Qu’est-ce qu’il est beau ce circuit. Large, du grip, du dénivelé, une ligne droite en légère montée mais longue, longue…

Journée de roulage sur le circuit de Dijon-Prenois. C’est la première fois que je mets les roues sur ce tracé à 500 kilomètres de chez moi. Une journée pas trop moche dans une météo pourrie en ce début juin m’a décidée à sortir la Daytona. Une belle et bonne journée s’annonce…

Pourtant en sortant la moto du Trafic, violente douleur aux lombaires. Pas chaud à 8 heures du mat, faut pas tirer brutalement sur le guidon, les vertèbres n’aiment pas et le font savoir. Mince si ça se trouve j’vais pas pouvoir rouler… un anti inflammatoire… respirer, pas bouger pendant quelques minutes… la douleur s’estompe. Finalement deux sessions de bouclées avant le repas, tranquille, juste ce qu’il faut pour découvrir et enregistrer le tracé et les trajectoires.

Le dos ça va, c’est chaud maintenant. Première session de l’après-midi, il est 13h30… ça roule.

Les tours s’enchaînent, le rythme augmente en conservant une bonne marge, journée tranquille, juste pour le plaisir, c’est pas la course… En bout de ligne droite un grand optimiste tire droit en voulant me faire l’intérieur, comprends pas, il avait de la place… ! Deux tours plus tard, bout de ligne droite, vitesse max, freinage bien calé à gauche, 6..5..4, lâché de frein, plein angle dans l’amorce du droite… Monsieur vous sentez ma main sur votre jambe… Monsieur vous sentez que j’appuie sur votre bras… Monsieur… Monsieur… Mais c’est quoi ce bazar, vous voyez pas que j’ai mal à l’épaule ? Laissez-moi respirer ! j’suis où là ?....

Il est 13h45 environ, je viens de me réveiller dans le bac à gravier, j’ai rien vu, rien entendu. Je me suis fait percuté me dit le toubib penché sur moi. Le grand optimiste de l’avant dernier tour aurait récidivé ? Danse de la pluie à l’infirmerie pour me dépouiller de la combinaison, perfusion, ambulance, urgences, scanner, radiographie, surveillance…

Il est maintenant presque 22 heures, j’ai fini avec l’aide d’un gentil taxi par trouver une chambre d’hôtel, je traine mes contusions et ma clavicule salement fracturée jusqu’à lendemain matin, guettant l’ouverture de la pharmacie la plus proche pour récupérer les antidouleurs que m’a prescrit l’interne des urgences.

P… de journée, j’aurais mieux fait de rester devant ‘les feux de l’amour’.

Je ne sais pas qui m’a percuté. La prise en mains de l’équipe médicale vous met entre parenthèses, hors du temps (et tant mieux, c’est l’efficacité qui prime!). Vous passez de la piste à l’hôpital sans contact avec le monde extérieur. Le percuteur ne s’est pas manifesté, j’espère qu’il va bien. Je n’ai pas plus de nouvelles de l’organisateur du roulage. Pourtant un professionnel qui a pignon sur rue et qui travaille avec un grand manufacturier du centre de la France. Lui il a mes coordonnées. J’aurais juste apprécié qu’il prenne des nouvelles et selon la formule consacrée qu’il me souhaite un prompt rétablissement et se réjouisse de me revoir très bientôt à l’occasion d’un nouveau roulage… Mais rien, silence sur toute la ligne.

Pourtant le monde motard c’est la convivialité, la solidarité, l’entraide… euh oui, sauf sur la piste alors !

Il est où le problème ? La peur des complications ? Judiciarisation de la société ? Recherche d’un responsable, indemnisation du préjudice ? La question reste en suspens, en attendant, on n’est pas chez les bisounours dans le monde de la vitesse, chacun pour soi, pas le droit à l’échec, le mauvais œil serait contagieux ?

Debout tu as plein de potes, couché tu es seul !

Là comme ailleurs, la chute d’un homme n’intéresse personne.

Trésor.