu'une pandémie de grippe cochonne. Alors, je me dis que personne, où qu'il habite dans notre merveilleux pays, n'est vraiment à l'abri des conséquences de cette conception un peu particulière de l'intérêt général.

Certes, il existe un remède : se regrouper et se mobiliser pour faire échec à ces décisions. Mais bon, vous le saviez déjà, heureusement !