Maintenant que le gros de la vague médiatique sur le sujet est passé, je souhaite glisser à mon tour quelques mots sur la polémique autour de la candidate voilée du NPA aux régionales. Il en a pas mal été question dans la presse et sur le web, y compris dans le très intéressant blog de Marco. Il se trouve que j’ai eu l’occasion de rencontrer Ilham Moussaïd il y a quelques jours, avant que la liste soit rendue publique, et sans savoir encore qu’elle se présentait. Précisons déjà que j’ai à peine remarqué qu’elle était voilée, tant son foulard est classique. Nous avons un peu parlé, de tolérance, de politique, et rien de ce que j’ai entendu ne m’a choqué, loin s’en faut. Mais quand j’ai lu peu après le déferlement de déclarations à son sujet, là j’ai été carrément choqué, tant les commentaires étaient éloignés de la réalité. Des politiciens ne l’ayant pas rencontrée et n’en sachant certainement pas plus sur elle que le seul fait qu’elle porte un « voile » – y compris des gens de gauche ou de son propre parti – ont porté des jugements à l’emporte-pièce, génériques, racistes, épidermiques. Permettez-moi d’apporter quelques éléments de pensées personnelles à ce sujet après y avoir réfléchi à froid et en avoir discuté avec des copines féministes et/ou musulmanes (non voilées).

- Sur l’engagement de la représentante d’une minorité « visible »en politique : il est temps ! Dans les milieux associatifs que je fréquente, on se plaint souvent que les principaux concernés ne se bougent pas suffisamment. C’est valable pour les motards (dont seule une minorité s’engage pour défendre les libertés et la sécurité de tous les autres), comme par exemple pour les associations de défense des sans-papiers ou luttant contre le racisme (la grande majorité des membres est en effet « bien blanche et ben d’chez nous »). Alors moi je trouve ça très bien quand quelqu’un en a assez d’être stigmatisé et montré du doigt, et prend le risque de s’exposer en s’engageant politiquement, surtout dans ce cas avec le contexte ambiant. On demande à ce que les minorités s'intègrent, et quel meilleur exemple que les voir participer à la vie citoyenne ?

- Sur le port du voile lui-même : il ne faut pas tout mélanger. Il y a le symbole, il y a la tradition, il y a ce qui est choisi et ce qui n’est pas. Prenez du recul sur le sujet ! Pour toutes celles qui font le choix conscient et volontaire de porter le voile, on ne peut pas parler de domination de la femme, surtout si elles sont assez libres physiquement et mentalement pour militer dans un parti et se présenter à des élections. Les motards en colère ne cessent de réclamer du discernement aux autorités, de ne pas mélanger les kékés en scoot’ trafiqués ou les abrutis qui foncent à 200 entre les files avec un échappement libre en pleine nuit, et les motards citoyens, responsables et respectueux des autres. Le minimum est d’accorder le même discernement aux autres.

Imaginez-vous à leur place, avec tout un bagage culturel auquel vous ne voulez pas renoncer et n’avez aucune raison de le faire. D’un côté, les motards d’un pays extrémiste où personne n’a le droit de monter sur sa machine sans une combinaison cuir intégrale, bottes de piste, gilet airbag et tout le toutim. De l’autre, un pays tellement libertaire qu’on veut non seulement INTERDIRE la combinaison intégrale (même si vous avez ENVIE de la porter) parce qu’elle rappelle ce pays, mais va jusqu’à vous empêcher de rouler avec un simple casque, auquel pourtant vous tenez pour sa protection et son symbole, sous prétexte que ça « rappelle » les contraintes extrêmes que subissent certains ailleurs. La limite est impossible à trouver, la frontière utopique à tracer, entre ce qui est imposé, ce qui devrait l’être, ce qui ne doit pas. Pourquoi ne pas laisser simplement chacun libre et responsable de choisir ? La seule contrainte doit être de ne pas accepter que quelque chose soit imposé à quelqu’un. Certes, la comparaison entre le voile et le casque trouve ses limites dans le rôle physiquement protecteur du casque, tandis que le voile n’offre qu’une protection morale, mais après tout, n’est-ce pas tout aussi important ?

Variante de ce parallèle, si vous allez vivre en Afrique ou en Amazonie dans une société où les femmes sont torse nu, où les hommes ne portent qu’un étui pénien, n’auriez-vous pas un peu de mal, au moins au début, voire pendant toute une génération, à vous balader vous aussi les seins ou la quéquette à l’air, quand – indépendamment de toute religion – toute une éducation et une civilisation vous auront habitués à les couvrir ? Certains franchiront le cap sans hésiter, d’autres garderont cette pudeur même après toute une vie - et n'apprécieraient vraiment pas de se voir INTERDIRE les vêtements. Qui peut dire si c’est bien ou mal ? Je l’ai constaté moi-même dans les bains publics au Japon ou en Corée, où j’ai toujours gardé un maillot de bain, ne pouvant me résoudre à être nu au milieu d’inconnus, même si eux l’étaient et s’en fichaient royalement.

Enfin, n’oubliez pas trop vite que le fait d’avoir les cheveux couverts n’est pas une exclusivité de certaines Musulmanes. Les autres religions monothéistes aussi le demandent en théorie. Même en France où l’on affiche aujourd’hui des filles complètement à poil (fort jolies au demeurant) à la vue de tous (même des enfants) sur les couvertures magazines de santé, il y a ne serait-ce que 50 ans, une femme bien éduquée ne sortait pas sans chapeau. Tous les costumes régionaux incluent une forme ou l’autre de coiffe, sans parler des religieuses.

corses.png

Nous sommes bien d’accord, la religion est une affaire strictement privée et n’a pas à se mêler à la politique. Mais justement ! C’est précisément parce que ça ne doit pas se mélanger qu’on ne peut reprocher à une candidate de respecter une coutume de sa communauté, de même qu’on ne peut interdire à un candidat de porter une kippa, d’être black, homo, femelle, moche, gros, de mauvais goût vestimentaire… Sinon à ce rythme, plus personne ne peut se présenter. C’est le programme et surtout les actions qui comptent. Le reste, rien à battre. Alors qu’on arrête de se prendre la tête et de dénigrer les autres sur ce genre de points, et que, pour une fois, la politique se base sur du concret plutôt que des personnes. Tous ceux qui se prétendent d’opposition mais se dressent contre cet état de fait ne font que se laisser avoir par la politique habituelle de ce gouvernement, basée sur la division, la peur de l’autre et la volonté de TOUT réglementer et contrôler.

motogirly.jpg