Michèle Merli, déléguée interministérielle à la Sécurité Routière, ouvre la réunion par un sujet qui fâche : le passage de la Sécurité Routière sous la tutelle du ministère de l’intérieur. Elle précise que le ministère du développement durable conserve tout ce qui est infrastructures, véhicules et recherche, mais prétend qu’il est logique que le reste passe au Ministère de l’Intérieur. Cela marquerait une volonté de renforcer la politique de sécurité routière, pour atteindre moins de 3000 morts en 2012, et de marquer que c’est une politique équilibrée : prévention, formation, recherche, dissuasion et sanction si nécessaire. Moui, sur le papier c’est très beau, mais motard échaudé craint les PV, et nous craignons fortement que les volets dissuasion et sanction prennent le pas sur tous les autres…



De nettes avancées sur le plan formation

Parmi les premières décisions de la concertation a être mise en place, la formation de 7 heures pour les 125 cm3 à partir de janvier 2011. C’est une avancée que la Fédération des Motards en Colère demande depuis longtemps, et elle se réjouit qu’à terme, plus un seul conducteur ne soit lâché sur la route sans formation (quitte à ce qu’elle soit aussi inadaptée que la formation 125 pour conduire un gros trike non pendulaire, mais ne soyons pas chagrin, au moins le dossier formation avance…).

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Mme Merli se félicite aussi de l’activation du système de suivi pour verbaliser les conducteurs étrangers (vue leur part négligeable dans le nombre des accidents, pas sûr que ça impacte beaucoup les statistiques. Par contre les radars seront contents).

Annonce intéressante, le changement pour le passage du permis de conduire voiture : tous les inspecteurs du permis de conduire, même de permis B, devront aussi avoir le permis A, être motard – et ce avant même de se présenter au concours (actuellement, ils passent tous les permis dans le cadre de leur formation, la démarche n’est pas tout à fait la même). Le but est de bien intégrer aux formations auto la présence des 2RM, et aussi de prendre en compte dans la notation des candidats au permis la vigilance spécifique envers les usagers vulnérables. Voilà une plutôt bonne nouvelle, même si avoir un permis A ne fait pas forcément de quelqu’un un motard s’il ne l’a passé que par contrainte administrative. Cela dit, le but étant d’intégrer à la formation des automobilistes un début de sensibilisation à la présence et la vulnérabilité des 2RM, la FFMC a de quoi s’en réjouir.

Il commence à y avoir des chiffres utilisables et un retour pour différencier les deux-roues (scooter / moto, 125 / gros cubes, etc…) au lieu de mettre tout le monde dans le même panier. Ce sont des chiffres provisoires mais qui montrent une baisse de la mortalité des 2RM en 2010 (Tant mieux, évidemment, mais rappelons que la météo n’a pas encouragé la circulation à moto cette année…).

Mme Merli rappelle une fois de plus que tout le travail fait ici n’est pas pour embêter les motards, mais pour améliorer leur accidentologie. Admettons l’intention, louable, mais si la volonté politique était réelle, peut-être que nous serions un peu plus écoutés ? Les campagnes, les actions, commenceraient à porter leurs fruits, reste à creuser les résultats. Leur but est d’accompagner l’augmentation du nombre de pratiquants sans qu’il y ait d’augmentation des accidents, mais heureusement que c’est déjà le cas ! Rappelons qu’en dix ans, on a déjà diminué le risque de 50%.

Equipements de sécurité

Présentation du Pr Genêt, médecin de Garches, motard lui-même

L’image classique du motard accidenté est le paraplégique ou tétraplégique, mais en fait « seulement » 15% sont dans ce cas, la majorité sont les lésions cérébrales (53%). Les traumas crâniens se résorbent bien, mais les conséquences neurologiques sont parfois lourdes. On constate aussi 30% de lésions orthopédiques des membres, souvent cumulables (polytraumatisés). Il y a une augmentation des handicaps à traiter par la société, car les secours sont plus efficaces et réactifs qu’avant (téléphones portables, moyens médicaux…), du coup on a le temps de sauver les graves accidentés, mais avec lourdes conséquences pour eux et pour la société. Les chiffres sont sans surprise : les victimes sont principalement des hommes de 18 à 24 ans, plus exposés que les automobilistes. Quoi qu’on en dise, la moto reste plus dangereuse que la voiture, mais il ne faut surtout pas négliger la question du plaisir : la plupart des accidentés de Garches ont hâte de remonter en selle. L’équipement est tout naturellement une source majeure de perspectives d’amélioration. Cependant, aucun équipement n’empêche toute blessure, au mieux ça les réduit, et ce d’autant plus que l’impact est faible (le lien avec la vitesse est évident pour la gravité des blessures, à défaut d’être avéré pour la cause des accidents).

Ce médecin spécialisé confirme avec nous qu’il faut établir une hiérarchisation des besoins de protection : casque (intégral de préférence), puis gants, puis blouson, vrai pantalon, chaussures montantes. Le reste est un plus mais ça ne doit surtout pas se substituer à l’équipement de base. Rappel de l’importance essentielle de les porter TOUT le temps, par TOUS les temps, il faut donc qu’ils soient faciles à mettre et adaptés aux différents climats., et ne surtout pas suivre l’exemple du gars tout fier de son super gilet airbag à 600 Euros, qui le porte sur un T-shirt et sans gants !

Mme Merli estime que ce message clair est déjà bien compris par les motards, mais n’est pas évident à faire passer aux utilisateurs utilitaires. D’ailleurs, parmi les patients de Garches, les médecins voient arriver une nouvelle génération de cadres en gros scoot’, en gros les « motomobilistes ». Sans surprise une fois encore, leur nombre augmente en proportion de leur pratique, et ce d’autant qu’ils se protègent moins. Mme Merli établi une nette différence entre « vrais » motards et les autres, et souhaite proposer un guide, quelque chose pour inciter les gens à s’équiper. En voilà une riche idée à laquelle on n’a jamais pensé… Sauf que c’est un peu l’un des principaux messages des Motards en Colère, de Motomag, de la Mutuelle des Motards, et ce depuis des années ! Pour la FFMC qui exprimait déjà précédemment ses réserves vis à vis de mesures « phares » mais coûteuse et à la portée limitée, c’est une bonne nouvelle que ce retour à un certain pragmatisme. Penser à l’équipement « de base » avant de songer à s’équiper d’un airbag, c’est une question de priorité – sans remettre en cause l’intérêt potentiel de l’airbag.

dessin MB gilet airbag

Présentation par l’Association des constructeurs européens (ACEM) sur les Equipements de protection pour les 2RM

La Sécurité Routière est une priorité de l’industrie du 2RM en Europe. Un projet a été mené pour identifier les actions pouvant contribuer à la diminution des accidents et éditer bonnes pratiques et recommandations. Les accidents de cyclos ont lieu surtout en ville, où ils sont le plus nombreux (sans blague !). L’ACEM a publié une brochure en 7 langues. Le port du casque est bien généralisé, mais le reste de l’équipement est plutôt ignoré, surtout en pays chaud. Le port de protection a un impact énorme sur la réduction des blessures, l’ACEM a d’ailleurs calculé un indice de protection : en cas de chute, si les lésions sont pratiquement systématiques sans protection, une veste légère a 73% de chance de limiter significativement les blessures, une veste lourde 92%. Un pantalon léger 54% (pas de stats pour les cyclo, forcément, peu roulent en cuir !) pantalon lourd 95%. Chaussures solides : 55%, bottes moto 96%. Ces infos sont reprises sous forme de campagnes par quelques constructeurs, dont Harley Davidson, avec graphiques clairs. A noter que la France ne participe ni à cette étude ni à ces communications pour le moment.


La Prévention routière présente sa vision des Equipements pour les usagers

Il s’agit du compte rendu de la dernière réunion du GT « L’usager les règles et l’équipement » : La Prévention Routière fait le point sur le cadre réglementaire et normatif (autre que le casque), alors que la FFMC rappelle que les normes ne veulent pas toujours dire grand-chose. Très peu de produits sont marqués CE : compliqué, cher, normes peut-être un peu trop contraignantes. On revient aussi sur la présentation du gilet airbag sans fil, plus réactif qu’avant, enclenché en cas de choc ou de chute (Bering), et celle du casque à jugulaire automatique (Brembo). Mme Merli semble beaucoup apprécier ces gadgets et se demande si leur côté pratique pourrait s’intégrer à des orientations pour 2011. Les constructeurs demandent de leur côté le développement d’une norme pour avoir des équipements à recommander, ou une « parole d’expert » pour savoir vers quoi s’orienter.

Sur ces points, la FFMC a beaucoup de choses à dire… Son représentant insiste sur le coût des équipements, surtout proportionnellement pour les plus petites cylindrées. Et si Mme Merli dit qu’il faut faire prendre conscience que le prix d’un 2RM est le véhicule + son équipement, elle refuse d’entrer dans la discussion sur la réduction de TVA soulevée par SMA (Solidarité Motards Accidentés, association adhérente à la FFMC). Or, comme le mouvement motard le lui rappelle, la TVA n’est pas la seule incitation possible, ce n’est qu’une solution parmi d’autres (exemple de l’opération TVA 0% dans le 47), et confirme l’importance de la « parole d’expert » pour bien choisir son matériel - c’est aussi pour ça qu’existe Motomag, qui teste des équipements tous les mois !

La FFMC insiste surtout pour dire que les normes, les produits haut de gamme et tout, c’est très bien, mais si déjà les jeunes pouvaient rouler ne serait-ce qu’en jean et solides gants (de jardinage au pire, tellement mieux que rien… et répondant à la norme CE !) plutôt qu’en short et en tong, ce serait déjà un bon début. Il ne faut pas rêver, jamais un ado en cyclo n’ira au collège en combinaison de cuir ! Il y a des priorités, des hiérarchies à donner, et il faut un peu de pragmatisme pour faire avancer les choses, plutôt que des opérations de com’ démagogiques. Notons à ce propos qu’on nous distribue un DVD reprenant les campagnes de prévention télévisée sortie ces derniers mois : C’est Pas Sorcier, Automoto… De très bonnes initiatives, malheureusement réalisées sans aucune concertation, un peu trop courtes pour être efficaces, et qui plus d’une fois préfèrent parler du gilet airbag plutôt que d’une bonne vieille paire de gants, autrement plus réaliste pour la cible.

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Connaissance de l'accidentalité

Louis Fernique de l’ONISR fait le compte-rendu du groupe « Cause et conséquence des accidents » Cette analyse détaillées des fiches BAAC (fiches remplies sur les lieux d’accident par les forces de l’ordre) montre une quasi stabilité de 2008 à 2009 pour la mortalité, sauf les 2RM qui augmentent (9,3% d’augmentation tous 2RM, 11,7% de moto, surtout les sans permis). Mais – enfin ! – ces chiffres sont exploitables et intéressants, car ils prennent en compte l’évolution du parc. Il y a tout de même 6,5 fois plus de motos depuis 1970, tandis que le nombre des cyclos a été divisé par 5. Vu sous cet angle, on constate une amélioration très significative de l’accidentalité motos. Ahhhh, tout de même, il n’y a pas que nous qui osons dire ça…

N’hésitez pas à consulter cette étude.

Les résultats pour 2009 ne sont pas bons, les premières tendances de 2010 montrent des résultats bien meilleurs, mais il est un peu tôt pour en tirer des conclusions. Un enseignement intéressant à retirer de ces études, de la bouche même de Louis Fernique : la circulation interfiles n’est PAS un problème de sécurité mais de mobilité. Par rapport à la densité du trafic et le nombre de véhicules concernés, l’accidentalité reste très modérée.

COMPTE RENDU DU GROUPE INFRASTRUCTURES ET PARTAGE DE LA VOIRIE

Pertinence de faire la surveillance de la voirie à moto ? Les études d’Inspection de Sécurité Routière des Itinéraires (ISRI) recherchent des « événements » sur la voirie. Le réseau est découpé en sections de 90 km, avec A/R de jour puis de nuit, afin de détecter problèmes de signalisation, de voirie, etc. Ces études se font avec des voitures équipées d’outils spécifiques, et il avait été suggéré de compléter ces études avec des inspecteurs motards dans la voiture, voire carrément à moto. La question reste posée, notamment pour la faisabilité technique, mais la FFMC constate avec plaisir que dans tous les cas, l’apport de la vision des 2 roues commence à être prise en compte.

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CERTU : présentation du nouveau guide 2RM, remis à jour

Les conseils du CERTU deviennent des recommandations officielles de référence, comme pour les autres véhicules. La mise en ligne gratuite interviendra très prochainement, afin de les diffuser très largement auprès des collectivités locales, et nous inciterons bien entendu nos antennes départementales à informer les décideurs locaux de ces documents de référence très bien faits.

Réseau des ex-M. Moto

Alain Rambaud, Chargé de mission 2RM en Gironde, parle de leur réseau national (ex M. Moto) La coordination des CM2RM est assurée par Pascal Dunkowski à la DSCR. En présentant l’exemple de la Gironde, relancé depuis quelques mois comme le reste du réseau, sous la direction du préfet et de son directeur de cabinet. André Rambaud rend compte des missions qu’il assure dans le cadre de sa mission de CM2RM : interventions en en milieu scolaire (des collèges aux facs) pour parler d’équipements de protection et de débridage, en utilisant un simulateur et en faisant intervenir des parents d’élèves. M . Rambaud développe aussi des interventions en entreprise, car de plus en plus de trajets domicile-travail se font en 2RM, le personnel doit donc être formé. Dans sa mallette « pédagogique », on trouve des interventions de victimes de la route, les plus jeunes et plus handicapés possibles, ou des bancs de test de la vitesse maximale des cyclos. Les interventions mentionnent les questions de l’alcool au guidon. Alain Rambaud établit aussi des fiches de signalement de danger. Pour en savoir plus : http://http://monsieur-moto-33.over-blog.fr

La FFMC trouve que cela est plein de bonnes idées et d’excellentes intentions. D’ailleurs, c’est en bonne partie ce qu’elle fait depuis des décennies, via notamment sa commission ERJ2RM… Mais si ces initiatives se développent, tant mieux. C’est juste que tout cela serait sans doute plus efficace si on évitait de réinventer l’eau tiède à chaque réunion…

Reprise des réunions en mars-avril pour aborder les points qu’on n’a pas eu le temps de voir, et l’aboutissement des études et guides en cours.



Participants : ASFA, CERTU, SMA, FFMC, AFDM, AMDM, FFM, ODSR, CG Hérault, UTP, Automobile Club, INRETS, ACEM, Victimes et Citoyens, 40MA, LCVR, FNCRM, DSCR, ONISR, Club14, PR…