Les élus et décideurs ne peuvent pas être compétents sur tous les domaines pour lesquels ils doivent légiférer, c’est un fait et c’est normal. Mais c’est bien pour ça qu’ils doivent s’entourer de conseillers spécialisés, et surtout consulter les usagers et les experts ; c’est LA condition pour prendre des décisions éclairées et adaptées aux besoins. Encore un exemple où un sujet relativement technique n’a pas été suffisamment analysé et débouche sur une réglementation inadaptée, alors même qu’elle part d’une très bonne intention : l’obligation de formation pour la conduite de tricycles de catégorie L5e.

trike2.jpg (FJ)

Jusqu’à présent, cette catégorie de véhicule à trois roues, qu’on appelle communément des « trikes », pouvait être conduite indifféremment avec un permis A (moto) ou B (voiture). Mais la marque Piaggio a profité d’une petite faille dans cette réglementation en sortant une version spéciale de son scooter MP3 : en écartant les deux roues avant de quatre centimètres par rapport au modèle de base, le LT400 passe en catégorie L5e, permettant à des automobilistes de conduire sans aucune formation un engin de 400 centimètres cube, autrement dit une moto de moyenne cylindrée. Indépendamment du possible gain de stabilité et de confiance apporté par les deux roues à l’avant, ce véhicule reste au niveau conduite un deux-roues, par le simple fait qu’il est « pendulaire » : il penche dans les virages, avec tout ce que cela implique. Et c’est bien là que se situe la principale différence.

Piaggio-125-MP3-06-06-64464.jpg Un scooter 125 classique et un MP3, exemple de trike pendulaire (il penche en courbe).

Cette modification du code de la route prévoit que pour conduire un MP3 LT, le conducteur devra suivre la même formation de sept heures que pour un scooter ou une moto 125 cc. Jusque là, très bien, c’est normal, demandé, attendu (encore que l’accidentalité de ces véhicules chers et urbains reste assez marginale). Ce qui l’est moins, c’est d’appliquer AUSSI cela aux trikes traditionnels ! Eux, ils ne penchent pas dans les virages, ils virent à plat et sont donc « non pendulaires ». Qu’ils aient deux roues devant (comme le Spyder de Can-Am) ou deux derrière comme un trike classique, ces engins font la largeur d’une voiture, en ont au moins la cylindrée et la puissance si ce n’est beaucoup plus, sont incapables de circuler entre les files ni aucune des choses qui caractérisent une moto. Ce sont des engins funs à conduire, pour lesquels on porte un casque et qui disposent d’un guidon au lieu d’un volant. Mais à part ça, au niveau conduite, ce sont des voitures à trois roues ! D’où la question : à quoi bon former un conducteur au maniement d’une moto 125 cc – un deux-roues de 110 kilos, 13 chevaux et qui penche – pour conduire un trike – un trois-roues d’une demi tonne, au moins 100 chevaux, et qui ne penche pas ?

trike1.jpg (FJ)

On ne peut jamais être trop formé, mieux vaut une formation relativement inutile pour certains usagers qu’aucune formation pour tous, et nous nous réjouissons de voir enfin avancer nos demandes d’une réelle prise en compte des besoins d’apprentissage, même si ça ne reste qu’un début. Mais on aurait quand même préféré, une fois de plus et au risque de passer pour des râleurs impénitents, être écoutés comme les experts que nous sommes, afin de prendre des mesures utiles et optimisées… Est-ce vraiment trop demander ?

Faire apprendre ça : motard-en-formation-avec-moniteur-sur-plateau_large.jpg (AFDM)

Pour rouler avec ça ?

trike3.jpg

Ou ça ?

1-can-am-spyder.jpg

Frédéric J.