Au début, quand j’ai entendu parler des radars de feu rouge, ça m’a agacé bien entendu comme tout ce qui touche à la politique répressive actuelle, mais sans me choquer plus que ça. Honnêtement, je ne me sentais pas trop concerné, et au contraire je me disais même qu’à la limite, ce ne serait pas plus mal de calmer un peu les pressés qui deviennent opportunément daltoniens. Cela dit, en prenant un peu de recul et le temps de m’entretenir avec d’autres personnes, à commencer par des professionnels de la conduite, plusieurs problèmes majeurs apparaissent, qui me rendent aujourd’hui tout aussi opposé à ces nouvelles pompes à fric qu’à celles du bord des routes :

 

- De nombreuses personnes, traumatisées par les flashes à répétition sur les routes, risquent fort de piler net dès le passage à l’orange, de la même façon qu’elles mettent un gros coup de patin à l’approche d’un radar de vitesse alors qu’elles roulent déjà à 20 km/h sous la limite. Certes, elles ne seront pas flashées. Mais bonjour la sécurité pour ceux qui suivent et ne s’attendent pas à une telle réaction ! L’étape orange est justement prévue pour servir de tampon, là on va amplifier le problème du « tout ou rien », et ces radars vont, comme leurs cousins des routes, poser plus de tracas financiers et administratifs et de risques d’accidents qu’ils ne vont arranger la situation.

 

- Il y a le problème des véhicules longs : cars, bus, semi-remorques, remorques longues… A 30 km/heure, une vitesse raisonnable pour ces engins en ville, on parcourt si je ne m’abuse 8 mètres par seconde. Sur un feu restant orange deux secondes, ça fait 16 mètres, soit justement la longueur d’un véhicule long (jusqu’à 18,75 m., hors cas particulier – Code de la route, article R. 312-11). Ce qui signifie qu’un chauffeur qui passe légitimement en fin de vert ou en début d’orange (il ne va pas piler avec son chargement ou ses passagers !) se fait flasher le cul. Pan, 4 points en moins sur un permis pro, sans infraction. Moralité ? Des chauffeurs de véhicules longs s’arrêtent systématiquement aux feux même verts, laissent passer le rouge, et ne redémarrent qu’au vert suivant, pour être sûrs de ne pas être flashés. Super optimisé niveau temps, et vous imaginez là aussi les risques de collision par l’arrière.

 

- Ensuite, la position des boucles de détection. Pour rappel, il y a deux capteurs, chacun avec son flash, et c’est le franchissement successif des deux qui déclenche le PV. Sauf que – comme l’angle des radars de vitesse – il faut que ce soit fait avec un minimum d’honnêteté. Or on constate parfois, comme à Avignon, que pour mettre ces boucles de détection, la ligne d’effet du feu a été reculée de quelques mètres, sans que ce soit justifié par la configuration des lieux, la deuxième boucle étant placée au niveau de l’ancienne ligne. Moralité ? Sans prêter attention spéciale à un tracé au sol qui ne correspond à rien, vous vous arrêtez là où vous l’avez toujours fait. Ou alors à moto, vous vous placez naturellement devant les voitures, prêt à démarrer sans risque, à votre rythme. Dans les deux cas, flash + flash = PV !

 

- Il y a bien des franchissements involontaires ou imposés. Ca a été le cas, relevé notamment par Motomag, d’une belle plaque de verglas faisant glisser les voitures au-delà de la limite. Quand un véhicule d’urgence essaie de se frayer un chemin, un conducteur respectueux va se pousser, quitte à franchir le feu. Enfin, ne vous est-il jamais arrivé de mettre au moins un petit coup de gaz pour passer le feu où vous alliez vous arrêter plutôt que vous faire enfoncer l’arrière par le véhicule suivant qui n’a pas réagi à temps ou avec assez d’efficacité ? Ca m’a conduit au tribunal il y a quelques années, mais j’ai eu gain de cause à l’époque. Presque arrêté à l’orange, j’avais redémarré de justesse pour éviter un beau carambolage avec la caisse incapable de s’arrêter derrière moi. Les flics au carrefour n’en ont rien eu à faire, mais au moins j’ai pu plaider…

 

- Reste le cas des cortèges encadrés, par exemple lors des manifs, pour lesquels je doute qu’ils s’amusent à couper les flashs le temps qu’on passe. Jackpot, 300 motos en un feu !

 

Dans tous les cas, CE NE SONT PAS DES INFRACTIONS, pas plus à mon sens qu’un dépassement de vitesse de quelques km/h sur l’autoroute. Mais de la même façon, la justice automatisée et mécanique va sanctionner, avec un système soigneusement fait pour étouffer toute contestation, et on va encore payer, perdre des points, stresser, prendre des risques supplémentaires…

Les véritables cas de franchissement de feu rouge sont dangereux et à sanctionner, je ne dis pas le contraire. Mais humainement, avec discernement et bon sens. Pas encore une fois en robotisant la chose. La plupart des infractions de ce genre qu’on constate sont les coursiers en cyclo, dont la plaque cachée sous le top-case géant, voire derrière l’amortisseur, se fout royalement des flashes de toute façon. Plus bien sûr les flics qui ne se sentent que rarement concernés eux-mêmes par des détails comme les clignotants, les feux, etc.

 

En conclusion, deux exemples de politiques qui se pratiquent dans nombre d’autres pays et qui semblent beaucoup plus intelligentes (c’est pas dur, OK) :

- Presque partout en Amérique du Nord notamment, un feu rouge est, sauf mention contraire, considéré comme un cédez-le-passage pour ceux qui tournent à droite. De plus les feux sont situés en face du carrefour plutôt qu’à son aplomb, donnant une bien meilleure visibilité à tout le monde.

- Les feux sont souvent, par exemple au sud de l’Europe et en Asie, équipés d’un compte à rebours indiquant les secondes restantes avant le prochain rouge ou vert. Ca fait un peu starting-block au démarrage, mais au moins les gens ont eu le temps d’enclencher la première, c’est beaucoup plus efficace qu’un départ en accordéon. Et on est prévenu largement à l’avance du passage exact au rouge, ce qui permet de prendre la décision la plus appropriée.

Certes, ces deux méthodes ont en commun de faire appel un tout petit peu à l’intelligence des conducteurs, apparemment c’est trop demander en France. Mais pensez au slogan, simple et ultime, des campagnes de SR anglaises : THINK!