Depuis quelques jours, au sein d’un petit groupe de 7 amis, les paysages exceptionnels du Maroc se dévoilent devant nos yeux grands ouverts malgré la forte lumière d’un soleil omniprésent. Une grande virée au départ d’Agadir aux guidons de motos d’enduro, véhicule oh combien adapté à la découverte de ce pays pour celui qui souhaite réellement ne pas se contenter des spots à touristes, et aller au contact des paysages absolument uniques et des populations qui les occupent et les font vivre. m1

C’est rude, fatigant, les mains souffrent, les ampoules arrivent dès le premier jour, les bras et les jambes sont lourdes au premier bivouac mais combien de fois dans la journée, au débouché d’une longue montée sur une piste cabossée et piégeuse, le moteur est coupé pour se remplir la vue de l’immense plaine qui se dévoile soudain…

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Combien de fois au détour d’une immense falaise qui semblait vouloir vous fermer le chemin sommes-nous restés bouche ouverte devant la végétation luxuriante de l’oued que nous allons finalement remonter par la piste des mulets qui serpente sur des kilomètres entre des gorges où l’ocre des falaises tranche avec le sable et les galets blancs.

Quel pied nous avons pris lancé à fond de sixième sur les 30 kilomètres d’un lac asséché, offrant une surface plate comme la main et vierge de tout obstacle et se terminant dans un erg aux dunes immenses dans lesquelles nous allons nous éreinter et peut être pour quelques-uns (dont moi) nous perdre provisoirement. C’est beau, c’est grand, c’est énorme diront certains… mais on n’est pas chez nous, nous sommes invités et comme tout invité on se doit de respecter ses hôtes.

Deux choses cependant m’ont choqué pendant ce périple de 2500kilomètres sur une dizaine de jours. La première est le nombre incalculable de campings cars parqués aux abords des quelques sites touristiques très connus et circulant seulement sur les routes qui y mènent. Ces gens-là se disent épris de liberté, ont soif d’aventures et de découvertes, il est alors tout à fait paradoxal de les trouver tous aux mêmes endroits, avachis sous l’auvent de la boite en plastique qui leur sert de toit à consommer les provisions qu’il auront amenées avec eux par mesure d’économie et sous couvert d’hygiène ! Les mêmes photos, les mêmes souvenirs arrachés pour quelques dirhams après une de longue discussion avec un marchand qui voulait les arnaquer (mais à eux, on ne la fait pas !) Finalement ils prennent, consomment peu, n’apportent rien…n’ont vu que le compteur de leur véhicule… oui mais le carburant n’est pas cher disent les plus cons… La seconde est cette horde de motards participant à une ‘adventure’ sponsorisée par une célèbre marque autrichienne de motos oranges. Là c’est du cliché en 16/9ème. Par paquets de 30, harnachés comme pour un championnat du monde, équipés des gros réservoirs permettant une autonomie de plus de 300kilomètres alors qu’ils en feront quelques dizaines dans la journée et croiseront probablement 5 ou 6 stations-services sur leur route. Nous les avons trouvés sur les coups de midi, dans un petit village en bordure de l’Atlas. Un nuage de sauterelles faisant mains basse sur un champ de maïs. Les quelques tables d’un petit restaurant littéralement squattées par ces envahisseurs du moment, débraillés, vêtements et accessoires encombrant toute la place sous les regards curieux des gamins accourus au sortir de la classe. Pas un échange, pas un mot, même pas avec nous alors qu’une même passion devait nous réunir. Ils ont mangé et bu les victuailles qu’ils transportaient. De la saucisse et des boissons énergisantes… les gens du nord de l’Europe ne peuvent donc pas vivre quelques jours sans changer leurs habitudes alimentaires, de la saucisse, quelle délicatesse… c’est comme mettre les pieds sur la table lorsqu’on est invité. Dans un cas comme dans l’autre ce n’est pas du tourisme, c’est du pillage. La moto, qu’elle soit verte ou orange, permet d’aller au-delà. Si elle permet d’aller partout elle doit se faire discrète. En se rendant ou on ne l’attend pas, ou l’on attend personne habituellement elle permet de nouer des contacts forts et vrais, de vrais moments de partage et de découverte réciproque. C’est comme ça que je conçois l’enduro, c’est comme ça que je conçois le tourisme… Ni en boite… Ni en orange mécanique !

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Trésor.