La conférence environnementale s’est close sur un discours du premier ministre Jean-Marc Ayrault, qu’il souhaite sans doute historique. Et qui l’est peut-être ? Soyons optimiste et ambitieux, l’enjeu le mérite. Mais sur certains points, qui nous concernent particulièrement du point de vue d’usagers de la route, des progrès et une véritable prise de conscience restent attendus.

Je cite un des comptes-rendus : « Pour les nouveautés, on retiendra d'abord cette mesure phare, longtemps mise en avant par les ONG et notamment par Nicolas Hulot : le véhicule qui consomme 2 litres d'essence pour 100 kms. L'objectif est fixé pour dans "dix ans", et sera réalisable grâce à une collaboration entre constructeurs automobiles et pétroliers. »

ent Messieurs les élus et responsables, ce véhicule existe, je l’ai rencontré ! Je roule même avec presque tous les jours. Soyons honnête, c’est plutôt proche de 2,2 ou 2,3 litres aux 100, mais ne chipotons pas, d’autant que ce n’est pas un diesel mais de la bonne vieille essence sans émission de microparticules, ça compense. Ah ça, évidemment, ce n’est pas une voiture, il n’a que deux-roues, et je suis généralement seul dessus. Cela dit, dans la majorité des voitures en circulation, il n’y a aussi qu’une seule personne. Et n’oublions pas les arguments habituels de moindre occupation des sols, importante réduction des embouteillages et donc de consommation et pollution des autres véhicules, facilité à se garer, etc etc. Je suis bien conscient qu’une moto ne répond pas à tous les besoins de déplacements… mais tout de même à une bonne part d’entre eux !

Donc, le véhicule qui consomme deux litres aux 100 existe. Et ce n’est pas nouveau, celui dont je parle, une GN125, date de 1997. Ben voilà ! Ne cherchez plus M. Ayrault, s’il faut évidemment continuer les progrès de façon générale et notamment pour les boitaroues et les gros cubes, il existe déjà une solution efficace, fiable et économique pour se déplacer avec un minimum de carburant. Ah, mais il y a un problème. Plusieurs même.

J’ai du mal à trouver de l’essence compatible. Bah oui, dans un truc comme ça, on évite cette cochonnerie d’E10 (dénoncé par de nombreuses associations et sur lequel l’Europe commence à rétropédaler sérieusement). Le 98 fonctionne mais ne lui plaît pas des masses… or trouver du bon vieux 95 de nos jours en région parisienne s’apparente à trouver un radar placé dans une zone vraiment accidentogène, c’est possible, mais faut se lever tôt.

On veut m’interdire l’accès à la ville, précisément le lieu pour lequel ce véhicule est optimal. Si le projet des ZAPA passe, et il n’est toujours pas enterré pour de bon, cette 125 sera concernée, ouste dehors ! Je pourrais toujours rouler avec mon gros cube plus récent cependant, même s’il consomme autant qu’une voiture. Bah, je n’aurais qu’à la remplacer par un gros 4x4 diesel climatisé, pas grave, lui aussi aura accès.

deb • Et maintenant l’Europe m’annonce que je devrais passer cet engin en contrôle technique tous les ans, pour le même prix que me coûte sa révision (en plus de mon autre moto). Une mécanique très simple, fiable, un véhicule anémique mais sûr et cantonné à des petits déplacements, que je contrôle régulièrement d’autant plus facilement que tout est accessible sous les yeux - et qui passe chez un pro tous les 18 mois de toute façon. A quoi bon maintenir en état un véhicule largement amorti et peu polluant, si je suis empêché de rouler avec et sanctionné financièrement pour mes économies ?

Alors M. Ayrault, pour aider à atteindre les objectifs que vous fixez vous-même, commencez par lâcher la grappe aux motards, et demandez à l’Europe d’en faire autant ! Que les technocrates cessent d’essayer de résoudre des maux qui n’en sont pas, et qu’ils reconnaissent enfin ce que motos et scooters peuvent apporter !

Le deux-roues n’est pas un problème, c’est une solution.

Frédéric