Il est rare que je parle de la FFMC ici. Pour plusieurs raisons d'ailleurs : je n'y suis qu'un militant de base, je n'y ai plus de responsabilité, et surtout, je ne voudrais pas que mes propos soient compris comme une entrave quelconque à la ligne du bureau national Ce qui n'est bien entendu pas le cas ! Mais ce sujet, je l'ai éclusé avec tant de personnes dans le mouvement et ailleurs, que j'ai l'impression que tout le monde sait ce que je pense...

Et d'ailleurs, ce constat n'est pas propre à ce mouvement, mais à beaucoup de réseaux associatifs, syndicaux et politiques. Tout comme il y a une gestion des ressources humaines (salariées), il faut une gestion des ressources humaines bénévoles. Aie... Culturellement, cela vient heurter nos principes d'égalité entre les individus, de démocratie directe et de "génération spontanée" si chère à nos piliers trotskystes... Bah nan, cela ne marche pas comme cela...

Et cette idée, elle me trotte depuis plusieurs années, y compris quand j'avais les doigts directement dedans au quotidien. Comme quoi, je suis constant... Et tellement constant, que cette réflexion, je l'ai eu il y a plus de 10 ans, à une table de pizzeria, après un BN... La discussion avait lieu sur une question lancée par l'un des membres : "si la FFMC était sollicitée pour gérer la sécurité routière des 2 roues par le Ministère des transports, selon les idées et mesures de la FFMC, accepterions nous ?". La question était intéressante et mérite d'être régulièrement posée. De fil en aiguille de la conversation, qui, forcément, a été animée, argumentée et passionnée (Pouvons nous faire autrement ?), j'ai avancé la réflexion durant l'échange d'un soucis de formation politique des responsables.

Je ne pense pas que nous ayons besoin d'une formation technique à ce que mange le CERTU le matin, l'ADEME au goûter... Mais savoir ce que pense un élu de la République, connaître les influenceurs de la sécurité routière, l'histoire de la FFMC, comment dire sans dire tout en disant, ... Ce n'est pas tant de savoir comment parler à la radio que savoir ce qu'on doit dire et comment le dire pour ne pas être interprété, savoir comment évolue les relations de pouvoir au sein de la République, la stratégie, la tactique, ...

Car le technique, on peut aller le chercher sur des livres, des sites internet et il n'y a rien de plus simple à savoir que 2+2=4. Par contre, où trouver le 2 et le 2 pour faire 4, c'est beaucoup plus compliqué. Et savoir à quoi va servir le 4 l'est encore plus. Lors de notre AGO samedi dernier, il y a eu un début de discussion sur la proposition de Japa sur la transformation des sociétaires (Volontaires, informés, ...) de la Mutuelle en adhérents FFMC. Débat lancé il y a plus d'un an... Et qui ne trouve pas beaucoup de retombées dans les antennes réunies en assemblée. Ah, pour savoir à qui va aller la queue de cerise ou le bout de carton... Pourtant, la proposition est fondamentalement politique : veut on ou ne veut on pas devenir une organisation de masse, pouvant accueillir plusieurs dizaines de milliers de 2 et 3 roues à moteurs (Electriques ou pas) dans ses rangs. Et pour quoi faire ? Et pour les emmener où ? Et pour les brandir devant quels yeux politiques ? Avec quelle stratégie ? Quels éléments d'évaluation ? Et si on veut, qu'est ce que cela peut entraîner politiquement en interne ? En externe ? Après seulement, on se posera la question ras-des-pâquerettes de savoir qui envoie la carte et qui reçoit la cerise ! Se poser des questions sur le technique est si simple et facile, cela évite de réfléchir au delà de son propre nombril, de confronter son point de vue avec des arguments avec d'autres copains et de se projeter à quelques années ! C'est rester sur ce qu'on connaît (un peu) et maîtrise (un peu). C'est se rattacher à des éléments qu'on peut presque toucher.

Revenons sur l'animation des bénévoles...

Avant de continuer, il faut préciser que je m'appuie sur trois idées qui me sont chères dans la vie : l'évolutionnisme, le respect des motivations d'engagement et le don/contre don dans le bénévolat.

Premier élément, je DETESTE l'anthropologie évolutionniste.

L’évolutionnisme, en anthropologie, est un courant théorique qui présuppose l'existence de lois immanentes à l'œuvre dans l'histoire humaine.<br> ../.. Pour les anthropologues de cette époque, l'espèce humaine ne fait qu'une, et donc, chaque société suit la même évolution de l'état de « primitif » jusqu'au modèle de la civilisation occidentale.

Cela conduit à penser les sociétés humaines selon l'image de l'étagère. On pose des sociétés sur des étagères et selon qu'elles sont en haut (par exemple), cela induit qu'elles sont plus évoluées que celles en bas. Penser le monde selon cette réflexion conduit à penser qu'une ligne induit l'évolution des sociétés : on est primitif, puis barbare, puis civilisée, puis moderne.

Ensuite, je suis pour le respect (et donc l'analyse) des motivations d'engagement. Il est illusoire de penser que chaque individu au sein d'un collectif bénévole, même militant, s'investit pour les mêmes raisons que son voisin. Le penser, c'est bien, le dire, c'est mieux. Certains iront pour la couleur du papier peint, d'autres pour faire carrière, et d'autres encore pour qu'on les (re)connaisse. C'est humain. Et il faut apprendre à déceler les motivations de chacun à s'investir. Et les respecter ! Il est du rôle des responsables élus de penser cette motivation et de la respecter. Pousser quelqu'un à s'investir au dessus de ce qu'il souhaite, c'est irrémédiablement en faire quelqu'un en souffrance ou de détestable à moyen terme.

Enfin, penser ce qu'il peut retirer de son investissement n'est pas trahir la cause pour laquelle je m'investis. Penser retour induit qu'il y ait eu un aller ! Il faut donc penser au contre don que le bénévole aura reçu en contre partie de son don (de temps, d'argent, de matériel, ...). Non, être bénévole n'est jamais sans retour pour l'individu s'engageant, mais cela prend d'autres formes qu'un salaire. On peut penser formation, apprentissage de techniques, mais il ne faut pas oublier la reconnaissance. Oublier la reconnaissance du geste, c'est ouvrir la porte à la souffrance de l'individu (Comme dans le travail !) et à terme, sa colère...

Ceci étant posé, voici ce que j'avais exposé à mes camarades beuneu de l'époque : Nous avions 5000 adhérents, on pouvait compter 300 militants dans les antennes (les membres des bureaux de 60 antennes de l'époque), de là, on pouvait compter environ 20 cadres en capacité de tenir des organisations nationales. C'était il y a 10 ans... Et ce que le doublement de nos adhérents et (presque) de nos antennes a démultiplié le dernier rapport (On notera l'habile image mécanique !) ?. Je ne le croix pas et l'épisode de 2014 aux assises en est une preuve plutôt évidente.

Il y a nécessité impérative de repérer, identifier et gérer les futurs cadres du mouvement. Et pour cela, il faut sortir de la vision égalitaire du "chacun peut le faire". Non, tout le monde ne sera pas militant national pour plein de raisons (familiales, intellectuelles, professionnelles, ...). Dire qu'un membre du BN a des responsabilités supérieures à un responsable départemental n'est pas faire offense à ce dernier. Et d'ailleurs bon nombre de militants le disent... Sans faire la réciprocité directe de penser le membre du BN en tant que "militant supérieur". C'est d'ailleurs le propos d'une partie des membres du BN : nous sommes à votre disposition, nous sommes ce que vous souhaitez,... Bah non... D'une part, ils sont employeurs (5 salariés), d'autre part, ils sont les interlocuteurs directs des autres structures du mouvement, ils sont responsables légaux des filiales éventuelles (Editions de la FFMC en premier) et quand ils causent à quelqu'un, c'est soit le Ministre, soit le JT de TF1 (ou presque). Et quand ils posent la démocratie, c'est devant 250 personnes, pas 15 au fond d'un troquet. Et on leur pose des exigences qu'aucun responsable d'antenne n'accepterait.

Et pourtant, si je compile mes fondamentaux précédemment cités, voici où je veux en venir :

  • Il existe des cercles d'engagement, allant du "simple" cotisant qu'on ne verra jamais au coordinateur du BN. Et je pèse chaque mot, car j'introduis la différence entre les maillons. Du cotisant au "donneur de coup de main irrégulier", puis du militant occasionnel, puis du membre du CA départemental, puis du bureau éventuel, du coordinateur, du mandataire national, du membre du BN, du trésorier, du coordinateur national... Et il faut respecter les choix de chacun à vouloir, ou non, y aller !
  • Il faut respecter le cercle sur lequel chaque individu a choisi de poser son engagement. Mais lui permettre d'évoluer entre les cercles. Chacun membre du BN a été avant tout un "cotisant simple"... Et on demande à ce qu'il ait été aussi militant départemental. Cela me semble un préalable. Mais pas suffisant... Connaître la gestion d'une antenne de 100 adhérents n'équivaut pas à participer à une direction nationale ! Il faut donc accompagner la possibilité pour chacun de monter en responsabilité...
  • Si on offre la possibilité à chacun de monter dans l'organigramme du mouvement, il y a nécessité que la démocratie fonctionne, au risque d'une prise de pouvoir, ou au contraire, d'un effondrement de la vision politique. On dit souvent qu'on a les élus qu'on mérite... Trop simple, car c'est renvoyer la responsabilité sur le collectif, en s'absolvant (Pas simple ce verbe ! m'étonne pas que ce soit un truc de cureton) de sa propre responsabilité individuelle, et donc de sa capacité à ferrailler pour ses idées. S'empailler pour une idée n'a rien de sale ou dégradant, cela s'appelle la confrontation d'idées, la démocratie,... Pour que la démocratie fonctionne, pour qu'on accompagne correctement ceux qui ont envie, il faut nécessairement mettre en face des contre pouvoirs.

A l'heure actuelle, notre fédération manque de cadres en devenir, on peut le voir dans certaines instances qui peinent à produire une vision stratégique de leurs ambitions. Ce n'est ni la volonté de (bien) faire, ni la capacité à (bien) faire qui sont en cause, mais la possibilité d'emmener les autres sur le même chemin, après l'avoir expliqué, argumenté et décidé collectivement...

Aucune malice dans mes propos, juste une réflexion lancée à mes amis...