« La gradation (substantif féminin) est une figure de style consistant en une succession d'expressions énumérées allant par progression croissante (…) Elle est proche de l'hyperbole dans son mode ascendant. » (Wikipedia)

Cette technique si bien maîtrisée par exemple par Victor Hugo, est aussi très en vogue chez les journalistes de la presse généraliste, ou plutôt les « journaleux ». Dernier exemple flagrant en date : le coup de la gamine verbalisée pour un pipi à Lyon, vous avez dû en entendre parler. En soi cette affaire est ahurissante, et j’y crois d’autant plus que moi ou mes proches avons été victimes de PV tout aussi absurdes, véritables petits cacas nerveux de policiers nationaux ou municipaux en manque de reconnaissance de leur autorité ultime et incontestable (usage intempestif de l’avertisseur sonore en klaxonnant une voiture de police banalisée qui pile en pleine rue - mettant tout le monde en danger à commencer par moi qui suivait à moto et ne l’ai esquivée que de justesse, absence de contrôle technique en voiture pour une date dépassée de quelques jours suite à un voyage et en allant le faire, ceinture de sécurité non conforme à une place inutilisée où un enfant s’était amusé à faire un nœud avec, permis de conduire un peu trop usé par les intempéries dans une poche de motard, défaut de casque pour une jugulaire à peine desserrée, etc. etc.). Dans le même genre, on a aussi entendu parler d’une dame âgée verbalisée pour avoir traversé trop lentement un passage piéton après une opération de hanche, et on peut hélas multiplier les exemples à volonté.

On peut aussi, tout simplement, mentionner les milliers de prunes quotidiennes qui s’abattent sur les deux-roues qui circulent ou stationnent sans causer de tort à personne, notamment en région parisienne. Pourtant ces cas ne font pas la une des journaux. Qu’est-ce qui a changé dans « l’affaire de la fillette » ? La lâcheté des municipaux à s’en prendre au père momentanément handicapé d’une enfant de trois ans ne me semble pas pire que s’attaquer à une moto garée dans un petit recoin, dans les deux cas c’est tellement plus facile et sûr que faire quelque chose d’utile ou de s’occuper des véritables délinquants !

Mais ce dont je veux parler aujourd’hui, c’est la réaction des médias. Reprenant à tour de rôle cette info absolument centrale et essentielle pour la vie de notre pays, à leur grande habitude on assiste au concours de gros titres. Le dernier que j’ai vu vient de La Dépêche : « Une enfant écope de 450€ d'amende pour un pipi près d'un arbre ! ». Toujours cette quête débile du sensationnel, du plus gros chiffre, au mépris de toute forme de crédibilité et d’objectivité. Non seulement ce montant est le maximum de la classe d’amende, qu’un juge aurait éventuellement mais heureusement peu probablement pu décider, mais en plus cette affaire a rapidement été étouffée par la mairie qui a fait sauter cet excès de zèle. A quoi bon rapporter ça à un truc énorme et erroné, quand le véritable sujet est ailleurs ?

Il aurait été, de la part de La Dépêche comme de tous les autres journaux, beaucoup plus juste et utile de dénoncer un nouvel exemple parmi tant d’autres des abus de pouvoir quotidiens auxquels sont soumis la population face aux milices assermentées et collecteurs d’impôts à képi. Remarquez, là aussi je fais dans l’hyperbole, quand on sait ce que peuvent être les vraies milices, qui dégainent un flingue avec autant de vitesse et aussi peu de justification que nos cow-boys de centre-ville sortent le carnet à souche. Mais justement, on est déjà tellement tenté de le faire, inutile d’en rajouter. Tout cela me rappelle à chaque fois un sketch des excellents Inconnus. Côte à côte, les journalistes de deux chaînes rapportent une catastrophe, chaque dépêche alourdissant le bilan, et cela tourne à la course à qui annoncera le plus gros chiffre, le plus de victimes, de dégâts, avant de finir en combat de chiffonniers entre les présentateurs. Dérision à part, c’est encore et toujours ce qu’on constate. Et franchement, la presse a mieux à faire, il y a tellement de choses à dire, à dénoncer, mais aussi à célébrer. De grâce Messieurs Mesdames de la presse générale, faites votre boulot correctement, il est trop important !

De même, on a encore constaté ces jours-ci, comme à chaque fois, qu’un braqueur à moto est avant tout un motard : « Un motard a braqué une banque ». S’il s’était enfuit en voiture, il n’aurait été qu’un malfaiteur générique. Cherchez l’erreur… Est-ce Desproges qui disait qu’un sportif français qui gagne est un Français, un sportif français qui perd est un sportif ?

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Allez, une petite blague pour finir : Lassés des querelles entre la France et les États-Unis, Nicolas Sarkozy et Barack Obama décident de régler leur différend en faisant une course de vélo. Et surprise : C'est Sarkozy qui gagne ! Le soir même, Fox News, la très patriotique télé américaine, annonce les résultats comme suit : 'Les USA arrachent une spectaculaire deuxième place. La France se classe avant-dernière.' (http://blague.dumatin.fr/)