J’ai rempli hier soir le premier constat d’accident de ma carrière de conducteur. Fort heureusement, c’était pour un accrochage vraiment mineur, mais ce qui m’agace au plus haut point est que je m'estime plutôt en tort, et c’est une situation tellement cliché, tellement évidente et connue, que j’ai du mal à croire que je m’y sois laissé prendre comme un bleu.

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L’origine, comme souvent, est d’avoir eu l’attention focalisée sur un détail perturbant, en l’occurrence une crevaison lente à l’arrière que je pensais réparée mais qui continue de faire perdre de la pression. Le capteur TPMS s’allumant et le comportement de la moto commençant à s’en ressentir, je cherchais une station où faire un peu d’air, ça semble facile et évident dit comme ça… Sauf que la logique économique et la tentation de facilité ont clairement pris le pas sur la sécurité routière et la notion de service. Neuf stations que j’essayais en vain. Beaucoup n’ont tout simplement pas de gonfleur, dans celles qui en ont encore il faut demander le tuyau à la caisse… sauf qu’il n’y a plus de caisse, c’est le royaume des automates, surtout en soirée au milieu d’un long week-end. Et quand enfin je trouve un garage avec un gonfleur extérieur et le tuyau dessus, je le connecte (perdant encore quelques millibars) et réalise alors qu’il faut un jeton… à demander en caisse, fermée ! Je trouve ça inadmissible, les problèmes de pneumatiques sont de loin les défauts techniques qui ont l’impact le plus direct sur la sécurité. A quoi bon vouloir imposer un contrôle technique, si on a autant de mal à simplement remettre 0,5 bar dans un pneu quand on est conscient de ce manque ? Voilà une action à proposer à la DSCR : imposer à toutes les stations-service de mettre en libre-service 24/7 un gonfleur en bon état.

En attendant, il faut croire que ça me perturbait assez pour que je ne sois pas à 100% à ma conduite, surtout avec passagère de nuit sur une route inconnue et presque déserte… une grosse voiture devant qui n’avance pas, sans pour autant que ses freins soient allumés, visibilité sur des kilomètres, personne en face ni derrière, je clignote, déboîte, continue sur ma lancée sans accélérer… et me fais couper la route par le classique des classiques, un tourne-à-gauche. Une petite voiture, cachée par celle que je doublais, qui clignotait et n’était objectivement pas à blâmer même si sa jeune conductrice aurait toujours pu jeter un œil de plus, se retrouve droit dans ma trajectoire. Plus le temps de freiner, je n’ai même pas essayé, mais grâce soit rendue à mon stage AFDM, je l’ai évitée de justesse. Enfin, presque. Quelques centimètres de plus et je plongeais dans le fossé, j’ai donc redressé un poil plus tôt et accroché le bouclier avant. Je me suis arrêté quelques mètres plus loin, la passagère n’avait rien, la moto non plus à part une trace de peinture sur les protections du moteur. La voiture a fini de rentrer dans son chemin privé (non signalé), tout allait bien à bord, mais le bouclier avant et le pare-chocs étaient arrachés. Visuellement impressionnant, mais en fait rien de méchant.

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Ce n’était pas grave du tout, juste un peu de carrosserie et moto intacte, mais ça fait réfléchir. Je connais parfaitement cette circonstance éculée d’accident, pourtant il a suffi d’un élément perturbateur pour tomber dans le piège, malgré ma sensibilisation que je pense relativement poussée en ce domaine. Heureusement je n’allais pas vite et j’ai eu de la chance : un réflexe approprié, peut-être aussi un peu d’expérience, un gros trail avec d'épais pare-carter (sans ça, c’est ma jambe qui prenait), un gabarit ayant permis de retenir tout l’ensemble alors que sous le choc la bécane ripait sur le côté…

L’écart entre un accrochage mineur et un véritable accident aux conséquences dramatiques est faible. A quelques variables près, je m’encastrais dans la portière, passait sur le capot ou finissait dans le fossé. Mais ça n’a pas été le cas. Pourquoi ? La technique et la prévoyance qui ne m’ont pas permis de totalement éviter la situation à risque ont quand même été la différence entre ça et bien pire. Je pense aussi que sans mon stage de perfectionnement AFDM, je n’aurais peut-être pas réussi cet évitement à près de 80 km/h – ce n’est pas de la pub, mais une conviction sincère. En tous cas ce presque-accident va rejoindre dans ma tête la multitude de détails, de connaissances et d’expériences pour que ça ne reproduise pas… dans toute la mesure du possible. A part en tout-terrain à très basse vitesse, je ne suis jamais allé au tas, et j’ai bien l’intention que ça dure !

Une mini-anecdote en conclusion : quelques kilomètres plus loin, j’ai ENFIN trouvé, à la dixième tentative, une station équipée d’un gonfleur, avec une fente pour les pièces. Ca fait un peu râler de payer pour de l’air, mais bon, trop content, je glisse un euro dans la machine… ce qui déclenche l’aspirateur pour nettoyer les voitures. Le gonfleur, lui, était bien en accès libre et gratuit, comme tous devraient l’être !

PS : Je précise que j'ai généralement avec moi un kit anti-crevaison, mèches+mini bonbonnes d'air comprimé, mais ça vaut pour une urgence, pas un simple appoint qui n'est pas encore critique.