Circulation inter-files, inspection des routes et guide pour la prise en compte des 2RM

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Compte-rendu de la huitième réunion du groupe de Travail 2RM à la Direction de la sécurité et de la circulation routière (DSCR) consacré au thème « Infrastructures et partage de l’espace public » qui s’est tenue le 1er octobre 2010.

Le groupe est piloté par Odile Seguin (chef du bureau sécurité de la route et de la circulation à la DSCR).

En ouverture de la réunion, Odile Seguin a détaillé les protocoles d’étude de quatre cas de circulation inter-files dans les embouteillages. Ces quatre cas ont été élaborés par la DSCR et la FFMC a été invité à en discuter et à proposer des modifications à la suite d’une 7è réunion du groupe qui s’est tenue en comité restreint en avril 2010 à la DSCR. Y participaient la DCR et ses services juridiques, le CERTU, la préfecture de police de Paris, la Mairie de Paris, la FFM et la FFMC.

Cas1

Cas2

Cas3

cas4

Ces 4 cas sont sensés « cadrer » une circulation inter-files autorisée…Les cas n°1 et 2 prévoient que le 2RM « remonte » des files de voitures fortement ralenties. Dans les cas N°3 et 4, il n’est plus question de remontée de file, mais de « circulation entre les files » (cas n°3) et de circulation « en décalé » quand le trafic reprend une allure normale (cas N°4).

Ceci n’est toutefois qu’une « étude » puisqu’à ce jour, la circulation inter-files est toujours considérée comme interdite par les pouvoirs publics. Trois expérimentations « scientifiques » sont en cours : deux sont menées par les chercheurs de l’Institut National de Recherche sur les Transports et leur Sécurité (INRETS) et sont financées par la DSCR. Pour mener cette étude INRETS, douze conducteurs évoluant en Île-de-France en 2RM ont été sélectionnés et instrumentés (caméra sur le casque et appareils de mesure sur le véhicule). L’autre étude est menée par les ingénieurs du Centre d’étude des Réseaux et de l’Urbanisme (CERTU) par l’intermédiaire des Centres d’Étude de l’Équipement (CETE) Normandie-Centre, Lyon, Île-de-France et Méditerranée. Cette étude se déroule sous la forme d’observations des remontées de files dans le trafic courant, sans recourir à des cobayes instrumentés.

Les sites d’expérimentation et d’observation sont tenus secrets par les officiants afin de ne pas fausser la validité des données recueillies.

Les motards expérimentés qui pratiquent la circulation inter-files depuis une vingtaine d’années apprécieront l’aspect « expérimental » de l’opération… ce que les représentants de la FFMC n’hésitent pas (à nouveau !) à souligner.

Inspection de Sécurité Routière des Itinéraires

Le deuxième sujet de cette réunion « Infrastructure » était consacré à une présentation du programme ISRI… C’est l’anagramme de Inspection de Sécurité Routière des Itinéraires. Il s’agit, pour 127 inspecteurs formés à ce programme, d’inspecter le réseau routier national pour détecter des « événements d’infrastructure ». Événement ? C’est le mot qui désigne une anomalie, un défaut, une particularité. Ça peut être un panneau masqué par du végétal, un nid de poule, une plaque d’égout saillante ou glissante, une surabondance de panneaux routiers, un épandage boueux ou un défaut d’écoulement… bref, tout ce qui peut constituer une gène ou un danger pour un conducteur, son véhicule et les autres usagers.

Les réseaux à inspecter sont des sections de 90 km de distance parcourus quatre fois (deux aller-retour, un de jour et un de nuit) tous les trois ans par deux inspecteurs à bord d’une auto de l’administration. Leur véhicule est équipé d’un GPS, d’une web-cam qui enregistre ce que voient les occupants de la voiture, d’un enregistreur vocal et d’un ordinateur portable. Un inspecteur conduit et l’autre observe. A chaque « événement » constaté (environ 1,5 à 2 par km parcouru), l’observateur clique sur la barre d’espace de son clavier et il décrit vocalement ce qu’il a observé. Son ordinateur commande simultanément l’enregistrement vocal et la caméra. Ces données sont localisées via le GPS couplé au dispositif. Elles sont ensuite transmises aux administrations chargées de l’exploitation des réseaux routiers pour analyse et intervention si nécessaire.

Et la prise en compte des usagers en 2RM ? Elle est en principe prévue par les inspecteurs ISRI qui y sont sensibilisés lors de leur formation. Ceux-ci peuvent être des conducteurs « lambdas », des chauffeurs professionnels, des motocyclistes, des inspecteurs de permis de conduire et des fonctionnaires de voirie. Les représentants des usagers 2RM demandent si des inspections ISRI pourraient être faites à moto, pour plus de réalisme quant à nos spécificités d’évolution. Bonne idée à première vue, mais…

…s’il est vrai que rien ne remplace un roulage à moto pour « sentir » (ou ressentir) tous les « pièges » auxquels nous sommes exposés, le relevé d’information (appareils de mesures embarqués) se prête peu à la conduite d’un 2RM… sans parler de la sécurité du conducteur (fatigue, attention portée à la conduite et au travail à mener…). Néanmoins, un ingénieur du CERTU (ex-Monsieur Moto) s’est livré à cette expérience avec sa moto personnelle durant un après-midi de congé. Ses observations (photos) et explications présentées lors de la réunion ne font que complexifier le débat : d’abord parce que son regard est celui d’un spécialiste très pointu en infrastructures doublé d’un excellent analyste de ce qu’est la conduite d’une moto et ensuite parce son essai s’est déroulé une fois sur un petit tronçon de routes connues et dans des conditions de circulation agréables. L’assistance présente s’anime et les idées fusent : pourquoi ne pas comparer une inspection ISRI réalisée en auto et en moto ? Comment équiper une moto ? Dans quel cadre réglementaire poursuivre l’expérience (une jurisprudence s’applique sur la prise de risque d’un fonctionnaire dans l’exercice de sa mission), etc…

Le représentant de la FFMC fait alors remarquer que tout ça est bien intéressant, la prise en compte des conducteurs en 2RM est bien à l’étude conformément à nos demandes, mais pendant ce temps-là, alors que nous entrons dans la période hivernale et les jours plus courts, la Direction des routes d’Île-de-France vient de décider de supprimer l’éclairage public sur les voies rapides péri-urbaines ! Alors qu’on a identifié au cours de cette concertation engagée par l’État qu’une des causes principales des accidents de 2RM repose sur un manque de visibilité et de lisibilité des 2RM, l’État éteint la lumière ! Allez zou, tout le monde dans le noir, les gens rouleront moins vite et y’aura moins d’accidents (car tel est le prétexte « officiel » à cette mesure débile !) Et après, on va inspecter les routes pour voir si tout va bien ? Mais où est la cohérence dans tout cela ? Odile Seguin objecte que cette question n’est pas à l’ordre du jour. « Et bien j’espère que nous en reparlerons », répond le représentant des motards en colère.

Guide sur la prise en compte des 2RM

La dernière partie de la réunion était consacrée à la présentation dui guide sur la prise en compte des 2RM dans les infrastructures. Ce guide réalisé par le Service d’étude sur les transports, la route et les aménagements (SETRA) et le Centre d’étude des réseaux, des transports et de l’urbanisme (CERTU) est une réactualisation de celui qui fut édité en 2000. Il est destiné aux fonctionnaires chargés de la conception et la gestion des voiries. Cette refonte est une demande de la FFMC, appuyée par Michèle Merli qui a expressément demandé sa mise à disposition avant fin 2010. Contrairement à l’ancienne version, celle-ci sera téléchargeable gratuitement sur le site du CERTU. La FFMC a participé à sa réalisation : le chargé de mission sécurité routière de la FFMC est membre du groupe de travail du CERTU sur les 2RM. Des fonctionnaires territoriaux des Communauté urbaine de Lille, Metz, Marseille, Bordeaux et Montpellier et de la Mairie de Paris, les ingénieurs du CERTU et des CETE Normandie-Centre, Lyon, Provence-Méditerranée se sont régulièrement réunis à Paris ou à Lyon pour élaborer ce guide. A noter que la prise en compte des 2RM de ce guide se traduit sous la forme de recommandations… ce qui veut dire que les « bonnes pratiques » mises en exergue n’ont rien d’obligatoire. Cela peut se comprendre dans la mesure où l’aménagement urbain et routier consiste essentiellement à gérer au mieux des contradictions entre les usages… et les usagers. La meilleure solution n’est souvent qu’un compromis qu’il convient d’analyser au cas par cas.

A nouveau, le représentant de la FFMC prend bonne note de ces intentions d’une meilleure prise en compte de nos attentes, tout en regrettant que sur le terrain, des aberrations dangereuses fleurissent encore et toujours sur nos itinéraires… pour appuyer ses arguments, le représentant de la FFMC fait circuler des exemples de « casque d’âne » publiés mensuellement dans Moto-Magazine… ce qui entraine immanquablement des commentaires navrés des participants de la concertation qui ne peuvent que constater nos motifs d’être toujours en colère.

Étaient présents : FFMC, FFM, AMDM, GMF, Club 14, FNCRM (Fédération nationale du commerce et de la réparation du cycle et motocycle, CERTU, SETRA, SER (syndicat des équipements de la route), Préfecture de police (Paris), CG 92, GART (Groupement des autorités responsables des transports), Mairie de Paris, DSCR.