Parmi les associations nationales de motards, on ne compte que la FFM (Fédération Française de Motocyclisme ) et nous-mêmes. Deux représentants parmi les plus de 50 personnes assises autour de la table. Club 14 a beau revendiquer 400 000 membres (!) , peut-on les considérer autrement que le courtier en assurance moto d’Axa ? Certes, il y a aussi le moto club de la Police Nationale et le moto club des pompiers. Mais la disproportion reste flagrante : les acteurs représentants les pratiquants du 2RM sont finalement en minorité (voir la liste des participants à la fin de ce billet).

Michèle Merli, délégué interministérielle à la Sécurité Routière ouvre le bal et dévoile le déroulement et l’organisation du travail de cette concertation. La presse est absente : elle l’explique par le devoir de réserve et par l’attente de l’avancement des travaux avant d’en informer les journalistes. La nécessité de compréhension entre les acteurs et donc les différentes associations étant amenés à travailler ensembles est mise en parallèle avec le partage de la route. Le code peut évoluer mais une fois que nous aurons planché sur ces questions, tout en restant par ailleurs ouvert (sic), Ce sera notre règle à tous et les sanctions éventuelles seront légitimes. Les motards sont des usagers comme les autres, ils doivent être pris en compte ni plus ni moins. La base de travail sera le rapport Guyot et ses 74 propositions (voir la synthèse et les propositions de la FFMC ).
Le préfet Régis Guyot, auteur du rapport éponyme, prend alors le relais avec un préambule sur la valeur de la vie humaine, les responsabilités collectives. Il reconnait que la répression n’est que la suite d’une information ou d’une formation qui a échoué. La loi doit être comprise et non pas nécessairement appliquée à la lettre. Les victimes sont un vrai problème mais les blessés graves et handicapés (« emmurés à vie » selon son expression ) sont plus présents en nombre, dans notre société et doivent autant recueillir notre attention.

Le couplet sur le nombre de victimes « moto » mis en rapport avec le total des victimes d’accidents de la route (2% des utilisateurs mais 18% des tués) agace souvent les pratiquants du 2RM : c’est méconnaitre deux données fondamentales : la vulnérabilité des usagers, et l’augmentation de la pratique. D’autre part , elles sont basées sur des estimations dont la fiabilité est remise en cause dans ce même « rapport Guyot ». Enfin elle mettent cruellement en lumière l’absence de prise en compte des 2RM dans la circulation, la formation des automobilistes, les infrastructures, etc… Mais certes, les dégâts physiques sont plus importants en deux roues, même à basse vitesse, contrairement aux véhicules automobiles. Le préfet rappelle les conclusions du rapport (Gisements de sécurité routière : les deux roues motorisés) sur les causes de l’accidentalité moto :

1 la vitesse est la première cause d’accidents en raison, affirme-t-il d’un manque d’efficacité du CSA (Contrôle Sanction Automatique) sur la population 2RM. Il oublie sans doute l‘échec patent du système de formation.

2 Le manque de détectabilité des deux roues motorisés , qui ne doit pas se résumer à un problème de visibilité.

3 Sur-vulnérabilité physique des utilisateurs, pas protégés par une carrosserie.

4 Les infrastructures.

5 l’inexpérience des conducteurs novices .

Le préfet Guyot rappelle également l’enjeu de santé publique, le manque de données fiables, la nécessité d’organisation de partenariats en vue de stratégies locales (avec les collectivités décentralisées) En présentant les mesures suivantes qui découlent de ces constats, il affirme le besoin d'une politique spécifique volontariste pour les 2RM organisée autour des thématiques suivantes
- Agir sur les vitesses pratiquées par les 2RM
- Les interactions 2RM et autres usagers
- Les 2RM et l'infrastructure routière
- L'amélioration de la protection passive des 2RM
- Lutter contre l'aveuglement général sur les séquelles des accidents de 2RM
- Renforcer l'acquisition d'expérience pour les conducteurs novices
- Mettre en place des politiques locales et partenariales
- Mieux connaître les 2RM et leur exposition au risque

Coté mesures proprement dites, voici le menu :
1 Plaques à l’avant
2 Elargir le « Gabarit visuel des 2RM »
3 infrastructures lisses basses et supports fragilisés fusibles. Evaluation des glissières béton.
4 Casque intégraux obligatoires et développement de standards de gilets airbag.
5 Contrôle technique limité au parc le plus âgé.
6 Création d’indicateurs médicaux permettant d‘évaluer : les séquelles immédiates mais aussi la potentialité des séquelles.
7 Etudier la relation entre blessures et vitesse de choc.
8 Sensibiliser les parents des ados a la formation du BSR (Brevet de Sécurité Routière), et étudier le passage à 16 ans de l’âge d’accès à l’a conduite d’un cyclomoteur

La parole est ensuite donnée aux associations véritablement impliquées dans la sécurité des motards et leur défense. Jacques Bolle, président de la FFM présente leurs propositions
Nécessité d’avoir des chiffres fiables sur lesquels travailler.
Détectabilité : gabarit et couleur des feux.
Meilleure formation et perfectionnement à la conduite
Circuit pour utiliser les possibilités des machines.
Revoir « l’exception française » des 100cv.
Pour la remonté de files et l’usage des voies de bus. Penser moto en usage urbain.
Limiteurs (et non régulateurs) de vitesse en série. Les propositions intéressantes. Il insiste également sur l’importance des Messieurs Moto et les moyens humains et financiers nécessaires à la mise en place de ces mesures.
Au tour de la FFMC : Philippe Leduncq, membre du Bureau national, prend la parole sur l’importance de l’humain dans la pratique moto et sur tout ce qui porte au partage de la route. La répression a atteint ses limites d’acceptabilité, les précédentes concertations n’ont pas donné de résultats en ce sens. Marc Bertrand, chargé de mission sécurité routière enchaine sur le fait que la FFMC qui met en œuvre des propositions pour l‘amélioration de la sécurité ne fait qu‘investir les champs d’intervention laissés vacants par les pouvoirs publics. Pour le détail des propositions que la FFMC amène au « Grenelle » voir ici. Michèle Merli répond qu’elle n’est pas opposée à la simplification des règles mais insiste sur le respect par tous de ces règles surtout si elles ont été discutées et consenties.

SMA (Solidarité Motard Accidentés) : Patrick Rodier corrige l’assertion sur les motards qui « se tuent » (tout seuls ? ) : Se tuer implique un désir de mettre fin à ses jours or il ne s’agit pas de cela. Le motard est victime d’un accident qui ne lui donne aucune chance à l’erreur.
Club 14 (Hervé Gicquel) Ses 14 propositions reprennent pour une large part celles de la FFMC mis à part le contrôle technique et l’application d’un rapport poids puissance pour les novices (déjà en place depuis 1996). La moto est un plaisir mais les séquelles sont trop importantes sur les blessés. Un lapsus amusant : Hervé Gicquel parle de la FFMC en disant La mutuelle des motards en colère ! Tout en s’affirmant comme un moto club, tout le monde sait que ce n’est que le courtier en assurance d’Axa. La confusion est amusante une assoc = une assurance ? A la FFMC on ne se cache pas derrière ces artifices. La FFMC est une association , elle a crée une Mutuelle d’Assurance, chacun intervenant sur son « territoire de parole » mais sans entretenir ce genre de confusion.
Parmi les autres interventions qui suivent nous aurons :

- Le Moto club de la police nationale : Prône un permis mobylette à la place du BSR (les esprits chagrins demanderont si c‘est pour pouvoir le retirer ;-) ). Regrettent que les usagers « utilitaires » ne soient pas représentés autour de la table.

- Victimes de la route (Vincent Julé Pararde) : Lors de sa participation à la commission 2RM du CNSR, il a découvert et beaucoup appris sur le monde du 2RM par un dialogue constructif.

La Prévention Routière : Elle rappelle que les Associations de piétons et l’Union Routière de France pourraient être associées.

Reprise et conclusions par Michèle Merli : Elle demande l’élaboration d’un « dico des motards » pour que chacun puisse se comprendre…en faisant référence au signe du pied fait par les motards pour remercier les automobilistes qui se poussent pour les laisser passer dans les embouteillages, et parfois mal compris par les automobilistes…

Michel Vilbois (sous directeur de la DSCR, chargé de la communication) commente la méthodologie : Des commissions de travail seront organisés en 5 groupes qui se réuniront une première fois d'ici début juillet:

1 L'usager, les règles et l'équipement

2 Le véhicule

3 La formation - le noviciat

4 L’infrastructure et le partage de la route

5 La connaissance des causes et conséquences des accidents.

Ces réunions de travail seront entre-coupées de séances plénières et de premières conclusions devraient être présentées début 2010. __ Les premières réunions de travail se dérouleront sur toute la durée du mois de juin.__

A suivre !

La listes des organismes participants à la concertation sur le deux roues motorisé