C'est à de se demander si quand un piéton (Nous sommes plus piétons qu'automobiliste ou motard !) monte dans sa voiture, il ne laisse pas son cerveau dans le coffre, au chaud, à l'abri de la poussière et de toute sollicitation rationnelle. La sécurité routière passive des constructeurs en est une preuve, ce que j'ai vécu ce matin encore une autre.

Ce matin, comme tous les matins, je prend la voie sur berge au niveau du pont Aristide Briand, le long du quai Morice (Tout se passe à Nantes). Comme tous les matins, le trafic est soutenu, ça roule, mais c'est soutenu. C'est l'embauche, c'est le centre ville, il est 8h environ. La voie sur berge fait environ 1km et aux environs des 800m après m'être engagé, je vois un semi remorque arrêté en warning sur la file d'en face. Inutile de vous dire que derrière, un petit embouteillage se créé, chacun forçant klaxonnant et hurlant après le chauffeur et les autres automobilistes qui sont aussi coincés qu'eux mêmes. Moi, en citoyen de la route, malgré mon rendez vous dans les 10mn, je mets mes warning, m'arrête 50m avant le camion et indique aux automobilistes coincés derrière le camion de passer, pour décongestionner. 1, 2, 3, 4, puis 10, 15 voitures passent. Je comprends alors que le camion veut reculer car il ne passera pas sous le pont Haudaudine ! Ce n'est pas un petit camion, longue remorque, avec une cabine à l'avant de la remorque. Sa vue est dégagée, mais il a environ 200m à faire en marche arrière, sur une file étroite avec de chaque côté des voitures ou un terre plein réhaussé. Pourtant, il ne peut rien faire d'autres que reculer jusqu'au rond point duquel il pourra repartir dans la bonne route.

Je m'approche de la cabine et lui indique que je vais bloquer la voie et l'aider. Je remonte la voie (en faisant attention aux voitures qui continuent de s'insérer !) et je mets la moto en travers au début du quai Morice. Les voitures bloquées s'écoulent, la dernière passe, le camion recule avec prudence, mais sans obstacle. Les conducteurs sont patients mais ne comprennent pas pourquoi je le fais, cela se voit dans leurs yeux. Le camion recule, il approche du rond point, je change ma place pour aller bloquer l'arrivée des voitures provenant de la rue Gaston Michel (Devant la Gloriette). Eh oui, la remorque doit rentrer sur le rond point pour que la cabine puisse tourner. Là, le bazar est à son comble :) Les conducteurs klaxonnent,, s'impatientent, grommellent de voir un individu casqué bloquer leur trajet vers le graal professionnel... La remorque pénètre sur le rond point, arrachant au passage le garde hauteur de l'entrée de voie] recule, la cabine suit, le conducteur sort, me remercie et moi je file.

La conclusion ? 3 choses. La première est que si je n'étais pas intervenu de la sorte, certes, le trafic aurait retrouvé son calme, mais probablement au bout de bcp plus de temps ! La deuxième est que la citoyenneté sur la route se traduit aussi bien lors d'accidents que lors de panne ou d'ennui ! Nous partageons ce bout d'asphalte pour le meilleur et pour le pire. Aider une personne sur la route, c'est aider la communauté à mieux vivre ce temps bitumeux. La troisième, les taquins l'auront remarqué, est que je n'ai JAMAIS été aidé pendant ces 10 petites minutes, ni par un autre automobiliste, et encore moins par un képi.

Merci aussi aux manifs (FFMC ou non) pour l'apprentissage terrain de la gestion du trafic, le blocage des artères et le self contrôle devant les yeux énervés des bovins...

(Billet avec les photos ici)