Les voyages forment la jeunesse dit-on. Ils marquent aussi le temps qui passe, quand les sites visités il y a seulement quelques années ne sont déjà plus. Parfois c’est l’évolution « naturelle » qui les transforme, par exemple je ne reconnaîtrais plus le Shanghai d’il y a 23 ans, disparu sous les gratte-ciels. Parfois, c’est une force de la nature, comme tout récemment au Népal. De magnifiques villes, certes en piteux état mais qui ne demandaient qu’à renaître, gisent à présent encore plus en ruines – en partie à cause de l’incurie d’une classe politique particulièrement corrompue.

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Mais le plus difficile à accepter sont les destructions causées par l’homme. C’est déjà dur quand elles sont au nom du progrès, d’anciens quartiers ou monuments rasés au profit d’immeubles anonymes et laids (comme ça s’est beaucoup fait même en France jusque dans les années 60). Mais quand en plus les ravages sont purement gratuits, les actes d’ignares endoctrinés au nom d’une foi qu’ils ne comprennent même pas… les mots manquent.

Il y a quelques années au Pakistan, sur les contreforts de l’Himalaya, nous avons vu des temples et des statues inestimables datant des prémisses du bouddhisme, qui avaient déjà été martelées comme les célèbres haut-relief de Bamiyan.

Et dans les symboles plus modernes, n'oublions pas New-York, vu aux premières loges...

Aujourd’hui, c’est au tour de la Syrie. Son riche patrimoine culturel, avec un énorme potentiel touristique, a déjà terriblement souffert en quelques années. Le magnifique souk Al-Sham d’Alep, datant du XIIème siècle, n’est plus que carcasse calcinée, les villes mortes conservées depuis le VIème siècle de notre ère démantelées pour bâtir des abris de fortune pour les réfugiés de la guerre, le Krak des Chevaliers à nouveau laissé à l’abandon…

Palmyre elle-même est maintenant menacée. Sans même parler des centaines de civils déjà exécutés par Daech, ses vestiges extraordinaires font partie de mes plus émouvants souvenirs de voyage. L’ancienne capitale de Zénobie, avec le temple de Bêl, les tombeaux, les peintures étonnement bien préservées… Que tout cela puisse être rayé du patrimoine humain de quelques coups de bulldozers et bâtons de dynamite, comme cela a déjà fait ailleurs, est intolérable. Jusqu’où devront aller ces fous furieux pour qu'une véritable coalition, capable de voir au-delà des intérêts à court terme et de la grande praticité d’un épouvantail comme l’EI pour justifier les mesures les plus répressives en Occident, les arrête enfin ?

En quelques années, sous réserve de ce qui va maintenant arriver à Palmyre, la Syrie aura irrémédiablement perdu tous ses plus beaux trésors, et ce sont toutes les générations à venir qui sont ainsi punies, privées non seulement de la manne touristique mais aussi et surtout des dernières traces de leurs racines, d’une civilisation fondatrice de l’Orient comme de l’Occident. Tout cela au prétexte de se débarrasser de tout ce qui n’est pas l’Islam… alors que c’est précisément son berceau. Bien sûr toutes les cultures ont voulu détruire ce qui les a précédées, il n’y a qu’à voir les destructions matérielles et spirituelles en Amérique du nord et du sud, les nombreuses purges en Asie, les exactions des Chevaliers Teutoniques, les ravages de la Révolution Française… la liste est hélas longue comme l’histoire humaine. Mais au moins, chacune avait en commun de détruire pour reconstruire, pour proposer/imposer une alternative. Ce à quoi on assiste aujourd’hui n’a que peu d’équivalent dans le passé, une telle politique de terre brûlée sans rien proposer en échange qu’une vision totalement corrompue et déformée d’une religion pourtant capable aussi de grandes choses, sans aucun espoir d’amélioration des conditions de vie ni pour les populations locales ni pour les « conquérants » eux-mêmes, sans aucune forme de création que la terreur et l’obscurantisme. S’en plaindre sur un blog n’y changera rien. Rien n’y changera rien sans une volonté politique globale, qui dépasserait de loin les préoccupations ordinaire. Une raison de plus parmi beaucoup d’autres pour que les dirigeants de tous bords lâchent un peu la grappe aux citoyens ordinaires au lieu de leur pourrir la vie pour des broutilles, et s’occupent des vrais enjeux.