Madame Marianne,

dans un article consacré au bruit signé par Benoît Duteurtre dans votre édition du 29 septembre 2012, vous vous moquez des « motards en colère » coupables de se complaire dans « le bruit narcissique », se sentant « persécutés » et qui « manifestent au nom de leurs droits, dès qu’une réglementation prévoit de réfréner leur ardeur », ceci écrit avec de sarcastiques guillemets qui ne sont pas là par hasard sous la plume de votre auteur. Passons sur « l’ardeur » des motards supposée par M. Duteurtre (à chacun ses fantasmes), ce ne serait qu’une question de forme qui ne vous engagerait pas si cela n’était pas également une question de fond.

Car vous faîtes erreur, madame l’incarnation de la République. Les « motards en colère » (donc nous parlons bien de ceux de la FFMC) ne manifestent pas pour leurs droits en tant que « motards », mais au nom de leurs droits en tant que citoyens : le droit de refuser d’être constamment considérés comme des petits enfants à punir « pour leur bien », le droit de s’opposer à des lobbies marchands qui, sous prétexte larmoyant de sécurité routière, se font voter des lois et des règlements européens pour arrondir leur business, et ce à grands coups de pseudos études tronquées… Le droit à une mobilité choisie pour tous, le droit à la formation et à la prévention, le droit à se prendre en main, proposer et agir pour combler les carences de ceux qui prétendent gouverner au nom des peuples tout en leur imposant une surenchère réglementaire, faisant fi de toutes les concertations engagées. Réduire nos actions à quelques manifestation certes bruyantes (quelles manifestations ne le sont pas ?) constitue un déni de nos engagements en faveur desquels la notion universelle de ce qu’on appelle « le vivre ensemble » est le socle, au-delà des corporatismes dont nous sommes les premiers à nous méfier.

En quelques mots malheureux, votre article piétine le travail d’une association engagée dans la sensibilisation des adolescents aux enjeux de sécurité routière, vous rayez d’un trait de plume la création de notre Mutuelle d’assurance qui fait progresser la sécurité des usagers en deux-roues motorisés, vous vous désolidarisez d’un confrère, le mensuel Moto-Magazine (Editions de la FFMC) qui informe ses lecteurs en totale indépendance, vous ignorez nos positions en faveur de l’Economie sociale et, puisque c’est le sujet, vous diffamez l’action de la FFMC qui œuvre, pour sa part, à la lutte contre les comportements bruyants d’une minorité de motocyclistes que nous peinons à convaincre, faute de les compter parmi nos 9 500 adhérents.

Chère Marianne, si vous voulez parler des motards de la FFMC à laquelle l’article fait explicitement référence, renseignez-vous sur les objectifs et les statuts, on ne peut plus républicains, de cette association née en 1980 et que M. Duteurtre moque d’une façon si condescendante.

Si cette regrettable stigmatisation ne devait être que le fruit de son ignorance de ce que nous sommes, sachez que pour notre part, ce n’est pas faute d’avoir essayé de vous informer, à plusieurs reprises (votre publication est inscrite dans notre mailing liste des contacts presse), de vous avoir envoyé des courriers pour expliquer pourquoi nous manifestons parfois et comment nous prenons part en permanence aux débats de sécurité routière et d’environnement liés aux questions de la mobilité des citoyens de notre pays. Pour nous, ces questions sont bien des questions de citoyenneté, ne vous en déplaise.

Hélas, jusqu’à maintenant, nos multiples tentatives d’engager le débat avec vous et vos lecteurs, sont restées lettre morte : nous n’avons eu en retour aucun appel téléphonique, aucun courriel. Mais si ce n’était que ça… En affichant son mépris pour ce que nous sommes et ce que nous faisons, Benoît Duteurtre se prend les pieds dans les plis de votre robe, madame Marianne… A moins que cet habit de Marianne si porteur de valeurs à nos yeux ne soit juste qu’un costume de circonstance ? Comme il serait décevant d’en rester sur un tel sentiment !

Restant à votre disposition, nous vous prions d’accepter, chère Marianne, nos hommages les plus républicains. Quant à l’intérêt que nous porte Benoît Duteurtre que vous voudrez bien saluer de notre part, faîtes lui savoir combien nous sommes prêts à l’instruire davantage.

La FFMC

La FFMC contre les bruits excessifs : ça date pas d'hier Cette campagne de la FFMC date de la fin des années 80