Le blog de la Fédération des Motards en Colère

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La Fédération Française des Motards en Colère est une association loi 1901 à but non lucratif, la FFMC représente et défend depuis 35 ans tous les utilisateurs de deux et trois-roues motorisés. Ses 10000 adhérents, répartis en 85 antennes départementales, revendiquent leur liberté, leur citoyenneté et agissent concrètement pour favoriser la sensibilisation et l'éducation au vivre ensemble en lieu et place de politiques répressives de sécurité routière. Ses valeurs sont celles de l'économie sociale et solidaire. L'individu est au centre de ses préoccupations.

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jeudi 1 octobre 2009

Le retour du bâton à la sécurité routière

Compte-rendu des débats de la 3è réunion plénière de la concertation sur les 2RM organisée par la DSCR '' carotte_baton.jpg

Alors qu’elle affirmait lors de la première réunion vouloir prendre le temps d’une concertation, et de se « comprendre », Michele Merli veut maintenant des résultats, et vite ! Elle demande des propositions ! A se demander si elle a lu celles de la FFMC et si elle se rend compte du boulot effectué dans les différents groupes de travail qui étudient la centaine de propositions émanent du « rapport Guyot » et des participants à ce processus de concertation.''

Explication : La rencontre s’est ouverte par l’exposé des chiffres des tués en moto… et ils ne sont pas « bons », selon Louis Fernique, tout nouveau secrétaire général de l’Observatoire interministériel de la Sécurité routière (ONISR) qui vient d’être nommé en remplacement de Jean Chapelon. Il affirme que la situation « continue de se dégrader ». Pour le premier semestre 2009, 435 personnes circulant en 2RM ont perdu la vie dans un accident de circulation, soit 22% du total des tués sur la route, contre 19% en 2008. Monsieur Fernique (qui nous précise être motard lui aussi) prend tout de même en compte la part croissante des 2RM en circulation et reconnaît qu’un gros travail reste à mener pour affiner les données en fonction des différentes catégories de véhicule. Reste que la présentation des chiffres est biaisée puisqu‘en réalité, le nombre de tués à moto est globalement en baisse depuis 2002. S’il n’est pas question de s’en contenter, il faudrait déjà s’accorder sur ce constat, sinon on ne risque pas de se comprendre…

Michele Merli entonne à nouveau son leitmotiv du « Res-pect-des-règles », le slogan préféré de la patronne de la DSCR, et ce que l’assemblée rassemblant une cinquantaine de personnes aura le plus entendu lors de la troisième réunion plénière qui s’est tenue le 23 septembre 2009.

dialogue-de-sourd.pngRevenant sur les tous derniers spots de sécurité routière diffusés proclament à la télévision « qu’un accident n’arrive jamais par accident, Mme Merli insiste : Y’a toujours un manquement à la règle ! Notre objectif, c’est de passer en dessous de la barre des 3 000 morts par an ! » Voilà, c’est reparti : alors que nous sommes tous rassemblés pour y réfléchir, Madame la délégué nous rappelle que la sécurité routière à la sauce gouvernementale est avant tout une affaire de chiffres en direction de l’opinion publique. Elle veut des « propositions concrètes, et ce dans les deux mois à venir ». La FFMC, représentée par Philippe Leduncq du Bureau national, répond que « des propositions concrètes», non seulement les Motards en colère en formulent depuis trente ans, mais qu’en plus ils agissent en les mettant en œuvre (formation des conducteurs, assurance, incitation à un équipement de sécurité, prévention en direction des jeunes, etc…), soulignant au passage que nous attendons toujours des pouvoirs publics qu’ils actionnent enfin les leviers dont ils disposent, par exemple en ce qui concerne la fiscalité sur les équipements corporels. Forcément, un tel échange fait monter la température, surtout que jusqu’à présent, cette concertation se déroulait sur un mode plutôt consensuel, d’autant plus que madame Merli nous avait assuré, eu égard à l’importance des enjeux, que « ça prendra le temps que ça prendra, que ce temps serait celui du dialogue où chacun s’exprimerait sans tabou ». __Mais chassez le naturel, il revient au galop ! __ Tiens, la question des équipements du conducteur, par exemple : c’est un sujet bien discuté dans le groupe de travail consacré, ce qui donne lieu à un petit rapport d’étape lors de la réunion, et ce, comme pour les autres thèmes qui composent l’ensemble des réflexions (Infrastructure, véhicule, formation, etc…)… De fait, tous les participants (associations d’usagers, FFM, assureurs, pompiers, fabricants) sont d’accord pour souligner l’importance du port d’un équipement adapté pour circuler en 2RM et la nécessité d’inciter les usagers à s’en convaincre. Et que propose Michèle Merli ? De rendre obligatoire un équipement « minimum », c’est-à-dire imaginer une nouvelle réglementation, produire du décret et faire peut-être voter de nouvelles lois pour rendre « obligatoire » ce qui n’est qu’une question de bon sens relative à la formation des conducteurs et à l’information des usagers en général. Cela n’a d’ailleurs fait à ce jour l’objet d’aucune campagne d’information, ce qui serait quand même un préalable indispensable. 0a_Mad_Max_2.jpg Et si on lui parle de coût, si on oppose à Madame Merli le fait que notre demande d’incitation, notamment fiscale, au port d’un équipement adapté est resté lettre morte, Madame la Préfète s’emporte et dit « quand on voit ce que les motards dépensent pour leurs engins, je ne vois pas pourquoi ils n’en dépenseraient pas pour leur sécurité »… Autrement dit, nous sommes bien les victimes consentantes de la sinistralité dont nous sommes évidemment les premiers responsables ! Et dire qu’il y a encore des gens pour nous demander pourquoi nous nous appelons « les Motards en colère »… La Prévention routière, la Fédération française des société des assurances (FFSA) et la MATMUT se déclarent favorables à l’obligation d’une tenue « à minima » pour circuler en 2RM… Mais il est vrai que ces organismes n’ont pas pour première vocation de représenter les usagers des 2RM. La FFMC bataille en demandant de ne pas en rajouter dans le « mille-feuilles » de réglementation tandis que la FFM souligne que des normes existent déjà. Avec plus de recul, un représentant du CERTU observe qu’il « faudrait d’abord engager une étude sur la question avant de vouloir apporter des solutions ».

Nous avons aussi parlé de la formation des conducteurs et surtout de l’accès à la conduite des plus jeunes. Là encore, madame Merli semble contrariée que l'ensemble du groupe de travail « formation-noviciat » se soit prononcé en faveur du maintien de l’accès à la conduite dès l’âge de 14 ans (voir compte rendu), contrairement à la suggestion du rapport Guyot de relever cet âge à 16 ans. Le Brevet de Sécurité routière (BSR) deviendrait un permis à part entière (dit permis AM), dans le cadre de la troisième directive européenne d’ici 2013. Un vrai permis ? A points, donc ! Oui, c’est notamment ce que demande la FFSA. Et pan sur les jeunes ! La conduite sans permis risque d’exploser… Est-ce vraiment la solution ? La FFMC n’est toujours pas convaincue de la pertinence du système de permis à points, surtout en ces temps d’automatisation des sanctions. __ Du coté des infrastructures, le représentant du CERTU est revenu sur la dernière réunion du groupe de travail, notamment à propos des glissières et des supports fragilisés__ (voir le compte rendu). La FFMC a alors contré Michèle Merli en observant qu'alors qu'elle parlait d’obligation à propos de l'équipement des conducteurs, elle se contentait de recommandations concernant les infrastructures. Et l'ambiance est remontée de quelques degrés… Alors en guise d'apaisement, la déléguée interministérielle à la Sécurité routière a évoqué l'idée de rajouter des panneaux au bord des routes pour signaler les endroits dangereux. Louable intention, mais justement, les ingénieurs de ses services travaillent précisément (en lien avec la FFMC, rappelons-le) à limiter les obstacles qui pullulent le long de nos routes. Décidément, nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde.

La dernière intervention aura été celle d'un chercheur de l'Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS) travaillant justement sur la problématique de la connaissance des accidents. Qu'a t-il dit ? Que la recherche n'en était qu'à ses débuts, que le comportement du conducteur d'un 2RM était encore très méconnu (scientifiquement parlant) alors qu'on étudiait celui des automobilistes depuis déjà plus de quinze ans et par conséquent, toutes les réglementations censées apporter des réponses à la sécurité des motocyclistes et des cyclomotoristes ne s'appuyait que sur du vide !

968793542_small.jpg Bref, un peu d’amertume pour les représentants des usagers 2RM qui estiment au contraire de Mme la déléguée interministérielle à la Sécurité routière, que les groupes de travail ont bien bossé, qu’ils avaient même trouvé un certain consensus dans plusieurs domaines, notamment celui des protections individuelles, de l'âge d’accès à la conduite d'un cyclo, et des modalités de la directive européenne sur le permis de conduire... Quant à la réglementation existante (sur les plaques d'immatriculation par exemple), l'ensemble des participants semble admettre qu’il suffit de l’appliquer. Mais était-ce trop consensuel au goût de Mme Merli ?

A quoi va bien pouvoir servir notre expérience d'usagers dans cette concertation si au final il n'en est pas tenu compte ?

A l'issue de cette rencontre « plénière », une chose est sûre : du côté du « Pouvoir », on a ressorti la gomme à effacer le sourire.

mardi 15 septembre 2009

2ème réunion du Groupe de travail "formation-noviciat".

Compte-rendu de la deuxième réunion de Groupe de Travail 2RM à la Direction de la sécurité et de la circulation routière (DSCR) consacré au thème Formation et noviciat__ qui s’est tenue le mercredi 9 septembre 2009 en rassemblant une trentaine de personnes. __

Le groupe est piloté par Jean-Pierre Fougère (adjoint au sous-directeur de l’Education routière à la DSCR).

En ouverture de la rencontre, Jean-Pierre Fougère est revenu sur les débats de la dernière réunion plénière du 8 juillet 2009 pour rappeler le message de l’Education nationale précisant que cette institution n’avait pas vocation à s’engager directement dans l’éducation routière, mais qu’elle en laissait la délégation aux associations et aux écoles de conduite. L’ordre du jour de la réunion étant consacré au « milieu scolaire », Mme Danielle Rapoport, psycho-sociologue est venue présenter une étude portant sur l’adolescent, la conduite et le cyclomoteur. Elle a été invitée à nous faire part de ses travaux par le biais de la FFSA qui l’a déjà sollicité par le passé, mais sa venue dans cette concertation sur le 2RM est une proposition de la FFMC. En effet, une des mesures du Rapport Guyot (N° 21) propose « d’évaluer l’intérêt de rejoindre le standard européen sur l’âge d’accès à la conduite d’un 2 RM », c’est-à-dire de relever la limite d’âge pour conduite un cyclo de 14 à 16 ans.

leperiljeunehaut612.jpg A contre-pied des raccourcis hâtifs qui émaillent le Rapport Guyot, l'étude de Mme Rapoport a démontré qu'un adolescent de 14 ans est plus facile à encadrer par ses parents qu'un jeune de seize ans. Selon les travaux de la psycho-sociologue, laquelle recoupe ses observations par des expertises, à 14 ans, un jeune a encore « peur » et il est donc plus perméable à des conseils de prudence que trois ans plus tard. De plus, à 17 ans, le jeune est plus autonome, avec un rayon de déplacements plus étendus et il est aussi plus sensible aux phénomènes d'émulations entre jeunes de son âge. La psycho-sociologue a rappelé que la prise de risques fait naturellement partie du processus normal de l'évolution d'un ado, mais que ces risques sont forcément plus dangereux à 17 ans qu'à 14 ans... Bref, son exposé a également démontré (ce que confirme le Rapport Guyot), que plus la durée de l'acquisition de l'expérience nécessaire à la conduite d'un véhicule (un cyclomoteur en l'occurrence) était étendue dans le temps, meilleur serait l'apprentissage. Fait rare au sein de ces réunions de concertation rassemblant des spécialistes de la Sécurité routière issus de plusieurs secteurs professionnels, la fin de l'exposé de Danielle Rapoport a été salué par des applaudissements, ce qui témoigne de l'adhésion de la majorité des participants aux thèses exposées. Alors, l'âge d'accès à la conduite d'un cyclo peut-elle rester fixée à 14 ans ou va t-elle être relevée à 17 ans au seul motif d'une harmonisation européenne ? La raison l'emportera t-elle sur la technocratie, ce réflexe pavlovien si souvent observé chez nos décideurs politiques ? En réponse à cette question (posée de façon plus... nuancée par la FFMC), Jean-Pierre Fougère s'est montré rassurant en rappelant que les états de l'UE restaient souverains en matière de réglementation et que la France avait jusqu'à présent maintenu l'âge d'accès à la conduite d'un cyclo dès 14 ans.

La suite des débats a porté sur le contenu de la formation des jeunes : deux professionnels de l'éducation routière ont exposé la situation actuelle, pointé les carences et formulé des propositions. La majorité de l'assemblée a reconnu l'inadéquation de l'épreuve du Brevet de Sécurité Routière (BSR) obligatoire pour conduire un cyclo, mais peu efficient en matière de formation à la conduite. En gros, tout jeune circulant sur un cyclo est tenu de justifier l'obtention de ce sésame, mais dans les faits, beaucoup se moquent de quelle façon il a été obtenu, à commencer par de nombreux parents qu'il faudrait donc davantage impliquer dans le suivi et le contrôle de leurs enfants, et ce d’autant plus que jeunes et parents confondent l’Attestation Scolaire de Sécurité Routière (ASSR) obligatoire dans le cursus scolaire et le BSR.

conduite accompagnéeEn vertu de la future troisième directive européenne concernant l'éducation routière des jeunes, Jean-Pierre Fougère a confirmé que le BSR allait disparaître pour être remplacé par un véritable permis de conduire, dit AM... et qu'il s'agirait d'un permis à points inscrit aux fichiers des permis de conduire ! La FFMC a exprimé son désaccord sur le principe du permis à points au motif que le système débouche sur de nombreux retraits de permis, pas forcément chez les conducteurs les plus dangereux mais sur ceux qui commettent plusieurs petites infractions en série... en revanche, les conducteurs réellement dangereux qui se retrouvent sans permis continuent à conduire hors du champs légal... et social sans qu'une réponse à ce problème n'ait vraiment été trouvée jusqu'à présent. Au terme de quatre heures riches en échanges, la rencontre a été clôturée par une dernière intervention de Georges Ascione, détaché de l'Education nationale auprès de la DSCR. Il a confirmé que les alternatives à l'éducation routière resteraient à l'initiative des associations œuvrant dans ce domaine, en les invitant à déposer une demande d'agrément auprès du ministère de l'Education nationale pour pouvoir intervenir en milieu scolaire... c'est précisément ce qu'à fait la FFMC pour faire reconnaître son programme Education routière de la jeunesse et 2-roues motorisés (ERJ2RM). Nous attendons d'ici la fin de l'année la notification de décision, mais cela confirme que la FFMC ne fait pas que discuter : elle agit, et les copains bénévoles des fédés locales qui interviennent depuis déjà un bon moment dans les collèges peuvent en témoigner.

Le groupe de travail « Formation et noviciat » se retrouvera le 2 octobre.

Etaient présents : FFMC, AFDM, AMDM, FFM, Association Marilou, MAAF, MACIF, MATMUT, GEMA, UNIC et UNIDEC (Syndicat d’enseignants à la conduite), ECF, réseau CER, FFSA, FNCRM (Fédération nationale du commerce et de la réparation du cycle et motocycle, CNPA, Certu (Centre d’études réseaux transports urbanisme) CETE (Centre d’études techniques de l’Equipement), DSCR, Police Nationale (chargé du BSR + escadron motocycliste), Education nationale.