En juillet 2012, un projet de règlement européen visant à uniformiser le Contrôle technique dans les 27 Etats membres a vu le jour et sera prochainement proposé au vote du Parlement Européen et du Conseil de l’Union.

Cette information pourrait presque passer pour un non évènement envers près de 40 millions d’automobilistes qui subissent déjà ces contrôles périodiques, presque convaincus pour la plupart, de l’intérêt qu’ils représentent pour la sécurité routière et de l’environnement. La seule opposition ferme à ce projet vient des usagers de 2 roues motorisée non contraint à un contrôle technique en France.

Mais à y regarder de plus près, cette information met en lumière un état de fait troublant et même inquiétant : La commission européenne est certes tout à fait dans son rôle d’initiative législative, mais les 27 commissaires qui la composent ont-ils fait preuve de toute l’impartialité qu’impose leur statut ? A la lecture du projet, il est aisé de comprendre quelles ont été les sources de ces technocrates qui ont pourtant prêté serment devant la Cour de justice de l’Union en s’engageant à n’accepter aucune instruction d’un quelconque organisme de droit public ou privé. Or, dans ce projet de règlement européen destiné à uniformiser le contrôle technique dans les 27 Etats membres, seul DEKRA est cité en tant que conseiller auprès de la commission européenne. Pour rappel, cette enseigne est le leader de l’industrie du CT en Europe. Il n’est pas inattendu qu’un lobby puissant essaye d’influer sur une décision, c’est même son rôle. Mais de là à avoir le monopole de l’expertise et du conseil, le pas devient vraiment problématique, et le conflit d’intérêt supposé. vachealait.jpg Ainsi, l’intérêt général, l’intérêt public est présumé avoir été sacrifié sur l’autel des intérêts financiers.

L’Europe, par l’intermédiaire de ses technocrates, vit une grande période de schizophrénie. En pleine période d’austérité généralisée, les pays en difficultés sont montrés du doigt tels des mauvais élèves, contraint à supprimer des services publics, des services de proximité, imposant de fait aux citoyens une plus grande mobilité, tant pour leurs besoins personnels que professionnels.

Cependant, dans le même temps, cette même Europe appuie d’avantage sur la tête des peuples, l’enfonçant de quelques centimètres supplémentaires dans le sable en rendant de plus en plus contraignante l’utilisation de leurs modes de transports notamment avec une augmentation de la fréquence du Contrôle Technique. Quelle logique dans tout ça ? Celle de l’argent ! Car aucune étude fiable en matière de sécurité routière ne justifie de telles mesures, simplement la place prédominante réservée aux grands groupes industriels dans les carnets d’adresses des technocrates européens. Pire, une telle mesure aurait pour effet de déresponsabiliser un peu plus les usagers qui s’en remettraient à ce contrôle annuel au lieu de s’assurer eux-mêmes la vérification des éléments essentiels.

Sur le plan écologique, il est évident que les véhicules récents sont moins consommateurs de carburants, et rejettent moins de polluants. Cependant, ce combat noble pour la préservation de notre planète et de notre santé doit-il se faire au seul détriment des citoyens les plus modestes ? Ou doit-il être réfléchit avec la focale la plus large qui soit ? Si on inclut la fabrication dans le calcul, le bilan carbone d’un véhicule neuf remplacé précocement est-il si favorable ? Comment justifier encore les politiques d’obsolescences programmées mise en place par les industriels mondiaux, privilégiant le remplacement régulier des matériels divers au seul prétexte de la croissance et de la consommation ? Comment rendre humainement, socialement, politiquement et philosophiquement responsables les citoyens, a fortiori modestes, des dérives de l’économie de marché, biens plus nuisibles à notre environnement que la personne qui n’a d’autre choix que de rouler avec son véhicule vieux de 15 ans ? Controle technique : non ! Hier, les Zones d’Actions Prioritaire pour l’Air, aujourd’hui, le contrôle technique européen…Qu’en sera-t-il pour demain ? Quelles restrictions, quelles interdictions de circulations devons nous combattre ? Jusqu’où notre liberté de circulation, garantie dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme sera-t-elle menacée et attaquée ?

Les responsables politiques nous présentent l’Europe comme un bien commun pouvant nous protéger, et faire progresser l’humanité dans des valeurs de liberté, de respect et d’égalité. Les citoyens européens sont donc légitimes d’attendre d’elle une autre politique que des mesures antisociales, et liberticides motivées par le seul appât du gain et du profit, dictés par une oligarchie qui concentre de plus en plus de pouvoirs. La défense de l’intérêt général dont l’Europe est garante, impose une réelle indépendance, un sens aigu de l’intérêt commun et une impérieuse préoccupation de la défense des plus faibles et c’est sur ces critères que nous encourageons les eurodéputé(e)s à voter contre ce projet de règlement européen.

Nathanaël Gagnaire

PS : DERNIERE MINUTE (5/10 / 2012) : le Sénat adopte une résolution contre le Contrôle technique européen.