Vendredi soir, ça y est, nous disposons enfin de tous les papiers pour partir sereinement et à jour. Après avoir consulté la météo nous portons notre départ à dimanche matin. Le programme est de rejoindre Tres Picos, une petite ville située à un peu plus de 600 bornes et perchée à environ 1200 mètres d'altitude, au sud de la province de Buenos Aires. Samedi nous nous préparons au départ et réglons les derniers détails à apporter aux motos afin de les charger de façon sûre. Dimanche matin nous pestons un peu car il pleut alors que la météo avait annoncé du beau temps. Tant pis, nous avons envie de commencer le voyage et sommes équipés pour rouler sous la flotte. On met donc les voiles lorsqu'une accalmie se pointe. Voilà, c'est parti !! Les meules chargées comme des mules, les gars et les bagages protégés de l'eau, notre histoire se met en route !
Mais assez promptement, elle connait une pause . Kilomètre 90, nous sommes arrêtés à un passage à niveau (qui peuvent être très longs) et, pour reposer les moteurs et faire tomber un peu la température du pot (très proche d'une valise latérale), nous coupons les moteurs. Une fois la barrière relevée nous constatons avec amertume que la moto de Tonio ne démarre plus. Etant donné son passif, on se dit que le système électrique a encore dû faire des siennes et que la batterie a lâché. Oulà !! A fortiori le cache du compartiment à électrolyte s'est soulevé et ce dernier s'est volatilisé. De plus, le relais du démarreur est mort on ne parvient, par conséquent, à relancer le moteur. Hasard ou signe, nous sommes à un carrefour dont l'unique panneau indique, à droite, la direction que nous devrions suivre et, à gauche, celle de Buenos Aires. Nous décidons, bien que l'idée nous rende malade, que le plus raisonnable est de rentrer afin de palier définitivement aux soucis électriques de la moto de Tonio. Nous doutant de la rapidité relative avec laquelle une dépanneuse viendrait nous chercher en ce long week-end férié, nous préférons tester la solidité des sangles et l'efficacité du moteur d'une 400 Falcon. Le test est positif, nous prenons alors la ruta 3 afin d'avaler tranquillement les 60 kilomètres qui nous séparent de la capitale. Oui mais voilà, au kilomètre 95, le destin (?) met en travers de notre route un obstacle qui va sceller de façon définitive sinon notre périple (il est encore trop tôt pour le dire), notre aventure en moto. Cet obstacle est un chien, noir pour ceux qui voudraient y voir un signe...
Comme souvent, tout s'est passé très vite. La ruta 3 est une 2x2 séparée par un couloir enherbé bordé de chaque côté de barrières métalliques, comme sur les autoroutes françaises. Pierre, qui tire Tonio, se tient sur la droite de la chaussée et ne dépasse jamais 60 km/h. Bientôt les deux motards aperçoivent sur leur gauche une meute de chiens sauvages, dissimulés dans l'herbe. Pierre en compte quatre et espère qu'ils ne vont pas avoir l'idée de traverser. Il sait qu'étant donné que les motos sont reliées par des sangles, aucune manœuvre d'évitement brusque ou d'arrêt rapide n'est possible. Mais un premier chien traverse, à quelques dizaines de mètres. Très vite un deuxième chien l'imite. A ce moment, il parait évident qu'à cette fréquence, c'est le quatrième chien qui risque de poser problème. Voyant le troisième débouler environ 20 mètres devant lui, Pierre se met à klaxonner frénétiquement en espérant de tout son être que ça va dissuader le dernier quadrupède de suivre ses compagnons car sinon, il en est convaincu, les choses vont prendre une tournure très périlleuse. Raté, le chien fait une sortie fulgurante au passage des motos...L'espace d'un instant Pierre et Tonio pensent que par miracle leur "meilleur ami" est passé entre les deux véhicules. Une fraction de seconde plus tard ils sont violemment rattrapés par la réalité. Tonio en voyant sa moto littéralement balayée par le chien et en se heurtant avec fracas sur le bitume. Pierre en sentant subitement sa moto tirée par l'arrière et emportée avec force sur la droite. Il essaye de contrôler son engin mais ne peut s'empêcher de se retourner et voit Tonio finir sa glissade sur le bord de la route. Un vingtaine de mètres plus loin il parvient à laisser tomber doucement sa moto dans le talus en évitant de se retrouver coincé dessous. Rapidement il rejoint Tonio. Celui-ci reste assis, il a le teint très pâle. Son bras gauche lui parait plus long et sa main pend. En très peu de temps il comprend qu'il y a un gros soucis même s'il ne ressent pas de douleur. Quand Pierre arrive, la main a pris une couleur qui n'augure rien de bon et plus qu'un poignet déboité, le spectre de la fracture s'impose.
Voyant Tonio faible et bien amoché, Pierre essaye de ne pas paniquer et de faire les choses dans un ordre logique. Tout d'abord apporter des barres de céréales et de l'eau à Tonio. Ensuite prévenir. Mais la route est déserte, pas une voiture à l'horizon. Tant pis, en attendant, il y a dans la trousse de secours de quoi traiter les chocs. A peine le temps de commencer à fouiller dans les médicaments, une voiture sort d'une zone de chantier toute proche. Par chance le chantier est surveillé par des "policiers" ou tout du moins par des gardes "déguisés" en flics. Ces derniers ont entendu l'accident et viennent porter leur aide. Ils comprennent vite que la blessure de Tonio nécessite l'appel une ambulance. Tonio leur raconte ce qui s'est passé pendant que Pierre regroupe les affaires, éparpillées par ci par là. L'ambulance arrive et amène Tonio à l'hôpital le plus proche. Là-bas ils lui feront des radios et lui poseront un plâtre. Puis il est transféré dans un hôpital publique de Buenos Aires. Seulement, la fracture est très sérieuse et nécessite manifestement une opération afin de poser une plaque. Hors cet hôpital ne dispose pas du matériel nécessaire, qu'il faudrait personnellement commander. Lautaro, le fils de la dame chez qui les deux jeunes résident, ira chercher le blessé et le ramènera à la maison vers minuit. L'accident à eu lieu vers 15h30. Pichot, quant à lui, passera le reste de la journée à surveiller les motos et tous les bagages sans pouvoir joindre qui que ce soit. Heureusement, les ambulanciers ont été très sympas et sont venus lui apporter des nouvelles de Tonio dès que possible en lui précisant que les assurances avaient été prévenues et faisaient le nécessaire. A savoir le transfert de Tonio en capitale et l'arrivée d'une dépanneuse. Cette dernière se pointera vers 21h et ramènera la moto hors service (mais très peu accidentée), suivie de près par Pierre. Le convoi sera à destination aux alentours de 23h, un peu avant le retour de Tonio.

Lundi, en nous rendant à l'hôpital indiqué par l'assurance pour essayer de voir comment et quand il serait possible d'agir, nous avons appris que Tonio avait aussi une petite fracture au coude droit. Mais le traitement de celle-ci pourra se limiter à l'usage d'une compresse glacée.
Voilà en gros notre pire journée de ces six dernières semaines (pour ne se borner qu'au voyage), toutes riches en échecs mais dont aucun n'arrive à la cheville de celui là, qui nous a purement et simplement coupé les ailes en plein envol.
On vous donnera des nouvelles de la suite des évènements en fin de semaine, car avant toute chose nous devons attendre la décision de l'hôpital qui va s'occuper de l'opération. On en saura plus jeudi.
Pour finir, deux photos pour faire comme si on pouvait déjà rire de ce beau gâchis et de toute cette m.... :
          Avant -> Après