La SNCF est en recul, le TGV, sa seule division quasi-rentable, se mettant aussi à la diète. A peine quelques pourcents, mais quand le total se compte en milliards, la nuance est sensible. http://www.europe1.fr/Economie/TGV-vers-la-fin-d-un-mythe-1681455/

En gros, le problème est la désaffection du public pour le train. Quelle surprise… vous vous rappelez du slogan « A nous de vous faire préférer le train » ? Bah c’est pas gagné. Le site SNCF (un des premiers sites marchands d’Europe) est toujours un impressionnant et malpratique nid de bugs, certains présents depuis des années. Mais surtout, les prix sont incompréhensibles. Ils étaient censé les simplifier, au lieu de cela on a toujours des variations de 1 à 10 sur un même trajet, de nouvelles gammes de trains qui compliquent encore les choses, des dizaines de cartes de réduction (qui en plus ne s’appliquent pas quand on en a besoin), des changements d’horaires qui ne vont pas toujours dans le sens de la pratique, et une ponctualité encore loin d’être sans reproches.

Pour remonter la pente, la SNCF annonce vouloir compléter son offre en ne proposant pas seulement du gare-à-gare, mais du domicile-à-destination. Le principe est intéressant mais certaines choses qui devraient être évidentes ne sont toujours pas intégrées. Par exemple il me semblerait logique que le billet de train donne aussi accès aux moyens de transports périphériques : la navette entre le centre-ville et la gare, ou le métro à l’arrivée. On a vite fait d’en avoir pour aussi cher et autant de temps de finir son trajet que d’aller jusqu’à la gare. Récemment encore, sur un trajet pour Bruxelles, j’ai mis aussi longtemps pour aller de la gare du Midi à ma destination en centre ville que de Paris à Bruxelles, au point que si j’avais gardé la moto depuis Paris j’aurais fait des économies et été moins en retard - sans pour autant courser le Thalys !

Car là réside tout le paradoxe, et les beaux discours d’intermodalité, les vœux pieux de report modal massif, les modes doux et verts comme réponse universelle se heurtent à la réalité du quotidien où bien malgré nous le véhicule individuel reste la solution la plus adaptée à la majorité des déplacements. Que ce véhicule n’ait que deux roues et un encombrement réduit en limite beaucoup les nuisances, mais ne les annule pas. Comment résoudre cette délicate équation ? Désemparés et déconnectés, certains pouvoirs publics font le calcul à l’envers : plutôt qu’accélérer et faciliter les transports en commun, ils ralentissent et compliquent le transport individuel. Plutôt que rendre le premier économique, ils renchérissent le second. Plutôt que rendre le premier intelligent ils rendent le second absurde. N’est-ce pas là une solution de facilité assez ridicule, un nivellement par le bas qui ne résout rien ?

Quand on n’a pas d’autre choix que prendre sa voiture ou moto pour aller à la gare, où il faut en plus payer un parking peu sûr, puis repayer et galérer avec bus/tramway/métro à l’arrivée, comment les dirigeants peuvent encore s’étonner que les passagers préfèrent des solutions alternatives, quitte à conduire sur tout le trajet ? A mon sens, les parkings des gares devraient être gratuits et sécurisés, de même que les navettes permettant de les atteindre et d’en partir, et les tarifs ferroviaires doivent être plus lisibles et abordables, sans ces magouilles complexifiant les prix à l’extrême. Allez-y, faites-nous vraiment préférer le train, on ne demande que ça !

Je partage tout à fait la priorité de développer le ferroviaire et les transports publics, mais par pitié, de façon cohérente et concrète, qui ne pénalise pas ceux qui n’ont pas le choix.