Petite réflexion qui m’est venue devant la relance bordélique du débat sur le prix du diesel : paradoxalement et de façon assez stupide et/ou archaïque, les carburants sont taxés dans l’ordre inverse de leur degré de pollution. Le GPL, nocif et demandant les plus grands volumes pour avancer, est le moins cher. Le diesel, grand émetteur de microparticules et de produits dérivés, est également favorisé. L’E10, hérétique pour l'environnement comme pour la mécanique (surtout des deux-roues) et sur lequel l’Europe pourrait même proposer un moratoire, est artificiellement moins coûteux que le SP95 classique. Le plus cher de tous, le SP98, est aussi celui qui est le plus efficace en combustion.

Rappelons aussi que 70 à 80% du prix des carburants est constitué de taxes cumulées (et de taxes sur les taxes, sympa : on paie la TVA sur la TIPP par exemple…). Cela laisse donc au gouvernement une très grande latitude d’action sur les prix, et fait des carburants une source majeure de revenus pour l’Etat.

Pour autant, il ne serait pas juste d’inverser brutalement la taxation, même si dans l’absolu ce serait écologiquement le plus cohérent. Après des décennies de promotion du diesel à grands coups d’avantages fiscaux, au point de faire de la France un des plus gros utilisateurs proportionnellement de ce carburant (généralement réservé aux poids lourds ailleurs), on commence enfin à admettre que ce n’était peut-être pas une si bonne idée. Mais du coup, un peu dur de sanctionner tous les usagers, souvent modestes, qui roulent au gasoil… même si pour répondre à la demande artificielle de notre marché les BMW, Jaguar et Porsche s’y sont mis.

Dans l’absolu, l’utilisation de la fiscalité pour promouvoir les comportements vertueux n’est pas absurde – encore faut-il que ce qui est privilégié soit effectivement meilleur. Par exemple, la FFMC réclame depuis longtemps une baisse de la TVA sur les équipements de sécurité, et puisqu’il faut bien inciter les conducteurs à choisir une moindre consommation d’essence et que l’Etat a cruellement besoin de pognon, on ne va pas non plus supprimer les taxes sur l’essence, soyons réalistes. Pourquoi ne pas alors envisager ceci : tous les carburants au même prix.

Cela ferait monter un peu le diesel, baisser un peu le sans plomb, le tout étant à calculer pour que le montant global reste identique. Et chacun pourrait choisir selon son véhicule, et donc privilégier en fonction de la logique mécanique et environnementale – et non financière – le carburant le plus efficace et responsable. Je ne suis pas économiste et ce n’est peut-être pas une bonne idée, mais elle a au moins le mérite de faire appel au bon sens des gens et de remettre les choses à plat, à bilan neutre pour les finances publiques, en satisfaisant les partenaires du gouvernement, et en répartissant équitablement la charge entre les usagers. Qu’en dites-vous ?