Loin d’être un expert en conduite moto ou en karaté, juste un humble pratiquant enthousiaste des deux, plus j’avance dans leur connaissance, plus je leur trouve de points communs. Bon, pas des grandes révélations non plus hein, juste des convergences intéressantes. Quelques exemples en vrac :

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  • Les deux commencent par un rituel : le salut au maître ou l'enfilage du casque et de l'équipement met en condition, prépare mentalement à se concentrer sur ce qu'on va faire car on est responsable de ses actions et du risque qu'on fait courir à soi-même comme aux autres si on met un coup non maîtrisé (et vu que je fais le double du poids moyen de mes partenaires, j'ai intérêt à faire particulièrement gaffe à ça...)
  • L’importance du regard : qu’on ai les yeux rivés sur son pneu avant ou ses pieds, regarder trop près et trop bas n’est pas bon. Il faut voir haut et large, sans fixer ce qu’on veut éviter, pour optimiser son champ de vision et mieux réagir – que ce soit pour esquiver un obstacle ou parer un coup.
  • Garder les bras souples et détendus, en ne les verrouillant qu’en fin d’action : pour prendre un virage comme pour frapper ou parer, les muscles crispés ne sont pas assez réactifs. Prêt à l’action mais détendu, on a une meilleure réactivité et trajectoire. Sans hésiter à verrouiller en fin de mouvement pour maintenir fermement le guidon sur un freinage ou arrêter un coup puissant. Et baisser les coudes !
  • Garder un centre de gravité aussi neutre que possible : quelle que soit la position de combat ou la moto, en conservant le poids centré on est beaucoup plus réactif. Déhancher pour prendre une courbe comme un pilote n’est efficace que si on connait exactement le virage et celui qui le suit, tout comme prendre le risque de se déstabiliser ou de sauter n’est valable que si on est certain de pouvoir placer l’attaque. Mais quand on n’est pas sur circuit ou en chorégraphie, il faut pouvoir anticiper et réagir vite à l’imprévu… donc centrer les masses et répartir le poids.
  • Porter le poids sur l’avant des pieds : faites le test sur béquille centrale de vous lever sur les repose-pied. Si vous les placez sous les talons, vous serez très peu stable. Mais sous la plante des pieds, l’équilibre revient. Même chose en position de combat.
  • Prévoir une trajectoire trop tôt sans visibilité ne permet pas d’intervenir en cas de surprise, il vaut mieux attendre de voir la sortie du virage pour s’engager, quitte à le faire plus fort à ce moment-là. De la même façon, parer trop tôt un coup téléphoné est la meilleure façon de s’en prendre un autre à découvert, venant d’un autre angle. Là aussi, se tenir prêt et partir plus tard mais plus vite est plus efficace.
  • En cas de glissade ou de perte d’adhérence, il ne faut surtout pas se crisper et bloquer le guidon, mais laisser la moto tranquille pour qu’elle se rétablisse, voire dans certains cas amplifier la dérive en contrebraquant. Un peu comme lorsqu’un adversaire plus puissant physiquement tente un balayage ou un coup circulaire, le parer est délicat et vous risquez non seulement de vous faire mal mais aussi de prendre le pain - alors qu’en accompagnant le mouvement, en reculant pour mieux revenir par exemple, ça passe bien mieux.

Formation 125 avec l'AFDM, ici a Bordeaux.

Avez-vous noté d’autres points de convergence ? Ca ne se limite pas au karaté d’ailleurs, la plupart des arts martiaux partagent ces principes de base. Je précise que mes comparaisons peu éclairées se font avec les méthodes conseillées par l’AFDM, pas ce qu’on fait sur circuit ou en conduite un peu kéké, et connaître la théorie ne veut pas dire tout appliquer à la lettre… en selle comme sur les tatamis !

En conclusion, et au risque de faire de la psycho de magazine, je suis tenté d’extrapoler ces principes plus largement. Ne dit-on pas d’ailleurs que les arts martiaux, notamment le karaté, sont bien plus qu’un sport de combat, mais un état d’esprit, une approche de la vie ? De même, la moto telle que les passionnés la pratiquent ne se limite pas à un moyen de transport, on peut y associer des valeurs et une vision du monde plus libres et plus solidaires. Et pour ça, c’est pareil : le regard haut et loin, pour ne pas s’attarder sur ce qui se passe sous notre nez et avoir une vue d’ensemble ; pas rigide et crispé sur un état de fait, acceptant les changements en restant attentif et prêt à réagir si l’évolution est dangereuse ; équilibré et stable, capable de s’adapter et de répliquer au besoin…

Bon, sur ce j’arrête de vous embêter avec mes réflexions à trois sous je vais être en retard au dojo. A bientôt !

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PS en rentrant : me suis fait un claquage à la cuisse, rien de grave, mais qui illustre encore un parallèle : l’importance des gants et des protections, et le fait que ce sont des passions indéniablement un peu risquées. Mais prendre des risques (mesurés) est une liberté en soi ! Et jusqu’à présent, je touche du bois, me suis fait plus bobo en salle de sport qu’à moto. De là à dire que l’un aide l’autre, il y a un pas (chassé) que je ne franchirais pas, mais… pourquoi pas ? Je suis curieux d’avoir l’avis de mes profs de moto et de karaté, sachant que chacun pratique ou à pratiqué les deux disciplines. A vous !

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