Il ne sait pas s’il est le premier et ne prétend pas l’être. Mais quand bien même il serait le deux ou troisième, ça ne retire rien à son aventure… En 1932, Robert Edison Fulton Jr, jeune américain de bonne famille, futur héritier d’un empire industriel, doit rentrer chez lui depuis l’Angleterre. Presque sur un coup de tête, il décide de faire un petit détour en passant par l’Asie… à moto ! Il a déjà un peu roulé chez lui (sur une Indian achetée en pièces détachées pour… 10 dollars), alors pourquoi pas ? Sa Douglas Twin est soigneusement préparée : deuxième réservoir à l’arrière, protection moteur (avec flingue planqué dedans), quelques outils et pièces de rechange, des pneus de voiture particulièrement durables (pas tant de différence à l’époque entre roues de voiture et de moto)... et roule ma poule. En guise de bagage, un appareil photo, une caméra avec pas mal de pellicule d’avance, une brosse à dent, une chemise de rechange, des cartes, c’est tout. Tout ça chargé à l’avant, devant la bulle. Intéressant pour le centre de gravité, moins pour la visibilité et la maniabilité.

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Ce drôle d’équipage se lance donc sur les routes d’Europe (vite expédiées, pas drôle, la moto ne surprend déjà plus personne) et arrive bientôt dans des endroits plus fun. Traversée des déserts du Moyen-Orient sans autre route ou repère que les poteaux télégraphiques de temps en temps et une carte imprécise, nuits dans les prisons/hôtels obligatoires, chevauchées avec les tribus sauvages, rencontres dangereuses ou amicales... Robert se met au tas un nombre incalculable de fois, crève, tombe d’un pont pas fini, remonte, repart toujours, arrive en Inde, puis plus loin, fait le tour du monde.

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Le plus étonnant dans son histoire, écrite dans un style direct et factuel, relativement moderne, est de voir ce qui a changé et ce qui au contraire est resté exactement identique 80 ans plus tard. Bordel administratif aux frontières, soif de découverte, vulnérabilité et sympathie du motard seul en terre inconnue, liberté totale d’être son propre responsable sans rien ni personne pour vous suivre… pas même le recours d’une assistance ou d’une carte bleue ! Le récit est illustré de ses photos et dessins et remet vraiment en perspective la notion de moto d’aventure, dans le bon sens. Car s’il a pu faire ce trajet entre deux guerres, sur son brêlon rustique, avec des moyens aussi limités, pas ou peu d’infrastructures… et en revenir pour raconter son histoire, pourquoi pas nous ? Pas forcément les mêmes pays, les risques ont changé, le monde a rétrécit, mais la passion de la moto et du voyage reste intacte. Dans les années 90, à 80 ans passés, Robert Fulton a restauré sa Douglas et de nouveau roulé avec. Il est décédé à 95 ans en 2004.

Je ne sais pas si son livre a été traduit en français, mais vous le trouverez en VO chez Whitehorse Press par exemple ici. Lecture chaudement recommandé à tous les amateurs.