Il fallait s’y attendre, la vignette « verte » revient, pour trier les véhicules par « vertu écologique » et faire encore un pas significatif vers des systèmes de circulation alternée, réduite, ou interdite pour les engins à moteur en fonction de leurs émissions. Qu’il faille agir pour l’air des villes et la pollution en général, je suis tout à fait d’accord évidemment, qui dirait le contraire ? Mais j’en ai un peu marre qu’on ressorte les même recettes complètement simplistes et dévoyées. Pour le coup, cela concerne aussi bien les deux-roues que les quatre ou plus, encore que pour les camions et les transports en commun ça doit pouvoir être un peu plus discutable. Mais pour les véhicules particuliers, ce système ignore une bonne partie de l’équation.

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De la même façon que ceux qui vantent les véhicules électriques comme étant à « zéro émission » oublient un peu que l’énergie n’est pas encore produite sans contrepartie (même le solaire est encore loin d’un bilan flatteur en prenant tout son cycle de vie), cette classification d’un véhicule par son âge et ses émissions à un instant donné oublie un détail d’importance : « les émissions grises ». Je n’ai pas trouvé de chiffres exacts, a priori même les constructeurs les ignorent, mais tout le monde est d’accord sur une chose : c’est assez énorme. Pour fabriquer une voiture, il faut environ 30 tonnes de matières premières, avec tout ce que cela suppose d’énergie et de CO2 pour les extraire et les transformer, sans compter le processus de construction, la livraison du véhicule... Question pratique : si un véhicule neuf produit 20 g de CO2 par kilomètre de moins qu’un vieux véhicule, combien de kilomètres faudra-t-il parcourir avec pour compenser les centaines de tonnes de CO2 engendrées par sa production ? Question annexe : s’il consomme aussi un peu moins de carburant réalisant ainsi une économie de 2 centimes par kilomètre, quelle distance faudra-t-il parcourir pour couvrir son coût d’achat par rapport à l’abandon de l’ancien (privé de toute valeur de revente par sa vétusté devenue vice au lieu de vertu économe, et qu’il faudra donc détruire).

A noter que la nouvelle pastille verte sera attribuée non en fonction du CO2, mais du dioxyde d’azote et des particules fines, cela dit la démonstration reste valable. A noter également qu'elle ne prend que l'année et le carburant en compte. Ainsi, j'ai fait le test pour ma voiture (et oui, depuis que je suis papa, pour la première fois de ma vie, j'ai une voiture). Elle a 16 ans et c'est un diesel, du coup elle est en vignette marron, l'avant-dernière, et sera privée d'accès aux villes qui mettront cette politique en place. Cependant, c'était une berline haut de gamme à l'époque, elle est injectée, catalysée, ne fume pas, et réussit haut la main tous ses CT. Est-il équitable qu'elle se retrouve classée comme une camionnette rustique, dépourvue du moindre équipement anti-pollution ? Et si nous sommes 4 à bord, nous polluerons individuellement bien moins qu'un gars tout seul dans une voiture de 2015...

Je n’ai pas de solution miracle à proposer à la "respirabilité" des villes et la réduction de la pollution engendrée par le transport, mais une chose au moins est certaine, ce n’est pas en poussant les vieilles voitures et motos à la casse sans se préoccuper de leur état ou de leur usage, ou parallèlement en sanctionnant tout ceux qui n’ont pas les moyens ou tout simplement pas l’envie de changer, qu’on arrivera à quoi que ce soit. Tenter de le faire croire est au mieux un énième exercice de manipulation de masse, au mieux une maladroite tentative de revitaliser une industrie automobile moribonde et qui ne profitera qu’en partie à l’économie nationale. Fluidifier le trafic au lieu de le pourrir par tous les moyens, baisser ou supprimer le coût des transports publics (pas rentables de toute façon) et, oui, encourager les transports doux. Mais pas au détriment de ceux qui n’ont pas la possibilité de les utiliser !

Exemple vu dans une question de l’examen du code qu’une proche prépare en ce moment : « Pour aller à la boulangerie, j’utilise A/ La marche B/ Le vélo C/ La voiture. » La réponse attendue étant bien sûr A et B. Mais et si on habite à 20 bornes de la boulangerie, ou qu’on a du mal à se déplacer ? Il n’y a pas de réponse manichéenne évidente…

Pour finir, petit lien vers cet article qui teste différents modes de transport électriques alternatifs : vélo, trottinette, longboard et unicycle. http://www.clubic.com/mag/transports/article-766280-1-velo-electrique-solowheel-longboard-trottinette.html

Certains sont intéressants, pas à dire. Mais on pourrait arguer qu’ils sont au prix d’une moto 125 autrement plus polyvalente, capable d’emmener un passager (là aucune de ces nouvelles machines ne m’accepterait même seul, à part le vélo), et ne consommant pas tellement plus rapporté au mode de production de l’électricité. Ce graph le récapitule, en France un véhicule électrique consomme indirectement 93 g de Co2 par kilomètres… soit à peu près l’équivalent d’un deux-roues thermique économe. Et dans les pays où le courant est généré à partir de pétrole ou de charbon, il est même plus polluant de rouler à l’électrique qu’à l’essence !

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