Le trio Estonie / Lettonie / Lituanie est souvent pris comme un lot depuis l’Europe de l’ouest, on les confond, on les mélange, alors que ce sont vraiment trois entités bien distinctes, unies par une histoires tumultueuse et une belle collection de massacres et d’exactions par tous leurs puissants voisins, notamment l’URSS dont ils ne sont indépendants que depuis une vingtaine d’années.

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Premier pays en sortant du bateau, l’Estonie est proche de la Finlande par plus que sa géographie : langue, mais aussi pas mal de coutumes, devise (l’Euro)… Tallinn est une ville magnifique, tout le centre est très bien préservé et mis en valeur, c’est vraiment joli. En plus, plein de commerçants et restaurateurs sont en costumes, des bons restos pas trop chers… revers de la médaille, c’est extrêmement touristique. Pas un seul magasin qui ne soit de bouffe ou de souvenirs, des groupes par centaines bien agglutinés autour de leurs guides… Mais bon, c’est superbe, il fait beau, pas question de se plaindre !

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On longe ensuite un peu la côte avec une étape à Happsalu (non, pas Uppsala, ça c’était en Suède), petite station balnéaire avec les restes du château médiéval… qu’on a la chance de voir, par pur hasard, en plein festival ! Des dizaines de gens en habits traditionnels célèbrent la réconciliation (si on a bien compris) entre l’Estonie et la Suède (qui l’a occupée quelques siècles).

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Nous passons ensuite en Lettonie et faisons étape à Sigulda, au nord-est de Riga (nous avons déjà visité cette chouette capitale il y a deux ans), qui propose notamment les restes évocateurs d’un gros château en briques. Les routes sont généralement assez correctes, mais plus on descend, plus ça se dégrade, et les suspensions de la moto plutôt épargnées jusqu’ici commencent à être sérieusement mises à contribution… de même que le dos de la passagère. Dès qu’on quitte les axes principaux, les routes ne sont plus goudronnées, même si les pistes restent bien entretenues. Le GPS est d’une aide précieuse tant les panneaux se font rares. Parfois cependant, il ne sait plus trop où aller, quand la route indiquée n’est plus qu’un sentier de sable serpentant entre des immeubles incongrus. C’est bien une rue, et elle va sans doute au bon endroit, mais il est parfois plus sage de retourner chercher une voie plus praticable, quitte à faire un détour. L'avantage, c'est que ça force à adopter un rythme bien cool, et la conso comme l'autonomie s'en ressentent dans le bon sens : hors des villes, nous tournons autour des 4,5 litres aux 100.

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Encore quelques châteaux, et nous passons en Lituanie. Moins d’arbres, plus de champs, toujours aussi plat et rectiligne, les routes ne sont pas très drôles, mais en un peu meilleur état… à condition une fois encore de rester sur les grands axes. Sinon ils ont une méthode originale : seul le centre de la route, large comme un véhicule, est bitumé nickel. Sur les deux côtés, c’est du gravillon. Du coup quand on est tout seul, c’est impeccable. Et quand il faut doubler ou qu’un autre arrive en face, ben… on fait avec.

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La Colline des Croix est un lieu assez hallucinant et halluciné. Sur un petit tertre sont accumulées des centaines de milliers de croix, de tous âges, styles, matériaux, couleurs et origines. La tradition remonte à bien longtemps, même avant le christianisme qui ne s’est implanté que tardivement par ici, au XVeme siècle. Les croix païennes ont été recyclées par les prêtes chrétiens, pratique ! Ce lieu a été plusieurs fois détruit par les Soviétiques, mais a ressuscité lui aussi depuis l’indépendance jusqu'à prendre une ampleur démesurée. Ah, c'est donc ça un "chemin de croix" !

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A part ça la Lituanie donne une impression plus terne et pauvre que les autres pays baltes, mais loin de la grisaille post-URSS de son image d’Epinal. Vastes plaines agricoles, villes et infrastructures modernes à défaut d’être très attrayantes. Je prends un PV pour excès de vitesse, 112 km/h sur une voie dont j’étais convaincu qu’elle était limitée à 110… et qui l’était, sauf précisément sur le tronçon contrôlé, pourtant identique au reste, comme par hasard. Si les méthodes rappellent la maison, l’amende à 50 Litas (15 Euros) que l’on ira payer dans une banque en ville passe sans trop de douleur. S’il fallait prendre une prune, mieux valait ici qu’en Scandinavie au centuple du montant !

Vilnius souffre certes de la comparaison avec Riga et Tallinn, mais n’est pas dénuée d’intérêt avec ses belles rues, ses églises innombrables tant de fois remaniées qu’on ne sait plus du tout de quel style elles sont, et une animation de bon aloi. Mais que les conducteurs sont agressifs ! Ils foncent dans les ruelles sans respect pour les piétons, font ronfler les moteurs, de vraies brutes, d’autant plus choquant après tous les pays parfaitement civilisés qu’on a traversé jusqu’ici. Et presque aucune moto, en les cherchant spécifiquement j’ai compté moins d’une demi-douzaine de gros cubes sur toute la traversée du pays.

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Arrêt au parc Gruto, qui rassemble dans une forêt verdoyante des dizaines de statues de l’époque soviétique, portraits géants de Marx et de Lénine sous toutes les coutures, héros et héroïnes musclés et quelques monstres de l’Histoire sauvegardés à leur déboulonnage pour l’expiation des générations passées et l’édification des futures. Depuis Staline aux 20 millions de victimes jusqu’aux inconnus (pour nous) qui ont trahi et massacré pour une place au soleil de Moscou, le contraste avec les jeux pour enfants et le petit zoo voisin est assez saisissant. baltic-pb-gruta.jpg

Ensuite nous pensions soit passer par le nord et l’isthme de Courlande, puis l’enclave russe de Kaliningrad, soit au sud via Minsk en Biélorussie, mais la lourdeur des formalités et le coût des visas (250 euros pour Kaliningrad !), sans même parler de faire transiter la moto, nous ont dissuadés, surtout vu le temps qu’on aurait pu y consacrer. Ce sera donc pour une prochaine fois, nous restons tranquillement dans l’espace Schengen en optant pour la voie centrale en Pologne, dont nous parlerons dans un prochain billet !