Oui c’est un blog moto, mais je voudrais quand même partager avec vous quelques réflexions sur des dérives de l’informatique qui se font de façon très vicieuses, au sens où elles sont au su et vu de tout le monde mais bien emballées et présentées de façon à ce que l’opinion les accepte et même les réclame. Un peu comme les radars automatiques dont une communication habile a défaut d’être honnête a persuadé les braves gens que c’était la panacée pour les sauver des dangereux délinquants routiers.

Commençons par Facebook, qui me sort décidemment de plus en plus par les yeux : ils viennent d’ajouter une option permettant d’avoir en contact… les enfants à naître. Alors que certains parents n’osent même pas choisir définitivement le prénom avant la naissance (notamment pour limiter les dégâts affectifs en cas de problème qu’on ne peut jamais exclure), les bambins seront déjà exposés, référencés en ligne, enregistrés à vie de façon totalement opaque et incontrôlée par Facebook. Vous serez « ami » avec un fœtus, c’est pas beau la technologie ? Déjà qu’on trouve sur la toile les échographies de cette génération qui grandira sans le concept d’intimité ou de respect des informations confidentielles… Autre exemple, l’autre jour en réservant un billet de train, le site SNCF me propose de le publier directement sur Facebook. A part signaler à des cambrioleurs que je ne serai pas chez moi à telles dates, à quoi bon ? Si je veux faire le voyage avec un pote, ou être attendu à l’arrivée, je peux envoyer les infos à LA personne concernée, pourquoi le partager avec la terre entière ? Ca me dépasse. D’ici vingt ans, notre volonté de garder pour nous ce qui ne concerne pas les autres apparaîtra-t-elle comme terriblement archaïque et rétrograde, ou au contraire précurseur de la chute d’une brève ère de folie communicante dont Facebook sera l’emblème ?

Autre chose, petite note à l’attention des fans d’Apple, des chantres de l’iPhone et l’iPad, que d’aucun prétendent tellement plus ouverts et sympathiques que l’affreux Microsoft… Avez-vous jeté un œil aux conditions de diffusion des fameuses « apps » ? Il se trouve que j’ai dû creuser un peu la question, car quasi-monopole aidant, quiconque souhaite proposer des services mobiles n’a plus guère d’autre choix que d’être compatible avec l’iPhone. Et ça fait mal… Pour simplifier, si quelqu’un veut faire un programme pour PC ou toute plateforme sous Windows ou logiciel libre, il le fait en toute liberté, inclut les fonctions qu’il veut, le vend au prix qu’il souhaite (ou gratuit), partage le code source ou pas… bref, il est maître de son travail et de ses fruits, limité par sa seule créativité et ses compétences. Chez Apple, et ça tend à déteindre sur d’autres plateformes mobiles, c’est une autre histoire : les programmes doivent impérativement passer par l’appStore, après une validation (payante), ils peuvent en être supprimés après coup sans préavis ni raison (par exemple, prenant les devants sur de potentielles réglementations à venir, Apple a viré les apps signalant la position des radars), les fonctionnalités sont limitées, et si on souhaite faire du commerce au sein de l’app, pas de solution de contournement que verser 30% des recettes à Apple. Des moyens détournés existent, mais en limitant fortement les possibilités techniques. Pour faire une boîte à meuh virtuelle, pas de soucis, mais si on veut un peu plus de puissance, de vrais services pros, on est soumis au bon vouloir du roi Pomme. Et malgré ça, tout le monde achète les iTrucs, parce que c’est joli et bien emballé, et que les gens ne se posent pas la question sur le fonctionnement. Légitimement d’ailleurs, c’est complexe, ça n’empêche pas de téléphoner ou d’installer des petits jeux à la con... Mais n’a-t-on pas une certaine responsabilité ? Sans oublier que les iPhones enregistrent tous vos déplacements (sauvegardés à votre insu même en changeant de téléphone), etc. Et avec ça, on vient de l’apprendre, avec une capitalisation boursière de 362 milliards et une trésorerie de 75,8 milliards de dollars, Apple a plus de liquidités que les Etats-Unis… Il est loin le temps de la petite société sympathique et rebelle. Aujourd’hui, c’est elle qui bride et limite les possibilités de l’Internet mobile, un comble après l’avoir autant popularisé !