Il y a un petit peu moins de cinq ans pile, au soir du second tour de l’élection présidentielle j’envoyais un mail à mes amis et famille hors des frontières, notamment aux Etats-Unis. Un mail super content, enthousiaste. Génial ! disais-je en substance, nous aussi nous allons faire comme les Ricains, nous aussi venons de nous offrir un mini-Bush pour reprendre notre place dans le concert des nations aux côtés de grands hommes et de démocrates convaincu comme Berlusconi, Poutine ou Haider. Et on savait à quoi s’attendre, pas de mauvaise surprise à prévoir, tout était annoncé clairement ou déjà mis en application en tant que ministre de l’intérieur : on ne risquait pas de s’encombrer d’une politique sociale et respectueuse des gens, de gaspiller de l’argent envers ceux qui en ont besoin ou de défendre les acquis d’une autre époque. La morale était sauve, pas d’excuse pour ne pas envoyer des enfants ou des bébés en prison parce que leurs parents n’ont pas de papiers. Plus de perte de temps à contester l’action de la police ou les verbalisations, ils auront forcément raison, bien plus simple ainsi. Les finances iraient bien mieux en taillant à coupes sombres dans des services comme l’Education Nationale ou la santé qui ne servent qu’au bas peuple de toute façon, alors qu’il y a des services privés si compétents. Nos riches et puissants seraient bien protégés, pas d’inquiétude, et on n’aurait plus trop à craindre les médias. Etc. etc. Bref, super heureux, bien que peut-être avec une pointe d’ironie.

Je vivais aux Etats-Unis lorsque « W » a été élu. Le choc, la claque. On a beau s’attendre à tout d’un pays comme ça, il n’y avait tellement pas photo entre un mec comme Al Gore et le parvenu ancien alcoolique dont le principal fait d’armes était d’être le fils d’un autre président… et qui fut d’ailleurs le premier surpris d’être élu, on a plus d’une citation en ce sens (« It's amazing I won. I was running against peace, prosperity and incumbency. » - Quelques autres citations de ce grand penseur ici). D’ailleurs, il a été prouvé depuis que c’est bien Gore qui a été élu, et je ne comprends toujours pas que les malversations dévoilées en Floride n’aient pas fait annuler l’élection. Enfin, si, c’était trop tard, Bush était en poste. Toujours est-il qu’il est indéniable que ça se soit joué à peu de choses. Mais la vraie claque, l’anéantissement, a été la deuxième fois. Certes John Kerry était moins puissant et charismatique que Gore, mais il y avait eu 4 ans pour voir les ravages de la présidence de Bush, tant à l’intérieur des frontières que dans le reste du monde ! Et pourtant, il est repassé. Il y eut à l’époque un vaste mouvement de consternation nommé « Sorry everybody », où la moitié raisonnable des USA s’excusait auprès du monde pour l’autre moitié qui avait été capable de laisser pour quatre ans de plus les rênes du pays et d’une partie du monde dans les mains de cet homme et surtout de toutes les puissances qui se cachaient derrière : http://sorryeverybody.com/gallery/1/

Nous avons donc eu notre mini-Bush, certes dont les dégâts se sont surtout limités à notre propre pays. Il nous manque un Obama pour pouvoir enfin voter POUR quelqu’un au lieu de CONTRE quelqu’un d’autre, mais à défaut, par pitié, ne rempilons pas avec ce gouvernement brutal, égoïste, raciste et suprêmement incompétent. Je ne veux pas avoir à participer à un mouvement nommé « Pardon tout le monde ! » le 7 mai. Le choix n’est pas forcément enthousiasmant, je suis bien d’accord, mais nous avons une responsabilité envers notre société et notre pays, ne les laissons pas se faire à nouveau insulter et endommager plus que nécessaire pour les 5 ans à venir. Alors pour qui vous voulez, mais VOTEZ !