Voilà, je suis de retour en France, avec une passagère un peu patraque mais moi intact ainsi que la moto, même si sa chaîne fait un peu la gueule et qu’elle est crade comme jamais (la moto, pas la passagère). Les billets vont donc reprendre sous peu, généralistes ou comme promis reprenant en détail les étapes de ma balade marocaine qui ont un intérêt motard (laissez-moi juste un peu de temps pour trier les photos !).

Pour commencer et retrouver les hélas vieilles habitudes, un petit coup de gueule. J’écris ces lignes dans le TGV qui me ramène à la maison après un premier RV dans le nord aussitôt après mon retour. Il y a quelques minutes, arrivé un peu en retard à la gare de Lyon, je me suis néanmoins interposé auprès de jeunes, après que l’un d’eux a frappé une demoiselle dans l’indifférence générale. Forcément, dans ces cas, la tension monte vite, et seul contre plusieurs gars pas tibulaires du tout, on ne fait pas trop le malin, même en glissant discrètement de la simple position debout à une garde prête à parer et riposter le cas échéant. On n’a heureusement pas dépassé le cap des bousculades, mais surtout parce que j’ai lâché l’affaire. Non par peur de prendre des coups ou de rater mon train, mais parce que la nana, loin d’en profiter pour s’éloigner ou attirer l’attention d’agents de surveillance fort occupés à regarder ailleurs, restait là, tout à la fois niant qu’elle connaissait son agresseur et l’appelant par son nom ! Quand le mec a fini par s’éloigner elle l’a suivi, sans le moindre remerciement, sans un regard, continuant leur conversation comme si de rien n’était, tandis que je me faisais copieusement insulter par les copains du gars, de moins en moins assurés à mesure qu’ils se dispersaient. Avec des variantes, ce n’est pas la première fois que ce genre de situations se présente.

Et là, on se pose des questions. Là, il y a de quoi être tenté de sombrer dans l’indifférence généralisée (laquelle est un autre sujet, je n’admets pas que cent personnes passent à côté de ce genre de scène sans qu'aucune réagisse). De même qu’après m’être plusieurs fois fait chasser comme un importun en m’arrêtant auprès d’un deux-roues arrêté sur le bas côté pour voir s’il avait besoin d’aide, car le conducteur était juste au téléphone, j’en arrive à moins proposer spontanément un coup de main (sauf si le conducteur fait vraiment de grands gestes désespérés). Ou à moins tenir les portes après m’en être pris plusieurs dans la tête en retour. Etc. Pour autant je résiste à cette tentation de l’abrutissement généralisé, de l’individualisme forcené qui caractérise de plus en plus notre société. Mais avouez que nombre de jeunes filles en « détresse », de motards, de citadins, de gens en général, ne font pas grand-chose pour inciter à se dévouer, prendre du temps, voire des risques ou donner de l’argent, afin de partager la vie comme on voudrait partager la route, attentif au bien-être commun comme si c’était – utopie ? – une des composantes du bien-être personnel.

Je continuerai, malgré tout et pour encore longtemps j’espère, à intervenir quand quelqu’un se fait agresser, à essayer de dépanner un usager de la route en rade, à tenir les portes aux parfaits inconnus, à m’engager pour des causes qui ne me concernent pas directement mais me semblent importantes et justifiées. Des fois c’est apprécié, sans rien de plus en échange qu’un regard ou un sourire qui suffit largement. Si tout le monde renonce à ça, ça n’ira pas forcément plus mal, mais ça n’ira sûrement pas mieux. Mais je pense que je vais me mettre à sermonner les gens qui non seulement sont incapables de la plus élémentaire reconnaissance ou civilité, mais surtout finissent par décourager les meilleures volontés et vont finir par transformer le plus altruiste en un affreux misanthrope – les deux n’étant d’ailleurs bizarrement pas incompatible, je le constate de plus en plus.

Le vivre ensemble n’est déjà pas facile, alors si chacun y mettait un peu du sien, un tout petit peu, ce ne serait franchement pas plus mal. Chacun dans son coin, ne défendant que ses intérêts propres et directs, ça n’a pas d’avenir, quel que soit le domaine.