Nous avons tous entendu ces histoires de pirates côtiers qui allumaient des feux les nuits de tempête pour tromper les marins et les diriger, non pas vers un abri salvateur, mais sur les récifs où, une fois le navire échoué, ils pouvaient allègrement tirer grand profit du pillage de la cargaison. Nous avons retrouvé un digne descendant de cette population. Le décor est totalement différent, mais l’objectif est similaire. Sud Maroc, latitude approximative d’Agadir mais près de 600km plus à l’est. Univers minéral. Succession de sable et cailloux sur une piste qui se faufile entre des Djebels culminant entre 800 et 1000mètres et qui quelques fois s’ouvre sur une immense plaine parcourue d’oueds asséchés.m1 Environnement très particulier, les collines avoisinantes sont truffées d’entrées de mines, où des hommes s’éreintent à extraire sans beaucoup de moyens mécaniques la barytine qu’ils entreposent en petits tas, luisants au soleil, devant chacune des cavités dans l’attente du camion qui viendra charger le précieux minéral. Le grand nombre de concessions génère une grosse activité de transport. Les camions bennes défoncent les pistes et les multiplient à l’infini pour éviter les écueils qu’ils ont eux-mêmes engendrés. Pas de route, encore moins de goudron… on se dirige au cap ! La piste grimpe en lacet et quand enfin le col arrive et que le paysage s’élargit … l’homme, jeune et présentant bien, se tient au milieu de la piste, près d’une antique mobylette usée jusqu’à la corde.naufrag 1 Il parle, il parle bien. Un peu à la manière des vendeurs d’ustensiles ménagers ou de produit miracle faisant l’article dans les foires ou les salons… Son discours est tellement bien rodé qu’il sème de doute et la confusion. Le fil conducteur est simple : au-delà de ce point, la piste est tellement défoncée, le sable est tellement profond que vous ne passerez pas ! Je peux vous servir de guide et vous montrer une route sure et carrossable… moyennant quelques dizaines d’euros ! Et il en rajoute, et il vous montre sur la carte et il embrouille… mais toujours calme et percutant. Si vous avez le moindre doute dans vos talents de navigateurs, si la fatigue a entamé votre jugement, vous éteignez votre GPS et vous le suivez trop content d’éviter à une galère programmée !
Le soir à l’étape, notre hôte nous a raconté l’histoire d’un faux guide qui entraine ses ‘victimes’ du jour dans une portion de piste épouvantable où le sable, tellement fin, tellement farineux et tellement profond, vient rapidement à bout de l’énergie du pilote mais surtout de l’embrayage du véhicule, nécessitant l’intervention d’un complice dépanneur mécanicien qui vous présente une note à la hauteur des circonstances…
Ce n’est pas moral… mais c’est à la fois tellement énorme et tellement bien vendu que ça nous a fait rire! Peut-être aussi étions-nous trop contents d’y avoir échappé ?