Depuis janvier 2012, un groupe de travail piloté par le préfet Régis Guyot est chargé par le ministère de l'Intérieur, en lien avec la Direction de la Sécurité et de la Circulation Routière (DSCR), de réfléchir à la question de la circulation interfiles des 2RM dans les embouteillages. Les travaux sont découpés en six thématiques : les risques, quelles types de voiries, quels type de 2RM sont concernés, quelles manœuvres et quelle réglementation, quel équipement le conducteur de 2RM doit-il adopter, comment communiquer sur l'interfile.
Ces travaux sont débattus en réunion plénière par le groupe au complet. Il est composé des principaux représentants des usagers, des fonctionnaires de la DCR, de chercheurs et de fonctionnaire de l’Équipement et de policiers du Ministère de l'Intérieur. Les travaux de chaque groupe thématique font l'objet de réunions en sous-groupes qui auditionnent des spécialistes des problématiques considérés.

Compte-rendu de la réunion du sous-groupe de travail sur les Équipements de Protection Individuels (EPI) du 6 mars 2012 dans les locaux de la DSCR

L’ordre du jour était consacré aux équipements individuels de protection (EPI). En préambule, Pascal Dunikowski (chargé de mission 2RM « national » à la DSCR) a dit que le « Groupe de travail Guyot » était une volonté du ministre de l’intérieur pour réfléchir à la question des remontées de files, que cette question était dans l’air depuis longtemps mais que cela n’avait pu aboutir parce que c’était « mal ficelé ». Le représentant de la FFMC a rectifié en revenant sur les trois années de concertation nationale sur la SR des 2RM, qu’il y avait déjà eu quatre groupes de travail dans le passé sur les remontées de files, qu’un décret était prêt en 1999 et qu’il n’avait pas été signé par le ministre de l‘Intérieur de l’époque parce que les forces de l’ordre ne savait pas comment mettre en place une méthode de contrôle des comportements inadaptés. Depuis, il y a eu la Concertation, des discussion poussées sur les remontées de files, quatre cas types définis et une étude scientifique de l’IFSTTAR qui validait ce que les usagers savaient déjà et ce que la FFMC avait aussi démontré, à savoir que la remontée de files, effectuée dans les conditions que nous préconisons, n’entrainait pas de sur-risque supplémentaire. Comme quoi on ne partait pas de rien et qu’il était inexact de laisser penser dès le début de cette réunion que nous allions défricher un terrain inconnu.

L’assemblée a ensuite débattu de la question des EPI.

Il s’avère que personne n’est en mesure de définir quelles seraient les normes à imposer et ce qu’est un EPI, à usage professionnel ou pas. Le représentant de la FFMC est revenu sur les différences entre équipement a-minima indispensable qui fait encore défaut chez les cyclomotoristes et les « motomobilistes » en scooter et sur le fait que ce n’était pas nécessaire de mettre la pression d’un suréquipement pour les motards déjà majoritairement bien équipés. Pour soutenir ses propos, il a fait référence aux propositions du manifeste de la FFMC dont un exemplaire a été distribué aux membres du groupe qu’il l’ont favorablement accueilli. La représentante de la Sté Soubirac a d’ailleurs observé que rien de sérieux n’était envisagé pour les utilisateurs de petites cylindrées pas du tout sensibilisés au moindre équipement. Les équipementiers ont fait part de leurs inquiétudes sur ce qu’ils devraient proposer à leurs clients dans la mesure où ils ne savent pas aujourd’hui où nous allons, si il y aura obligation ou pas. Nous avons discuté du cas de la Belgique qui a imposé, depuis l’été 2011 le port de « tenues couvrantes » aux usagers 2RM sans pour autant définir de niveau de protection. Tout le monde interprète cette mesure comme positive dans la mesure où elle interdit de monter sur un 2RM en short et ticheurte ou chemisette et que c’est déjà un mieux en matière de prise de conscience des risques et de la nécessité de se protéger. Le représentant de la FFMC, de l’AMDM, ainsi que Serge Célerin (ancien pompier de Paris) ont rappelé que l’équipement atténue les blessures dans une moindre mesure, mais que cela n’empêchait pas l’accident. Par conséquent, l’effort est à porter majoritairement vers l’enseignement d’une conduite préventive. Il a également été rappelé qu’on ne pouvait pas se tenir au seul indicateur de mortalité pour considérer les accidents alors que seul le casque est obligatoire et que la majorité des blessures invalidantes concernent les membres inférieurs. Nous avons également soulevé un point épineux : obliger l’usager à porter des protection, c’est une chose, mais comment s’assurer que son blouson comporte bien des renforts alors que les forces de l’ordre ne sont pas autorisés à « palper » et à faire dévêtir un conducteur lors d’un contrôle routier ? Le représentant de la Sté Furygan a alors exprimé ses doutes sur l’objet de la réunion… Nous avons ensuite discuté des assureurs et certains participants ont évoqué le « cas allemand » où les équipements seraient imposé par les assureurs. Faux a répondu le représentant de la Mutuelle des Motards qui a précisé qu’à la Mutuelle, la couverture corporelle et équipement sont incluses d’office dans le contrat". Et nous sommes revenus à la question des EPI.

Le représentant de la FFMC a relevé le désir à peine masqué de la DSCR de vouloir rendre obligatoire des équipements, citant l’exemple du brassard rétro-réfléchissant comme étant une mauvaise réponse à une bonne question pour illustrer le caractère mal à propos de cette obligation assortie d’une retrait de points de permis de conduire, menace comprise avec d’autres obligations à venir quant au port d’équipements. Le représentant de la FFMC a rappelé que lors d’une rencontre avec Jean-Luc Névache (Délégué Interministériel à la Sécurité Routière) en septembre 2011, nous avions proposé de travailler avec les équipementiers pour homogénéiser les formes et emplacements à définir pour doter de dispositifs rétro-réfléchissants les vêtements proposés à la vente dans l’avenir… équipements d’ailleurs déjà prévus d’origine sur les survêtements de pluie et les blousons « techniques » en synthétique renforcé… Ainsi, au gré du renouvellement de la « garde-robe » des usagers, la majorité des usagers se retrouveraient de mieux en mieux équipées à moyen terme….
Hélas, cette option raisonnable n’a pas été retenue par la DSCR qui a préféré passer en force en décrétant le port obligatoire d’un brassard dès l’année prochaine… décision d’autant plus inadaptée qu’elle ne s’applique qu’aux motards en 125 cm3 et plus, qui sont déjà les usagers en 2RM les mieux équipés. Autrement dit nous en sommes encore à discuter de la température de l’eau du jacuzzi alors que certains ne sont même pas équipés d’une salle de bains !

A la fin de cette rencontre, les participants sont tombés d’accord pour des incitations au port d’équipements, mais contre une obligation… tout juste le représentant de la Csiam a t-il proposé de rendre au minimum les gants obligatoires, sans doute par souci de proposer une porte de sortie honorable à la DCSR. Reste que la moindre obligation pourrait bien servir de porte d’entrée à d’autres obligations dans l’avenir.

PARTICIPANTS

Les membres permanents du Groupe Guyot représentaient la Fédération française des motards en colère (FFMC), les forces de l’ordre (Uclir), la société City-Bird (motos-taxis), l’agence Vigi-deux-roues (prévention du risque en entreprises). Les personnes auditionnées représentaient Moto-magazine (rubrique Consomotard), la Chambre syndicale des importateurs de motos (Csiam), les sociétés Soubirac-Motomod, Cardy, Furygan, Shark-Béring, Elite–Protairbag et la Sté Française d’électronique appliquée (produits RVR-Safety) qui était accompagnée de Serge Célerin (ex BSPP, casques d’Argent, consultant sécurité accompagnements moto) et les représentants des assureurs avec la Mutuelle des Motards et la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA).