panneau moto oui/non Jeudi 13 décembre se tenait une conférence parlementaire sur les transports, à la Maison de la Chimie (Paris 7e). « Parlementaire », ça veut dire que des députés y participent (l’Assemblée nationale est toute proche) et que l’événement est placé sous leur patronage. Cette journée était présidée par Armand Jung, député socialiste du Bas-Rhin récemment nommé président du Conseil National de la Sécurité Routière (CNSR). La conférence portait sur "quelles solutions de mobilité dans les transports de demain".

Voilà de quoi intéresser un chargé de mission sécurité routière de la FFMC… la « mobilité » comme on dit de nos jours, ça nous concerne un peu, non ? Donc, parlementaires, chefs de projets, commis de l’État, chercheurs ou représentants d’industriels se sont succédé pour parler des transports au sens large, des enjeux environnementaux, de la place de l'Europe, tout ça dans le contexte de crise économique actuelle. Comment les pays de l’Union européenne se mettent d'accord pour élaborer leurs directives et autres règlements, selon quels processus, où en est le camionnage (dumping, concurrence Europe de l'Est), le fluvial (projet de canal Seine-Nord), le fret maritime (vers quels ports en Europe, sur quelles routes commerciales), les routes de demain (avec Vinci-Cofiroute vantant son tunnel duplex A86 –pourtant interdit aux deux-roues motorisés- et déplorant la place de l'auto utilisée à une seule personne, trop d'emprise au sol sur des voiries pas extensibles en largeur), les enjeux de mobilité en ville (embouteillages, parkings, vitesse des flux, covoiturage et vélos), la technologie des véhicules du futur couplées à des routes "intelligentes" (présenté par l’IFSTTAR), les métro, les trains de banlieue, les tram’… un ingénieur de chez IVECO a évoqué les technologies des bus hybrides et les comparaisons avec le parc des transports en commun en Allemagne. Ça a causé trains aussi, avec les grands réseaux ferrés... mais rien sur le ferroutage ! Oublié ! ça n'existe plus ?

Bref, à fond dans la prospective et l'analyse des trucs qui coûtent cher et qui ne marchent pas, constatant sans se remettre en cause que la France joue la surenchère réglementaire qui freine les projets, se satisfaisant des formidables atouts du génie français tout en déplorant que rien ne fonctionne pour se maintenir mais on va continuer comme ça parce qu'on est meilleurs que tout le monde... Personne n'a osé parler d'aviation et d'aéroports, sûrement pour éviter d'ouvrir la boîte à camembert à propos de la crise gouvernementale qui couve dans la marmite du bocage nantais.

Et la moto ?
J’écoutais tout ça en regardant les immenses affiches de la conférence pendues de chaque côté de la tribune, visuels où des pictogrammes symbolisaient un avion, un train, un bateau, une voiture, un tramway et... un vélo.

conftrans.jpg Pas de logo symbolisant un deux-roues motorisé (2RM), moto ou scooter. Ni sur l'affiche, ni dans les débats... Rien de rien ! Et pourtant, les 2RM sont une des réponses alternatives et évidentes à plusieurs problèmes évoqués : place de la voiture (emprise sur les chaussées et stationnement), faible taux d'occupation des autos en trafic utilitaire quotidien, temps de trajets trop long impactant mobilité et fiabilité des salariés, coût du carburant, lenteur de la mise en place de l'électrique... mais durant toute la journée, c'est comme si le 2RM n'existait pas, n'avait jamais existé et n'existerait jamais. Habituel me direz-vous, oui mais cette conférence était présidée par Armand Jung, président du Conseil National de la Sécurité Routière où les 2RM sont un point important…ou alors serions-nous importants juste quand il faut nous reprocher l’implication des 2RM dans les accidents de circulation ?

A la fin du dernier exposé qui portait plus précisément sur la « mobilité » en ville, au moment des tours de parole dans l'assistance, j'ai demandé le micro et en quelques minutes, je me suis étonné de ne rien avoir entendu sur les 2RM, grands absents de cette journée alors qu'ils sont une solution alternative à considérer, comme ils ont d'ailleurs été pris en compte par Madrid et Londres, villes citées en référence pour leurs bons exemples d'inter-modularité (mot à la mode revenu plusieurs fois) lors des débats au cours de la journée. J’ai rappelé que les 2RM représentent 8% sur l’ensemble des conducteurs assurés et que le trafic des 2RM sur Paris et sa proche banlieue était évalué à 20% des véhicules au moment des pics horaires en semaine : j'ai cité l'étude publiée la semaine dernière qui dit que les embouteillages coûtent 5,6 milliard €/an à la France… j’ai également évoqué cette étude belge réalisée l’an passé qui avait calculé que si 10% d’automobilistes passaient au 2RM, ça ferait 40% d’embouteillages en moins et je leur ai rappelé (ou appris, sans doute) que toujours la semaine dernière, l'Australie venait de déclarer l'usage du 2RM d’utilité publique… alors qu'est-ce qu'on attendait ici pour en parler ? J'ai terminé ma brève intervention en disant que "oui, la France est bien aux antipodes de l'Australie, si vous me permettez cette parabole géographique... et philosophique."

A la tribune, ils en sont restés un peu scotchés et Armand Jung a tenu à préciser que cette conférence n'avait pas pour but d'évoquer les particularités des véhicules par le menu détail, tandis que le gars de chez IVECO a témoigné, comme pour s’excuser de cet oubli général, être un adepte assidu des moto-taxi. Bon ben nous v’la sauvés !

Dans l’auditoire, un adjoint à la mairie de Toulouse qui s'exprimait après moi a cité la FFMC comme porteuse de propositions intéressantes, soutenant qu'il fallait nous associer systématiquement dans les débats sur le stationnement des 2RM à développer d'urgence. Je suis ensuite allé le saluer en lui remettant un exemplaire de notre Manifeste pour la sécurité routière des 2RM et en le remerciant pour son soutien.

Voilà... ce n'était pas une journée de "production", mais une journée enrichissante quand même pour confirmer que le 2RM est un insecte négligeable dans leurs prospectives de haut niveau... on ne s'intéresse à nous qu'au moment de parler de sécurité routière où nous tenons alors le rôle d'insecte nuisible à mettre sous cloche. Rien que pour ça, rien que pour mes trois minutes d'interpellation finale, ça valait le coup d'y être quand même, histoire de leur rappeler que le 2RM existe et que bon gré mal gré, faudra faire avec.

Marc Bertrand

http://rivington.fr/pdf/prog_conference_transport.pdf