J’ai récemment ajouté une carte qui manquait à ma collection d’expériences motardes. Non, ce n’est pas un voyage inédit, l’essai d’une nouvelle machine ou la découverte d’une discipline sportive, mais simplement la visite d’une bourse de motos anciennes. Personnellement, je n’y pine rien en mécanique, surtout ancestrale, ne connais pas le nom de la moitié des marques représentées sans même parler des modèles, et n’ai qu’une connaissance très superficielle bien que bienveillante des motos de collection. J’ai certes eu l’occasion de rouler sur une Jawa de 1968, une Enfield des années 50 ou quelques « young-timers », même eu une CBX 550 du début des années 1980 pendant quelques mois, mais ça reste un milieu que je connais fort peu. Raison de plus pour le découvrir car il est attachant !

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Il y a quelque chose de serein et d’atemporel à voir ces passionnés chiner dans les allées, à la recherche de la pièce improbable, du bout de ressort qui va bien, marchander à un euro près le trésor insignifiant qui est peut-être tout ce qui manque pour redonner vie à une ancêtre émouvante… Il y a des motos bien sûr, entre celles des visiteurs et celles des exposants, un mini salon où le plus ordinaire côtoie le plus le rare, des machines restaurées à la perfection plus rutilantes que neuves, d’autres qui sont des tas de rouille désossés dont on se demande vraiment ce qu’on peut en faire même avec la meilleure volonté du monde, des cyclos, des solex, des sides, des ex-sportives, des pliantes, des trucs bizarres... Mais avant tout bien sûr, il y a les amateurs. Entre les exposants qui connaissent par cœur la moindre référence pour la moindre pièce de chaque modèle de machines dont la production a cessé voilà 50 ans, les chineurs aux prouesses mécaniques méconnues capable de ressusciter des légendes… Respect, les gars.

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Mais tout en admirant leur passion qui fait plaisir à voir, leur retour à l’essence même de la moto, leur appréciation du simple fait de rouler, pas vite, pas loin, mais en bonne compagnie tant mécanique qu’amicale, j’avoue qu’une chose me chiffonne : quand la conversation commence à dériver de la machine elle-même vers l’utilisation qu’on en fait, et donc vers sa défense et ce qu’on fait pour préserver la passion et la liberté, il m’a semblé ressentir chez certains pas mal de défiance et de méconnaissance du monde associatif. Je ne dis pas que TOUS les motards devraient adhérer à la FFMC évidemment (encore que, pourquoi pas ?) mais que des gens aussi passionnés que les collectionneurs, qui attachent tant d’importance à préserver une certaine idée de la moto, ne soient pas plus massivement mobilisés me surprend toujours (indépendamment du fait que les anciennes n’aiment pas forcément rouler au pas dans les manifs, mais il n’y a pas que ça !).

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En fait j’ai l’impression que, comme beaucoup d’autres - c’est loin d’être exclusif aux amateurs d’anciennes ou au seul domaine de la moto - les gens s’attachent plus à trouver les différences que les convergences. Certains par exemple s’appuient sur le dossier emblématique du bridage à 100 ch. pour imaginer que la FFMC ne s’intéresse pas à eux qui dépassent rarement les 50 ch. Pas les mêmes problématiques entre les anciennes et les modernes, pas les mêmes intérêts... Vraiment ? Il ne faut pourtant pas creuser bien loin pour voir que nous sommes bien plus proches que cela. Outre les dossiers concernant particulièrement les anciennes et sur lesquels la Fédé est en pointe, comme le contrôle technique ou les Zapa, tout le reste nous concerne de la même façon, bien qu’à des degrés divers : infrastructures dangereuses, verbalisations abusives, etc. Voir et défendre plus large n’empêche pas de s’occuper AUSSI des thématiques spécifiques, au contraire.

Cela se rapproche de ce qu’on entend par exemple auprès des amateurs de customs et choppers, de trikes, de petites cylindrées, de sportives etc. Pourtant, indépendamment des associations spécialisées et sans s’y substituer, la FFMC rassemble statutairement tous « les usagers des deux et trois-roues motorisés (du cyclo au gros cube) », justement pour réunir, aller au-delà des thématiques spécifiques pour prendre en compte la moto dans toute sa diversité – ce qui n’est pas peu dire (la Fédé défend autant le sauvetage du circuit Carole que la loi Vauzelle contre les câbles tendus dans les chemins, la circulation interfiles, la liberté de modifier sa bécane, d’accéder aux villes avec des motos un peu âgées, etc etc.). Je ne sais pas vous, mais quand je croise une bécane sur la route, je ne me pose pas la question de son âge, sa marque ou son style, je lève la main. Et qu'importe que l’autre réponde ou pas. Et ben pour la défense de la moto, c’est pareil…



En conclusion, une petite blague à laquelle ce genre de situations me fait penser, je vous laisse y méditer. Bonne soirée et à bientôt, quelle que soit votre monture !

L’autre jour, je me baladais. En passant sur un pont, je vois un gars sur le parapet, prêt à se lancer dans le vide. Immédiatement, je me précipite auprès de lui, et je lui crie d’arrêter, de ne pas sauter. « Et pourquoi ne devrais-je pas sauter ? me dit-il alors. - Parce qu’il y a bien trop de formidables choses à vivre, et tellement de gens intéressants avec qui vous avez des choses en commun à rencontrer ! - Comme qui par exemple ? - Eh bien, heu ... vous êtes croyant ou athée ? - Croyant. - Moi aussi ! Vous êtes chrétien ou juif ? - Chrétien. - Moi aussi ! Vous êtes catholique ou protestant ? - Protestant - Moi aussi ! Vous êtes Épiscopalien ou Baptiste ? - Baptiste. - Waow ! Moi aussi ! Vous êtes Baptiste Église de Dieu ou Baptiste Église du Seigneur ? - Baptiste Église de Dieu. - Moi aussi ! Vous êtes Baptiste Église de Dieu Originelle, ou bien Baptiste Église de Dieu Réformée ? - Baptiste Église de Dieu Réformée. - Moi aussi ! Vous êtes Baptiste Église de Dieu Réformée, réforme de 1879, ou Baptiste Église de Dieu Réformée, réforme de 1915 ? - Baptiste Église de Dieu Réformée, réforme de 1915 ! » Alors c’est là que je lui ai dit : « Crève, espèce d’ordure hérétique ! » et je l’ai poussé dans le vide.