Compte-rendu de la sixième réunion de Groupe de Travail 2RM à la Direction de la sécurité et de la circulation routière (DSCR) consacré au thème « l’usager, les règles et l’équipement » qui s’est tenue le 4 octobre 2010.

La première partie de la réunion a porté sur les normes dans les équipements de protection individuels (EPI). Il est question de débattre des vêtements protecteurs pour les usagers 2RM. Une présentation des travaux de l’Institut français du Textile et de l’habillement (IFTH) est faire par Mme Garbowski. A noter que l’IFTH est reconnu par le ministère du travail et de l’industrie. En préambule, une mise au point est apportée sur la distinction entre « normalisation » et « réglementation ». Point-limite-zero-moto-7567.jpgLes normes sont des références techniques validées par l’AFNOR (agence française de normalisation). Aucune norme n’est obligatoire tant qu’elle n’est pas citée en référence dans un texte de loi. La réglementation peut être cadrée par une directive européenne mais leur application est soumise (en France) à un décret ou à une loi. Les décrets sont des dispositions réglementaires signées par des ministres, les lois sont votées par les parlementaires (députés et sénateurs). Tous les vêtements (ou équipements de protection) destinés aux usagers 2RM disponibles dans le commerce ne sont pas forcément déclarés comme étant des EPI. Pour être référencé comme EPI, un équipement doit se référencer à une norme.

La révision d’une norme est soumise à l’accord d’au moins cinq pays de l’Union Européenne.

Les EPI sont classés en trois catégories :

1. risque faible (autocertification du fabricant)

2. risque moyen

3. risque mortel (certification soumise à contrôle périodiques)

Etre ou ne pas être

Mais en matière d’équipement « moto », qu’est-ce qui est considéré comme EPI ou pas ? On peut très bien utiliser des gants de jardinage en cuir épais certifiés EPI (comportant le marquage CE) et acheter des gants « de moto » non certifiés, même si ceux-ci sont pourvus de renforts.

Il apparaît également que certains renforts de blousons (coques d’articulations et dorsales) sont certifiés, mais aucune norme ne précise comment ils doivent être fixés dans le vêtement. Autrement dit, certains équipements non normés ni certifiés sont protecteurs et d’autres équipements ou éléments d’équipements peuvent être normés sans présenter pour autant une protection adéquate selon la façon dont ils s’intègrent… Bref, la situation est floue pour tout le monde, à commencer pour le « conso-motard ». Eric Thiollier, délégué général de la FFMC fait remarquer que ce manque d’information est la pierre d’achoppement à toute sensibilisation en faveur de la nécessité de s’équiper convenablement. Il témoigne par exemple que les motards sont plus enclins à s’équiper que les « motomobilistes ». Pour la FFMC, c’est un problème de formation. Le représentant de la Prévention Routière estime que la qualification « équipement de moto » peut ne pas être comprise par le conducteur d’un scooter et que par conséquent, ce dernier risque de ne pas se sentir concerné.

Effet pervers

Un représentant des concessionnaires signale que les usagers s’équipent peu… Il regrette également que l’application des normes en vigueur soit trop stricte, d’autant plus face à la concurrence de produits en provenance de pays où la réglementation est moins sévère qu’en Europe. Représentant la FFM, Charles Krajka confirme et ajoute que l’on peut trouver proposés à la vente des produits marqués CE qui ne répondent pas aux critères de base en matière de sécurité et de protection.

Eric Thiollier et Marc Bertrand (FFMC) rappellent qu’un bon équipement coûte cher… pas loin de 1000 € au total (casque compris), dont 20% de taxes. Marc Bertrand observe que ceux qui s’équipent correctement sont généralement les usagers expérimentés, formés et informés…bref, des pratiquants déjà sensibilisés à la sécurité routière et conscients de leur vulnérabilité, ce qui n’est pas le cas des jeunes et des néo-utilisateurs, alors que ceux-ci sont sans doute justement les plus exposés aux risques.

FFMC et FFM s’accordent à dire que l’incitation à s’équiper correctement devrait davantage être prise en compte par les assureurs, à l’exemple de ce que propose la Mutuelle des Motards. Ils demandent néanmoins que les Pouvoirs publics ne cèdent pas à nouveau à une surenchère réglementaire en matière d’équipements individuels et rappellent qu’on ne s’équipe pas de la même manière pour traverser le pays lors des gros roulages de loisirs, lorsqu’on se rend au travail ou que l’on prend sa vieille moto de collection pour aller chercher des croissants le dimanche matin. Les fonctionnaires de la DSCR reconnaissent qu’on ne peut pas tout réglementer et qu’il convient d’adapter la norme à l’usage.

Gonflé à bloc

La deuxième partie de la réunion aura été consacrée à la présentation d’un nouveau type de gilet autogonflant de sécurité (airbag) présenté par le fabricant Bering. Ce gilet a la particularité d’être commandé par un dispositif à capteurs électroniques à distance. Des capteurs doivent être installés à l’avant de la moto (fourche). Ils assurent une liaison avec des récepteurs et un dispositif de percussion commandant le gonflage par gaz, le tout est situé dans la dorsale du gilet. La démonstration est présentée par un commercial dont on a du mal à savoir, au début, si c’est un chercheur, un technicien ou un cadre de la DSCR. Naturellement, la présentation est édifiante et le produit est vanté comme étant le plus performant, le plus rapide, le mieux adapté… 490 € tout de même et une mise sur la marché prévue de façon imminente.

Casque Tupperware

Idem pour la troisième partie de la réunion où des représentants de la firme Brembo viennent vanter leur dernière invention : un casque (jet ou intégral) avec une jugulaire à enrouleur automatique. On tire dessus pour la détendre au moment d’enfiler le casque et on appuie sur un gros bouton placé sur le côté : clac, la jugulaire se rétracte ! Fantastico, no ? Bof… Les non-pratiquants apprécient (bonne idée, plus de risque d’oublier d’attacher son casque) mais du côté des motards présents à la réunion, nous ne sommes pas plus emballés que ça. Le « produit » passe de main en main, c’est formidable on se croirait à une réunion Tupperware… manque plus que le bon de commande ! Les représentants des usagers (FFMC et FFM) rappellent qu’un bon casque, c’est d’abord un casque confortable, avec une jugulaire bien conçue. casque-moto-afrique-445.jpgEt c’est aussi un casque muni de ses dispositifs rétro-réfléchissants (ce qui n’est pas le cas de modèles apportés par Brembo). Les commerciaux de la marque italiennes tentent une ultime opération de séduction en nous signalant que leurs casques sont prévus pour l’implantation d’un système de téléphonie mobile… Raté, l’assemblée réaffirme les dangers du téléphone chez les conducteurs. A part ça ? Bin on se reverra la prochaine fois pour la suite des travaux concernant l’amélioration de la sécurité des usagers en 2RM.

Organisations présentes : FFMC, Institut français des techniques de l’habillement, AFNOR, AXA-Club 14, Prévention routière, AMDM, Assurances GMF, MATMUT, FFSA (Fédération française des Sté d’assurances), FNCRM (Fédération nationale du commerce et de la réparation du cycle et motocycle), FFM, Cete (Lyon), la préfecture de police de Paris, CERTU, DSCR.