Tourisme en boite et orange amère.
Par tresor le lundi 2 avril 2012, 16:21 - Lien permanent
Depuis quelques jours, au sein d’un petit groupe de 7 amis, les paysages exceptionnels du Maroc se dévoilent devant nos yeux grands ouverts malgré la forte lumière d’un soleil omniprésent.
Une grande virée au départ d’Agadir aux guidons de motos d’enduro, véhicule oh combien adapté à la découverte de ce pays pour celui qui souhaite réellement ne pas se contenter des spots à touristes, et aller au contact des paysages absolument uniques et des populations qui les occupent et les font vivre.

C’est rude, fatigant, les mains souffrent, les ampoules arrivent dès le premier jour, les bras et les jambes sont lourdes au premier bivouac mais combien de fois dans la journée, au débouché d’une longue montée sur une piste cabossée et piégeuse, le moteur est coupé pour se remplir la vue de l’immense plaine qui se dévoile soudain…

Combien de fois au détour d’une immense falaise qui semblait vouloir vous fermer le chemin sommes-nous restés bouche ouverte devant la végétation luxuriante de l’oued que nous allons finalement remonter par la piste des mulets qui serpente sur des kilomètres entre des gorges où l’ocre des falaises tranche avec le sable et les galets blancs.
Quel pied nous avons pris lancé à fond de sixième sur les 30 kilomètres d’un lac asséché, offrant une surface plate comme la main et vierge de tout obstacle et se terminant dans un erg aux dunes immenses dans lesquelles nous allons nous éreinter et peut être pour quelques-uns (dont moi) nous perdre provisoirement. C’est beau, c’est grand, c’est énorme diront certains… mais on n’est pas chez nous, nous sommes invités et comme tout invité on se doit de respecter ses hôtes.
Deux choses cependant m’ont choqué pendant ce périple de 2500kilomètres sur une dizaine de jours. La première est le nombre incalculable de campings cars parqués aux abords des quelques sites touristiques très connus et circulant seulement sur les routes qui y mènent. Ces gens-là se disent épris de liberté, ont soif d’aventures et de découvertes, il est alors tout à fait paradoxal de les trouver tous aux mêmes endroits, avachis sous l’auvent de la boite en plastique qui leur sert de toit à consommer les provisions qu’il auront amenées avec eux par mesure d’économie et sous couvert d’hygiène ! Les mêmes photos, les mêmes souvenirs arrachés pour quelques dirhams après une de longue discussion avec un marchand qui voulait les arnaquer (mais à eux, on ne la fait pas !) Finalement ils prennent, consomment peu, n’apportent rien…n’ont vu que le compteur de leur véhicule… oui mais le carburant n’est pas cher disent les plus cons… La seconde est cette horde de motards participant à une ‘adventure’ sponsorisée par une célèbre marque autrichienne de motos oranges. Là c’est du cliché en 16/9ème. Par paquets de 30, harnachés comme pour un championnat du monde, équipés des gros réservoirs permettant une autonomie de plus de 300kilomètres alors qu’ils en feront quelques dizaines dans la journée et croiseront probablement 5 ou 6 stations-services sur leur route. Nous les avons trouvés sur les coups de midi, dans un petit village en bordure de l’Atlas. Un nuage de sauterelles faisant mains basse sur un champ de maïs. Les quelques tables d’un petit restaurant littéralement squattées par ces envahisseurs du moment, débraillés, vêtements et accessoires encombrant toute la place sous les regards curieux des gamins accourus au sortir de la classe. Pas un échange, pas un mot, même pas avec nous alors qu’une même passion devait nous réunir. Ils ont mangé et bu les victuailles qu’ils transportaient. De la saucisse et des boissons énergisantes… les gens du nord de l’Europe ne peuvent donc pas vivre quelques jours sans changer leurs habitudes alimentaires, de la saucisse, quelle délicatesse… c’est comme mettre les pieds sur la table lorsqu’on est invité. Dans un cas comme dans l’autre ce n’est pas du tourisme, c’est du pillage. La moto, qu’elle soit verte ou orange, permet d’aller au-delà. Si elle permet d’aller partout elle doit se faire discrète. En se rendant ou on ne l’attend pas, ou l’on attend personne habituellement elle permet de nouer des contacts forts et vrais, de vrais moments de partage et de découverte réciproque. C’est comme ça que je conçois l’enduro, c’est comme ça que je conçois le tourisme… Ni en boite… Ni en orange mécanique !
Trésor.


Commentaires
Le tourisme en boîte et l'aventure packagée, c'est en effet hélas le lot d'une bonne partie du Maroc pour ce que j'ai pu en voir aussi. Le monde se réduit, les distances aussi, et les guerres ou graves instabilités diminuent encore le champ des possibles. Mais heureusement, il reste des ailleurs. Des pays moins faciles, où un réservoir permettant de tenir 300 bornes est un minimum, mais qui offrent en échange une délicieuse - si ce n'est absence - du moins très faible densité de touristes. Et les rares voyageurs qu'on y croise y sont pour les mêmes raisons, ils ont plus tendance à respecter les gens et les lieux. Pour ma part, j'ai souvent constaté que l'accueil et la qualité de découverte sont inversement proportionnels au volume de tourisme, et cela guide clairement mes choix de destinations, au risque parfois de se priver de paysages et de cultures... ou de ce qu'il en reste.
"Quel pied nous avons pris lancé à fond de sixième sur les 30 kilomètres d’un lac asséché."
"mais on n’est pas chez nous, nous sommes invités et comme tout invité on se doit de respecter ses hôtes" Je te cite!
Trésor, tu vois toi aussi tu es plein de paradoxes! Ton premier hôte c'est la planète, l'humain même si il est grégaire et organisé n'est absolument pas propriètaire de la petite boule bleue! Tu as besoin de passer à fond de 6 comme un bourrin dans ce putain de lac parceque tu te crois seul sur la proue du Titanic? Ton écosystème visuel est ton terrain de jeu pendant 30 kilomètres, à fond la poignée, c'est pas un caprice de civilisé, ça? Alors les clowns en orange ou les boîtes de conserve à roulettes ou l'excité de la poignée au réservoir à 30 litres, lequel est le plus cohérent? Bonne piste pour la chasse au trésor.
Au fait si tu as le temps, lors d'un arrêt pipi, lis le livre d'olivier de kersauson sur le "voyage" il pousse beaucoup plus loin la réflexion que toi et surtout il est en accord à travers ses actes avec ce qu'il écrit! Allez, à fond de six, so long mon frère!
Bonjour,
Je suis tout à fait d'accord avec ce que tu écris sur le Maroc, et pas du tout avec "motosapiens" (quelle frénétique arrogance!).
On a croisé au sud du Maroc un car allemand équipé de couchettes genre boîte de sardines, dont les touristes sont descendus dûment équipés d'appareils photo dernier cri, pour mitrailler sans s'éloigner de plus de cinq mètres de leur maison roulante, Ils transportaient sans aucun doute eux aussi tout ce qu'il fallait pour ne pas se mêler de trop près aux autochtones.
Il est vrai que dans ton texte la juxtaposition des phrases sur la course au fond du lac et le respect dû aux gens fait un drôle de raccourci, mais de toute façon, quelle que soit la façon dont on voyage, à moins d'être à pied, on pollue - vivre pollue, en fait ! - mais ça n'empêche pas de respecter les autres, y compris dans les échanges internet...
Et puis moi, j'ai beaucoup apprécié le beau style de ton texte, voilà.