Traditionnellement, au moment des pics de trafic routier sur les routes estivales, l’éternel marronnier des annonces de sécurité routière reverdit de plus belle… L’air grave et déterminé, le ministre de la chose routière nous fait son discours émaillé d’annonces chocs et de promesses de répression pour les vilains conducteurs qui ne seraient pas sages. Attention, le gouvernement va sévir, saperlipopette ! Attention les p’tits z’enfants… voilà le gendaaaarme !

Dernières annonces en date ? Bientôt 70 km/h sur le périph’ et pourquoi pas 120 km/h sur les autoroutes … c’te blague ! Voilà une annonce totalement dénuée de sens : les millions d’automobilistes franciliens qui empruntent l’anneau parisien onze mois sur douze aimeraient bien atteindre un peu le 70 km/h, juste un peu, une fois de temps en temps… Quel rêve ! Parce qu’en réalité, le périph’, c’est bite à cul, première-deuxième sans espérer dépasser le 30 km/h tellement c’est toujours bouché… le périph’ limité à 70 km/h, ça c’est de la mesure ! Ah oui, ça va faire baisser le nombre de morts sur les routes de France, c’est sûr… rappelons toutefois que le nombre de morts annuel sur le périphérique varie de 0 à 5 par an.

Et 120 km/h sur les autoroutes ? Allons-y gaiement, tous en p’tit train à la queue-leu-leu sur la file du milieu, t’inquiètes pas Simone, le régulateur s’occupe de tout.

Au fait, la majorité des tués sur la route, elle est où ? Pas sur les autoroutes, réseaux les plus sûrs où les premières causes d’accidents identifiées (selon les sociétés d’autoroutes) sont le manque de vigilance (la monotonie, la conduite en « pilote automatique) et les conduites « dangereuses » (distances de sécurité insuffisantes, mauvaise utilisation des files, changement de file non signalés…)

Et les routes nationales et départementales, reconnues comme étant les routes les plus dangereuses ? Parlons-en, car il est aussi question d’y baisser la vitesse générale à 80 km/h... le problème c'est que les poids-lourds sont déjà limités à 80 km/h sur ces réseaux. Et mettre les voitures et les motos à la même vitesse que des 38 T, ça va poser un sacré problème de sécurité, avec des files de véhicules qui vont s’allonger, des distances de sécurité (déjà insuffisantes) qui vont encore se réduire, sans parler des tentatives de dépassements à l’arrache (entre deux radars ?) que cela risque d’engendrer.

Bin oui, sur une 2X2 voies, par exemple, comment doubler un camion qui roule à 80 km/h sans dépasser 80 km/h ? Comment, on ne dépasse plus ? Et la visibilité qui permet de voir au loin et d’anticiper alors ? Et les masques qui empêchent la perception des usagers vulnérables, deux-roues, piétons ? Ha oui, c’est vrai, on leur colle un gilet jaune qui les protège ! Notez, Monsieur le ministre, que vous pourriez régler ce nouveau problème en abaissant la vitesse des camions à 70… mais alors bon courage avec les sociétés de transports et leurs représentants !

Reste l’annonces des radars… Ça, ça fonctionne à tous les coups, ça leur fout une de ces trouille, aux conducteurs ! Des radars tous neufs à la place des vieux, des discriminants, des qui te tronçonnent les points de permis à la demi-douzaine, par devant, par derrière, des mobiles-mobiles pour attraper les contrevenants-contrevenants… Et ça marche, les gens roulent moins vite, donc leurs accidents sont moins mortels et les chiffres sont meilleurs pour le ministre… sauf que les conducteurs ne respectent les vitesses que par peur d’être punis… pas par désir de conduire mieux, en meilleure interaction avec leur environnement routier.

Pour convaincre les conducteurs qu’ils auraient tout à gagner à rouler plus cool, il faudrait s’adresser à leur intelligence, à la conscience des individus… autrement dit associer, faire confiance, former, prévenir… mais allez demander ça à des technocrates ! Quant aux hommes politiques, si il leur fallait s’adresser à l’intelligence des gens, ils ne seraient pas sûrs d’êtres élus. Ce recours permanent à l’infantilisation des conducteurs est tout de même paradoxal dans une société qui se veut moderne et éclairée. Cette culture de la répression ne mène pas vers un apaisement des conduites, mais juste vers une stricte application des règles sans la compréhension qu'elles supposent. Or on ne peut pas convaincre en ne proposant que la punition. Mais comme la baisse de la mortalité routière est constante depuis quarante ans, il est facile et ô combien tentant de « démontrer » après-coup que c’est grâce à la sévérité et l’inflexibilité des mesures prises que des résultats ont pu être obtenus de manière si remarquable.

En reprenant les vieilles rengaines des pères fouettard proclamateurs du risque zéro, en répétant les anathèmes habituels des prédicateurs d’apocalypse routier, Valls est en train de perdre l’occasion d’associer vraiment les usagers de la route aux réels enjeux de sécurité routière… Il ne sera ni le premier ni le dernier, mais c’est dommage, on s’attendait à mieux de sa part.