Je me suis endormi en plein milieu d’une émission télévisée qui pourtant aurait dû capter toute mon attention et me tenir éveillé bien au-delà de son terme.

Je me suis endormi au beau milieu du premier grand combat pour l’élection présidentielle. Je me suis endormi, bercé par les milliards, les milliers de milliards que nos édiles manipulent comme nous manipulons les quelques pièces de monnaie au fond de notre poche avant d’en sélectionner quelques une pour régler la taxe sur le stationnement en zone urbaine ou la baguette quotidienne (on peut s’en offrir 1.052.631.578 avec un milliard d’euros). Je me suis endormi parce que franchement ces coqs lâchés dans l’arène, débattant à fleuret moucheté, se jetant à la face avec un sourire entendu les derniers chiffres qui règleront définitivement le sort de cette putain de crise que personne au demeurant n’a vu venir… mais que cependant tout prétendant à la magistrature suprême se fait fort d’éradiquer… avec quelques centaines de millions ponctionnés par-ci, quelques dizaines de milliards économisés par là… enfin quoi c’est pas compliqué ! Y’aura même pas assez de chômeurs pour occuper tous les nouveaux emplois qui nous sont promis, faudra en importer !

Stop ! Comprend pas ! Neurones en folie ! Je décroche… je dors.

Et quand je dors, je rêve…

… Le candidat a employé des mots que je comprenais, il a parlé de société, de qualité de la vie, de liberté de circuler, de choix de société. Il a dit que bien entendu la crise, le chômage, l’économie, la finance il allait s’en occuper parce qu’il avait fait les études pour ça et que le pays regorgeait de spécialistes tout à fait capable de lui indiquer la bonne méthode et qu’il n’était pas utile de faire le malin avec les chiffres… il a dit que c’était pas la peine d’emmerder les citoyens avec des lois stupides, inutiles, liberticides, accumulées les unes sur les autres jusqu’à saturation, jusqu’à l’absurde… il a dit qu’il était primordial de remettre l’Homme dans la société, qu’il fallait mettre fin au tout répressif, arrêter l’escalade des sanctions automatisées…arrêter de créer de nouvelles infractions… il a dit qu’il fallait un Homme pour sanctionner, un Homme pour expliquer, un Homme pour former, des Homme en face des Hommes… il a dit que les mots ‘répression’ ‘chasse aux chauffards’ seraient bannis du vocabulaire parce qu’indignes du pays des droits de l’Homme…il a dit que les panneaux ‘trous en formation’ seraient supprimés car il était plus pertinent de boucher les trous…il a dit que les rails de sécurité seraient doublés parce qu’il était scandaleux de faire comme si personne n’en était victime… il a dit que pour voir mieux les autres usagers de la route fallait pas éteindre les lumières…il a dit que pour lutter contre l’hypovigilance les radars n’étaient pas adaptés…il a dit que la Sécurité Routière était symptomatique des dérives sécuritaires et de l’immobilisme de nos dirigeants et symbole de la pensée unique et qu’une autre politique de Sécurité Routière devenait nécessaire… Il a dit…vous êtes suffisant Monsieur…le compte n’y est pas !

Merde je venais de me réveiller.

C’était pourtant un beau rêve…pas très difficile à transformer en réalité, il suffirait peut être de lâcher prise et de cesser de se faire aspirer par le système…

« Brimez tous mes droits, et il me restera toujours celui de rêver ». (Martin Roy)

J’y retourne !

Patrick