Le Marcoblogue

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Le blog de Marco Al Khadouz

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Et encore, je m' retiens !

samedi 1 décembre 2012

Connected bikes

Je lisais peinardement le dernier numéro de Motomag (n°293 - décembre 2012 - janvier 2013), arrivé durant ma longue semaine de déplacement, tout en sirotant un "Lagavulin 16 years old" de rêve (oui, on ne se refuse rien quant on l'a mérité !), lorsque je suis tombé en arrêt sur l'article de la page 18, "La technologie au service de notre sécurité". Notre excellent Nicolas Grummel y interviouve M. Claes Tingvall, directeur de la sécurité routière suédoise, un homme fort sympathique au demeurant.

Ici, notre aimable suédois nous confie, avec un enthousiasme qui fait plaisir à lire, tout le bien qu'il pense de la technologie, allant jusqu'à prédire que, "dans 10 ans, une moto interconnectée pourrait signaler son arrivée à un carrefour que veut traverser une voiture, interconnectée elle aussi. Sans cela, l'automobiliste ne verrait pas la moto"... Bref, comme aujourd'hui, quoi !

Alors, comment dire ? Je sais que je suis désormais à ranger dans la catégorie des vieux cons grincheux et d'aucuns penseront sans doute que je suis un passéiste invétéré qui marmonne devant le verre où trempe son dentier, le sempiternel "C'était mieux avant" ! Ceux-là se trompent mais là n'est pas mon propos. D'abord, j'ai pas de dentier !

La sécurité et tout ce qui peut contribuer à l'améliorer, je trouve ça très bien. Promis ! D'abord, d'une certaine façon, je me suis battu pour elle et je continue de le faire. Mais, j'ai de plus en plus souvent des poussées d'urticaire à l'évocation de ce que pourrait devenir notre monde grâce aux technologies, notamment de communication. Que voulez-vous ? Je ne vois pas ce qu'il y a de si gratifiant à être instantanément informé des états d'âme d'un pseudo-ami à l'autre bout de la planète quand on ne connait même pas son voisin de palier et qu'on ne lui adresse même pas la parole pour le saluer ou qu'on feint de ne pas voir la misère au pied de son immeuble ! Ni quand, sous couvert de sécurité, on confie sa vie à des systèmes sur lesquels on a de moins en moins de prise. Ou bien que, pour soi-disant assurer cette sécurité, il nous faille en permanence livrer de plus en plus d'informations personnelles dont la pertinence n'est pas toujours avérée et l'utilisation non exempte de suspicion.

Regardez les pubs pour les voitures : de toute évidence, ceux qui les conçoivent (les pubs et les voitures) nous prennent pour des neuneus. Quasiment pas une qui ne vante son électronique embarquée sans laquelle il semble qu'il soit impossible de faire un créneau, de démarrer en côte ou de garder ses distances avec le véhicule de devant. C'est très bien tout ça mais à ce compte, bientôt, l'usage du cerveau va devenir optionnel.

Quant à la moto, n'en parlons pas. Si pour aborder un carrefour sans me mettre en danger, il me faut une connexion internet, je vous dis pas le fun ! A force de nous promettre un monde aseptisé duquel tout risque sera éradiqué, je crains qu'on ne finisse aussi par tuer le rêve.

Je ne fais pas de la moto pour me suicider. Juste parce que j'adore les sensations que j'éprouve lorsque je prends son guidon. Je sais qu'il y a des risques mais j'essaie de les assimiler et de les anticiper (merci l'AFDM de savoir m'y aider par une formation de qualité). Et comme je sais qu'on ne pourra jamais coller des puces RFID sur tous les sangliers, piétons et enfants susceptibles de traverser ma route, comme je sais que tous les autres véhicules ne seront pas interconnectés avant longtemps et qu'il y aura encore longtemps des réfractaires dans mon genre à ce genre d'idée, je préfère m'en remettre à mon cerveau pour analyser les situations.

Rater un créneau ou un démarrage en côte ou un demi-tour, c'est pas grave. Vexant, peut-être, mais pas grave. Mais ne pas être capable de "lire" son environnement pour savoir quelle décision prendre, au volant ou au guidon, ça c'est inadmissible. Alors, en attendant ce monde idéal où d'autres cerveaux, artificiels, analyseront et décideront pour nous, je préfère garder la main sur mon sort et décider.

Personne n'est infaillible, c'est vrai. Mais le savoir incite à une certaine modestie qui est pour moi la meilleure des assurances-vie.

vendredi 23 novembre 2012

Quand les clowns se fâchent tout rouge : mensonges et amalgames

Il était pas content du tout du tout, Hervé Dizy, le ci-devant président de la ligue contre la violence routière. Ah que non, qu'il était pas content. Alors, son machin, la LCVR, a boycotté les Rencontres Parlementaires de la Sécurité Routière qui se sont tenues à Paris le 10 octobre dernier. C'est que ça rigole pas chez "l'acteur-clé du débat" ! Mais à vrai dire, pas grand monde ne s'en était rendu compte sauf certains plus observateurs que les autres, alertés peut-être par le fait qu'il y a eu moins de crises d'hystérie qu'à l'accoutumée, ce qui est tout de même un indice et est aussi bien plus reposant.

Donc, à la LCVR, on a fait son gros pipi par terre et on s'y est roulé dedans en pleurant car à ces journées étaient invités les fabricant d'avertisseurs de radars à cause de qui, c'est bien connu, la répression est devenue stérile. Chez les "acteurs-clés du débat", on préfère quand les gens se font surprendre faute de pouvoir rester toujours les yeux rivés sur leur cinémomètre, ce qui est bien plus important que regarder la route, vous en conviendrez.

Et ce qui les rend encore plus colère, les "acteurs-clés du débat", c'est que même la FFMC y était invitée. Alors là, je vous dis pas les boules qu'il a chopé le père Dizy. Grave de chez grave ! Inviter des gens qui ont cassé des radars ? Un scandale, tout simplement ! De quoi lui causer une crise d'apoplexie à ce malheureux ! Bon, certes, il se la joue un peu, notre comique allant même à jusqu'à prêter à Manu Valls un divin courroux semblable au leur, raison de l'absence du bon ministre à ces rencontres. Surtout ne dites pas à ce pauvre Dizy que ledit ministre avait peut-être d'autres soucis plus immédiats que la grand messe de la sécurité routière où, pourtant, il aurait sans doute aimé faire son intéressant, lui aussi, et qui l'aurait aussi un peu reposé des histoires de Roms, de bandits corses et de stands de tirs marseillais. Et puis, franchement, se faire prendre en photo à côté de Dizy, pour un ministre, je vous dis pas la gloire ! Une consécration. Alors, il fallait un sacré motif pour rater une fête pareille, vous pensez pas ?

Mais bon, chez les paranoïaques hystéro-compulsifs, la mythomanie est un refuge.

Alors, soyons magnanimes. Dizy et sa ligue n'aiment pas les motards et la FFMC et le moins que l'on puisse dire est que ça se voit. Difficile pour eux de ne pas saisir la moindre occasion pour déblatérer sur notre compte, fut-ce au prix de gros mensonges qui relèvent de leurs phantasmes. C'est comme une manie, une obsession. Il faut dire qu'on ne les épargne guère et que nous argumentons pour contrer leurs délires sécuritaires et ultra-répréssifs. Mais nous, c'est avec sérieux et honnêteté. Alors, il faut bien comprendre que chez ces esprits simples, adeptes des raisonnements binaires, faciles à assimiler, les dégâts neurologiques peuvent être dévastateurs lorsqu'ils sont confrontés à une pensée aussi élaborée et rigoureuse que celle de la FFMC. Par bonheur, leur bêtise les protège un peu et leur évite de devoir chercher plus loin que leur très courte vision du monde.

Allez, j'arrête là. Je ne voudrais pas être la cause d'une nouvelle crise de larmes !

Si vous ne craignez pas la nausée : cliquez ici.

LCVR

mercredi 19 septembre 2012

L'art de dire

Un jeune motard de 23 ans est mort, samedi 15 septembre vers 17h00, à la sortie sud d'Orange, sur la RN7, en direction d’Avignon. Une voiture lui a coupé la route en sortant d'un centre commercial, traversant la chaussée pour tourner à gauche en direction du centre-ville malgré l'interdiction matérialisée. Il semble également que le chauffeur de cette voiture était sous emprise alcoolique. Il a été placé en garde à vue.

Comme toujours, quand on apprend le décès d'un(e) motard(e) dans un accident de la route - et quelles qu'en puissent être les raisons dont on ignore souvent les détails - on ne peut s'empêcher d'être réellement saisi d'effroi, de désolation et de compassion, même sans connaître la victime. Ce n'est pas tant pour le fait qu'il s'agirait d'un membre du "clan", un(e) semblable, une sœur ou un frère, fauché(e) dans la fleur de l'âge, mais surtout parce qu'on sait bien que malgré les précautions qu'on peut prendre, cela peut nous arriver à tou(te)s et que cela est trop souvent arrivé à des gens qui nous étaient chers. C'est une chose difficile à expliquer, surtout quand, comme moi, on a horreur du pathos et des effets tire-larmes.

Bien sûr, la presse quotidienne régionale a rapporté l'accident : Le Dauphiné sur son site, La Provence sur le sien. Il se trouve que j'ai aussi pu lire l'article paru dans son édition de dimanche (voir en pièce jointe).

Je suis toujours surpris par la manière dont ce journal présente très souvent les accidents impliquant des motards. Qu'on ne se méprenne pas : je n'ai personnellement aucune animosité particulière envers La Provence qui, par ailleurs, relaie très régulièrement les informations concernant la FFMC 84 et lui ouvre très souvent ses colonnes. Ces journalistes font leur boulot, souvent de façon intéressantes, y compris sur des sujets plus fouillés que les faits-divers. Mais j'ignore pourquoi, lorsqu'il s'agit d'accidents de la route avec motards, certains journalistes en viennent à donner des informations discutables, pour le moins.

Ainsi, alors que l'auteur de l'article affirme dans son introduction que "l’enquête des policiers nationaux permettra d’établir dans quelles circonstances s'est joué un drame de la route hier", il indique aussitôt que "selon les premières constatations... le motard arrivant à vive allure n'a pu éviter la voiture..." Mais qui a fait ces "premières constatations" et sur quelles bases peut-on affirmer que le motard roulait à "vive allure" puisque l'enquête n'était pas bouclée ? Que signifie d'ailleurs "rouler à vive allure" et comment cela s'apprécie-t-il ? Et qui dit qu'il roulait à "vive allure" ? Et s'il roulait simplement à la vitesse autorisée ? Car le fait que sa moto soit encastrée droite dans la voiture semble surtout démontrer qu'il ne l'a vue qu'au dernier moment, trop près pour amorcer la moindre manœuvre d'évitement, voire même pour freiner. Sinon, il est fort probable qu'elle se serait couchée ou serait partie en dérapage. De plus, on a à faire ici à un équipage moto-pilote qui dépasse facilement les 300 kg. Même à 50 km/h, ça représente une belle quantité d'énergie à dissiper.

Plus loin, il est dit que le jeune motard roulait "sur une puissance Kawasaki." Quelle peut bien être l'utilité de cette précision quand il n'est nulle part fait allusion à la puissance de l'Opel Meriva qui lui a coupé la route ? Sans doute le journaliste ignore-t-il que, en France, la puissance des motocyclettes est limitée à 74 kW soit environ 106 chevaux DIN. C'est la fameuse "loi des 100 ch" qui ajoute aux si nombreuses singularités de notre cher pays. Cela signifie qu'une grande partie des voitures en circulation développe une puissance supérieure à celle des plus puissantes motocyclettes commercialisées en France. Prenez n'importe lequel des moteurs turbo-diesel actuels : ils peuvent développer jusqu'à 140 ch voire plus et cela même sur un "paisible" monospace familial ! Pourtant, bizarrement, dans aucun des articles où sont relatés les accidents entre motocyclettes et voitures, il n'est question de la "forte puissance" de celles-ci. Pourquoi cette différence de traitement ?

Un esprit par trop chagrin pourrait en conclure, tout en s’apitoyant sur le funeste sort de ce jeune motard, que sa mort répond à une sorte de fatalité. Puissance, vitesse, mort : quoi de plus logique. Or, rien de tout cela n'est démontré. Par contre, on imagine très bien l'attention qu'une personne en état d'ébriété peut apporter à sa conduite. La conséquence est déjà terriblement insupportable. Il n'est vraiment pas nécessaire de donner dans le phantasme et le poncif éculé.

Ajout du 5 octobre 2012 :

Je me suis rendu pour raisons professionnelles dans la petite zone commerciale où s'est produit l'accident. J'ai rencontré et discuté avec le commerçant de chez qui sortait le conducteur du Mériva. Il m'a confirmé que ce dernier avait coupé la route de la moto environ dix à quinze mètres devant elle. Autant dire qu'il ne lui a laissé aucune chance puisque, à 50 km/h, la moto aura parcouru 14 m avant que son conducteur commence à réagir.

Ce seul élément me semble être de nature à disqualifier définitivement le traitement scandaleux de ce drame par l'auteur de l'article qui visiblement ne connait pas grand chose à son sujet.

dimanche 9 septembre 2012

Permis de tuer ?

Ce soir, dans le cadre de son émission "Zone interdite", M6 s'intéressera à l'épineuse question "Conduire avec ou sans permis de conduire : enquête sur ces Français prêts à tout !", avec point d’exclamation et tout ça. "Alors que cet été 2012 a été plus meurtrier que l'an dernier sur les routes de France, (+ 3,6% de décès par rapport à juillet 2011), plusieurs des conducteurs impliqués dans ces accidents mortels roulaient sans permis. Qui sont ces Français qui osent prendre des risques avec leur vie et celles des autres sur la route ? Quelles sont leurs combines pour ne pas se faire prendre ? Pourquoi est-il si difficile de décrocher cet examen en France ?", annonce même le site de la chaine.

Je sais ce que vous allez me dire : "On s'en fout !" et sans doute aurez-vous raison. M6, comme la plupart des autres chaines de télé, d'ailleurs, hélas, donne assez peu souvent dans la finesse, est plutôt adepte de l'enfoncement de portes ouvertes et de la sécurité routière à grand spectacle et sait manipuler avec un talent certain tous les poncifs les plus éculés énoncés sur le sujet depuis l'invention de la roue. Il y a donc peu de chance que l'émission de ce soir diffère beaucoup des précédentes.

Derrière la présentation toujours très aguicheuse du sujet, il y a aussi cette affirmation selon laquelle rouler sans permis serait quasiment une tentative d'homicide plus ou moins volontaire. Raccourci simpliste, bien sûr, que la plupart des journaux n'ont pas manqué d'utiliser lorsque ces faits-divers sont venus défrayer la chronique. Conduire sans permis = assassin ! Si ça c'est pas de la rigueur journalistique, pas vrai ?

Pourtant, le sujet est intéressant. Il aborde un phénomène qui, apparemment, tend à se développer ou, peut-être, à être plus visible. Se poser la question est donc pertinent. Mais pourquoi, encore une fois, ces raccourcis stupides et ces amalgames ?

Pourquoi mélanger, par exemple, la prétendue difficulté du permis de conduire français avec les problèmes liés à son annulation pour certaines personnes ? Que certaines de ces gens se retrouvent pareillement à conduire sans permis est une évidence mais les causes ne sont pas forcément les mêmes, pas plus que la motivation à enfreindre la loi.

Il y a aussi une certaine malhonnêteté à laisser entendre que conduire sans permis serait obligatoirement dangereux. Dire cela n'est pas militer pour promouvoir cette infraction (ou ce délit). Il faut juste reconnaître que l'acte technique de conduire, en soi, est relativement simple et à la portée du premier benêt venu. La difficulté n'est pas tant de déplacer son véhicule que de le contrôler en toutes circonstances. Or, quelqu'un qui s'applique à conduire raisonnablement peut parfaitement passer totalement inaperçu dans la circulation. S'il a des difficultés de mémorisation, de compréhension ou autre, il peut échouer de très nombreuses fois à l'examen du permis qui n'est qu'un acte administratif mais affirmer avec raison qu'il "sait conduire".

Pareillement, la personne qui voit son permis suspendu ou annulé "sait conduire", elle aussi. Elle a appris, elle a passé et réussi l'examen. Simplement, elle est sanctionnée : la loi lui interdit de conduire pendant un laps de temps plus ou moins long, voire définitivement. Ce qui importe, c'est le motif pour lequel le permis lui a été retiré. La mise en danger d'autrui est affaire de comportement et la possession ou non du permis n'est pas en cause au contraire de la raison de son retrait dans certains cas. Il est d'ailleurs assez significatif de constater que les personnes sans permis qui ont causé les accidents mortels de cet été étaient à peu près toutes sous emprise alcoolique ou de stupéfiants, en état d'euphorie et de désinhibition, incapables donc de maîtriser leur véhicule. C'était même la raison pour laquelle leur permis leur avait été retiré quelques temps avant. Elles auraient aussi bien pu avoir le même accident avant leur retrait de permis si elles ne s'étaient faites prendre par la patrouille. La justice les a punies mais ne les a pas mises hors d'état de nuire, ce qui n'a pas manqué de se produire, malheureusement. Sans doute parce qu'elles font partie de cette frange de la population qui ne se remet jamais en cause, ne vit que pour elle en méprisant les autres et la loi, et très certainement en raison même de son addiction qui lui interdit tout raisonnement rationnel. Là où la plupart font amende honorable et acceptent la sanction sans faire d'éclats, ces gens crient à l'injustice et recommencent, inconscients du danger qu'ils représentent.

Quant à la question de la difficulté de l'examen du permis de conduire en France, elle me laisse assez dubitatif. Peut-être les pratiques commerciales de certaines écoles de conduite ont-elles popularisé l'idée qu'on pouvait obtenir son permis à bas coût, grâce à un forfait d'heures tellement étriqué qu'il s'avère insuffisant pour une part significative de la clientèle. Que cela induise les gens en erreur et qu'ils tentent leur chance mal préparés, il est possible que ce soit la raison pour laquelle on s'apitoie sur cette difficulté. Mais est-ce bien le cas ? Le permis de conduire est un examen et comme tous les examens, il se prépare. C'est à dire que, pour avoir une chance de l'obtenir, il faut atteindre un certain niveau de compréhension et de compétence. Soumis à la marchandisation, il a un coût qui n'est pas négligeable et qui, pour des personnes un peu imperméables aux apprentissages, peut atteindre des sommes conséquences, parfois même abusives. Il n'en reste pas moins que conduire un véhicule n'est pas un acte anodin. Au-delà de la "facilité technique" dont je parlais plus haut, il y a tout un ensemble d'autres aspects qui doivent permettre d'appréhender un vrai partage de la route, le respect mutuel entre usagers, l'anticipation des situations à risque et la maîtrise du véhicule, sans même parler des règles liées au Code de la Route. Sans même rappeler aussi qu'une grande partie du "savoir (se) conduire" nous vient avec l'expérience. Alors trop difficile le permis ? Voire ! Les copains de l'AFDM pourraient en parler mieux que moi. Il est certainement possible d'améliorer les choses pour concilier la nécessité d'un niveau de compétence raisonnable avec son utilité sociale pour beaucoup de gens dont l'activité salariée en dépend. Au-delà, on ne peut traiter cette question sans interroger la pertinence des choix d'urbanisation et les politiques de transports et de déplacements, c'est à dire nos choix de société.

Et, sans doute, en nous interrogeant sur nos choix, trouverions-nous aussi des réponses à nos interrogations autour de la sécurité routière et sur l'usage que certains font de leur permis, valide ou pas.

dimanche 26 août 2012

Y a pas mort d'homme, faut dire...

Vous savez comme moi comment ils sont les minots, toujours à fanfaronner, à se croire invincibles, immortels et à prétendre savoir toujours tout mieux que personne. Ils n'ont forcément aucun besoin d'un conseil et encore moins d'une quelconque mise en garde puisque rien ne peut leur arriver. Et si jamais ça arrive quand même, ils se gardent bien d'aller se vanter de leur mésaventure, des fois qu'on abimerait un peu plus leur petit ego cabossé d'un "je t'avais prévenu" qui signerait l'humiliation suprême. C'est déjà bien assez de devoir passer sous les fourches caudines des vieux, toujours à s'inquiéter d'un rien et à faire perdre leur précieux temps aux jeunes aventuriers.

Celui-là, il était bien à point. Je ne sais pas depuis combien de temps il poussait son brêlon sous le cagnard impitoyable et par 32°C au bas mot mais s'il avait jamais été arrogant et suffisant dans sa vie antérieure, il n'en gardait plus aucun vestige visible. Cramoisi, qu'il était le gamin. Et humble. Nous, on croisait tranquilles comme Baptiste sur la route D66 qui monte au col Saint-Sébastien, en direction de Mens. C'était vers les 17h30. Je me suis arrêté à son côté pour savoir de quoi il retournait. Il devait avoir dans les 16 ou 18 ans et il ruisselait toute l'eau de son corps à pousser une sorte de trail 125 cc. Nous, on n'avait plus de flotte, malheureusement, et il nous tardait justement d'arriver à Mens pour boire un bon coup. Lui, il s'était vautré, qu'il nous a dit, et depuis plus moyen de faire démarrer son bourrin. Mais besoin de rien. Personne à prévenir à Mens qui était sa destination, soi-disant. Et puis têtu comme une mule, le jeunot. Il ne voulait rien savoir, rien dire, un peu méfiant peut-être ou incrédule de voir que deux adultes veuillent l'aider. Ou trop timide pour accepter, allez savoir. Il était à deux doigts de défaillir mais tout allait bien, promis, juré.

Alors, on a passé notre chemin en lui souhaitant bonne chance. Pour être honnête, je pense qu'à son âge, j'aurais fait comme lui malgré la chaleur écrasante. Surtout ne rien devoir à personne. Et puis, j'ai pensé plus tard que son histoire était peut-être pas la bonne version ; que, tout simplement, il avait été trop optimiste et qu'il était tombé en rade de carburant et était maintenant vexé comme un pou, forcément. Comme un con, j'ai même pas pensé à lui poser la question pour l'essence. Ça vaut rien de bon à personne, ces fortes chaleurs. Mais quand même, ça ne nous satisfaisait pas de le laisser à son petit calvaire d'apprenti-motard, à deux kilomètres du col, soit encore pas loin d'une petite heure de poussette, même si après il avait quatre kilomètres de descente salvatrice.

Arrivés à Mens, on s'est arrêté dans un bistrot en quête de la gendarmerie. On nous a indiqué l'endroit en nous précisant que, restrictions budgétaires obligent, la brigade avait émigré à Monestier-de-Clermont et que le bâtiment était fréquemment vide. En effet, il n'y avait pas foule. Juste un interphone près de la porte avec la mention : "Pour entrer en communication avec la gendarmerie nationale, appuyez sur le bouton". On a appuyé sur le gros bouton et une personne de l'autre côté du machin nous a demandé de quoi il retournait après les politesses d'usage. On lui a donc exposé le topo en détail. La personne nous a répondu après un bref instant de réflexion que, non, désolé, mais c'était pas à eux de s'occuper de ça, qu'il avait qu'à appeler un dépanneur. Ça valait la peine d'expliquer que le gamin avait plutôt été du genre mutique avec nous et que cette suggestion ne l'avait pas vraiment séduit. Quant à se lancer dans des considérations d'ordre philosophique sur la psychologie assez tortueuse des adolescents, un féroce élan de lassitude m'y a fait renoncer. Notez que nous-mêmes n'avions pas suggéré que la noble gendarmerie s'abaisse à jouer les dépanneuses pour un vulgaire gamin de péquin lambda en semi-détresse le long d'une route départementale. On se disait juste qu'il devait bien y avoir un véhicule en patrouille dans le canton et qu'il pouvait faire un petit détour par la RD66 pour s'assurer que notre bonhomme ne s'était pas transformé en tas de charbon. Parce que dans ce pays, il y a toujours une bagnole de la gendarmerie en maraude, c'est bien connu. Sauf quand t'en as besoin, évidemment. D'ailleurs, je ne peux pas imaginer que cette personne, aussitôt après avoir raccroché, n'a pas lancé un appel à ses collègues pouvant croiser dans le coin, juste par acquis de conscience, tellement le contraire me paraît inconcevable.

Je me dis aussi que si elle a un enfant en âge de divaguer à moto sur les routes avoisinantes, elle serait bien contente qu'un simple passant puisse s'inquiéter d'une mésaventure, certainement banale et sans conséquence grave, survenant à sa progéniture.

Peut-être aussi, aurait-on pu appeler les pompiers. Ou mentir et déclarer qu'il était blessé. Pourquoi pas ? Mais ce qui surprend aussi, et irrite, je dois dire, c'est que parmi les personnes de ce village qui étaient présentes quand nous en avons parlé, il ne s'en soit trouvé aucune pour proposer une autre idée ou une autre solution. En fait, personne ne se sent concerné mais chacun dénonce l'égoïsme de ses semblables, surtout si c'est relaté par un reportage à la télé. Je m'interroge pourtant : à partir de quand peut-on parler de non-assistance à personne en danger ? Forcément, quand tout finit bien, la question ne se pose pas et chacun fait mine de minimiser l'événement. Mais sinon ? Qui peut dire que dans un tel contexte caniculaire, ce gamin n'était pas réellement en danger ?

On vit dans un monde formidable, décidément !

samedi 7 juillet 2012

Gépéesse versus papier : la route dans tous ses états

Je relisais ce billet de mon petit (quoique) camarade Fred narrant, avec le talent qu'on lui connaît, son dilemme pour choisir entre la carte papier et le GPS. On y trouve aussi une fort belle contribution de ce cher Komar, poétique et sensuelle à souhait dans son évocation des multiples et insoupçonnés plaisirs procurés par une carte routière savamment manipulée. On pourrait penser, à la lecture de ce texte et des commentaires qui l'accompagnent, à une réédition des fameuses batailles entre les anciens et les modernes qui m'ont tant ravi au temps désormais lointain où de méritants professeurs tentaient d'ouvrir mon esprit aux beautés de la littérature. Peut-être. Il est sans doute normal de se poser la question de mesurer les avantages comparés de l'une ou l'autre méthode.

Je mentirais effrontément si je prétendais ne pas aimer les cartes. J'en conserve beaucoup, parfois d'assez vieilles, dans un meuble réservé à cet usage dans mon petit bureau. Comme il m'est souvent reproché de trop garder, il m'est arrivé d'en jeter qui étaient usées jusqu'à la quasi-décomposition. Mais finalement, on ne se refait pas, j'aime bien ouvrir une vieille carte et regarder comment le pays qu'elle renferme a évolué.

Je rejoins Komar : la carte c'est le premier jalon vers le voyage que l'on projette. Je crois qu'un voyage commence par le rêve que génèrent la lecture de la carte et les images que nous renvoient les signes topographiques qui y sont imprimés. Loin de tarir le plaisir de la découverte sur site, elle l'amorce en préparant notre esprit, en lui énumérant la liste des sites remarquables qu'il faudrait prendre le temps d'aller voir. Elle offre une vue d'ensemble de la région traversée et de ses trésors. Toutefois, il y a une chose que ne rendront jamais exactement une carte ni un GPS, c'est la petitesse de notre condition humaine face à la majesté de la nature. Rouler en bordure de la Combe Laval ou sur la Grande Corniche entre Nice et Menton ou arriver au col du Tourmalet, par exemple, procure d'intenses émotions auxquelles ne préparent pas vraiment nos aides. Restent tout de même le toucher de la matière, son bruit quand on la manipule et l'odeur de l'encre. Comme pour un livre, en fait, un vrai livre.

Je prépare toujours mes voyages avec des cartes. Ça prend du temps car il y a mille destinations annexes ou essentielles qui sont autant de points de passage obligés que l'on souhaite intégrer à l'itinéraire. Il faut choisir. Cette route plutôt que celle-là ? Ce village et sa chapelle plutôt que celui-ci et son château ? Pourquoi pas ?

Puis, je programme... mon GPS.

Pour moi, les deux sont complémentaires. Le GPS me guidera en envoyant ses instructions dans le casque et je les suivrai. Aveuglément ? Assurément pas car il y aura ici une bifurcation vers un étang qui promet un coin pique-nique ombragé au prix d'un détour de quelques kilomètres ou là juste un toponyme évoquant une histoire particulière vers laquelle la curiosité nous enjoint de naviguer tandis que le GPS s'obstine à nous ramener au tracé originel. Et c'est aussi un plaisir que d'enfreindre ce que l'on a prévu.

D'autre fois, c'est lui, le machin électronique bête et méchant qui, à cause justement de sa logique apparemment froide et sans fantaisie, nous fait passer par une route qu'on n'avait pas prévu d'emprunter et qui se révèle être une merveille. Parfois même, c'est la combinaison d'une erreur que l'on commet et de la logique informatique du machin qui nous amène dans des endroits par lesquels, sans cela, on n'aurait jamais eu l'idée de passer. A tort.

Bien sûr, rien n'est jamais parfais. Il arrive que malgré les mises à jour, la cartographie du GPS soit erronée, de même que notre carte papier pourtant neuve. Alors, il reste l'improvisation et les notions d'orientation apprises voilà longtemps, elles aussi, malgré le fait qu'une carte au 1/150000ème n'est pas une carte topographique très précise. Et puis, à moins de voyager en Mongolie, c'est bien le diable si on ne trouvera pas un hameau où se renseigner. Il est pourtant vrai que dans certains coins des Cévennes, on arrive à regretter de ne pas avoir emporté, en plus, des fusées de détresses et un téléphone satellitaire...

Même pour mes besoins professionnels, je combine carte et GPS. Et même téléphone car il s'avère fréquemment que Google ou OVI sachent localiser précisément une adresse dont mon GPS ignore toujours l'existence. J'ai aussi pris l'habitude de demander à mes clients les coordonnées GPS de leurs chantiers perdus en pleine nature, ce qui reste le plus sûr moyen d'y parvenir quand on n'a pas la semaine devant soi. La combinaison de tous ces outils (et j'y inclus la langue, les mains et l'écriture) permet de se sortir de toutes les situations, tout au moins en France. Je pense qu'il doit en être de même dans bon nombre de pays sans qu'il soit nécessaire de transformer son top-case en réplique miniature de l'IGN.

Et de fait, ce sont des outils. On peut leur associer toutes les vertus et tous les défauts, ils ne seront jamais que ce que nous voulons qu'ils soient. Pour moi, ils sont les précieux auxiliaires de mes rêves et des découvertes que je vais chaque fois. Sachant que les plus précieuses de toutes sont les rencontres humaines, qu'elles soient dues au hasard des choix sur la carte ou à l'obstination d'un GPS. Au bout du compte, ce qui restera, c'est l'humain et tous ces gens que l'on a croisés.

Je reconnais malgré tout que, une fois rentré chez moi, quand il ne reste plus que le souvenir encore chaud du voyage, je garde encore un peu mes cartes à portée de mains. Et je les déplie encore quelques fois pour faire surgir les images en 3D des sites traversés et même de ceux qu'on a dû écarter mais que je peux imaginer. Et commencer ainsi le rêve d'un nouveau voyage.

Un petit coup pour la route

Alors, voilà. Il paraît que depuis le 1er juillet dernier on doit avoir par devers soi un éthylotest dès lors qu'on est au volant d'une caisse ou au guidon d'une bécane de plus de 50 cm3. C'est dingue tout ce qu'on fait pour la sécurité routière dans ce pays, quand on y pense. J'en suis tout ébaudi, parole !

Mes pensées émues et admiratives vont vers les auteurs de cette initiative si géniale, n'ayons pas peur des mots. Fallait oser, non ? Allez, ne dites pas le contraire. Vous n'y auriez pas pensé. Sauf, évidemment, si vous êtes VRP en éthylotests ou si vous pédégez une entreprise qui en fabrique. Mais à part ces cas extrêmes, que dalle ! Personne d'un peu sensé n'y aurait pensé. Et c'est là qu'on voit affleurer tout le génie de nos technocrates. C'est payé combien avec nos impôts un (haut) fonctionnaire de la DSCR ? Un max, non ? Sûrement. Il doit y en avoir eu une belle palanquée qui de réunions de service en réunions de secouement de neurones, avec l'aide des pédégés cités précédemment, en est arrivé à cette évidence : "pour lutter contre l'alcoolisme - surtout au volant - chaque citoyen de ce pays devrait posséder un éthylotest. Allez, zou ! Ça s'arrose, tiens !" C'est dire si un truc de rien du tout qui est censé être vendu entre 1 et 2 €, nous a déjà coûté bonbon, rien que là !

Mais c'est ici que l'émotion m'étreint. Ça va être le double effet "kiss cool" car vu le nombre d'éthylotrucs qui va être vendu, ce sera le jackpot pour les fabricants et les importateurs. Génial, non ? Et pour tout dire, on peut même parler de triple effet puisque ces anodines petites choses sont périssables. Si ! Dingue, non ? Du coup, on va être un paquet à se prendre des prunes à 11 € pour non détention d'un accessoire de sécurité obligatoire valide. Ben si ! Comme on est heureusement assez nombreux à ne pas boire d'alcool quand on conduit, on ne va pas trop s'en soucier, nous, du machin. Et c'est là que le piège machiavélique va se refermer sur notre innocent civisme : on se croit exemplaire alors qu'on est désormais un délinquant de la pire espèce. Ne me dites pas que ce n'est pas du génie ! Ça tient quasiment du divin, en fait.

On comprend la mine réjouie des cadors de la DSCR. C'était touchant. Leurs yeux brillaient comme ceux d'une poule qui vient de trouver une fourchette. Pour certains, on croirait à l'aboutissement d'une vie. C'est peut-être le cas, d'ailleurs. Alors, l'image d'un bonheur simple comme celui-là, faut pas y toucher. C'est trop beau. Ce serait trop cruel de leur dire que, une fois de plus, car ça arrive souvent, ils sont à côté de la plaque. Surtout pas ! Ils sont toujours contents d'eux, ces gens-là et, finalement, leur bonheur est un rayon de soleil dans nos jours si gris...

Nan, je rigole !

A moins qu'on me l'offre, auquel cas il serait impoli de le refuser - et ce d'autant plus qu'il sera de toute façon payé avec nos impôts - je ne ferai pas l'acquisition d'un éthylotest. Ni pour la caisse ni pour la moto. Je sais, ce n'est pas très civique comme comportement. J'assume. Car, voyez-vous, je commence à être très fatigué des idées géniales des gens de la DSCR et de leurs copains, toujours satisfaits d'eux-mêmes et toujours sourds aux propositions de qui n'a pas le privilège d'appartenir à ce gotha. Ce sont des clowns sans talent qui ne font rire (mais jaune) que par leur incompétence et l'imbécilité de leurs décisions.

Alors, pas d'éthylotest. Pas de brassard jaune. Je conserve sur un appareil les emplacements des radars que j'ai collectés et je continue de relever ceux des nouveaux que je croise sur ma route. Personne ne peut me l'interdire quand bien même une loi scélérate prétendrait m'enlever cette liberté. De même que personne ne peut m'interdire d'en parler avec mes amis. C'est ma façon à moi de résister à cette politique répressive et liberticide ainsi qu'à cette bande de rigolos incapables et de leur dire que je les emmerde.

Sans ostentation mais avec conviction !

samedi 10 mars 2012

Cons et la vue basse !

Comme on le sait, la sécurité routière en France, c'est beaucoup de fumée et surtout de répression, beaucoup de déclarations stupides et de vent de la part de ceux qui sont censés la ... euh... comment dire ?... penser (Non, quoi, rigolez pas, c'est avec votre argent !). Surtout en ce qui concerne celle des motards, bien sûr. Je ne reviendrai pas sur le désormais célèbre brassard fluo ni sur la taille de nos plaques qui valent ses plus riches heures à celui qu'on devrait appeler "M. Moto National" mais qui n'est finalement que l'avatar le plus misérable d'une politique qui prétend vouloir notre bien. Voilà un gus qui voulait certainement se faire mousser devant les copains et qui se couvre de ridicule chaque fois que son patron ouvre la bouche. Quelle belle constance !

Tout cela nous conduit donc à donner de la voix les 24 et 25 mars prochain pour affirmer qu'une autre politique de sécurité routière est possible.

L'un des points sur lesquels insiste fortement la FFMC est le port d'équipements sécurisants pour le conducteur et ses passagers. Je veux dire que, au-delà du casque obligatoire (avec ses étiquettes réfléchissantes, pardi !), un conducteur de 2-roues motorisé (2RM) tant soit peu soucieux de sa sécurité doit aussi porter des gants, une veste avec des protections, un pantalon de toile solide si possible avec des protections lui aussi et des chaussures montantes ou des bottes protégeant la malléole. Là-dessus, la plupart des gens qui savent ce que signifie conduire une moto sont à peu près d'accord. La FFMC prêche pour des campagnes d'incitation accompagnées par les assureurs à l'instar de ce que fait la Mutuelle des Motards. D'autres plus radicaux voudraient instaurer une obligation qui aurait l'avantage de se dispenser d'explications et donc de devoir convaincre. Toujours ce déficit de confiance en l'intelligence de l'être humain. Et c'est là qu'on retrouve la farouche volonté de l’État qui se contente, lui, de gilets jaunes et de plaques A4. On en rirait presque si ce n'était si tragique, hein, M. Moto ?

Si les campagnes pour le port d'un équipement sérieux ne sont malheureusement pas pléthoriques, force est de constater que chez certains annonceurs la vision de l'équipement de l'utilisateur de 2RM reste plus que préoccupante, hélas, alors qu'ils ont d'importants moyens de diffusion. Le mot "vision" est d'ailleurs le mot juste puisque les auteurs de la dernière ineptie en date sont les "communicants" de l'opticien de notre Johnny national : Optic 2000.

Dans leur dernière pub, on voit une bien charmante personne enfiler son casque demi-jet sur sa belle paire de lunettes et grimper sur sa moto. Mais là, pas de risque que son équipement nous prive le moins du monde d'admirer sa plastique alléchante. La dame est en short et débardeur, rien de plus, et vous toise crânement genre "motarde pure et dure". Chez Optic 2000, en plus d'avoir des goûts de chiotte, question rock n' roll, on ne se prive pas d'avoir des idées sexistes, pour ne pas dire "cul-cul", de la femme à moto et des motards en général.

Je ne mentirai pas : je préfère regarder la jolie dame que la trogne du Johnny. Mais déjà ça, la regarder presque à poil sur sa moto, ça me fait mal. Je sais bien qu'on ne monte pas sur nos bécanes pour se vautrer mais quand même, on sait que ça peut arriver. Je sais toute la difficulté que nous avons à convaincre les adolescents, en particulier, de se vêtir sérieusement pour conduire leurs cyclos, surtout l'été. Comment expliquer à des gamins qui ne peuvent évidemment pas l'imaginer la cruauté de certaines blessures causées par les glissades sur le goudron ?

On peut donc dire qu'Optic 2000 va beaucoup nous aider avec sa pub imbécile. C'est quand même étrange qu'un opticien ne soit pas capable de voir plus loin que le bout de son chiffre d'affaire.

Triste !

mardi 2 août 2011

L'âme du chasseur

Voilà un livre dont l'action se situe dans l'Afrique-du-Sud d'aujourd'hui mais renvoie à l'époque de l'apartheid, à la lutte de libération de l'ANC et de ses alliés, aux compromissions et aux trahisons qui semblent inévitables dans ce genre de contextes. C'est l'histoire d'un homme tranquille, un géant Noir, un Xhosa, imperturbable conducteur d'une lymphatique Honda 200 cm3 Benly, que son passé sanguinaire va rattraper et qui va abandonner femme et enfant par amitié et fidélité à d'anciens compagnons de lutte.

Il aura fallu un simple coup de fil pour que sa vie bascule inexorablement, que le passé revienne à la surface et que les vieux réflexes réinvestissent son corps vieillissant. Le voici à nouveau Umzingeli, le chasseur. Le voilà jeté sur les routes de son pays, pour une ultime mission, dans un jeu de dupes dont il ignore tout et dans lequel il n'est qu'un pion improbable et inattendu. Inattendu, en tout cas, par ceux qui se lancent à sa poursuite et qui, peu à peu, découvrent l'homme auquel ils ont affaire. On assiste à leur lente prise de conscience, au doute qui s'installe au fur et à mesure qu'ils perdent de leur superbe et leurs arrogantes certitudes. Il ne fallait pas réveiller Umzingeli.

L'autre héros de ce thriller palpitant est le véhicule qu'il s'est choisi pour traverser l'Afrique-du-Sud. On imagine qu'il aurait pu partir en gros 4x4 fumant mais il n'en fait rien. Cet homme est la délicatesse même, il a une classe innée et un goût infaillible. Il choisit une BMW R1150 GS, « empruntée » dans la concession où il travaille comme factotum. Selon Moto Magazine, la prise en main du super-trail est facile. Selon Deon Meyer aussi. Son géant Xhosa va nous la jouer baroudeur des grands chemins avec une aisance prodigieuse et un peu surprenante mais on va aimer finalement qu'il se soit lancé dans l'aventure à moto. Et on ne sera pas les seuls : de fil en aiguille, tandis que le projet initial foire gentiment, l'ex-tueur à gages de l'ANC et du KGB va devenir un héros en mission dont les aventures sont relatées dans la presse comme dans un feuilleton. Il n'en fallait pas plus pour que la « communauté motarde » s'en mêle, au nom de la solidarité, bien sûr. Ce qui n'empêchera pas les « bikers » et les « béhèmistes » de se fritter pour savoir lesquels sont les plus solidaires, évidemment. Disons donc que l'entrée en scène des motards sud-africains – qui ne sont pas dépeints sous leur jour le plus flatteur, à vrai dire – est à peine indispensable et devient tout juste par la suite un élément un peu cocasse en raison de la confusion qu'ils provoquent.

Mais le récit est prenant, bien découpé, à la manière des films d'action américains, en une succession de scènes parfois brèves par lesquelles on suit les différents protagonistes, avec pour toile de fond la chasse à l'homme à la moto. Il n'y a pratiquement pas de temps mort même si toutes les scènes n'ont ni le même rythme ni la même intensité. Le suspense monte peu à peu, en un long crescendo qui emporte le lecteur vers la révélation finale, tandis que se brouillent les masques en même temps que les pistes.

Finalement, il y a assez peu de sang et de morts violentes. Car l'homme au passé sanguinaire dont ses poursuivants apprennent à redouter l'imprévisibilité, le chasseur chassé, est aussi un homme désabusé. Lui, le descendant des anciens princes xhosas, le guerrier qui voulait lutter noblement pour la liberté de son peuple, n'a été finalement qu'un assassin rémunéré, un pion dans une guerre sale, abandonné et oublié par ceux de ses anciens compagnons de lutte qui sont parvenus au pouvoir dans l'ombre de Mandela.

"Tu sais ce qu'est la vie ? Un lent processus de désillusion. Elle te libère de tes illusions sur les autres..."

Cette longue traque à travers le veld sud-africain est donc aussi un chemin de rédemption pour l'ancien tueur à gage pourchassé. Tandis que, tel un chien fou dans un jeu de quille, il anéantit sans le savoir le bel échafaudage de pièges et de traquenards dressé pour faire tomber d'autres têtes que la sienne, c'est de toute sa vie de tueur qu'il dresse, lui, le bilan. Et la R1150 GS devient un peu la métaphore de la renaissance à laquelle il aspire. Par son agilité et sa disponibilité, cette moto le tire de nombreux faux-pas, comme du cloaque sanguinolent de son passé, pour le porter vers des routes plus sereines, la lumière et le véritable oubli. C'est pour un petit garçon de 6 ans que brillera désormais cette lumière sous la protection du géant xhosa, le guerrier meurtri, fatigué mais apaisé. La dernière scène du livre, en même temps qu'elle annonce cette vie nouvelle, semble aussi tirer le rideau en nous disant : « Oubliez-le maintenant ! »

Ainsi soit-il !

Si donc cet été, au détour d'une étape ou d'un long après-midi de farniente ensoleillé, il vous prend l'envie de lire un excellent polar, n'hésitez pas à vous procurer « l'âme du chasseur » ou un autre titre de Deon Meyer, aux Editions du Seuil (ou Points Policier). Car s'ils sont tous aussi bien écrits que celui-ci, il y a peu de risque de faire un mauvais choix.

Et puis, n'oubliez pas ce message que semble nous adresser Deon Meyer à nous, motards : Les motos BMW sont comme l'âme des guerriers africains, nobles et indestructibles !

Bonne route et bonne lecture.

Et merci à Jean-Louis de la FFMC 84 pour cette découverte

L'âme du chasseur
(Deon Meyer – Éditions Points Policier)

mardi 31 mai 2011

Indécence

La colère monte de tous côtés et la manifestation du 18 juin prochain s'annonce d'une ampleur sans précédent malgré l'atonie soudaine de l'AFFTAC (Association Française des Fabricants et utilisateurs de Technologies d'Aide à la Conduite) dont le silence, après l'entrevue avec Guéant, semble présager d'un lâchage en bonne et due forme.

Mais il semble malheureusement que, dans nos rangs, quelques-uns perdent le sens de la mesure.

J'ai ainsi lu et entendu, ici et là, sur des forums notamment, un argument contre le "gilet jaune" qui m'a littéralement mis en rage. En substance : ce gilet serait notre "étoile jaune".

Je le dis avec toute la force de mes convictions : un tel parallèle est indécent, abjecte et est un manque de respect inacceptable pour les millions de victimes de l’Holocauste. Ceux qui s'y adonnent pervertissent les souffrances indicibles des personnes qui ont eu à porter vraiment cette marque. En le faisant, ils en minimisent le sens et la portée ainsi que l’extraordinaire barbarie de leurs bourreaux et de leurs complices. C'est une injure sans nom qui leur est faite.

Je veux croire que ces quelques enragés n'ont pas mesuré la signification réelle du symbole qu'ils usurpent de la sorte.

Que nous utilisions la dérision pour combattre les décisions d'un gouvernement passé maître dans l'art de se ridiculiser est chose normale. Mais nous devons nous garder de tels excès qui ne peuvent que discréditer notre colère. En aucun cas, notre sort ne saurait être comparé à celui des victimes de la barbarie et cela n'a jamais été le sens des combats menés par la FFMC et son Mouvement.

samedi 28 mai 2011

Une vieille salope et un gilet jaune, ça craint...

Voilà, c'est dit, ami motard : si tu as une bécane d'avant 2004, il ne faudra peut-être bientôt plus espérer te rendre dans un centre-ville. Parce que Madame Nathalie Kociusco-Morizet (NKM), ci-devant Secrétaire d’État à l’Écologie, en a décidé ainsi : une moto d'avant 2004, c'est sale. Beurk ! C'est une vieille moto bien crade et, c'est maintenant officiel, une vieille salope l'air que respirent les gentilles gens de la ville.

Cherche pas, c'est comme ça.

Pourquoi 2004 ? Ben, euh... Parce que ! Et pis c'est tout !

Avançons tout de même une explication : on dit que le rythme de renouvèlement du parc des 2-roues motorisés (DRM) français est de 7 ans. Fais le calcul, on y est. Mais ça peut aussi bien être une autre raison. Sauf qu'on ne la connaît pas. Nous autres, crétins de citoyens tout juste bons à mettre un bulletin dans une urne de temps en temps, on n'est pas assez intelligents pour comprendre. Bien sûr. Alors, quand un ministre décide un truc, on est juste priés de le croire sur parole, de dire merci - car c'est pour notre bien - et, même, si c'est pas trop demander, d'applaudir.

Dans cette histoire, il y a forcément des persifleurs qui osent rappeler que jamais, ô grand jamais, pas une seule fois, un quelconque plan d'incitation au renouvèlement du parc DRM n'a germé dans le cerveau d'un ministre. Tu sais, comme pour les bagnoles, quoi ! Tu as une vieille bécane, tu la mets à la casse et tu en achètes une neuve. Et, paf ! l’État verse une prime à la casse, genre «jupette», «balladurette» et, dernièrement, «fillonnette».

C'est que, vois-tu, en France, on n'a pas trop de constructeurs de motos, scooters et autres cyclos. Le dernier, on l'a laissé crever. Libre entreprise oblige. Alors, filer des ronds pour que ces salauds de motards achètent des brèles même pas françaises, faut pas rêver. Tandis que des caisses, c'est pas pareil. On a des marques bien d'cheu nous. Bon, elles n'y fabriquent plus trop, mais on ne va pas chipoter pour si peu.

Et puis, les vieilles bécanes, ça coûte forcément moins cher que des neuves. Ça joue, au moment du choix, quand on n'a pas le porte-feuille à l'ami Bolloré (ou Rothschild, comme tu veux). Et, en ce moment, il y en a quand même un petit peu qui comptent leurs sous. Des fois, même, des gens qui se mettent au 125cc pour échapper aux embouteillages interminables des grandes villes et qui ne veulent pas se ruiner. Sans même parler du fait que pour se loger pas loin du boulot, aujourd'hui, ce n'est pas toujours une sinécure. Alors, tu penses bien qu'on ne va pas s'arrêter à de tels détails aussi mesquins : si t'as pas les moyens de loger en centre-ville et de payer un loyer exorbitant, t'es qu'un gagne petit et un pollueur. Allez, ouste ! Dehors !

Et je ne parle même pas de ceux qui chevauchent des anciennes parce qu'ils aiment ça, tout simplement. Eux, c'est bien fait pour leur gueule ! Feraient mieux d'acheter des bécanes en plastoc estampillées «Euro6» au lieu de nous la faire à l’esbroufe façon Monnet-Goyon. Non, mais !...

Bref, t'as une bécane d'avant 2004, tu dégages et en silence, encore.

Ça s'appelle de la pédagogie.

D'accord ! C'est assez nouveau dans la bouche des gens de ce gouvernement. Alors, ils tâtonnent un peu, c'est compréhensible. Quand on est mal équipé question imagination, faut pas non plus s'attendre à des décisions lumineuses toutes les cinq minutes. Dire qu'on est à l'abri d'une usure prématurée de la rétine est un euphémisme : on est encore loin du feu d'artifice.

Sauf pour la connerie : là, ils ont gagné le pompon !

A preuve : Messieurs Fillon et Guéant ne devaient pas être au courant que, depuis deux ans, une palanquée de gens concernés par la pratique du DRM - au premier rang desquels la FFMC et son Mouvement - se réunissaient régulièrement avec les services de l’État pour mettre à plat l'ensemble des problématiques liées à ce mode de déplacement. Et là, plein d'idées saugrenues ont été battues en brèche. S'ils l'avaient su, je pense qu'ils auraient puisé dans les propositions faites pour améliorer vraiment la sécurité de ces usagers. Encore que j'ai un doute : on y parlait trop de formation et d'éducation, de pratique raisonnée, bref d'intelligence et de partage. Ça ne pouvait pas coller avec le goût du grand spectacle qu'on affectionne tant en haut lieu. Pas assez de mesures à deux balles, pas assez de répression qui fait entrer plein de sous dans les caisses vides.

Alors, nos deux beaux sires ont voulu faire les intéressants et entrer dans l'histoire de la moto, comme le fit jadis le peu regretté Christian Gérondeau, pourfendeur de la moto assassine et des motards délinquants.

Des plaques spéciales «malvoyants» et des trucs «rétro-réfléchissants» (autrement dit, des gilets fluorescents), voilà tout ce qu'ils ont réussi à pondre. Ça valait la peine de discuter pendant deux ans pour en arriver là, vraiment !

Pour ce qui est d'améliorer la sécurité des usagers de DRM, ça fait un peu pitié, quand même. Des grandes plaques, c'est génial : ça peut servir d'aérofreins et limiter l'usure des plaquettes. Pas bon pour la consommation mais comme ce sont le Premier ministre et son copain de l'Intérieur qui disent que c'est bien, on applaudit bien fort.

Après avoir voulu nous retirer la seule originalité qui pouvait contribuer un peu à notre sécurité, en voulant imposer l'allumage des feux de croisement le jour à tout le monde et après que l'Europe les a imposés au travers des feux diurnes - qui sont un pis aller à peine plus acceptable - voilà qu'ils se lamentent maintenant de notre peu de visibilité. Y a pas : c'est cohérent !

On attend pour la prochaine fois l'obligation du port, au-dessus du casque, d'une grande pancarte «Attention j'arrive !» ou d'un gyrophare ou de guirlandes de Noël lumineuses. Là, on aura fait un grand pas vers la sécurité car on nous verra enfin vraiment.

Sauf que tout cela est pitoyable et indigne de gens qui se disent préoccupés par la sécurité routière.

Comprends-moi bien : que, pour toi, le port de larges bandes réfléchissantes ou de gilet «de haute sécurité» soit un élément rassurant, pourquoi pas ? Mais ce n'est que l'illusion de la sécurité. Et si tu te fies à ta panoplie étincelante pour croire que tu seras vu, je crains que tu n'aies rapidement de très douloureuses désillusions. Nous faire croire que l'on résoudra le problème de la faible perception des DRM par un tel procédé est tout simplement irresponsable et assassin.

Car ce problème est lié à l'incapacité physiologique de notre cerveau à percevoir dans un temps relativement bref un petit objet en mouvement. Ce qui est le cas de l'automobiliste qui ne voit pas la moto arriver ou la voit trop tard. En fait, son cerveau ne la perçoit pas car il ne sait pas interpréter le signal envoyé par ses yeux. Or, pour cela, il faut être sensibilisé à l'éventualité de cette présence sur la route, c'est à dire penser qu'une moto peut arriver et prendre le temps de s'assurer que ce n'est pas le cas. De fait, les automobilistes qui conduisent des DRM sont bien moins impliqués que ceux qui n'en conduisent pas dans les accidents avec les DRM. C'est simple : ils pensent moto.

Par conséquent, MM Fillon, Guéant et consorts, lorsqu'ils nous imposent le port du gilet jaune comme solution à notre problème de perception, nous prennent tout simplement pour des cons. Leur décision est tout bonnement criminelle. Ils insinuent l'idée que ce minable gilet améliorera la sécurité et prennent le risque que ceux qui les croiront se dispensent de toute autre mesure d'anticipation. Et l'on sait que, sur un DRM peut-être plus que pour tout autre véhicule, trop de certitude et de confiance est facteur de danger.

Pour ma part, je préfère être mal vu par les autres usagers - même avec mon feu allumé en permanence - et chercher à comprendre et à anticiper leurs réactions, à attirer raisonnablement leur attention. Car finalement, c'est l'insécurité générée par l'incertitude qui m'oblige à être attentif en permanence et à adopter les comportements les plus à même de me mettre en sécurité sur ma moto. Un gilet n'y changera de toute façon rien. C'est d'ailleurs le non sens des feux de jour : ce n'est pas aux automobilistes d'être vus et d'en avoir la certitude, c'est à eux d'être suffisamment attentifs aux autres.

Je considère donc que c'est faire acte de civisme que de refuser de me plier à un diktat qui met en danger les utilisateurs de DRM. Et s'il fallait une autre raison encore plus motivée, je dirais qu'accepter de se plier à cette décision imbécile, ce serait passer par pertes et profits deux années durant lesquelles nous, militants du DRM, avons bataillé pour proposer des solutions basées sur l'expérience, la pratique et le bon sens. Solutions dont la pertinence a été reconnue par l'ensemble des acteurs de la moto mais dont ceux qui nous gouvernent (ou qui prétendent le faire un jour) n'ont pas le courage politique de les mettre en œuvre.

Or, au train où vont les choses, c'est notre droit à circuler à bord du véhicule de notre choix, qui est remis en cause. C'est l'existence même des deux-roues à moteur qui est attaquée de façon insidieuse et hypocrite.

Que notre personnel politique ne comprenne rien, dans sa grande majorité, à nos préoccupations et à nos problématique est une chose. Mais, plutôt que de céder aux sirènes de la démagogie et de l'empathie lacrymale, ils seraient mieux inspirés de nous écouter, nous, citoyens. Nous avons des choses intelligentes à leur dire. Ça devrait leur faire du bien.

Tu crois pas ?

Je t'invite à lire ceci.

Et pis, c'est tout !

mardi 28 décembre 2010

Vieux motard que jamais

Dans son édito du n°37 de «Box'R Mag» (novembre-décembre 2010), intitulé «Vieux jeunes», Pascal Litt fait le constat de la morosité qui semble avoir baigné le dernier Salon (de la moto) de Cologne. Pour l'expliquer, il invoque bien sûr la crise, à quoi s'ajouterait, selon lui, une cause encore plus «structurelle», si je puis dire: le vieillissement de la population motarde. Je ne suis évidemment pas certain que le fait de vieillir soit obligatoirement synonyme de «sinistrose». Tout au plus, cette évolution aurait-elle pour conséquence une modification - semble-t-il sensible, selon Pascal Litt - des goûts du public motard, davantage orientés vers des machines moins généralistes, peut-être moins radicales (encore que...) et plus typées (confort, voyage, rétro, etc.).

La chose mériterait certainement d'être approfondie car, malgré tout le respect que j'ai pour Pascal Litt et «Box'R Mag», leur dévotion - que je partage - à la cause de la marque à l'hélice (BMW, pour les ignares) ne rend pas cette analyse des plus objectives, surtout lorsque les victimes désignées de ce vieillissement sont... les marques japonaises.

A défaut d'être assidu aux grands événements motards (Salons, Bol d'Or, 24 Heures du Mans, Grands Prix, Super Cross, etc.) qui drainent toujours des foules considérables de passionnés, je participe régulièrement aux multiples réunions qui jalonnent la vie des militants de la FFMC. Si c'est toujours un plaisir d'y retrouver des têtes connues avec lesquelles j'ai souvent tissé quelques liens amicaux et même parfois complices, je ne puis nier que le ramage de beaucoup d'entre elles vire, année après année, au poivre et sel quand ce n'est pas franchement au blanc. Peut-être y suis-je plus sensible depuis que mon propre pelage s'enneige plus vite que je ne le souhaiterais mais le fait est là: la proportion de «vieux» militants ne semble pas baisser malgré l'augmentation continue du nombre des adhérents.

Bien sûr, voyons les choses positivement, cette persistance de la génération qui a fondé le Mouvement FFMC - La Fédé elle-même mais aussi la Mutuelle des Motards, l'Association pour la Formation des Motards, Moto Magazine et la FFMC-Loisirs - est, à bien des égards, un important facteur de pérennité en termes de transmission des valeurs qu'il porte, des réflexions menées et de l'expérience acquise en trente ans. Sans doute aussi, cette génération fût-elle un impressionnant bouillon de culture duquel ont jailli la plupart des idées qui furent mises en pratique. En somme, elle a défriché la voie dans laquelle se sont engouffrées les générations suivantes de militants et, si viendra immanquablement le temps où ses rangs s'éclairciront, il est normal qu'elle les accompagne et qu'elle continue de jouer un rôle important.

Il serait toutefois erroné de penser que les effectifs ne se renouvèlent pas. Il n'est qu'à voir la jeunesse nombreuse qui compose certains Conseils d'antenne pour s'en convaincre. La relève est là et, d'ailleurs, le Bureau National de la FFMC est majoritairement composé de trentenaires et de quadragénaires. Sa moyenne d'âge chutera encore très sensiblement lorsque je rendrai à mon tour mon tablier. Ainsi va la vie.

Cependant, si le constat de Pascal Litt (et de quelques autres), certainement empirique, s'avère juste, il me semble que nous, motards, aurions intérêt à en cerner les causes et à y trouver remède. Ne serait-ce que pour ne pas être classés par les Nations-Unies dans le répertoire des espèces en voie de disparition. Quel soulagement ce serait alors, pour tous ceux qui, depuis plus de trente ans, espèrent plus ou moins ouvertement l'éradication du motard, du scoutard et autre cyclomotoriste! Enfin, un monde entièrement dévolu aux quatre-roues, voire plus. Quelle horreur! Un vrai cauchemar!

Il est vrai que, trop souvent, le discours développé autour des 2-roues motorisés insiste plus que lourdement sur leur dangerosité. Dans une société qui voue le moindre risque aux gémonies et ne jure que par le «risque zéro», cela n'a rien de très surprenant même si cela en devient presque pitoyable à force d'outrances. Comment, dans ces conditions, des parents, tant soit peu soucieux de leurs enfants, verraient-ils d'un bon œil ces derniers enfourcher de si terrifiantes machines?

Pourtant, sans nier les risques encourus par quiconque circule en deux-roues (motorisé ou pas, d'ailleurs), la moto ce n'est pas ça. C'est bien plus que ça, beaucoup plus. C'est aussi une somme de plaisirs auxquels chacun peut s'abreuver selon son goût: plaisir de la conduite nez au vent, bien sûr, mais aussi plaisir des sensations distillées par la machine et par son moteur, plaisir d'évoluer au contact de l'environnement et de ses fragrances, plaisir de la découverte, plaisir des rencontres de hasard, plaisir du partage, plaisir de la fatigue au retour d'un roulage qui nous a enivré de plaisirs, plaisir du temps retrouvé lorsqu'on peut s'arrêter où bon nous chante et admirer un paysage sublime.

D'ailleurs, c'est avant tout cela la moto: du plaisir à l'état pur et des souvenirs à foison. On peut y venir, un peu contraint, pour son côté pratique, voire économique mais, même dans ce cas, on y trouve du plaisir (et pas seulement des avantages). Et, quand on fait le compte, tous ces plaisirs accumulés triomphent sans peine des inconvénients qui lui sont aussi liés. Que ce soit sur la route, sur la piste ou sur les chemins, la moto est un véhicule merveilleux. Et si son apprentissage est plus long et plus sérieux que pour d'autres véhicules, plus faciles ou plus confortables, avec une bonne formation et une bonne préparation elle saura toujours conquérir de nouveaux adeptes.

C'est d'ailleurs, à ma connaissance, le seul véhicule qui fait tant briller les yeux des enfants et... des vieux.

Sacré moto, va!

mercredi 15 septembre 2010

Non au motard d'élevage®

Ce «slogan» provient en droite ligne du site Motorhino.com qui, hormis son forum, semble plutôt inactif depuis plus d'un an. D'où le «®» du titre afin de rendre à Jules ce qui appartient à César.

Le site en question est celui d'une association éponyme qui, pour ce que j'en sais, s'est constituée autour de l'idée d'engager des équipes dans le «Dark Dog Moto Tour», il y a quelques années et qui l'a effectivement fait. Mais c'est aussi un de ces forums de motards dont l'un des dénominateurs communs est un humour acéré et potache - comme c'est souvent le cas chez les motards que je connais - et, en tout cas chez l'un de ses principaux animateurs qui signe «Klink», une vision de la société en général dont je me sens très proche.

MotorhinoInutile de dire que j'ai acheté le T-shirt vendu par ces sauvages et que je le porte assez fréquemment ce qui fait toujours son effet.

Le «motard d'élevage» dont au sujet duquel il est question chez Motorhino, serait, selon l'acception maison, le pilote d'usine par opposition à la foule des amateurs qui peinent à préparer une machine en vue du Moto-Tour ou les adeptes des motos de grandes séries, le plus souvent pleines de plastique - comme le dit une autre de mes références, le dessinateur Marc Bertrand, journaliste à Moto Magazine - par opposition aux amateurs de bécanes au caractère prononcé, vieilles gimbardes de récup' ou mises au goût exclusif de leur proprio. C'est du moins ce que j'ai compris au travers de mes quelques visites et je ne garantis rien. Si Klink passe par ici, il se fera certainement un plaisir de rectifier.Marc Bertand - Mondial 2007

Évidemment, de ce point de vue, je suis un motard d'élevage. Ma bécane (BMW R1200RT) est bel et bien une moto de série sans l'ombre d'une modification, hormis les autocollants dont je l'ai décorée, et pleine de plastique. Je pense même qu'il serait difficile d'en mettre plus. Ce ne serait vraiment pas raisonnable ! Malgré tout, comme je garde une vieille nostalgie de ma bonne Moto Guzzi 1000 California III (à injection) et qu'il me prend souvent le désir d'en acquérir une autre, je considère avec fierté que je n'ai pas que des goûts de chiottes même si ma BMW R1200RT ne saurait entrer dans la catégorie des motos sans intérêt. Elle est même sublime, ma Brunehilde!

Mais revenons à notre slogan.

Personnellement, je l'ai fait mien en droite ligne de mon engagement dans le Mouvement FFMC. En effet, être motard est souvent perçu comme un anachronisme dans une société où la sécurité est portée au pinacle. Faire de la moto est loin d'être sans risque, on le sait, et le discours de la DSCR (Direction de la Sécurité et de la Circulation Routières), de ce point de vue, est ultra-formaté et fort explicite. En un sens, il est aussi le reflet d'une société qui peine à comprendre que l'on puisse accepter de mettre sa vie en danger au seul motif d'une passion ou par pragmatisme (déjouer les difficultés de déplacement urbain, par exemple) alors que, par opposition, la voiture est autrement plus sécurisante et confortable.

Si l'on ajoute à cela l'image d'une «communauté» à l'instinct grégaire prononcé (Il suffit pour s'en convaincre de compter le nombre de moto-clubs plus ou moins formalisés et les concentrations, bourses d'échange, puces et autres réunions motardes organisées régulièrement de par le pays), dotée d'un esprit de dérision et d'auto-dérision souvent affûté, qui défend becs et ongles la pratique de la moto - au besoin en descendant bruyamment dans la rue - et dont les codes restent le plus souvent obscurs pour les non-initiés, on a là tous les ingrédients pour faire des motards des sortes d'extra-terrestres auxquels s'attachent nombres de fantasmes dont beaucoup ont la vie dure et sont totalement injustifiés.

J'en veux pour preuve les déclarations d'Hortefeux, le 13 août dernier, promettant une répression accrue pour les utilisateurs de 2-roues motorisés, rendus responsables par la DSCR, encore elle, de la stagnation du nombre des tués sur la route en 2009. Parce que, pour ce beau monde, si les motards se tuent, c'est parce qu'ils aiment prendre des risques et ne respectent rien, surtout pas les règles. Bref, s'ils se tuent, c'est qu'ils le cherchent. Un peu comme si, chaque motard, chaque fois qu'il enfourche sa bécane, avait pour unique objectif, non pas d'arriver à destination, et surtout entier, mais, au contraire, d'aller exploser les statistiques de la DSCR rien que pour faire chi.. madame Merli ! Ridicule, bien sûr.

Je ne reprendrai pas ici l'argumentaire de la FFMC qu'il est aisé de trouver sur son site.

Dans ce cadre militant, le motard d'élevage serait celui dont rêvent bon nombre de politiques et de technocrates : un individu qui roulerait sagement, vêtu d'un gilet jaune fluo, en rasant le bas-côté sur une machine poussive tout juste capable de descendre une côte. Mieux : le motard idéal s'éclaterait sur des motos virtuelles devant sa console de jeux vidéo mais ne roulerait sur les routes que dans des boites à quatre roues.

Et bien, non ! Désolé. Je ne remiserai ma moto que le jour où je serai devenu incapable de la conduire. D'ici là, je revendique le droit de rouler aussi souvent qu'il me plaît. J'exige que l'on fasse confiance à mon discernement et à ma raison pour prendre soin de ma vie et de celle des autres usagers en conduisant non pas dans un strict respect de règles qui peuvent parfois me mettre en danger mais en adaptant ma conduite aux circonstances et à l'environnement, les yeux sur la route plutôt que sur le compteur de vitesse. Je veux qu'on accorde foi à mon intelligence et à mon souci de l'autre.

Et tant qu'il se trouvera des élus et des hauts fonctionnaires pour vouloir m'enfermer dans leurs élevages en batterie pour citoyens conformes et amorphes, je me battrai pour être un motard au grand air et en liberté.

Et pis, c'est tout !

vendredi 9 octobre 2009

Dernières nouvelles du front

Allons bon ! Il paraît que c'est la guerre et on ne nous dit rien !

Il fallait lire le « Parisien-Aujourd'hui en France », le 5 octobre dernier, pour l'apprendre. Même qu'elle ferait rage, la guerre. Si, si ! Un truc sanglant, sûrement, pour émouvoir le journaliste d'investigation qui sommeille (et même profondément, semble-t-il) au fin fond de tout modeste porte-plume de la sécurité routière d'Etat.

« Et cékoidonkidy, çuilà ? » s'interrogeront les plus curieux de mes honorables visiteurs.

En fait, reportage de terrain à l'appui, la feuille de chou parisienne nous assène que c'est pas le grand amour entre motards et scootards des grandes villes et, notamment, de Paris. Tout ça pour illustrer un sondage GEMA Prévention/SOFRES (voir aussi MotoMag n°261 – octobre 2009) qui indique que le monde des 2-roues motorisés est bien moins homogène qu'on veut bien le dire. Le genre d'illustration à grand spectacle frappée au coin du sensationnalisme plus qu'à celui du sérieux, il faut bien le dire, et dont la plupart des titres de la presse quotidienne régionale, et même nationale, souvent, se sont fait une spécialité. Ça se voudrait de l'information alors que ce ne sont que des logorrhées.

Notre ami Nicolas Grumel y ayant répondu de manière fort pertinente sur MotoMag.com dans cet article, je n'y reviendrai pas.

Bizarrement, c'est au moment où la Sécurité Routière publie des chiffres pas très reluisants, toutes catégories confondues, que semble se dessiner une campagne d'un genre particulier qui ne cible pas seulement « les motards », éternels responsables de « l'insécurité routière », comme il est désormais de coutume. Elle fait bien mieux encore : elle voudrait décerner bons et mauvais points aux différentes sous-catégories de cet horrible monstre qu'est le monde des 2-roues motorisés. Et ça tombe plutôt bien puisque le gouvernement a quasiment mis en demeure les participants à la concertation nationale sur les 2RM de lui trouver rapido des propositions bien clinquantes pour dompter la bête (voir ici).

C'est donc simple et c'est vieux comme le monde : diviser pour régner. On n'en est pas encore à une déclaration d'amour en bonne et due forme aux « vrais » motards, faut pas déconner, mais on nous glisse à l'oreille que, dans le fond, ces derniers ne sont pas les plus pires : y a les scootards qui sont encore plus méchants et, si on creuse un peu plus, les p'tits jeunes sur leurs 50cc. « Car, voyez-vous, mon bon monsieur de la FFMC, tous ces gens-là, c'est pas des vrais motards, vous allez pas les défendre, quand même ? Y connaissent rien à la moto, y vous aiment pas et y sont mal polis, pas vrai ? »

Bref, on enfonce le coin en espérant que les Motards en Colère détourneront pudiquement le regard tandis que le couperet s'abattra sur les plus « fautifs ». La manœuvre est un peu grossière pour au moins deux raisons. D'abord, faut pas nous prendre pour des demeurés : on sait très bien que n'importe quelle mesure appliquée aux uns, s'appliquera automatiquement à tous. Et quand on sait le goût de ce gouvernement pour la poudre aux yeux, de préférence bien répressive, on peut légitimement s'inquiéter. Sans même parler des habituelles ponctions sur notre porte-monnaie tel le contrôle technique qui fait tant saliver les organismes de contrôle et la Prévention Routière, sous prétexte que trop d'adolescents meurent sur les routes. Y a rien de tel qu'un bon trémolo pour faire marcher le commerce.

Ensuite, il n'est pas dans les mœurs de la FFMC de sélectionner ceux qu'elle défend. On peut rouler en japonaise, en américaine ou en européenne, en sportive, en roadster, en custom, en routière ou en scooter, en solo, en duo, en side ou en trike, en 50, 125, 650 ou 1200, avoir 14, 21, 35, 46, 55 ou 60 ans et plus, être une femme ou un homme, hétéro ou homo, Jaune, Noir, Rouge ou Blanc, etc., la FFMC considère qu'il n'y a que des conducteurs de 2RM dont les problématiques sont les mêmes dans un contexte réglementaire et un environnement qui n'ont pas été pensés en tenant compte d'eux. Certes, compte tenu de l'engouement pour ce mode de déplacement, il est évident que tous n'ont pas la même culture, pas plus qu'ils n'ont les mêmes motivations. La difficulté est d'ailleurs davantage dans la manière de toucher ceux qui ne se considèrent pas concernés par ces problématiques que de savoir si nous devons les défendre ou pas. La réponse est évidente : c'est oui. Mais comment leur faire connaître nos combats et leur faire partager nos valeurs ? Là est plutôt la question.

Car qu'ils le veuillent ou non, tous sont confrontés aux mêmes problèmes et les crises d'humeur des uns et des autres apparaissent bien secondaires dès lors qu'on sort la tête du guidon. Du reste, il y a une prise de conscience et de plus en plus de scootards (parfois anciens motards eux-mêmes) viennent nous rencontrer. Mais la FFMC doit pouvoir faire mieux encore. Elle en est capable, comme elle a su agir auprès des jeunes depuis des années pour les sensibiliser, comme elle sait défendre les motards, pied à pied, et convaincre au-delà de ces usagers. Sans doute faut-il trouver là la raison pour laquelle tant de monde aimerait que nous ne soyons finalement que les défenseurs des seuls « vrais »motards. Mais c'est quoi au juste, un vrai motard ?

Car, depuis toujours, dans l'imagerie populaire, un cadre, deux roues et un moteur, ça a fait une moto, petite ou grosse, peu importe. Ce qui fait de tout conducteur d'un « deux-roues motorisé » un motard, en fin de compte. Ce ne sont que la législation et aussi les modes qui ont décliné ces véhicules en catégories.

Alors, non, il n'y a pas de guerre, avec personne, pas plus les automobilistes, que nous sommes dans notre immense majorité, qu'avec n'importe quels autres utilisateurs de 2RM. Le partage de la route n'est pas un combat. Il y a juste une vie quotidienne pas toujours riante et, disons-le, une certaine promiscuité, parfois, avec des cons qui ne se distinguent ni par leur nombre de roues ni par leur âge ni par leur sexe. Et c'est déjà bien suffisant comme ça.

dimanche 27 septembre 2009

Intérêt général

Vous vous en souvenez certainement, les privilèges, dans notre beau pays, ont été abolis dans la fameuse nuit du 4 août 1789. C'était le bon vieux temps,en somme !

Car, depuis, il faut bien reconnaitre, qu'ils n'ont eu de cesse de revenir et de prospérer. Les exemples ne manquent pas, je vous fais grâce de la liste.

Le dernier en date concerne les taxis parisiens (et les transports en commun, d'ailleurs) sur l'autoroute A1, entre La Courneuve et le tunnel de Landry, sur laquelle une voie leur est réservée sur quelque chose comme 5 km, de 7h00 à 10h00, chaque jour.

Résultat : pour 5 mn que gagnent les taxis qui font la navette sur Roissy, les autres usagers se retrouvent coincés dans des embouteillages monstres et y perdent quelques bons quarts d'heure. Sans parler des prunes pour ceux qui se risquent à bafouer le droit de passage des vrais pro.

C'est sûrement cela qu'on appelle l'intérêt général, puisque nous sommes une République dans laquelle les restrictions de liberté ne peuvent être motivées que par lui. Sauf qu'à bien y regarder, ça ressemble furieusement à un privilège, non ?

Certes, me diront certains, il y en a bien d'autres et, après tout, ce n'est qu'une expérimentation. Bien sûr, et c'est donc bien normal. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

J'objecterai cependant que j'ai du mal à saisir les finesses d'une logique qui, pour faciliter le boulot de quelques-uns, prétexte louable entre mille, s'applique à emmerder la foule du commun. En s'appuyant, de plus, sur une superbe technologie de vidéo-détection pour sanctionner les rebelles. Non seulement, on fait chier le monde mais, en plus, ça rapporte à l'Etat (qui en a bien besoin). Pourquoi se priver ?

A l'opposée, il se trouve ce fameux tunnel duplex de l'A86, lui aussi sous vidéo-surveillance (mais là pour des raisons de sécurité et de régulation du trafic, nous dit-on) et qui n'est interdit qu'aux motos (et aux véhicules de plus de 2 m de haut, vue sa conception). Il paraît que le machin informatique n'a pas encore tout intégré des subtilités des deux-roues motorisés. C'est un peu con un ordinateur, pas vrai ?

Bref, il semble qu'en région parisienne, on ne sache rien faire sans devoir emmerder quelqu'un.

Vous me direz que je me mêle de choses qui ne me regardent pas. C'est vrai : j'habite en provi(e)nce et pas la plus désagréable, soit dit en passant. Mais il n'empêche que je regarde tout ça d'un œil très perplexe en raison d'un principe assez répandu dans notre pays et qui veut que, quand des responsables ont une idée à la con quelque part, celle-ci finit par contaminer de nombreux autres responsables partout ailleurs. Je dis responsable, bien sûr, pour rester poli.

C'est donc pire qu'une pandémie de grippe cochonne. Alors, je me dis que personne, où qu'il habite dans notre merveilleux pays, n'est vraiment à l'abri des conséquences de cette conception un peu particulière de l'intérêt général.

Certes, il existe un remède : se regrouper et se mobiliser pour faire échec à ces décisions. Mais bon, vous le saviez déjà, heureusement !

samedi 26 septembre 2009

Plaques à messages

J'ai trouvé récemment un article dans l'Auto Journal (oui, je lis ça aussi, parfois) abordant un sujet d'une importance capitale qui semble filer des cauchemars, et même des boutons, à certains de nos concitoyens. Il s'agit du nouveau système d'immatriculation des véhicules, le fameux SIV, avec sa combinaison « 2 lettres – 3 chiffres – 2 lettres ».

Imaginez-vous qu'il en est pour redouter que leur véhicule soit affublé à vie de couples de lettres honteux qui déprécieraient leur côte car les rendant plus difficiles à vendre. Si, si, je vous jure !

Et de quoi parle-t-on ? Ben, d'associations telles que KK, QQ, PC, PS, PD, etc. Ça fait peur, en effet, n'est-ce pas ? Si on tient compte du fait qu'il y a 4 lettres sur la plaque, ça peut encore aggraver ce drame. Du genre, « CU - … - CU », CA - … - CA », « CO - … - NS », « ME - … - RD », etc.

Moi, j'attends avec impatience qu'on puisse trouver sur le marché des moto immatriculées « FF - … - MC », « AM- … - DM » ou « AF - … - DM », bien sûr. Mais faudra sûrement attendre un peu. J'avoue que je me contenterais aussi d'un petit « BI - … - TE », « FO - … - UN », « PO - … - IL » ou encore « ZO - … - BI », c'est mon côté grivois !

Enfin, bref, je trouve un peu excessif de vouloir supprimer certaines associations de lettres sous prétexte qu'elles ont une connotation jugée péjorative, ou du moins trop marquée, aux yeux de certains. Pour une fois que l'Etat nous donne matière à rigoler, faut être sacrément rabat-joie, quand même !

mardi 15 septembre 2009

Le Bol d'Or ? Connais pas !

J'ai dû quitter Nevers dimanche matin, pour différentes raisons, un peu frustré de ne pas pouvoir suivre la course et, notamment, celle du GMT 94. Y a pas à dire, ce genre de baston, ça vous prend aux tripes ! Mais qu'à cela ne tienne, me suis-je dit, on verra les résultats ce soir en arrivant.

Que nenni, braves gens: les chaines de télévision hertziennes ne connaissent pas le Bol d'Or. Pour ainsi dire, même, le Bol d'Or n'existe pas. Sûrement parce que c'est de la moto car pour ce qui est du Grand Prix de Formule 1 de Chépatrohou, là, on a eu droit aux résumés qui vont bien.

Bien sûr, quand il s'agit de servir la soupe au discours gouvernemental sur la sécurité routière, en pointant l'inconscience de certains "pilotes(1)" de 2-roues motorisé triés sur le volet pour leur absence quasi-totale de matière grise, elles sont toutes là, en rang d'oignon, les gentilles chaines hertziennes. Il n'y a que comme ça qu'elles aiment parler de nous. Mais quand il s'agit de montrer que la moto, ça peut être aussi la fête, la passion, le sport et le plaisir, y a plus personne. Allez comprendre !

J'en entends déjà certains: "C'est bien fait pour ta gueule, t'avais qu'à consulter Motomag.com". Certes ! Mais on a aussi le droit de ne pas ouvrir son ordinateur de temps en temps.

Et puis, je l'ai fait. C'est là. Déception: le GMT 94 avait abandonné à 7h00 du matin et c'est une Suzuki qui l'a emporté. Bon, ben tant pis. Ce sera pour l'an prochain ! Et bravo aux vainqueurs.

Je n'ai jamais été réellement fan des courses de bécanes mais j'avoue que j'y prends goût. C'est même mon troisième Bol. Qui l'eût cru ? Il faut dire que c'est assez impressionnant. Et puis, quelle ambiance ! Donc me voilà qui me prend au jeu au point de rêver d'aller moi aussi faire un petit tour de circuit, au moins une fois dans ma vie.

Quant au Bol, j'y retournerai sûrement à nouveau: c'est trop bon !

Forza GMT 94, vive le Bol d'Or et merde aux chaines hertziennes !


(1) Vous aurez sûrement remarqué que pour la plupart des médias, on ne conduit pas une moto, on la pilote. Comme sur un circuit. Tout est déjà dit !